6
min

Connaissance bénéfique

Image de Diwiha

Diwiha

7 lectures

0

Dans le hall de départ de l’aéroport, le petit garçon d’à peine six ans, dort comme un loir, dans les bras d’Elodie sa maman.
Son papa s’occupe de l’enregistrement de leurs bagages.
Depuis une semaine la grande effervescence du voyage au bout du monde de ses parents à fini d’avoir raison de son excitation d’enfant.

La veille, ils étaient partis de Montpellier qui l’avait accueilli dans ce monde.
Son père et sa mère étaient des chercheurs.
Lui dans l’ethnologie, elle dans l’anthropologie.
Ils avaient décidé de s’expatrier dans un pays asiatique pour poursuivre leurs recherches.
Leur choix s’était arrêté sur une ethnie originale puisque matriarcale.

Et c’est ainsi que Phil se retrouva plongée dans ce monde étranger et intéressant.
Ses parents tissèrent de solides liens amicaux avec les autochtones.
Très rapidement la famille plus respectée et dirigeante du village leurs ouvrit grand les portes de leur maison où ils furent en peu de temps, considérés comme faisant parti de leur famille.
Tant et si bien qu’ils décidèrent au bout d’une année de travail de s’installer définitivement au plus près de ce peuple qui les fascinait.

Il faut dire que dès leur arrivée le couple s’était mit à la page.
Renonçant à leur culture européenne, ils avaient épousé sans grandes difficultés les us et coutumes de leurs hôtes.
Malheureusement, leurs amis et hôtes stériles ne pouvaient avoir des enfants.


En milieu d’après-midi, après l’école, au cours d’une de ses randonnées dans l’immense propriété, Phil entend une voix mélodieuse chanter.
Se rapprochant sans bruit, il découvre assise au bord du chemin une petite fille inconnue à peine plus grande et âgée que lui.
Au bout d’un certain temps, il se décide enfin à l’aborder.

Phil : -« Bonjour ! Qui es-tu ? »

« Swani » lui répondit-elle, sans avoir pas plus l’air d’être étonné de sa présence en ce lieu que lui il l’est.

Swani : -« Et toi ? »

Phil rouge comme une pivoine : -« Euh !!! Euh !!!...... »

Swani renchérissant : -« T’as perdu ta langue ? »

Phil se ressaisissant : -« Non ! Phil ! »

Swani : -« Ça fait longtemps que tu m’observes ? »

Phil ne sachant plus où se mettre : « J’arrive à peine ! »

Swani : -« Ce n’est pas la version de Sin ! »

Phil a beau regarder très discrètement aux alentours, il ne voit personne d’autre. Faisant comme il n’avait rien entendu, il continue la discussion.

Phil : -« Où sont tes parents ? »

Swani : -« Je ne sais pas. »

Phil : -« D’où viens-tu ? »

Swani : -« D’un village très, très loin d’ici. »

Phil est de plus en décontenancé et ne sait que faire.
La seule solution qui lui vient à l’esprit : ses parents.
Pourvu qu’elle veuille le suivre sans encombre.

Phil : -«Veux-tu venir avec moi ? »

Swani très confiante : -« Oui ! »

Quelle ne fut pas la surprise des adultes juste avant le repas du soir, que de voir entrer Phil tenant par la main une fillette tombée du ciel.
Ils connaissaient tous les enfants de la région, mais celle là était inconnue au bataillon.
Ce qui les stupéfiait, c’est que la gamine bien que ses vêtements étaient sales, leur semblaient être en parfaite santé et pas plus affamée que cela.
Sans l’assommer de questions (demain il serait grand temps d’y voir plus clair), ses parents donnèrent à la petite un bain salvateur, l’habillèrent de vêtements propres, la firent manger et la mirent au lit, dans la chambre de leur fils.

Phil : -« Bonne nuit Swani. »

Swani : -« Bonne nuit Phil. Bonne nuit Sin. »

Phil n’y comprend plus rien.

Mais qui peut bien être ce Sin ?

Il n’a pas le loisir de rechercher et trouver la réponse puisqu’à peine allongé sur sa natte, il s’endort immédiatement, terrassé qu’il est par toutes les puissantes émotions vécues en cette journée spéciale et même s’il ne le sait pas encore ô combien décisive pour son avenir.

Après avoir couché les enfants, il y eu un conseil des Vénérables au village.
Les Vénérables étaient les femmes les plus âgées et les plus sages du village.

Elles se concertèrent pour savoir quelle suite donner à la situation.
C’était bien la première fois qu’elles se retrouvaient devant un tel cas de figure.
Elles décidèrent à l’unanimité que le lendemain, après un léger interrogatoire pour récolter le moindre indice pouvant les servir lors de leurs futures recherches, puis pour l’équilibre et la stabilité de l’enfant, de la laisser tranquille.
Sans pour autant négliger d’observer l’air de rien tous ses faits et gestes.
Entre-temps, tout serait mis en œuvre pour trouver les éléments indispensables qui pourraient les mettre sur la piste de sa famille et l’endroit d’où elle venait.

Dès son réveil, Phil voit Swani de dos assise en tailleur sur son lit, en plein dialogue avec le mur.
Bien qu’il n’ai fait aucun bruit, sans se retourner Swani lui dit bonjour.

Phil oubliant la politesse : -« Comment as-tu fait ? Tu n’a quand même pas les yeux derrière le dos ? »

Swani se retournant et cette fois lui faisant face l’air réjouie -« Re-bonjour ! »

Phil l’air préoccupé : -« Bonjour ! »

Swani : -« Sin vient de m’apprendre que tu ne peux le distinguer.
Je comprends maintenant ton étrange attitude d’hier lorsque je te l’ai évoqué.
Malgré toute la ruse que tu as employée pour que je ne le remarque pas, j’ai vu tes petits regards furtifs de partout.
Mais comme je pensais qu’il t’était visible comme il l’est pour moi je ne t’ai rien dit. »

Phil à moitié tranquillisé : « Et moi qui croyais que c’était un animal féroce que tu avais apprivoisé, qui était tapi dans les fourrés près à bondir sur moi et me dévorer tout cru.
J’étais sur mes gardes et je n’en menais vraiment pas large. »

Swani enjouée : -« Quelle imagination que tu as Phil ! Sois rassuré !
Sin est aussi inoffensif que peux l’être un papillon.
Et même s’il tel était son envie, il ne pourrait même pas faire du mal à une mouche. »

Phil enfin soulagé : « Très intéressant ! Mais ça ne me dit toujours pas qui est Sin. »

Swani reprenant son sérieux : « Sin... »

Swani n’a pas le temps de finir sa phrase, interrompue par l’arrivée d’Elodie dans la chambre, les invitant à venir prendre leur petit déjeuner.

Swani a passé presqu’une heure avec les Anciennes du village.
Les parents de Phil avaient été invités à participer à cette assemblée extraordinaire.
Et ils en étaient ressortis plus préoccupés qu’en début de séance.

« Autant chercher un aiguille dans une botte de foin » leur dirent les Vénérables à la fin de l’entrevue qui ne leur avait rien apprit de plus.

Nonobstant toute l’énergie dépensée pour découvrir la Vérité sur ses origines, le miracle n’eût pas lieu.
Bien qu’ils fussent parfaitement conscients de l’évidente difficulté de leur entreprise, des mois durant, ils multiplièrent les allées et venues entre la ville et le village. Remuant sans succès ciel et terre un jour, ils abandonnèrent leurs recherches qui s’étaient révélées infructueuses..
Ce qui était, ma foi, prévisible.


Enfin seuls.
Comme le temps est menaçant, Phil l’a emmené à l’abri dans sa cabane.
Le temps est humide et lourd.

Phil impatient : -« Peux-tu me le présenter maintenant ? »

Swani apparemment distraite : -« Qui ? »

Phil découragé : « Tu plaisantes, j’espère ? »

Swani énigmatique : « D’après toi ? »

Phil se gratte la tête en réfléchissant : « Veux-tu savoir ce que je pense réellement ? »

Swani sur le coup très intéressée : -« Bien-sûr ! »

Phil : « A toi de trouver ! »

Swani énigmatique : «  Je n’en ai aucune idée ! »

Phil : « Tu es une vraie clownette dans ton genre ! », très content d’avoir pu retourner la situation à son avantage

Swani éclatant de rire : « Et fière de l’être ! Et toi Sin qu’en dis-tu ? ».

A peine Swani a-t-elle fini de s’exprimer qu’un magnifique papillon se pose sur la main de Phil, qui n’ose même plus bouger ne fusse qu’un cil.
Depuis son arrivée, il n’en a jamais vu de pareil.
Il est fasciné par les couleurs chatoyantes et irisés qui miroitent sous les rais d’un soleil mystérieux illuminant l’intérieur de sa cabane.
Le bel animal s’envole et vient cette fois-ci, sur le doigt que lui tend de Swani.
Et soudain, le temps semble s’être suspendu aux battements de ses ailes multicolores.
En un instant une brise fraîche les enveloppe, caresse et danse avec leurs cheveux.
Un subtil parfum inconnu titille leur odorat.
Au bout d’un moment, le papillon décolle, volette au-dessus de leurs têtes.
Puis dans un vol majestueux, sort par la fenêtre d’où il est arrivé, s’élève toujours plus haut dans le firmament, pour au final se confondre dans l’azur immaculé des cieux.

En un rien de temps ils se retrouvent replongés dans la moiteur étouffante de cette fin de matinée.
Phil est en tout retourné.
Intuitivement, il a conscience qu’il vient de vivre une expérience unique.
C’est de l’ordre spirituel.
Si bien que cela dépasse son entendement.

Swani : « Merci Sin de ta superbe intervention.
L’idée du papillon était parfaite. »

Phil : « Ne me dis pas que Sin est un papillon ! « 

Swani : « Sin est plus qu’un papillon. Sin est mon petit frère. »

Phil éberlué : « Tu me rassures. Mais pourquoi le Papillon ? »

Swani : « Souviens-toi de ce que je t’ai dit ce matin : que Sin était aussi inoffensif que peux l’être un papillon.
Comme tu n’as peux le voir, il a guidé ce papillon pour qu’il vienne à nous.
C’était son unique façon de te manifester sa présence.
Et nous savons tous trois que l’expérience a réussi, bien au-delà des nos espérances à Sin et à moi. »

Phil : « Racontes-moi ton frère ! »


Au loin une cloche tinte.

Phil : « Viens vite ! C’est l’heure de manger. »

Ce sont des enfants tout rouges et essoufflés qui arrivent dans la salle à manger où sont déjà attablés les adultes.

Elodie : « Allez les petits !
N’oubliez pas de passer par la case lavabo pour vous débarbouiller et vous laver les mains. »

Pour Phil, ce repas est interminable.
Bien qu’à la fin, il fût repu, il était resté sur sa faim.
Et dire qu’il lui faudrait encore attendre la fin de l’école pour enfin savoir qui était le véritable Sin.


Très vite les villageois acceptent Swani, comme l’une des leurs.
C’est une enfant adorable, enjouée, serviable et très adroite de ses mains.
Elle a sculpté dans un bout de bois, trois personnages qu’elle a mis dans une petite cabane posée sur un autel improvisé dans la chambre qu’elle occupe avec Phil.

Une année c’est déjà écoulée.
Les recherches pour retrouver la trace de la famille de Swani, n’ont rien donnés.
A la demande exprès de la famille dirigeante, le conseil des Vénérables, s’est réuni la veille.
Il a été décidé qu’à la prochaine lune une grande fête spéciale serait organisée pour l’adoption de Swani, par la chef du village.
C’est aussi l’époque de son initiation de passage d’enfant à adolescente puisqu’elle a 12 ans.
La tradition et la coutume veut qu’à cette occasion elle choisisse elle-même son prénom définitif.

Swani : -« Le prénom que je choisi en est un composé : Lee-Sin-Swani.
Lee pour ma sœur aînée.
Sin pour mon grand frère.
Swani pour nous réunir tous les trois en un tout.

Puis-je me permettre d’en avoir deux de plus ? »

Sa maman adoptive : -« Cela nous convient parfaitement, puisque cette journée t’appartient. »

Swani regardant la maman de Phil lui dit :

Swani : -« Avec toute l’estime que je te porte, toi que j’aime profondément, je voudrais ton autorisation de prendre comme second prénom Elodie.»

Elodie : « Tu as ma bénédiction, ma chérie.
Dis toi que nous aussi, mon époux et moi t’aimons tendrement. »
Swani : -« Et en troisième je garde mon prénom de baptême Swani par respect envers mes parents naturels. »

L’ainée des Vénérables : -« A partir de ce jour, tu te nommeras, Lee-Sin-Swani Wong.
Lors de ton mariage tu décideras de garder ou de changer une fois de plus de prénom.
Ta volonté sera notre.»

Quand quelques années plus tard elle épousa Phil, elle choisira de s’appeler Elodie.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,