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Covid-19 - Un récit - Chapitre 3

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Arrivé à l’aéroport international John Fitzgerald Kennedy, Mike ralluma son téléphone et consulta la température extérieure. Moins dix degrés à l’extérieur, bien loin des quinze degrés qu’il faisait le matin à Houston. Il avait bien fait d’acheter un manteau d’hiver deux jours avant de prendre cet avion. Il avait aussi reçu un nouvel appel de sa grand-mère. En attendant de récupérer sa valise et, par la même occasion, le manteau adapté aux circonstances, il rappela. Il fut rassuré quand il vit que celle-ci décrochait.
— Allô ! Grande-Ma’ ?
Il fut accueilli par une violente quinte de toux.
— Allô... Mon chéri, tu sais... J’hésite à appeler les urgences. Je me suis résolue à prendre un rendez-vous avec le médecin pour le début d’après-midi... (Nouvelle quinte de toux) J’ai vraiment beaucoup de fièvre. J’ai recraché le repas de ce matin.
— Bon, Grande-Ma’. Je veux bien te payer la moitié du médecin. Tu me donneras la facture ce soir, avant que je dîne.
— Mon Mike chéri, tu sais, je préférerais que tu ailles chez tes cousins, tu sais, les enfants de Dany et Kate. (Encore une quinte de toux) Tu sais, j’ai entendu parler de ce virus qui circule en ce moment et je crois que ce n’est pas très prudent que tu viennes à la maison.
— Tu es sûre que c’est ça ? Tu sais, c’est peut-être une simple grippe...
— Pour une grippe, je serais enrhumée, Mike chéri.
Jean toussa de nouveau fortement. Puis elle ajouta :
— Ne te sens pas obligé de me payer le médecin. Garde l’argent pour plus tard, tu en auras probablement besoin pour chercher du travail. J’ai prévu Kate il y a un quart d’heure. Elle te prépare un lit. (Une quinte de toux) Il y aura aussi Jeremiah, son dernier, qui sera rentré de l’école. Dany, lui, Kate m’a dit qu’il travaillait tard ce soir.
— Merci Grande-Ma’. Je vois que tu fais un choix raisonnable. C’est très gentil à toi de ne pas vouloir que j’attrape cette maladie. J’aimerais quand même te voir, parce que tu es à un âge où c’est vite vu.
— Ne t’inquiète pas pour moi. Si je dois partir, je partirai en paix. Tu sais Mike, comme j’aimerais te revoir. Ça me déchire le cœur de ne pas pouvoir passer un week-end avec mon petit-fils que je n’ai pas vu depuis deux ans.
— Je comprends, Grande-Ma’ ! Moi aussi, j’aurais aimé être là. Tu n’hésites pas à me redire si tu contactes les urgences. J’espère qu’on en arrivera pas là. En tout cas, je suis sûr que Dany, qui est généreux comme toi, voudra bien t’en payer une partie. Moi, j’y contribuerai aussi.
— Merci, mon Mike chéri. Sache que je vous aime tous très fort. Je te serre fort dans mes bras.
— Moi aussi, je t’aime bien, Grande-Ma’ ! Soigne-toi du mieux que tu peux !
Une sonnerie arracha Mike à ses rêveries, alors qu’il venait de raccrocher. Les valises allaient être restituées à leurs propriétaires. Quand il eut récupéré la sienne, il en sortit son manteau, le prit sous le bras et se dirigea vers la sortie tout en commandant un taxi. Mike attendit une demi-heure, le temps que le taxi commandé s’extraie des embouteillages new yorkais, entre dans l’aéroport et s’arrête à hauteur de l’entrée. Il venait d’enfiler son manteau le temps de sortir, de retirer cent cinquante dollars en liquide et de rejoindre le taxi. Saluant le chauffeur, il comprit que celui-ci ne comprenait pas parfaitement l’anglais. Il était d’origine antillaise, d’un pays francophone.
Dans le taxi, Mike passa trois quarts d’heure à essayer de réveiller ses quelques rudiments de la langue de Molière. Le chauffeur, plutôt bienveillant, souriait aux tentatives du Texan d’adoption de parler français. Quand il fut arrivé devant le domicile de Kate et Dany, une maison à deux étages de Brooklyn, il demanda la somme de soixante dollars pour la course, aida Mike à sortir sa valise, le laissa enfiler son manteau, et lui remit sa carte. Puis il s’éclipsa, tandis que Mike, frigorifié par les basses températures, appuya sur la sonnette. Ce fut un ado paresseux et mal habillé qui lui ouvrit.


Josh, pour la première fois depuis dix ans, réfléchissait à sa vie. Nous étions dimanche soir, et il était en train de préparer ses affaires pour quitter le domicile conjugal avant un retour sine die. Camilla ne désirait pas le revoir quand elle rentrerait le lendemain matin. Il avait appelé un bon vieux copain, Tommy, avec qui il avait pas mal vadrouillé dans les Rocheuses et couru les filles étant jeune, chez qui il passerait la semaine au sud de Houston. Il s’assit quelques minutes, se tint la tête dans les mains. Il était vraiment bête et stupide. Il n’avait pas retenu la leçon d’une jeunesse où il s’était dispersé. Il avait envie de se tirer une balle.
Il alla dans le garage récupérer le pistolet familial, celui avec lequel son arrière-grand-père avait combattu les Indiens. Ils se le transmettaient de père en fils depuis tout ce temps, et là, il fallait qu’il ait une p... de fille !
— Fais ch... ! Je suis vraiment trop c... !
En même temps, il repensa à toutes ses conquêtes qu’il avait oublié, de ses premières amourettes à quinze jusqu’à ses plans cul ou ses coups d’un soir un peu plus récemment. Il se souvint de son père, veuf, dur, distant, un homme qui n’avait jamais su lui dire qu’il l’aimait, même s’il était probablement un chic type avant la mort de sa maman alors qu’il avait trois ans. Ce père qui avait choisi de ne jamais se remarier, par fidélité à sa femme. Force était de constater que Josh avait prit un chemin complètement différent. En était-il plus heureux que son père ? Il l’était plutôt moins. Il se rappelait cet homme droit, même si l’éducation qu’il lui avait donnée et l’absence de sa mère avait transformé Josh en dur à cuire.
Il l’aimait bien, quand même, ce père qui était décédé il y a dix ans. Oui, on pouvait même dire que Josh admirait son côté courageux, ce côté qu’il n’avait su avoir en dépit des apparences qu’il se donnait.
Josh récupéra ce souvenir d’une autre époque, celle où l’Amérique avait de l’ambition. Puis il retourna dans sa chambre, posa le pistolet dans sa valise et la boucla. Il regarda son téléphone : Tommy se décommandait.
— Fais ch...
Il écrivit un message à Camilla pour lui dire qu’il partait d’ici vingt-deux heures, prit son manteau et sortit dans la rue prendre l’air. Il appela un collègue de bureau, Ben, espérant pouvoir loger chez lui en attendant une autre solution.
— Ouais, allô, Ben ? Écoute, j’ai besoin de prendre l’air. Ouais... Ouais... Me demande pas pourquoi je me casse de chez moi alors que ma femme rentre demain, j’ai pas envie de rentrer dans les détails. Ouais, bon, écoute, c’est possible pour toi de me loger ? D’ac’, merci mon pote. Je dégage dès demain, tu peux compter sur moi. Ouais, OK, super...
Ben habitait à trois pâtés de maisons, autant dire un quart d’heure de marche. Josh retourna dans sa chambre, récupérer sa valise, son ordinateur, sortit, et prit la direction de son logement provisoire.
Il repensa à la discussion qu’il avait eue avec l’infirmière hispanique. Maria. Elle était plutôt jolie, cette femme, pour une ancienne fille de joie. Bon, valait mieux se concentrer sur le temps présent, le fait de trouver un logement le plus tôt possible, et ne pas perdre son boulot. Il fallait trouver un pied-à-terre sans traîner, sachant qu’il continuait, en attendant, d’assurer le loyer de la maison familiale. Il faudrait d’ailleurs qu’il mette ça au clair avec Camilla.


Mike et Kate, le dimanche matin, avaient discuté de l’avenir de Jeremiah. Le jeune homme inquiétait beaucoup sa mère. Il passait son temps à jouer à des jeux vidéo. Dany était déjà parti au bureau.
— Il me préoccupe beaucoup, mon dernier, tu sais, Mike. D’ailleurs, s’il est là cette semaine, c’est qu’en dépit de ses résultats corrects, il est viré provisoirement. Je crois que son père lui manque beaucoup depuis qu’il a trouvé ce nouveau job. Il commence sa semaine le lundi matin à sept heures et demie et la termine le samedi après-midi à quinze heures.
— Je comprends, Kate. Je comprends. On peut pas laisser passer ça. Tu lui en parles de temps en temps ?
— Jeremiah est tombé dans les jeux il y a trois ans. Il s’en sort à l’école, c’est encore ça. Mais il rêve de devenir pro. Il me dit qu’il a un très bon niveau pour son âge (il a seize ans).
— Je comprends que c’est pas facile pour toi. Qu’en pense ton mari ?
— Dany est d’accord avec moi. Dimanche dernier, il lui a proposé de passer Pâques au bord du Potomac. Il a refusé : il y a les finales du championnat d’Amérique du Nord de son jeu préféré. Il a pris ses billets avec sa copine qu’il a rencontré sur Internet en jouant.
C’est alors que leur grand-mère avait appelé.
— Allô, Grande-Ma’ ! Oui, c’est Kate. Oui, qu’est-ce qu’il y a ? Tu veux que je te passe Mike ?
— Oui, allô ! Tu vas mieux, Grande-Ma’ ?
— Non, j’ai appelé les urgences, elles arrivent dans dix minutes. On m’emmène dans une clinique du Bronx. C’est ce que j’ai trouvé de moins cher pour avoir des soins de pas trop mauvaise qualité.
— OK. On vient te voir dès qu’on peut.
— Ils m’ont dit de vous prévenir : vous ne pourrez pas me voir. Ils pensent que j’ai le nouveau coronavirus. En revanche, on pourra se joindre par téléphone, et peut-être que vous viendrez si les suspicions sont levées.
Jean avait fait tellement d’efforts pour ne pas tousser qu’avant de raccrocher ils l’entendirent le faire bruyamment, sans vraiment parvenir à reprendre son souffle. Kate avait été profondément inquiète. Mike avait essayé de la rassurer, sans succès. Il avait alors proposé la chose suivante :
— Écoute, à ce moment-là, je peux rester une semaine et ne rentrer que lundi prochain. Comme ça, j’en profiterai pour parler à Jeremiah de son avenir. Ça lui fera du bien d’entendre une autre voix que celle de son père le dimanche midi.
— Tu es vraiment un ange, Mike. Merci... Merci, mille fois.
Puis Kate avait serré son jeune cousin dans ses bras.


À suivre...
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Marie-Eve Mespouille · il y a
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Vianney Roche-Bruyn · il y a
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