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"Planète : Terre
Occupant principal : l'Humain
Estimation d'occupants : 0

L'histoire de l'humain étant bien trop vaste et encore source d'incohérences, on ne parlera ici que de l'être humain en lui-même, de son identité.

L'humain est une population très intéressante, aux divergences multiples. Au cours de l'histoire, l'humain n'a cessé de changer de façon de penser, d'évoluer, de se réinventer. Malgré cela, un certain cycle est à remarquer. Certes, bien que l'humain est doté d'une très forte capacité de mémorisation, il a tendance à revenir sur ses opinions. Ainsi, il lui semble normal d'adopter une façon de penser qu'il prétend être "originale" bien que celle-ci a été existée et combattue pour raison X ou Y.
De sa planète, l'humain dispose du cerveau le plus performant. Pourtant, force est de constater que l'entraide et la fraternité, élèments clés au sein de certaines espèces dîtes "animales" moins développées, ne lui sont que secondaires.
Le plus intéressant au sein de cette espèce (et bien que cela engendra leur perte), ce sont les relations entre chacuns. Le côté unique et inchangeable que chaque être dispose, et pourtant les semblants de points communs par lesquels ils s'identifient entre eux.
C'est par ces similarités que l'humain juge l'autre apte ou non à "vivre en société" et, le cas échéant, peut enfermer son confrère, le punir. Les principales motivations de cette séquestration ont elles aussi évolué au fil du temps et, de ce fait, il est courant d'avoir euthanasié l'un d'entre eux, pour un motif qui plus tard est devenu impuni.
Mais, encore une fois, ce motif est passible de revenir illégal, lui aussi."

Bon, il est temps de faire une pause, je reprendrais plus tard. C'est pas comme si toutes les informations que j'avais collecté allaient s'envoler. Et quitte à devoir rentrer chez moi demain, autant profiter encore un peu du paysage.
J'ai eu sacrément de la chance, d'être envoyé ici. Des sortes de vacances instructives rémunérées, dont on ne cessera de me poser des questions. Mais la vérité, c'est qu'à long terme, je commence à me sentir seul.
Voir tous ces décors, qui jadis étaient remplis de vie, m'attriste, dans le fond. Peut-être que je ne serai pas le dernier à y mettre les pieds ; mais d'ici là, je ne pense pas que les choses auront cessé d'évoluer. Ce qui est sûr, c'est que bientôt, il ne restera plus de trace du passage de l'humain dans l'univers. Et c'est bien dommage ; car de toutes mes expéditions, c'est leur culture qui m'a le plus intrigué.
En fait, ce qui m'attriste surtout, c'est que je ne pourrais un jour avoir percé tous leurs secrets. Une sorte de collection où il manquera toujours des pièces que personne ne pourra me procurer.
Mon vieux, si avec tout ce que j'ai appris, je fais pas un carton à mon retour...
J'ai beau regarder tous mes clichés 4D, ça ne vaut pas de les vivre en vrai. Même si ce monde n'est plus que ruines, une certaine beauté s'en dégage. La moisissure évolue, variant la couleur de celle autrefois choisie. La végétation fane, atteinuant les tons autrefois resplendissant. Une teinte morne prend place, certes, mais je la vois comme une histoire à raconter. Chaque structure, chaque pièce, chaque objet, ont un jour été battis par la sueur de cette espèce. Une espèce qui y a consacré sa vie ; bien qu'indirectement, ces structures, cette appropriation, a mené à sa perte.
Des conflits de territoire qu'il appelait "guerres" ont pris le dessus sur la vie elle-même. Et au lieu de gagner un tant soit peu plus de pouvoir, l'humain s'est auto-détruit. Si celui-ci avait pris le temps de voir les choses à travers les yeux de son rival, son prochain, peut-être n'en serait-il pas là. Peut-être que celui-ci pourrait encore respirer l'air, apprécier la nature qui l'avait fait naître.
A la place de quoi, il a préféré la détruire.
Il a travaillé corps et âme pour rechercher l'évolution, mais pas la bonne : l'armement.
Car oui, plutôt que de construire, l'humain a toujours préféré détruire. Avant qu'il n'arrive, la nature progressait. La végétation poussait, de nouvelles formes de vies se crééaient. Après son passage, l'inverse s'est produit. La nature s'est rétracté sur elle-même (et continue de le faire) et l'air, devenu irrespirable, a décimé la population.
On dit que le temps guérit tout, mais ici il ne servira qu'à oublier cette tragédie. Les glaciers fondent, la terre redevient poussière. Bientôt, la planette bleue le sera encore plus, et les 70% d'eau la composant deviendront totalité.
Le seul et unique maître de ce monde, et vainqueur de leur dernière guerre. L'eau a toujours primé sur le feu ; et bien que c'est d'une flamme éteinte que ce monde se consume, son acidité provoquée en noiera les cendres.

Cette culture m'a changé. En faisant abstraction de ce qui va m'arriver, apprendre l'histoire de ce peuple m'est apparu plus instructif que ma vie elle-même. Car c'est quand on retourne à la simplicité que les choses évidentes se dévoilent. Pour ma part, j'ai surtout appris une chose : la facilité est source d'ennui. Peut-être ne se l'est-il jamais assumé, mais l'humain a agit dans cette certitude. Vivre en plénitude ne lui suffisait pas ; il a eu besoin de chercher plus, toujours plus. L'humain est un suicidaire dans l'âme mais ne l'a jamais su.
Sur ce point, je me rends alors compte qu'il a raison. L'absence de problèmes, d'initiatives malsaine, n'engendre rien d'intéressant. Là où je vis, le vice n'existe pas. Aucune de nos actions ne peut impacter la vie d'un autre. Alors que la "vie" – et principalement son arrêt - est la principale cause d'hésitation chez l'humain, ici elle n'est qu'une notion que nous connaissons. Si une vie devait être stoppée, ce ne serait que par choix de son propriétaire.

Mon retour chez moi est imminent. Une journée nous apparaît comme une minute, c'est donc bientôt que je devrais rejoindre mon vaisseau afin de retrouver mes proches. Pour le moment, je me contente de vaquer dans les villes craquants sous mes pieds mouillés. Je regarde une photo de ces décors que beaucoup verront, et me dis que moi-même, bien qu'y étant, il me manque quelque chose pour ressentir, comprendre pleinement cette atmosphère. Je retire donc mon casque et prends une pleine bouffée d'air. Je peux enfin admirer sans filtre cette religion qui m'était destinée, et qui, maintenant, m'apparaît comme une évidence.
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