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Comment j’ai fini ma vie avec mon chat

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LaureneG

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Un vendredi soir alors que je me trouvais chez moi dans ma tenue d’apparat la plus séductrice, avec les incontournables chaussettes mouton et le pyjama en pilou, je reçu un message d’une amie que je n’avais pas vu depuis longtemps.
Elle m’invitait à aller boire un verre. Alors que je m’apprêtais à lui sortir une excuse sortie tout droit de ma liste à excuses pour ne pas sortir le nez de chez moi, je croisai indument mon regard dans une glace. Après m’être dévisagé une petite minute, je me dis que si jamais l’amour de ma vie devait arriver dans la seconde en me voyant il serait tellement découragé qu’il partirait en courant.
Ni une ni deux, je saute dans un pantalon et un pull, enfile mon manteau et arrive à l’endroit désigné par mon amie.
Comme toutes filles qui se respectent, nous parlons une heure durant de nos vies respectives, de nos collègues chiants, des personnes qui selon nous n’ont aucun style, de nos patrons insupportables. Bref nous refaisons le monde.
Lorsque vient le sujet fatidique que chaque célibataire redoute le plus. Elle commence par me poser LA question que j’arrive, ma foi avec le temps j’ai pris l’habitude, à bien détourner avec humour, « Non mais tu comprends, c’est l’encéphalogramme plat ». Ainsi par pure politesse je lui retourne la question.
Avec un petit air gêné elle commence par me dire que si elle a rencontré quelqu’un. Une perle rare me dit-elle. Une personne avec laquelle elle se sent bien. Non ce n’est pas un gros lourdaud qui veut juste profiter d’elle. Il est simple, gentil et vraiment c’est un type bien.
Et moi de répliquer, comment vous êtes-vous connus ?
Blanc. Elle regarde son verre de vin comme si le liquide allait subitement se séparer en deux et laisser apparaître la réponse dans le fond du récipient.
Sur un site de rencontres.
Je m’interroge. Elle pourtant si romantique, est ce que n’est pas trop impersonnel comme manière de rencontrer des gens ? Et puis le côté je sais déjà ce que je veux c’est légèrement offensant non ?
C’est en effet ce qu’elle pensait au début et puis après réflexion finalement c’est un site de gens qui savent ce qu’ils veulent certes mais ils savent aussi ce qu’ils ne veulent pas.
Et bien que les garçons peuvent nous zapper soit à cause de notre physique soit car nous ne partageons pas les mêmes gouts et centres d’intérêts, et bien nous aussi filles nous pouvons faire la même chose.
Un peu plus tard dans la soirée, légèrement éméchée je rentre chez moi, retrouver mon pyjama en pilou et commence à réfléchir.
Désormais dans une société de plus en plus individualiste, où plus personne n’a le temps de rien faire, où lorsque vous sortez le soir pour boire un verre seule vous avez l’air d’une vieille fille, il est triste de penser que les sites de rencontres sont notre manière de rencontrer le grand amour façon 2.0.
Nous ne pouvons plus espérer rencontrer notre âme sœur comme autrefois, au détour d’une rue, ou dans le métro en échangeant quelques regards. Les seuls regards que vous allez échanger dans le métro à notre époque sont ceux des clochards qui viennent pour faire la manche. Et encore, que dis-je, nous n’avons même pas la force de les regarder dans les yeux car ils nous font peur.
Alors je me suis dit pourquoi pas ?
C’est vrai si je continue à attendre le prince charmant dans la rue ou dans le métro, je peux encore attendre pendant longtemps.
J’attrape ma timidité dans les yeux et la fait valser à travers la pièce.
Je choisis une photo de profil pas trop moche et surtout d’actualité. Personne n’a envie de me voir 3 ans plus tôt avec une acné encore non traitée et des cheveux gras las encore non traités.
Je rédige une annonce sur un ton léger, assez dans l’air du temps, très cool, un peu drôle, un peu sans prise de tête en essayant de paraître un tantinet intéressante et je m’endors.
Le lendemain matin, je me lève, prends mon café et commence à consulter mes emails.
30 emails du site !! Soit les hommes sont vraiment en manque soit j’ai dû choisir une photo bien trop éloignée de la réalité.
Après écrémage, il ne reste que 5 types qui ont l’air plutôt pas mal.
Quelques semaines d’échanges plus tard, il y en a deux qui, je l’avoue, ont vraiment l’air bien. Pas d’orthographe SMS, plutôt mignons sur leurs photos et intéressants de surcroit.
Galanterie oblige, un des deux me propose que l’on se rencontre et j’accepte avec plaisir.
Le moment qui précède le rendez-vous est un moment pendant lequel je me suis senti très bizarre. Peureuse, anxieuse, complètement surexcitée, je commençais à me voir en robe blanche sur l’autel et puis deux enfants dans chaque main, et puis une maison, et puis des vacances en famille... je m’égare
Je finis par atterrir dans le métro une heure plus tard. Bouchons parisien à la sortie des bureaux, il est resté coincé et nous avons dû décaler d’une heure.
Moi qui pensais que les photos sur le site étaient trop photoshopées et nous empêche de reconnaître la personne je me trompais.
Je suis arrivée vers lui comme si je le connaissais depuis toujours et nous sommes partis diner (eh oui vu l’heure, il n’était désormais plus question de boire un verre mais bien de diner).
Nous avons échangé pendant une heure en rebondissant sur les petits détails de notre vie que nous avions écrit dans nos échanges par mails.
Il était intelligent, c’est indéniable, propre sur lui avec une belle situation et plutôt pas mal même si la photo tendait à penser qu’il s’agissait de quelqu’un d’autre.
Le diner terminé nous nous sommes rapatriés dans un café pour boire un dernier verre de vin.
Notre conversation nous entrainant sur des sujets divers et variés. Je ne sais si ce fut l’effet de l’alcool ou bien celui de rencontrer une inconnue. Quoiqu’il en soit nos sujets si variés de conversation finirent pas n’en devenir qu’un : son ex.
Je n’aurais pu rivaliser avec une telle passion même avec mon engouement pour les films d’Hitchcock.
On sentait bien que la rupture avec été délicate même s’il continuait à se convaincre que la rupture avait été d’un commun accord.
Un lien s’était de toute évidence crée avec Stéphanie et il avait du mal à en démordre.
Le fait est qu’un an de relation même si ça semble court avait eu sur lui un pouvoir libérateur : il s’était découvert homme.
C’est vrai qu’au début il avait hésité à la courtiser. Etant la sœur de son meilleur ami, il avait eu pendant longtemps des doutes et puis un beau jour alors qu’ils se trouvaient tous les deux célibataires, le destin les avait rapprochés. Ils se sont aimés d’un amour véritable, de ceux dont on entend parler mais dont nous n’avons jamais fait l’expérience.
Très vite, alors qu’ils emménageaient ensemble dans un appartement dans le sixième arrondissement de Paris, Stéphanie avait commencé à parler mariage et enfants. Elle de confession purement et traditionnellement catholique ne se voyait vivre qu’avec un homme tout au long de sa vie et il avait été choisi. Il était l’Elu et elle finit par le devenir pour lui aussi. Jésus et Moise vécurent ainsi une idylle à en rendre jaloux Eros. Il était convaincu que c’était la femme de sa vie.
Lui ingénieur, elle étudiant et passant l’examen du barreau au printemps suivant, ils étaient vraiment faits l’un pour l’autre.
Et puisque les liens avaient déjà été créés avec son frère la présentation aux parents fut bien moins intimidante. Les parents de Stéphanie devaient bien admettre qu’ils adoraient leur gendre. Son père ne l’aurait jamais vu partir avec n’importe qui et voilà qu’arrivait, tel un prince sur son cheval blanc, le meilleur ami de son fils, qu’il connaissait depuis sa plus tendre enfance. Quelqu’un de stable, qui convenait comme un gant à sa fille chérie.
Une année durant laquelle, ils achetèrent de nouveaux meubles en se complimentant de l’agencement d’un si bel habitacle. Une année durant laquelle, les week-ends passés chez maman et papa se finissaient souvent par la question laissée en suspens « Mais quand vont-ils se marier ? ». Une année de bonheur à l’état pur, où il l’aidait à travailler son examen du barreau, où il lui faisait réciter son code civil. Il était son soutien, son roc, son meilleur ami et bientôt le père de ses enfants. Ils vivraient à l’abri du besoin le reste de leurs vies et iraient finir leurs jours dans leur maison de campagne en Normandie.
Et puis un jeudi matin ce fut le drame, Stéphanie avait craqué, l’examen du barreau s’avérait un examen vraiment compliqué, la multitude de dates et de lois à retenir avaient eu le dernier mot sur sa santé mentale.
Elle avait laissé déverser sa rage et son insécurité sur la seule personne qu’elle avait à côté d’elle. L’Elu n’était désormais plus l’Elu mais seulement un homme. Un homme qui l’avait tiré vers le bas, qui l’avait distraite de son examen avec ses baisers, ses week-ends organisés à la dernière minute. En une semaine, le partage des biens avait été établis, il avait gardé la voiture, et elle l’appartement dans le sixième.
S’était alors engagé en lui un combat pour savoir pourquoi elle s’était tout d’un coup retournée vers lui, le père de ses futurs enfants ? Après 7 ans d’absence il avait renoué contact avec sa mère, réalisant que la vie ne tient qu’à un fil et qu’une mère est unique. Il avait acheté un appartement près de son travail, car les taux de prêts étaient exceptionnellement bas. L’appartement était situé dans un village à côté de plaisir, 15 minutes en voiture de son travail et 35 minutes de Paris et de sa Stéphanie. Loin des yeux, loin du cœur.
Il avait perdu 10 kilos, s’était remis au sport, avait discuté avec son ex futur beau-père, avait demandé si la faute était vraiment de lui attendant l’absolution. Le père le rassure et lui dit que sa fille était la cause de leur rupture. Il tenait toujours autant à lui et ne voulait pas que leur rupture soit une excuse pour ne plus venir les voir. Même son meilleur ami dont il avait peur de perdre l’amitié, l’avait conforté dans son raisonnement et lui avait juré que sa sœur était bel et bien atteinte.
Finalement six mois après le drame il avait décidé de s’inscrire sur un site qui pourrait lui permettre de rencontrer une fille censée qui partagerait les petits plaisirs de la vie et les grandes joies du quotidien. Condition exigée : le permis de conduire. Pour venir le voir dans son patelin.

Après un bon trois quart d’heure sur le sujet, il s’est rendu compte que ce n’était peut-être pas très agréable pour moi d’écouter tout ça.
Nous sommes restés 15 minutes de plus dans le café avant de payer et de rentrer. Il a proposé de me raccompagner mais j’ai dû décliner de peur de retrouver un rouge à lèvres oublié du côté passager et de passer les quelques avenues qui me séparaient de chez moi avec le fantôme d’une relation idyllique.

Rentrée chez moi, je me drape dans mes couvertures et m’endors comme un bébé. Le lendemain je me réveille et le premier mot qui me traverse l’esprit c’est Stéphanie.

Je me rends compte alors que Meetic est sans doute libérateur. Je ne sais ce qu’il est advenu du jeune homme que j’ai rencontré, aucun email et aucun texto échangé à la suite de notre rendez-vous. L’impatience et sans doute la pression de cette société individualiste m’avait poussé dans les bras d’internet et je m’étais laissée bercer par les photos de profil et les annonces entrainantes me laissant doucement guider vers celui que je croyais être pour moi l’Elu. Désormais et avec le recul je me dis que la meilleure chose à faire, c’est d’attendre. Continuer à vivre, sans penser forcement à trouver sa moitié, sa perle rare car il ou elle arriverait tôt ou tard. Réfléchissons, si même Céline Dion a réussi à tomber sous le charme de René alors tout le monde à sa chance.
J’ai perdu 90 euros, je n’ai pas trouvé l’amour mais j’ai gagné pour le moment une conscience en paix.
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