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Dans les eaux de la Garonne

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Gérard Sanchez

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Elle sonne comme dans la chanson de Claude NOUGARO...
C'est une Garonne
Qui s'écoule comme
Un tapis roulant
A l’ombre des platanes, elle coule dans ce pays de cocagne emportant ces doux reflets vert bleu des fontes des neiges de printemps.
Le printemps a pris ses quartiers sur les contreforts des Pyrénées, les Comminges regorgent de couleurs et dans les prés les gasconnes pâturent une prairie riche qui longe la Garonne. Le canal d’EDF qui relie deux courbes de ce fleuve pyrénéen est le futur théâtre des opérations pour l’entreprise dans laquelle travaille Louis.
Deux points de chutes dans cette vallée pour traiter cet ouvrage, une partie située en amont de la centrale hydroélectrique et la deuxième partie en aval, moins technique mais devant se jouer des aléas du niveau du canal.
Louis est secondé par Jacques sur cette opération qui nécessite la présence de 60 compagnons de chantier. Des travaux atypiques et un ouvrage de plus d’un kilomètre de long à traiter en 2 mois. Beau challenge et des équipes à la hauteur de la tâche :
- 4 chefs de chantier
- 8 chefs d’équipe
- 48 compagnons, d’ouvriers hautement qualifiés aux manœuvres
Et pour compléter le groupe, une équipe de plongeurs-soudeurs, les spécialistes de la bâche PVC thermo soudée sous-traitant d’un fournisseur italien.
Le 1er job, toujours le même, faire le tour des villes et villages à la recherche de pensions de famille, l’hôtel par excellence avec un restaurant et un chef qui va savoir s’adapter au rythme du chantier. Deux postes de travail pour tenir les délais avec les 1ère équipes qui débutent sur le chantier à 4h00 du matin, cela veut dire qu’à 3h00 les compagnons prennent le petit déjeuner avant de rejoindre le chantier, la pause en milieu de matinée est prise sur le site et lorsqu’ils terminent leur poste de travail, ils arrivent à 13h00 au restaurant pour prendre le repas avant un repos salvateur. Les 2ème équipes débutent leur journée à 12h00 après avoir pris une bonne collation vers 10h30, ils terminent leurs journées à 20h00 et seront donc au repas du soir pour 21h00/21h30. Jacques et Louis se partagent les temps de présence et prennent leurs repas avec l’une ou l’autre des équipes.
Deux points d’hébergement, un petit hôtel restaurant sur la commune de POINTIS-INARD où seront hébergées les équipes de Luis et de Marco responsable de l’équipe italienne. Les autres groupes sont répartis sur la commune de Miramont-de-Comminges où deux hôtels accueilleront les 6 équipes restantes. Les plongeurs eux sont logés à Saint Gaudens, leur intervention étant limitée dans le temps en phase préparatoire de chantier et après la réception de travaux de confortement. Grosse opération en vue, l’installation a pris toute sa place sur les deux sites du canal, le 1er en amont de l’usine de « La Gentille » sur la commune de Miramont-de-Comminges, le 2ème en amont de l’usine de « Saint-Sernin » sur la commune de Pointis-Inard.
Luis est ce matin sur les lieux du chantier sur la commune de Pointis-Inard, il a rejoint hier en fin de journée Louis et Jacques à l’hôtel avec son équipe, Antonio, Pedro, Bernardo, Carlos, Francisco, Vicente.
Chantier « Au fil de l’eau », le canal est en charge, son niveau va fluctuer au cours des jours, nous avons préparé ce chantier avec comme fil rouge deux risques prépondérants : la noyade et la dérive des barges accueillant les postes de travail. Ce matin, le matériel et les matériaux arrivent sur la zone, la 1ère semi-remorque est déjà sur zone avec les deux barges de 10,00 m de long et 3,50 m de large... un transport qui a nécessité les autorisations de « convoi exceptionnel », la grue de 30 tonnes arrive vers 8h30 pour la mise à l’eau... Luis donne les 1ères consignes à Antonio pour préparer les bites d’amarrages sur les berges afin de maintenir les barges en lieu et place de la zone de travail ; Pedro et Bernardo s’attellent à la tâche, de leur côté Carlos et Francisco prennent en charge le déchargement du matériel (échafaudages, garde-corps pour les barges et l’outillage de chantier nécessaire aux 1ères opérations, etc...).
Mise à l’eau des barges, nous avons prévenu la centrale de « La Gentille », ils nous ont confirmé que les turbines sont à l’arrêt pour la journée, l’équipe va pouvoir travailler sans trop d’aléas de niveau d’eau. Nous avons tout de même quelques difficultés à caler les deux barges au même niveau comme nous l’avions envisagé lors de nos études. Jacques et Luis revoient leurs plans et décident de scinder le poste de travail et de créer une passerelle de franchissement sur galet entre les deux barges.
Louis a rejoint le site de « La Gentille », l’équipe en charge des opérations de fermeture du canal de dérivation a débuté. Les compagnons ont préparé le matériel sur la berge, les fers (IPN) et les palplanches sont stockés à proximité de la grue, un groupe électrogène et l’unité d’air respirable pour les plongeurs qui vont travailler avec les narguilés. 1ère plongée et 1ère intervention prévue pour cette fin de matinée... 3 jours de travail pour permettre l’obturation du canal.
Le planning de chantier est strict, 3 mois, pour traiter les reprises de l’ouvrage et positionner la bâche étanche sur une distance d’environ 2km... sur le papier cela est ok, mais les surprises ne se font pas attendre...
Trois jours, les plongeurs tiennent le planning, pourtant la Garonne ne les a pas épargnés, la fonte de dernières neiges est venue gonfler son débit et jouer en remous sur les palplanches. Demain matin, il est prévu de vidanger le tronçon du canal du barrage artificiel qui vient d’être réalisé jusqu’à « La Gentille », nous avons prévenu Luis et son équipe, ils vont être un peu ballotés ; Jacques demande à Luis de programmer une journée de maintenance sur les machines positionnées sur la berge et de ne mettre personne sur les barges... durée de l’opération 1h00/2h00.
L’eau quitte le canal et là nous découvrons notre premier aléa de chantier... un dépôt de déchets industriels issus de l’usine papetière située en amont du chantier (le volet « environnement et traitement des rejets étaient encore dans les 1ers balbutiements... aujourd’hui cette gestion est maitrisée). Nos donneurs d’ordre sont surpris par ce dépôt qu’ils ne pensaient pas aussi conséquent, 1ère intervention évaluer la quantité, nous avions prévu des chargeurs mais là... José déroule un escalier souple sur la paroi incliné à 45°, Max et Jo positionnent des ancrages pour maintenir le tout et permettre d’assurer la descente avec le harnais et les cordes de travail et sécurité.
- Max... prend une pige de 2,00 m et va me mesurer cette « soupe ».
- 2,00 m t’es fou ! je n’ai pas pied moi.
- Allez, bouge-toi
- Ouais, c’est bon. Et Jo tu ne déconnes pas tu me remontes si je glisse.
- Le Con ! si tu coules on te laisse au fond pas vrai chef.
- Vous arrêtez vous deux.
- Putain ! c’est bon on déconne !
Max enfonce la pige et fait une marque pour estimer la hauteur du dépôt. 1,00 m à 1,20 m à 200,00 m de la jonction avec la Garonne. Louis et Jacques regardent vers « La Gentille », le niveau semble plus important en se rapprochant de l’ouvrage.
- José ! tu peux faire une mesure vers la centrale,
- Oui Louis, on y va de suite.
- Max, Jo, venez avec moi !
- 1,50 m chef et c’est bien compact.
- Ok, c’est bon remonte.
Louis est rassuré, les engins de marinage prévus sur cette opération seront suffisants, il faudra compléter le dispositif par un poste de grutage et prévoir quelques transports supplémentaires vers la zone d’entreposage avant traitement.
Le chantier suit son cours, les dépôts de résidus de pâte de cellulose évacués, les équipes ont pu investir les parois et sol du canal pour réaliser les reprises de béton nécessaire, mettre en œuvre une chape fibrée au sol et dérouler la bâche PVC (italienne). Un peu acrobatique l’équipe italienne Sergi le chef de chantier n’avait pas prévu d’équiper les personnels de harnais de sécurité... c’est Jacques qui les voyant se préparer est venu me prévenir dans le bureau de chantier.
- Louis, tu devrais venir voir l’équipe de Sergi.
- Pourquoi ? il y a un souci...
- Un peu, oui, il a pas prévu de sécuriser ces gars.
- Comment pas sécurisés ?
- Il n’a rien, pas de harnais, pas de corde... que les enrouleurs électriques pour les fers thermo-soudeurs.
- Tu plaisantes, putain fait chier... j’arrive.
- ...
- Sergi !
- Luigi tutto va bene,
- Non, non ce n’est pas bon, tu dois sécuriser tes gars, on ne peut pas travailler comme ça.
- Porque ? no risque rien !
- Non, non arrête-les de suite et on fait un point nous trois, Toi Jacques et moi.
- Ok, Ok
Après une âpre discussion, Sergi a mis en œuvre la sécurité attendue pour travailler correctement.
...
Encore quelques semaines, les équipes préparent le repli, la semaine prochaine la dépose du barrage de chantier débute. Nous avons convié tous nos partenaires à un méchoui de fin de chantier.
3 mois, jour pour jour, nous rendons l’ouvrage à l’exploitant.
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Image de Flore
Flore · il y a
Visite de chantier ce matin...
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Elena Hristova · il y a
Dans les eaux de votre vieille Garonne j'ai plongé, sacrée aventure mais je m'en suis bien tirée.. non sans un brin d'émotion à partager.
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Gérard Sanchez · il y a
merci.
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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour cette nostalgie de chantier ! Mon votes ! Une invitation à découvrir
“Ses lèvres rougissent” et “Isère en Mouvement” ! Merci d’avance !

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M. Iraje · il y a
MERCI pour cette immersion en plein chantier !
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Gérard Sanchez · il y a
Merci MIRAJE, les vieux souvenirs de chantier... les années ont passées. reste un brin de nostalgie.
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