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Demain sera pire qu'hier, pire qu'aujourd'hui

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El Bravucon

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8h30, la bonne heure. Les bouchons sur l'A1 son bien compacts. Mon lieu de travail ? Entre la sortie 3 et la 2 en direction de Saint-Denis. Mon scooter est frais, volé de la veille. Momo mon collègue, l'habituel pilote, est tombé il y trois jours. J'ai pas le choix, je continue en solo, je ne faisais confiance qu'à cette fripouille. Je pense à lui vite fait, et me concentre sur mon planning de la journée : Vols à la portière puis à l'arraché le matin selon ma réussite, pillave l'après-midi, et bicrave au point de vente de shit pour dépanner mon cousin en soirée. Je mets le son dans le casque pour me donner de l’énergie et avoir un bon son en tête pendant le taf. Comme d'hab' ça sera du Booba, la vie en rouge sur Autopsie Vol.3. Tuerie :

« Je n'ai jamais travaillé, j'suis jamais allé au bureau
J'me lève pour aller pousser avec mes négros des Mureaux
Je n'sais rien faire de mes mains à part sécher mes larmes
Je suis flammes, déflagrations, armes, un drame national
Mère en stress car enfant menotté à tous les coups
Maîtresse ne peut me noter car absent à tous les cours
Du coup j'n'ai aucun diplôme, j'ai que dalle, sa mère !
M'en sortir sans l'illicite, je n'y arriverai jamais
J'ai pensé à tout, même à séquestrer l'Pape
Tu penses à sortir un album, je pense à arrêter l'rap
La race arienne ne m'aime pas car je suis un bon à rien
Défoncé, je plane, je fais des raids aériens »
Je suis le rituel, mets sur pause avant le refrain, jette mon bédo par terre et démarre. Mon 125cc accélère sa mère. Il a du répondant, c'est ce qu'il me faut. Je rentre sur l'autoroute à Stains, et remonte la file de gauche à l'aise. En mode repérage, à la recherche d'une belle plaque verte et de l'inscription CD en orange, ces plaques là c'est le jackpot mon gars. Les femmes de diplomates ont toujours vla' les bijoux et du cash bien rangés dans le sac Louis Vuitton. Mais là c'était mort. Pas d'ambassadeur aujourd’hui. Je me rabats sur un Audi Q7 bleu foncé, ça fera l'affaire. En plus c'est une femme qui conduit, seule, c'est toujours bon ça ! Je sors de l'autoroute, et repars aussitôt pour me la faire. Je chauffe le X-Max dans les rues de mon 9.3. Grille deux, trois feux rouges pour la forme. Et c'est parti. Je suis en chasse, je remonte vite. Pas de motos derrière, ça s'annonce bien. A peu près au même endroit où j'avais repéré le S.U.V, je vois un merco noir, plaque diplomatique, je distingue deux têtes à l'arrière. J'y vais au feeling, je ralentis. Go ! Je sors mon outil de travail de mon blouson, un gros cailloux pointu. Je m'arrête, regarde dans la vago : une vieille chinetoque et son mari à coté. Béquille. Ils ne me calculent pas. Blam ! La vitre vole en éclats, je rentre la moitié du corps pour arracher le sac marron sur les genoux de la vieille. Elle gueule en chinois, essaye de me mettre une claque, j'esquive. Ressors, remonte, béquille et je trace tout droit le sac entre les genoux. A fond la caisse ma gueule. Je sors de l'autoroute, le feu est vert, je rentre au dépôt, sur le ter-ter, tranquille. Pépère. Je suis le rituel. Après mettre planqué sous un porche à la cité j’appuie sur lecture :
« Aujourd'hui, c'est peut-être la dernière fois que je souris
Aujourd'hui, je crois qu'je vais me rendre, j'en ai marre de courir
Aujourd'hui...
Majeur en l'air, j'aurai mon dernier fou rire »
Je fouille le sac, j'ai l'habitude, je sais où aller direct. La petite pochette fermée incrustée sur le côté c'est les bijoux et les clés. Un bracelet en plaqué et des boucles d'oreilles pourraves, merde. Je vise le portefeuille, 500€ bien pliés. C'est mieux, mais c'est pas Miami non plus. Je prend l'I-Phone et jette le sac par terre, ça fera une cousine heureuse. Je regarde l'heure sur le téléphone : 9h18 et un vietnamien sur une plage ensoleillé en fond d'écran. Moi aussi j'irai en Thaïlande un jour, il paraît que les putes sont grave pas reuch' et la beuh puissante là-bas. Ya Youssef du bâtiment C qui y va tout le temps, il nous saoule avec ça dés qu'il revient. Il était encore tôt, j'étais chaud, il me fallait plus que de la gnognotte à me mettre sous la dent. On rêve tous d'un gros coup facile. Tout le temps. Il paraît qu'une fois un gars de Mantes a fait une Ferrari ! 500 000€ de bijoux ! Il a du régaler tout le monde l'enfoiré...
Je retente un coup ailleurs avant de me mettre bien chez moi. Direction Aubervilliers, le pont du Landy, c'est un bon coin à ce qu'il paraît. Putain, il trace bien ce scoot' ! Yes ma gueule, faudrait que j'essaye un 500cc pour les prochaines fois, personne ne pourra m'arrêter avec ça. Aujourd'hui je le sens grave, je casse le rituel de merde, et me remets dans le rythme :

« Dur de sauver de l'argent, pourtant l'argent nous sauve
En banlieue je suis devenu fauve, sauvage devenu chauve
Drogué jusqu'aux os dans mon 100-8 Zoo
Dan-dang'reux jusqu'au flow, tu sais où m'trouver si t'es chaud
Tu sais où venir per-cho, 0.9 sur le réchaud
Un verre de Damoiseau, le rap tapine sur les Maréchaux
Je n'suis qu'un parasite évadé du collège
Tu vas dev'nir raciste quand j'vais t'braquer ta Rolex
T'en parl'ras à tes collègues qui vont le dev'nir aussi
Mais moi je m'en bats les couilles, j'donn'rai l'heure à tous mes possee
Une spéciale dédicace à tous mes frères sur le pillard
Je vois la vie en rouge, mon ciel pleut comme Tookie Williams »
Stop. Il reste encore des bouchons sur cette portion, je remonte la file tranquille, regards à gauche, à droite. Je cherche le gros poisson. Une navette d'hôtel 3 étoiles : trop haut, pas bon. Je continue, Un Porsche Cayenne noir, la classe, ça sent le fric et les bijoux. Encore une femme seule. Cette fois je cogite pas, je balance le cailloux comme une brute et me jette sur le siège passager où était son sac à main. La pute accélère, merde. Elle m'emmène sur cinq mètres, en criant je sais plus quoi! Carrément elle essaye de changer de file. Je me nique le ventre avec les bouts de verre. Bloquée par le trafic elle est obligée de s'arrêter, j'en profite pour m'arracher. Je cours à contre sens pour récupérer le Yamaha. Sa race, j'ai même pas le sac, la rage. J'ai plus qu'à m'arracher de là, ça pue. J'ai mal en plus, je me suis déchiré, je pisse le sang. Coup d'œil dans le rétro: les gyros! Deux motards foncent sur moi, putain là c'est la merde!
Je bombarde, cherche la première sortie, je vais vite. Un enculé s'est pas bien rabattu, je mange son rétroviseur à pleine vitesse, je m'explose le poignet gauche. Putain j'ai trop le seum, on m'a jeté l'œil ou quoi? Les flics se rapprochent, ils m'ordonnent de m'arrêter. Plutôt crever, je veux pas rejoindre Momo en cellule. Je veux pas me prendre des tartes en G.A.V. Obligé de slalomer. Je gagne du terrain, ils sont plus lourds avec leurs grosses BMW ces cons! Je les distance enfin en entrant dans la zone industrielle. Je prends à gauche, une rue qui longe le périph'. Je connais vite fait, je sais que sur la droite il y a une petite rue avec des pavillons et après il y a une cité ou je pourrais me cacher. Je matte dans le rétro, personne. J'accélère, lève la tête, un camion arrive en face en klaxonnant, il prend toute la route ce connard, obligé de braquer à droite. Plein de camions garés, je peux passer entre les deux, c'est chaud mais ça peut passer. Ça va passer...putain d'où ils sortent ces graviers de merde....

Cette putain de remorque blanche et sale s'est tâchée de mon sang en une seconde. L'intérieur de mon casque est devenu rouge aussi. Comme le sol autour de moi. Officiellement je suis mort sur le coup. Mais je crois pas. Je voyais toujours une lumière grise. Le ciel. Et dans le choc mon mp3 s'était rallumé. La musique s'échappait des écouteurs tombés un peu plus loin :
« Aujourd'hui, c'est peut-être la dernière fois que je souris
Aujourd'hui, je crois qu'je vais me rendre, j'en ai marre de courir
Aujourd'hui...
Majeur en l'air, j'aurai mon dernier fou rire »
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Mike · il y a
c'est du lourd gros... bien!!!
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Mike · il y a
et renvoie moi ton tel je l'ai perdu et je sais pas comment te joindre...^^
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Hervé Drouard · il y a
Bien mais triste. C'est bien écrit et j'ai aimé mais c'est triste
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El Bravucon · il y a
Merci d'avoir lu et commenté Hervé, content que ça t'ais plu
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Bobo · il y a
On est avec le gars derrière tout au long de l'histoire ! Votre nouvelle, elle se lit avec le casque sur le coude, El Bravucon !
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El Bravucon · il y a
Merci M. Bobo, ça fait plaisir.