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Delphine, le raton laveur qui devint pilote de course

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Yann H

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FINALISTE
Sélection Public

— Papa ?
— Oui ?
— Pourquoi on appelle les ratons laveurs des ratons laveurs ?
— Alors ça tu vois, ça c’est une bonne question. Mets-toi au lit je vais t’expliquer ça tout de suite.
— Nan c’est l’heure de l’histoire. Je préfère une histoire, tu m’expliqueras ça demain.
— Mais c’est justement l’histoire de ce soir. Tu vas voir elle est super.
— Bon, d’accord.
— Alors : Il était une fois...
— Nan. Commence pas comme ça !
— Ben pourquoi ?
— C’est les histoires pour les filles qui commencent comme ça !
— Ah... Si tu veux... Bon je reprends. Alors c’est l’histoire d’un raton laveur qui...
— Comment il s’appelle ?
— Il s’appelle... Delphine.
— C’est une fille ?
— Nan nan nan c’est un garçon, mais chez les ratons laveurs les garçons peuvent avoir un prénom de fille et inversement.
— Mais... c’est nul !
— Oui c’est nul et c’est pour ça que nous, on ne fait pas ça. Je peux continuer maintenant ? ... Alors c’était il y a longtemps, dans une grande forêt. Delphine vivait avec tous ses amis ratons laveurs et tout était merveilleux. Mais un jour, Delphine entendit deux blaireaux parler d’un groupe de pique-niqueurs se trouvant à l’orée de la forêt.
— Les blaireaux et les ratons laveurs, ils sont copains ?
— Nan les blaireaux ils sont sympas mais ils sont super bêtes.
— C’est pour ça que monsieur Millet, le gardien du stade de foot, il nous appelle toujours « les p’tits blaireaux » ?
— Nan ça c’est parce que vous... courez très vite.
— Ça court vite un blaireau ?
— Oh oui ! Mais rappelle moi le nom du gardien du stade de foot, c’est monsieur Millet c’est ça ?
— Oui.
— D’accord. Bref, reprenons.
— Delphine décidait donc d’aller à la rencontre des pique-niqueurs car ils laissaient souvent de délicieuses choses à manger derrière eux et parce qu’observer les humains était l’une de ses occupations préférées. Après avoir traversé deux rivières à la nage...
— Ça nage comment les ratons laveurs ? Comme les chiens ?
— Ah ben non ça nage comme des ratons laveurs. Ils ont une technique spéciale. Je te montrerai ça samedi quand on ira à la piscine.
— Et je pourrais ensuite nager comme eux ? Même quand on va à la piscine avec l’école ?
— Oh oui même quand tu vas à la piscine avec l’école. Surtout quand tu vas à la piscine avec l’école ! Ça va les fasciner tu verras. Bon je continue... Delphine faisait donc chemin vers les humains et déjà salive lui venait à la bouche tant il pensait aux bonnes choses qu’il allait manger.
— Ça mange quoi les ratons laveurs ? Des légumes ?
— Ah ben non. T’en manges toi des légumes ?
— Non, c’est pas bon.
— Ben tu vois pareil, les ratons laveurs ça trouve ça pas bon les légumes. C’est pour ça qu’ils cherchent toujours les restes des humains qui mangent des frites ou des pizzas.
— Pourquoi on n’en voit jamais des ratons laveurs quand on part en pique-nique ?
— Elle fait quoi à manger maman quand on part en pique-nique ?
— Des salades avec des légumes.
— Ben voilà...
— Ben la prochaine fois je lui dirai de faire des frites et des pizzas.
— Bonne idée ça. Très bonne idée. Bon la suite... Delphine cheminait donc vers les humains et la promesse d'un bon repas quand...
— Quelle cheminée ?
— Mais non pas « cheminée ». « Il cheminait », ça veut dire « aller vers ». Mais par un chemin, tranquillement.
— Pourquoi tu ne dis pas « aller vers » alors?
— C'était une figure... pour faire joli.
— Comme quand le Père Noël il passe par la cheminée pour aller vers le sapin?
— Oui voilà, si tu veux. Bon... Delphine arrivait enfin à l'endroit qu'avaient choisi les humains pour pique-niquer. C’était une ravissante clairière toute baignée d'un grand soleil et bordée de fleurs sauvages de toutes les couleurs. Perché dans un arbre, Delphine observait calmement en attendant que les humains s'en aillent pour s'approprier les restes du repas.
— Ça grimpe aux arbres les ratons laveurs ?
— Oh ben oui. C'est les castors qui leur ont montré comment faire. Les castors c'est leurs amis parce qu'ils sont foufous et construisent des tas de jeux en bois.
— Madame Talon, à l'école, elle nous a dit qu'ils construisaient des barrages pour arrêter l'eau pour... je sais plus quoi faire.
— Ça c'est ce qu'ils veulent nous faire croire pour qu'on ne vienne pas jouer avec eux et tout casser mais, à l'intérieur de leurs barrages, c'est rempli de toboggans et de tourniquets. Y'a même un endroit où un vieux castor en chemise à carreaux, avec de petites lunettes, raconte plein d'histoires.
— Ça ne met pas de chemise les castors.
— Lui si, parce qu'il est vieux et fait de l'arthrite, qui est une maladie que les castors attrapent quand ils mangent trop de bois humide.
— Comme mamie Danielle ? Elle dit tout le temps qu'elle a de la truite. Elle mange du bois mamie Danielle ? C'est pour ça qu'elle n'a plus de dents ?
— Oui mais chut... Ne lui en parle pas, elle n'aime pas qu'on lui en parle. Allez, je continue l'histoire sinon t'auras pas la fin avant de dormir.
— C'est aussi pour ça qu'elle a des poils bizarres dans les oreilles comme les castors ?
— Nan ça c'est... autre chose. Allez chut, la suite. Delphine regardait donc les humains en train de manger, parler fort, et faire faire tous nos trucs d'humains. Mais, tout d'un coup, il entendit un grand bruit comme jamais il n'en avait entendu. On aurait dit le bruit de dix-mille tronçonneuses qui auraient démarré en même temps.
— Papa ?
— Oui ?
— Avec dix-mille tronçonneuses, hein qu'on pourrait couper une montagne ?
— Oh ben oui, c'est même comme ça qu'on fabrique les pistes de ski mais on verra ça une autre fois. Delphine était donc terrorisé et se cachait derrière les feuilles de l'arbre en essayant d'apercevoir des bûcherons mais... il n'y en avait pas. Tout ce qu'il vit, ce fût l'une de ces boîtes avec des roues dans lesquelles montent les humains pour rouler très vite.
— Une voiture ?
— Oui, une voiture. Une voiture de course rouge, super belle, comme Delphine n'en avait jamais vue parce que les ratons-laveurs vivent loin dans la forêt et ne viennent pas au bord des routes. Et là, Delphine se dit qu'il n'avait jamais vu rien de plus beau tant la voiture de course brillait et... avait l'air génial ! C'est donc à ce moment-là qu'il se dit qu'un jour, il aurait une voiture de course et inviterait tous ses amis dedans.
— Mais ça ne peut pas conduire de voiture un raton-laveur !
— Oh pas tous, bien sûr que non ! Mais Delphine était super fort pour un raton laveur. Et puis depuis ce jour il passait beaucoup de temps à observer les voitures et comment les humains faisaient pour les faire rouler. Sans compter qu’il était déjà champion de toboggan chez les castors ! Il avait le pilotage dans le sang, ça c’est sûr !
— Mais comment il pouvait faire pour en avoir une ? Il en a volé une ? Ah ben oui je sais, je sais papa. Ne me dis pas ! Il a demandé à ses copains castors de grignoter des pique-niqueurs pour faire des verseaux puis...
— Diversion ?
— Oui c’est ça, diversion. Puis lui, pendant ce temps il s’est feu follet dans la voiture.
— Faufilé ?
— Oui faux-filet, si tu veux. Mais alors c’est ça ? Hein ? Dis ? J’suis sûr que c’est ça !
— Mais non voyons ! Delphine n’aurait jamais fait ça. C’était un raton laveur, pas un raton voleur !
— Ah ah ah.
— Même si, quand on y réfléchit, c’est vrai que ce serait facile pour eux d’être des voleurs. Ils ont déjà un masque après tout. Mais ce n’est pas pour ça qu’ils l’ont.
— Pourquoi alors ?
— Eh bien écoute la suite de l’histoire. À force d’observer les humains depuis des années, Delphine savait qu’il ne pourrait pas échanger une voiture contre des pommes de pin ou des croûtes de pizzas, comme il le faisait avec ses amis de la forêt. Il savait qu’il allait avoir besoin de ces petits morceaux de papier et de métal que les humains aiment plus que tout. Il allait avoir besoin d’argent !
— Mais comment il allait pouvoir trouver de l’argent ? Y’a pas de distributeurs dans la forêt. Si ?
— Oh ben non. Enfin si, y’a bien ceux des écureuils mais c’est réservé aux écureuils. Et puis ils ne distribuent que des noisettes et des glands alors pour acheter une voiture hein...
— Je les ai déjà vus les distributeurs des nez cure-œil, c’est les trous dans les arbres ! Je les ai vus plusieurs fois chez Mamie Danielle. Ils se mettent devant ce trou et hop, ils repartent avec une noisette ! D’ailleurs moi je pense que si ils viennent chez mamie Danielle c’est parce qu’ils croient que c’est un castor ! À cause de sa truite et des poils d’oreilles !
— Possible. En plus y’a un toboggan dans son jardin, comme ceux des castors ! Mais bref, je continue. Delphine était donc en quête d’argent lorsque un jour, il vit un groupe de jeunes adolescents au bord d’une route. Ils avaient un grand morceau de carton sur lequel étaient dessinés des symboles humains. Ils restaient toute la journée au bord de cette route et de temps en temps une voiture s’arrêtait. Quand cela se produisait ils s’agitaient tous dans tous les sens, prenaient de grands seaux remplis d’eau et de mousse et en aspergeaient la voiture avant de la frotter dans tous les sens pour la nettoyer. Puis à la fin, quand la voiture était bien propre le conducteur leur donnait de l’argent avant de repartir avec le sourire et une voiture toute brillante.
— Ah oui. On en a déjà vu avec Papi Bernard. Sauf que c’était à un feu rouge et que c’était un monsieur. Il n’avait pas de pancarte mais il s’est quand même mis à nettoyer la voiture ! Sans que Papi lui ai rien demandé.
— Oh... Et alors ? Papi lui a donné de l’argent ?
— Oh ben non ! Il s’est mis à faire de grands gestes. Comme s’il était attaqué par des seins d’abeilles...
— Un essaim.
— Oui un nez sain. Puis Papi a dit au monsieur d’aller se laver l’écu. Ou quelque chose comme ça...
— Oh d’accord. Oui ben c’est normal tu sais. Papi Bernard aime beaucoup sa voiture et il adore la laver lui-même. C’est pour ça qu’il ne voulait pas qu’on le fasse à sa place, c’est tout. Mais je reprends. Delphine, voyant qu’il pouvait gagner de l’argent en nettoyant des voitures, demanda au vieux castor de lui dessiner les symboles humains sur un grand morceau de carton. Les symboles qui faisaient s’arrêter les voitures. Ensuite il demanda à tous ses amis de bien vouloir l’aider et tous acceptèrent de bon cœur car il avait promis de tous les emmener faire un tour dans sa voiture dès qu’il en aurait une. C’est donc comme ça que bientôt, plein de gens vinrent près de la forêt pour faire nettoyer leurs voitures chez Delphine et ses amis. Et c’est pour ça, mon fils, qu’on appelle les ratons laveurs des ratons laveurs !
— Et pourquoi le masque alors ?
— Ah oui. Ben tu te doutes bien que les animaux n’ont pas le droit de conduire des voitures ! Alors quand il eut réuni assez d’argent, après avoir lavé plein de voitures avec ses copains, Delphine mit un masque noir autour de ses yeux pour ne pas qu’on le reconnaisse et put donc aller acheter sa voiture de course. Rouge. Avec laquelle il gagna d’ailleurs plein de courses !
— Mais pourquoi tous les autres ratons laveurs mettent aussi un masque alors ? Parce que Delphine leur prête sa voiture ?
— Ben oui des fois. Mais c’est surtout parce que c’est devenu une star chez les ratons laveurs. Du coup ils mettent tous son masque parce qu’ils sont fans. Comme toi tu mets des fois le masque de Batman alors que tu n’es pas le vrai Batman. C’est par respect de la légende, voilà tout.
— Oh...D’accord. Mais tu sais papa, je sais qu’elle n’est pas vraie ton histoire !
— Ah oui ? Pourquoi tu dis ça ?
— Ben un raton laveur malin comme Delphine il aurait plutôt choisi une moto ! C’est mieux les motos !

PRIX

Image de Hiver 2017
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Cyna · il y a
Comme j'ai aimé cette histoire ! C'est visuel, drôle, touchant. Bravo !
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Thara · il y a
De superbes dialogues tirés sur un conte ou l'imagination ne fait pas défaut !
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Pivoine · il y a
Mais que c'est sympathique, cette histoire.Et ce jeu sur la langue de Delphine.
je vous quitte le sourire aux lèvres.

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Sylviane Taquet · il y a
en compet ' grand prix printemps 2017 : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/au-dela-du-quai
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Virgo34 · il y a
Un conte drôle et bien écrit.
Je suis en finale avec deux poèmes que je vous invite à aller lire :
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/les-caravelles
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/deux-ecureuils-roux
Merci.

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Lammari Hafida · il y a
Un récit bien imaginé et bien écrit , mon vote ! Je vous invite à lire mes poèmes en lice < Feuille d'automne > et < Dans les songes >
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Elise R. · il y a
Un dialogue très amusant !
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Laure Becquet · il y a
Drôle et imaginatif
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Philippe Romano · il y a
Quelle patience tout de même!!!! bravo pour votre imagination et bravo à ce papa!!!! si le vote vous en dit, je suis aussi finaliste poême http://short-edition.com/oeuvre/poetik/nuits-blanches-1
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Sylviane Taquet · il y a
Tout est réuni pour raconter une histoire à un enfant : du sérieux, y croire et c'est emballé !!!
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