Course amère face à la mer

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Dans le petit matin breton, odeur de goémon et cris de goélands, il bondissait sur l’estran le corps ruisselant de sueur, gazelle improbable sous une telle latitude.
Impassible, l’océan enseignait à des vaguelettes l’art de polir des galets, ouvrage inscrit dans une éternité inhumaine. Ce jour-là, les vagues géantes vaquaient à leurs occupations à l’autre bout du monde, déchiquetant là-bas une falaise, engloutissant un quelconque cargo gigantesque. Ces aînées effrayantes avaient laissé sur la plage de jeunes cadettes qui clapotaient en mesure pour développer la force qui feraient d’elles, l’automne suivant, l’alarme de tous les gens de mer. A regarder l’océan ainsi alangui, berçant ses petites vagues au rythme d’un léger souffle de vent, personne n’aurait soupçonné la rage qui l’animait parfois.
Lui connaissait cette force. Il y puisait de l’humilité. Sombre, il soufflait, évacuant à travers une sueur acide ses idées noires, ses rancœurs. Il courait, le choc de ses foulées amorties par le sable humide. Il courait au ras des limites que l’eau salée lui intimait vague après vague, comme une frontière à ne pas franchir. Il courait, ruisselant de tous ses pores des gouttes de sueur insignifiantes que dédaignait l’océan. Il courait convaincu qu’il n’existait pas parmi tous les éléments, une force supérieure à celle de la houle. Et il courait, les jambes percluses de douleur, aux lisières imprudentes du territoire des crampes. Il courait, convaincu de sa débilité face aux forces qui somnolaient à ses pieds. Il courait encore, le visage éclairé de sueur, le cœur empli de solitude. Un jour, quand son corps serait prêt, il cesserait ses ronds au bord de l’eau et il partirait face à lui, sans se retourner.
Comme chaque vague semble chercher à monter toujours plus haut que la précédente, il rêvait de repousser les limites. Atteindre le point de rupture, celui où le cerveau dit non mais où l’inconscient prend le relais et commande : « encore un peu ». Un dialogue permanent entre le corps exténué qui supplie d’arrêter et le cerveau qui veut poursuivre. Il cherchait à se faire mal. Comme un pénitent sévillan qui expie. Repousser les limites, refuser son indigence humaine, exiger toujours plus de ce corps désaccordé avec l’esprit, ce fardeau charnel qui compromettait ses rêves d’aller plus haut... Il courrait jusqu’à l’épuisement, jusqu’à tomber. Comme la marée finit par se coucher, par se retirer.
Mais pour revenir plus forte quelques heures plus tard.

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