Débauche nocturne

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Tu venais d’avoir 20 ans et tu étais grisée, assise au comptoir du bar ta vodka devant toi, ton fric étalé à côté du cendrier, ta clope roulée et la fumée qui flottait devant ton nez. Tu t’étais bien habillée pour aller chercher ton coloc à l’aéroport : jean bien taillé sur bottines cirées, cheveux coiffés légèrement maquillée, gris pardessus sur chemisier, sur ton chemin quelques-uns se sont retournés pour te regarder passer. Quand il est apparu derrière les portes vitrées vous vous êtes embrassés, un peu émus un peu embarrassés ; une semaine avait passée et l’attente avait été difficile à digérer. Vous aviez beaucoup à raconter : lui, en Italie ; toi, restée à Varsovie.
Vous avez cherché un bar ouvert pour la soirée, un pub minable offrant animation karaoké, et au comptoir vous avez commandé deux pintes de bière déjà éventée. Lui t’a dédié quelques chansons, toi tu as applaudis avec émotion. Peu importe s’il avait massacré ton chanteur préféré, il t’offrait un nouveau verre pour s’en excuser, et finalement désinhibés, vous vous êtes mutuellement complimentés en retenant les larmes que vous vouliez verser. Dans votre ivresse vous étiez beaux et le monde entier dans ce bar malfamé suivait vos retrouvailles éthyliquement célébrées : Tu venais d’avoir 20 ans, c’était avant le nouvel an.
De cigarettes-roulées-allumées-fumées-consumées-écrasées dans le cendrier, cendres-gris-foncées, pub enfumé-de-fumée ; De verres vidés plus rapidement que commandés aussitôt remplacés d’une nouvelle vodka-frappée, téquila citronnée, gin-gazifié, whisky ambré, vin bouchonné-bon-marché (origine douteuse non indiquée) parfois même verre d’eau glacée ; De conversations passionnées insensées allant s’échouer dans l’oubli de la nuit, d’inconnus entrevus dans la rue aussitôt perdu de vue la tête te tournes tu as trop bus, un autre verre ne serait pas de refus.
Accoudée au bar, comptoir : Dans le miroir tu regardes ton désespoir sans même le voir ; Oscar allume une blonde dans la nuit noire, la blonde ricane sur le trottoir, un mec te fixe dans le fumoir et vos regards se croisent dans le miroir. Ca fait une heure qu’il est assis à s’enfiler des martinis en suivant l’avancement de ton alcoolémie, parlant distraitement à l’autre en face de lui. Tu regardes ton verre tu le regardes lui, il regarde son verre il te regarde et puis, sa silhouette gigantesque se lève et s’avance par ici tu frémis ; En un mouvement l’atmosphère s’est alourdie. Sous le plafonnier tu l’as enfin dévisagé : deux mètres de corps décharné accoudés à un pilier, brun ou blond cheveux mi- long, peau tannée mal rasée, œil gris-bleu audacieux, pull-élimé jean-délavé baskets-trouées.
- Qu’est-ce que je vous sers ? A demandé le barman dans son mauvais anglais coupé à l’accent polonais.
- Qu’est-ce que je vous offre ? A demandé l’homme sans même te regarder.
- Une bière, As-tu soufflé dans ton nuage de fumée.
- Trois bières, A-t-il répété en sortant une poignée de petite monnaie avant de retourner à l’obscurité.
Tu écrases ta clope dans le cendrier et cherche Oscar sans espoir, solitude d’une soirée qui ne cesse de s’allonger secondes-minutes éternisées sur l’horloge figée les voix ont commencées à s’élever graduelles à l’alcoolémie mesurée, le karaoké est un génocide meurtrier, sept hooligans cranes-rasés-chaussures-cloutées viennent d’entrer et s’installent sur le canapé face à la télé ou un match se joue en muet. Top chrono tu as déjà ramassé ton sac et tu t’es levé, c’est le moment de se tirer.
- Vous m’offrez une cigarette ?
C’est l’inconnu revenu réclamer son dû, décidé à rester car il a tiré une chaise et s’est installé à côté. Dans le miroir sur le trottoir l’autre disparaît dans le noir, silhouette soufflée par le vent du soir ; la neige est retombée et dégrise les déchets serrés dans leurs manteaux de fumée, cigarette chapka bottes fourrées haleine éthylée.
- Vous restez ? Tu lui tends une cigarette et le briquet en tirant maladivement sur celle que tu as allumé.
- Mon ami est fatigué, il est rentré. Pas d’accent ; 20/25 ans.
Fumée inspirée, fumée expirée ; fumée flottant mollement dans l’air étouffant. Regards échangés, regard détournés ; regards troublant dans l’air pesant.
- Je ne vous ai jamais vu avant à Varsovie.
- Je ne suis pas d’ici.
- Alors qu’est-ce que vous faites ici ? Deux jours avant le nouvel an il te semble aberrant que deux étrangers aient échoués dans ce bar malfamé pour vider quelques binouzes bon marché sur fond de chants massacrés
- Je fais du stop avec mon ami jusqu’à Vilnius pour le nouvel an. On a quitté ce matin le Danemark mais ça roule mal, alors on s’est arrêté à Varsovie pour la nuit, histoire d’oublier cette tragédie avec une bouteille de whisky. Dans le vague il répète pour lui-même « ça roule mal » et le silence s’élance mais il se rappelle ta présence, te scrutes encore une fois pour s’assurer que c’est bien toi assise la et finit par demander « Vous êtes polonaise ? ».
- Non je suis française
- Pourquoi êtes-vous ici ?
- J’étudie.
Il a souris.

Éternelle décadence : ivre d’insouciance tu as oublié comment tu es arrivée en haut de l’escalier devant ta porte d’entrée ; Sur le palier la porte a claqué, vos vêtements ont volés sur le canapé et le temps s’est figé quand vous vous êtes enlacés a même le parquet dans l’obscurité. Délire brûlant de vos corps animalisés animés envoûtés électrisés cuisses pressées seins dévoilés, passion charnelle corporelle dans les vapeurs de vin et de tabac froid, extase tu as jouis dans les mystères de la nuit abandonnés aux draps froissés de vos ébats effrontés.
Dans l’inconscience tu as sombré, beauté dépravée.
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