Dernier arrêt

il y a
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En compétition
Image de Été 2020

J’y étais dans ce bus. Ben si, vous savez bien, vous en avez entendu parler à la radio, dans les journaux et tout. Ouais, ce bus-là ! J’en ai jamais parlé avant, j’avais pas envie, j’trouvais pas les mots. Et puis j’étais pas sûr qu’on me croirait. Enfin là non plus j’peux pas savoir si on me croira, mais j’m’en fiche. En fait c’est le docteur. Elle a dit qu’il fallait que ça sorte, d’une manière ou d’une autre. Alors si je vous ennuie avec mon histoire, ou bien si vous trouvez que mes mots sont pas bien choisis, qu’ils vont pas bien ensemble, ben tant pis. Faut qu’ça sorte elle a dit.
Parce que cette histoire de bus ça a fait toute une histoire. Les gens en parlaient, et je crois même qu’y en a qui en avaient après moi. J’sais pas pourquoi. En tout cas, comme j’avais l’air pas bien, et qu’j’étais un peu en danger, et puis que j’parlais pas, mais pas du tout, pas un mot, ils m’ont mis ici. C’est un centre pour le reposement des âmes. Enfin c’est ce que j’ai compris. Ou alors un asile, pour les fous. Mais j’suis pas fou moi.
Juste un peu sonné, depuis cette histoire de bus. Bref, y’ a une gentille docteur qui a vu qu’il y avait un truc qui me chiffonnait, que je ressassais. Alors voilà. Bon je tourne un peu autour du pot, mais j’ai du mal à me lancer, à la raconter cette histoire. J’sais même pas par où commencer…

Bon, le début. J’étais assis dans le bus et j’étais super content pasque j’avais une place près de la fenêtre. Y’ avait vraiment beaucoup de monde, et c’était presque un miracle d’être assis. Je m’amusais avec mon reflet dans la vitre. C’est marrant comme en regardant au même endroit, sans tourner la tête, on peut voir deux endroits à la fois. En me concentrant, j’voyais dehors les rues qui défilaient et tout, ou bien ma tête. Ça passait drôlement le temps. En fait c’est pour ça qu’au début, j’me suis rendu compte de rien. Ni ce qui s’passait dehors, ni dedans. C’est un monsieur qui criait qui m’a fait lever la tête. Y voulait descendre du bus, il avait appuyé sur le bouton, et j’crois qu’le bouton était cassé. Alors il a loupé son arrêt, et c’est là qu’il a commencé à gueuler, enfin à crier j’veux dire. Comme y’avait beaucoup de monde, il avait du mal à remonter le bus, enfin à aller vers le chauffeur quoi. Il râlait vachement, et il poussait les autres gens qui étaient pas contents non plus. Et puis avant qu’il y arrive, y’ a une madame avec une poussette qui s’est mise à gueuler à son tour.
- La porte ! La porte !
Mais comme le bouton marchait pas, le bus s’est même pas arrêté à l’arrêt. Là ça a fait comme une vague dans le bus, comme si tout le monde devenait fâché. Et puis presque en même temps le monsieur a réussi à atteindre le chauffeur pour se plaindre. Mais le chauffeur avait pas trop l’air de lui répondre, et puis moi, tous ces gens qui râlaient ça commençait à m’ennuyer, alors j’ai à nouveau regardé par la fenêtre. Le paysage que je connaissais par cœur défilait, les façades, les parcs, les magasins. J’écoutais plus les gens râler, j’avais l’habitude, dans le bus y’ a souvent des trucs de foules comme ça. Mais au bout d’un moment, y’ a un truc qui m’a gêné, j’savais pas trop quoi.
Tout passait vite. Enfin je veux dire c’est ça qui a était bizarre. Le bus s’arrêtait pas. Devant les arrêts y ralentissait même pas. Comme s’il savait où il allait, et qu’il était pas chauffeur de bus, et qu’il y avait pas des gens qui voulaient descendre, et d’autres qui voulaient monter. Du coup j’ai essayé d’écouter ce que disait le monsieur au chauffeur du bus, mais j’pouvais pas entendre. Y’ avait trop de brouhaha. Les gens s’apercevaient eux aussi qu’y avait un problème. Tout le monde discutait, y essayaient de comprendre et tout. Un problème comme çui-là, ça rapproche les gens. Enfin, au début.

La première réaction des gens ça a été d’aller voir le chauffeur. Au début tout le monde se bousculait pour y aller, mais comme le bus était plein, ben y’ avait pas de place pour circuler, à part se serrer plus. Alors le monsieur du début a parlé bien fort, pour que tout le monde entende. « Je suis en train d’essayer d’entrer en contact avec le chauffeur, pas besoin d’être vingt-cinq à lui parler, je vous retransmets ». Y’ a eu une vague d’approbation, les gens étaient bien contents que quelqu’un prenne les choses en main. Mais c’était un peu long quand même, juste dire au chauffeur de s’arrêter ça doit pas prendre des heures. J’ai entendu quelques phrases. « Quand même, essayer de parler au chauffeur, c’est pas si compliqué, y’a qu’à ouvrir la bouche et articuler ». « Il se prend pour qui ce monsieur, et il est pas efficace ». « Écoutez madame, quelqu’un se propose d’agir, laissons-lui le temps. » « Ben oui mais moi j’ai jamais décidé que c’était lui qui devait parler avec le chauffeur, il s’est un peu imposé ! » Et puis soudain, plus fort.
- Alors connard, t’es pas capable de causer à notre driver ou quoi, ?!
J’crois qu’c’est le monsieur qui a enclenché la mauvaise ambiance. Y’ a des groupes qui se sont formés, ceux qui étaient énervés contre le monsieur pas
poli, et ceux qui se sont ralliés à lui.
En même temps c’est vrai que ça faisait un sacré bout de temps que l’autre était tout devant, et qu’il nous tenait pas au courant comme il avait promis.
Il a dû entendre que ça jasait pas mal quand même. Alors il est monté sur un siège, à côté d’une grosse dame. Il avait l’air pas mal embêté.
- La cabine du chauffeur doit être insonorisée, elle est fermée, et il ne m’entend pas. J’ai toqué, mais il ne semble pas réagir du tout. Si vous trouvez une meilleure solution, je vous en prie, mais moi je ne peux rien faire d’autre. Je suis confus.

Il avait l’air tout triste, comme s’il nous annonçait que le père Noël c’était que pour les enfants.
Y’a eu un moment de silence, comme si les gens comprenaient pas c’qu’on venait d’leur dire. On aurait presque pu voir les questions dans leur tête.
- On peut pas parler au chauffeur ? 
- Comment on va lui dire de s’arrêter ? Et que le bouton marche pas ? 
- Pourquoi il ne s’arrête pas ? 
L’autre monsieur qui râlait a eu l’air ravi de pouvoir prendre les choses en main. Il a traversé le bus à son tour. Les gens se sont tassés comme ils ont pu pour le laisser passer. Il avait l’air plus en colère. Lui au moins y f’rait p't’être réagir le chauffeur. En avançant, il disait bien fort :
- Je suis pas un incapable, MOI, monsieur. Quand il faut agir, on sait où me trouver. Tu vas voir que ce chauffeur de mes deux il va m’écouter, MOI ! 
À côté de moi, la dame, j’l’avais même pas vue, s’est mise à murmurer que les hommes comme ça ne menaient jamais à des choses bien, que la violence et l’orgueil faisaient rarement bon ménage. Moi j’m’en fichais un peu, et j’comprenais pas tout, et puis mince je descendais au terminus, y finirait bien par s’arrêter ce bus.
Le monsieur énervé s’est mis à taper de toutes ses forces sur la vitre. On se disait qu’elle finirait par se casser, mais j’crois qu’elles sont faites pour résister à des balles, alors les poings d’un monsieur, même très énervé, ça bouge pas grand-chose. Le monsieur a commencé à laisser des traces rouges sur la vitre, à force de cogner, il a fini par se faire très mal. Et plus y’ avait de sang, plus il tapait fort. La grosse dame derrière a gentiment mis sa main sur l’épaule, pour le calmer, mais il était tellement énervé par la vitre qu’au début il a rien senti, et après, ben après, ça a été le premier coup.

On saura jamais s’il a fait exprès ou pas, mais en reculant le bras pour taper encore et encore sur la vitre, il explosé le nez de la grosse dame. Y’ avait plein de sang. Les gens autour ont été plus près et j’ai pas bien vu ce qui s’passait ensuite, ça faisait un gros tas de gens, mais j’ai bien entendu.
Y’ avait les gens qu’aimaient pas trop la violence comme ça, qui criaient pour qu’y se calme. Y’ avait ceux qui voulaient venger la dame en sang, même s’ils la connaissaient même pas. Et puis j’crois qu’y en a qui étaient juste excités par les cris des autres. Enfin c’est ça que disait la dame à côté de moi.
Et le monsieur aux poings en sang il s’est mis à hurler, mais vraiment crier comme j’avais jamais entendu dans ma vie.
- Putain, vous comprenez pas ! Ce bus s’arrêtera jamais ! Il roulera jusqu’à ce qu’on crève ! Crevez vite bande de connards, qu’il s’arrête enfin ! JAMAIS.
Il était devenu fou, et puis les gens ont commencé à paniquer. Y s’rendaient compte que c’était vraiment étrange, pour de vrai, que l’bus ne stoppe jamais. Que c’était étrange qu’le chauffeur y réponde pas. Ils étaient tous serrés et tous paniqués. Et les cris du monsieur en colère inquiétaient encore plus.
C’est là que le monsieur important a voulu agir. Un grand monsieur, tout maigre, avec une barbe comme on imagine dieu avec, un monsieur comme ça qui se lève, on imagine que tout le monde va enfin se calmer. J’ai entendu ma voisine pousser un gros soupir.
Moi je me suis dit qu’il avait l’air gentil ce monsieur, mais en même temps j’voyais pas trop ce qu’y pouvait faire. Y’a bien un moment il aurait plus d’essence, il faudrait bien qu’y s’arrête ce bus.
Mais le monsieur a commencé à parler, il avait une voix chouette, un peu orageuse. Il a dit quelques mots, des mots bien choisis, sur le bus qui n’était pas là par hasard, et nous non plus, qu’il fallait se serrer les coudes (comme si on était pas déjà assez serrés). Et au milieu de sa phrase il s’est arrêté. En fait ça a vraiment fait un effet bizarre parce qu’il s’est carrément arrêté au milieu d’un mot.
Après on a plus entendu que le moteur, tout le monde se taisait. Et puis le monsieur à la barbe est tombé, enfin il a jamais atteint le sol, y’ avait trop de monde, mais il s’est écroulé sur des gens. Derrière lui l’homme énervé bougeait pas. Il avait du sang sur les mains, il souriait.
- On est là par hasard connard ! Pasqu’on a la poisse. On va crever j’vous dit ! Une femme a crié. Très très fort. Ça faisait presque mal aux oreilles. Les gens près de fenêtre se sont mis à taper. Les gens ont voulu aller dans tous les sens, mais y’ avait pas de place. Un mouvement de panique y paraît que ça s’appelle. Après les choses sont un peu floues dans ma tête. La dame à côté de moi m’a dit de ne pas bouger, de ne pas crier, sous aucun prétexte. Si on nous voyait pas, on penserait pas à nous faire du mal.
Plus les gens essayaient de se déplacer, plus y se rentraient les uns dans les autres, et plus ils devenaient méchants. Les disputes ont commencé. Je me souviens que les gens se criaient dessus, j’entendais leurs mots de colère, jusqu’à ce qu’une autre dispute, plus violente se mette à faire encore plus de bruit. D’abord ils ont crié, de plus en plus fort. J’ai pas très bien compris ce qu’ils voulaient faire, mais une chose est sûre, c’est que personne était d’accord. Et puis le fou a tapé une dame. Il criait qu’il fallait qu’il en reste qu’un, un seul dans tout le bus.

Je sais pas pourquoi, mais les gens ont pensé que c’était p't’être la bonne solution. Ma voisine m’a dit tout doucement que le fou venait de leur donner une bonne raison de faire sortir leur frus-tra-tion. J’ai pas tout compris mais en tout cas ils se sont vraiment mis à se taper dessus. J’ai pas vu grand-chose.
Des fois y’avait du sang, ou bien quelqu’un qui criait trop fort. Des fois y’ avait une dame qu’avait l’air de demander à ce qu’on fasse pas de mal à son mari, à son chien, à son enfant. Ça faisait tellement de bruit que j’ai commencé à avoir peur. Et puis j’ai plus rien entendu. La dame à côté de moi s’est écroulée sur moi. J’crois qu’elle a fait exprès pour pas qu’on vienne m’embêter.
En tout cas comme elle avait l’air moins folle que les autres, j’ai fait comme elle m’a dit, j’ai pas bougé, j’ai pas fait de bruit.
Et puis comme elle était lourde, et puis que j’avais du mal à respirer, ben je me suis endormi. Ou p't’être que je me suis évanoui. En tout cas quand je me suis réveillé, j’étais dans l’hôpital. Pas dans ma chambre de maintenant, dans une autre.
Après on m’a dit que tous les gens dans le bus étaient dé-cé-dés. Ça veut dire morts. Tous, même ma voisine. On sait pas pourquoi le chauffeur s’est pas arrêté. Ptêtre qu’il voulait qu’on meure tous, et il savait pas que moi j’l’étais pas. Ptêtre que le monsieur avait raison, qu’il en voulait qu’un seul de vivant. J’ai lu dans un journal, que c’était le gouvernement, ou un truc secret, qui faisait souvent des ex-péri-men-ta-tions, pour voir comment sont les humains coincés. En tout cas dans tous les articles, le seul truc que j’comprends, c’est qu’ils sont déçus pasque j’suis pas un génie, que j’ai pas bien vu ce qu’y s’est passé, et en tout cas j’ai rien compris. Mais ici ils sont gentils, ils vont me garder tant que je fais les cauchemars, y veulent pas me laisser tout seul.
J’les comprends un peu, quand même, y m’ont trouvé seul, debout, au milieu du bus. Plein de sang.

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Doria Lescure · il y a
Récit bien construit, dans une tonalité originale sur un fond bien porté par ce personnage narrateur qui nous embarque à bord de ce bus étrange et effrayant. L’ambiance est posée, le mystère demeure et cette histoire fonctionne bien en nous tenant en haleine.
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Emilie Pascolo · il y a
L'angoisse desvtransports en commun..une atmosphère pesante et oppressante, j'ai vraiment apprécié
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Olivia Maurel · il y a
Très intriguant, jusqu'au bout on s'interroge, même jusqu'à la fin qui nous laisse sur une question: ne serait-ce pas le narrateur qui aurait massacré tout le monde ? J'ai idée qu'on ne le saura jamais... Bravo en tout cas, vous avez mon vote !
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Paul Royaux · il y a
Belle pub pour les futurs transports par IA! Bravo
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GERARD PERTUSA · il y a
L'horreur à la Stephen King n'est pas ma tasse de thé, c'est pourquoi je ne vous ai pas "liké". En revanche, l'atmosphère dans le bus est très bien rendue et vous savez, avec beaucoup d'habileté, vous mettre dans la peau de votre personnage principal, à l'évidence plutôt fruste et en délicatesse avec la langue de Molière !
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Mel Klein · il y a
Merci pour cette critique malgré votre désaveux pour ce genre de nouvelles (la référence à Stephen King m’enchante!)
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Lyne Fontana · il y a
Une situation de base intéressante et originale, de l'horreur et du mystère. Intrigant
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Nathalie Weill · il y a
ça m'a tenu en haleine , j'attends la suite .... , il va peut être recouvrer la mémoire au bout de 50 ans .....
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Roxane Soixante-treize · il y a
Une histoire à la fois inquiétante ( le bus et son conducteur qui semblent suivre leur étrange trajectoire, quoiqu'il arrive ) et d'un humour (noir) par un certaine truculence dans le ton. On se laisse embarquer sans peine dans ce train ( bus) de la mort :-)
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Fred Panassac · il y a
Excellent récit qui tient en haleine d’un bout à l’autre et se termine par une chute ambiguë.
Le ton de l’oral est très bien rendu, au point que même les élisions ne gênent pas, sauf quelques unes.
Le ton n’est pas artificiel mais au contraire les propos sont calqués sur le déroulement réel d’un récit de témoignage sur des faits.
Bien sûr le voyage en bus avec un chauffeur incontrôlé et incontrôlable ou qui feint de l’être, peut être la métaphore d’un pays gouverné par des dirigeants qui ne l’écoutent pas, ou alors une métaphore de la manière dont une guerre se déclare.
Plus prosaïquement, sous la voix du narrateur psychiquement atteint mais pas tant que ça car il garde du bon sens, vous nous montrez comment une situation peut dégénérer rapidement dans un groupe avec tout de suite un meneur qui se dessine et des conflits qui apparaissent entre les « dominés ».
La fin laisse entendre que ce serait peut-être le narrateur qui aurait massacré les autres, mais ce n’est qu’une hypothèse, et l’allusion au complot à la fin, ramène à ce qui se passe sur internet dès qu’un événement violent et perturbant se produit : les internautes ramènent tout de suite les événements à une théorie du complot.
Il me semble que ce récit est de la transcription de l’oral, le personnage n’écrit pas, il raconte.
Comme si ce discours avait été « enregistré » et retranscrit à l’écrit après, ce qui est au contraire très réfléchi.
Mon "j'aime" bien sûr.

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Mel Klein · il y a
Merci pour cette analyse! Je suis ravie que ce texte donne à réfléchir...
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Mireille Bosq · il y a
Ce texte arrive à un moment crucial. Le chauffeur de bus décédé victime à cause d'une violence gratuite. Vous n'imaginiez sans doute pas à ce point, cette tragique coïncidence urbaine. En tout cas, vous avez su rendre la tension dans le langage approprié.
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Mel Klein · il y a
Ce texte a été écrit il y a quelques années, et je n’imaginais pas en effet cette « violence urbaine » devenir si réelle! Une bien tragique coïncidence!

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