Confiture de châtaigne

il y a
2 min
40
lectures
5
En cette fin d’automne, avant l’entrée dans le vrai froid qui glace les pieds et assèche la peau, Orane amène sa fille pour une balade en forêt. Les couleurs des feuilles au sol rappellent à Gaïa les citrouilles préparées quelques jours plus tôt. Aujourd’hui, ce sont des châtaignes qu’elles sont venues ramasser.
Équipées de bottes en caoutchouc, d’un pantalon à grosse ceinture, et d’un imperméable, elles ressemblent à deux exploratrices à la recherche de ce qu’offre la vie sur terre. Gaïa a tenu à emporter un chapeau, pathognomonique de la prospection pour elle.
La première étape consiste à observer les arbres pour repérer ceux à l’origine de son goûter préféré. Sa maman s’y connaît en botanique mais Gaïa a une astuce, il suffit de regarder au sol les fruits tombés pour savoir qu’on est au bon endroit.
Elle aime s’amuser avec ces boules de poils qui lui font penser à des hérissons. Le jeu, comme chaque année, consiste à faire croire à sa mère qu’elle a adopté un petit animal piquant dans son panier. Orane se charge alors de la récolte pour fournir à manger à la petite bête.
De retour à la maison, Gaïa sait qu’elle va avoir droit au spectacle qu’elle aime le plus, celui du feu dans la cheminée. Maman rapporte le petit bois du jardin pendant qu’elle prépare des boulettes de papier avec de vieux journaux. L’allumette craque et le film commence.
Les châtaignes sont sorties du panier une par une par Orane qui crée une petite entaille sur chacune d’elles... pour que l’air chaud circule et que le fruit n’explose pas, lui a-t-elle appris. Gaïa la regarde faire, la lame étincelante du petit couteau de cuisine lui rappelant que ce qui brille peut être dangereux. Elle aide sa mère à déposer les châtaignes dans l’âtre et reste assise ainsi, hypnotisée par la scène, écoutant les crépitements écarlates et observant les flammes hésitantes, tergiversant quant à la direction à prendre sur l’écorce qui s’obscurcit progressivement.
Dans sa tête, c’est l’ébullition. Sans feu, on n’aurait jamais pu savoir que les châtaignes se mangent. Sans canif non plus. Mais pourquoi le feu brûle ? Où part le bois ? Pourquoi la cendre est grise ?
Orane interrompt sa rêverie de petite fille, ses questions enfantines et ses réflexions sérieuses, pour récupérer les marrons. Elle en met une petite partie de côté, à déguster tels quels une fois qu’ils auront légèrement refroidi. Quelques uns suffisent, Gaïa peut parfois passer quinze minutes pour éplucher un seul d’entre eux, qu’elle dévore immédiatement la dernière pellicule retirée. Au troisième, son appétit a eu le temps de se calmer.
Le reste est ramené à la cuisine pour en faire de la confiture. Gaïa ne connaît pas la recette de sa mère, elle ne sait pas quels ingrédients sont associés pour que l’ensemble forme la purée généralement utilisée comme en-cas lors de leurs randonnées et dont elle raffole.
Pour le moment, toujours installée au chaud devant la cheminée, c’est l’odeur qu’elle savoure ; cette sensation d’enveloppe doucereuse qui émane des fourneaux.
Sous peu, une pâte brune et sucrée sera répartie dans des bocaux en verre pour préserver au mieux ce cadeau de la nature.
Gaïa ne le sait pas encore, mais dix ans plus tard, c’est grâce à des conserves renfermant tous ces souvenirs qu’elle parviendra à surmonter la douleur de la perte de celle qui nourrissait son hérisson.
5

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,