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Comme un roman photos, une rencontre qui a changé sa vie

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Après avoir pris ses cliques et ses claques, la jeune Annie était montée in extremis dans le dernier train corail de nuit en direction des montagnes enneigées.

Elle avait quitté le tumulte de la vie parisienne pour s'accorder du bon temps, du bien être que sais-je encore et surtout s'adonner à son sport favori.

Son choix de la station hivernale s'était fait un peu par hasard lorsqu'elle avait feuilleté un magazine féminin la veille de ce départ improvisé et qui montrait la station où il fallait être !
Sa nuit fut courte et agitée dans ce wagon lit bringuebalant de tous les côtés où sa voisine de chambrée avait compté les moutons à voix haute pour tenter de s'endormir. La célibataire endurcie n'aimait pas trop ses congénères mielleuses !
Elle se réveillait à peine quand une voix nasillarde annonça par le haut parleur l'arrêt de 5 mn pour la station branchée de Courchevel.
Enfin, elle arrivait à destination pour un séjour de 5 jours qui lui ferait oublier ses principes de célibataire militante à tout jamais. Mais cela elle ne le savait pas encore!
De sa chambre du petit hôtel familial, elle pouvait apercevoir le télésiège qui l'amènerait à dévaler les pentes immaculées tout en se rêvant comme tant d'autres pour une Marielle Goitshel.
Il n'y avait plus une minute à perdre, elle loua une paire de ski à la première boutique sans oublier de faire un peu de shopping, les habitudes parisiennes lui collaient à la peau !
Arrivée au sommet par le téléphérique, elle ne prit pas le temps d'admirer la vallée en contrebas mais entreprit sa première descente par une piste noire. Elle retrouvait des sensations uniques de liberté en slalomant à une vitesse impressionnante. Le débutant passant par là aurait pu s'y méprendre entre une monitrice de ski ou une compétitrice à l'entraînement.
Et les descentes à tout va s'enchaînèrent en cette belle matinée ensoleillée.

Ressentant une baisse d'énergie, c'est à contre cœur qu'elle se décida à faire une pause à mi parcours. Un refuge au nom évocateur de "Petit coin de Paradis" semblait être le rassemblement des fanas de la glisse. Bien qu'elle n'ait pas pensé à réserver, le serveur s'empressa de lui trouver la dernière table disponible de la terrasse. On se demande encore si c'était dû à son sourire angélique ou à son côté parisienne des beaux quartiers. Sans doute les deux !
Encore stupéfaite de se retrouver à côtoyer les hauts sommets, elle ne fit pas attention au jeune homme qui l'observait avec intérêt. Il se trouvait tout proche mais paraissait hésiter à provoquer une conversation bien qu'il en ait eu certainement l'envie.
Trop tard, un autre voisin de table s'empressait de lui conter fleurette. Mais bien vite, celui-ci parut décontenancé par les réponses sans équivoque qu'elle lui fit et n'attendit pas son reste !
Fort de ce rival échaudé, le 1er jeune homme que nous appellerons Robert se décida enfin à aller vers la jeune femme. Une fois de plus, il loupa le coche, elle se levait de table et chaussait ses skis.
Tout dépité le jeune timoré en apparence mais déjà envoûté, se rassit en laissant s'échapper cette mystérieuse inconnue.

Notre sirène des neiges à la chevelure flottant au vent repartit rejoindre la station à vive allure. Après un repas équilibré bien que la cuisine bio n'existait pas encore à cette époque, elle s'assoupit comme la Belle au bois dormant. Mais il était trop tôt pour que l'on sache si elle rêva du Prince charmant !
En ce 2ème jour, la neige était tombée dans la nuit recouvrant les pistes d'une fine pellicule cotonneuse. Annie entreprit d'améliorer ses performances de glisse sur les mêmes parcours que la veille. Plus de secret pour elle, elle en connaissait déjà toutes les voies rapides. Elle retourna donc au refuge qui devenait son point de ralliement et s'attabla au même endroit.
Finissant avec appétit une salade de cresson, elle sursauta à un bruit étrange au point d'en rechercher la cause. Des skis alignés et placés sur le mur du chalet s'entrechoquaient pour tomber les uns sur les autres et dans ce capharnaüm finirent en un tas entremêlé au sol. Notre sportive se leva précipitamment pour ramasser sa paire de skis. D'autres convives firent de même. Le jeune homme à l'origine de cette maladresse volontaire n'était autre que notre jeune apprenti séducteur. Il le prit à la rigolade scandant à la cantonade avoir rejoué une des scènes des Bronzés font du ski. N'en déplaise à Annie qui le fustigea du regard sans lui décrocher une parole. Le jeune Robert n'en attendait pas moins car il avait pu en quelques secondes croiser les beaux yeux de sa mystérieuse inconnue qui s'éloignait à toute vitesse. Certain de la revoir le lendemain, il piétinait d'impatience tout en se torturant l'esprit pour mettre en place un autre stratagème.
Mais que lui avait il prit d'accepter une virée nocturne avec ses copains d'un soir ? Allant de bars en discothèques, il pensait à tort retrouver dans un de ces lieux réservés à la jeunesse dorée et insouciante celle qui hantait ses pensées. Ses recherches infructueuses mirent à mal sa bonne humeur de boute en train toute la soirée.
Le lendemain du 3ème jour, c'est inquiet et préoccupé qu'il prit place à la terrasse du Petit coin de Paradis. Il guettait jusqu'à dévisager toutes les jeunes femmes arrivant seules ou en groupe. Flattées de tant d'attentions, certaines d'entre elles lui répondaient par des clins d'œil malicieux. Mais notre Robert désespéré préférait détourner le regard. Les quarts d'heure s'égrenaient au point que sa Rolex afficha 15h. Les questions restées sans réponse se bousculaient dans sa tête. Mais que lui était il arrivé, pour quelles raisons n'était-elle pas venue déjeuner, était elle déjà repartie et il ne la reverrait plus jamais ?

Pendant que notre hidalgo s'inquiétait à bon escient, la dulcinée de ses rêves se trouvait clouée au fond de son lit avec une bouillotte aux pieds. Fiévreuse au petit matin, elle avait préféré se reposer en restant tranquillement dans sa chambre. Elle en profita pour appeler ses copines de boulot restées à la capitale mais qui ne purent savoir malgré leur insistance si elle avait fait des rencontres masculines. Notre Annie prônait l'indépendance féminine à fond !

Rétablie et fraîche comme un papillon prêt pour son premier envol, en ce 4ème jour, elle prit le téléphérique pour s'enivrer de l'altitude qui lui avait tant manquée hier. Elle avait hâte de dévaler les pistes les unes après les autres et se prouver qu'elle avait retrouvé sa super forme physique. Elle en avait oublié l'heure, lorsqu'elle se rendit tardivement au chalet pour se restaurer. Quelle déception lorsqu'elle s'aperçut que sa table attitrée était déjà occupée par un individu. On se doutait que les célibataires avaient leurs manies mais pas à ce point ! Toutes les autres tables étant prises, piquée à vif, elle s'apprêta à s'installer au bar dans la salle intérieure. Une voix masculine l'en dissuada et lui proposa de partager sa table. Quel toupet de la part de ce bellâtre à la mine réjouie, mais elle accepta. Avec un esprit un tantinet vengeur, elle s'efforça d'être désagréable. Elle se refusait à une conversation des plus courtoises au point d'en décourager plus d'un. Il semblait désemparé d'être rabroué ainsi mais suffisamment tenace il s'entêtait à la faire rire ou au moins sourire. Les yeux mi-clos captant avec délice la douceur du soleil sur son visage, notre féministe ne voulait pas lâcher prise aussi rapidement. En un sursaut, elle fila à l'anglaise en prétextant se repoudrer le minois aux toilettes. Notre inexpérimenté Robert comprit la supercherie et s'en voulu de s'être laissé duper si facilement. Il connaissait uniquement son prénom grâce à la complicité du serveur, la solidarité masculine avait du bon ! Mais dans la précipitation, elle en avait oublié à leur table un livre sur les mémoires de Kafka. Cet auteur lui rappela ses années d'études dans un célèbre lycée parisien. Était-elle une jeune professeure de littérature étrangère?

Pour ce dernier jour en montagne, notre Annie était résolue à profiter pleinement de cet air vivifiant. Le teint hâlé devenait très tendance du côté du café de Flore à Saint Germain des Près. Même le magazine Jour de France avait fait sa toute dernière couverture de B.B. bronzée à Megève. Son itinéraire de skieuse en mémoire, elle s'aventura à nouveau sur les traces des chasse-neige mais aussi des chamois. Elle ne vit ni les uns ni les autres car le temps commençait à se couvrir. Comme elle l'avait prévu, elle passa pour la dernière fois au chalet-resto pour emmagasiner quelques rayons de soleil. Confortablement installée dans un transat, elle semblait préoccupée sans s'en avouer vraiment la raison. Il paraissait évident que de retrouver la grisaille de la capitale devait la contrarier. Mais encore ? Soudain, la vue d'une silhouette connue s'approchant d'elle lui rendit son sourire coquin. Son plaisantin de la veille se tenait devant elle et lui tendait un petit paquet cadeau ficelé d'un nœud rose. Elle le connaissait à peine mais était décidée à se montrer charmante cette fois. Elle l'ouvrit délicatement et elle en sortit son livre fétiche. Elle l'avait cherché partout loin de se douter de l'endroit où elle avait pu le perdre. Notre grand échalas tout émoustillé était aux anges. Il avait pris soin d'y glisser sa carte de visite calligraphiée de ses coordonnées. Confuse par ses manières un peu guindées tranchant avec ses plaisanteries cocasses, elle en était néanmoins ravie. A peine la conversation amicale débuta entre ces deux là, qu'un coup de tonnerre retenti au loin. L'orage se rapprochait. Il fallait faire vite pour regagner la station d'en bas. Décidé à ne plus la lâcher, il l'a mise au défi d'arriver le premier à la station. Ainsi notre Marielle Goitshel au tempérament de feu et notre Jean Claude Killy séducteur à toutes heures partirent sur les chapeaux de roues.
On ne sut jamais qui arriva le premier...
Des années plus tard, à l'écoute de ce récit, Sylvie demanda à sa mère lequel de ses deux parents avait gagné cette course folle. Se sentant très émue par les souvenirs amoureux de sa jeunesse, Annie préféra ne pas répondre pour garder le secret de sa romance inoubliable rien que pour elle et son mari Robert bien aimé.
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Fantomette · il y a
Je vote parce que c'est bien écrit, dommage, l'histoire est un peu longue. Si cela vous dit, je suis en finale avec "Soleil de la saint Valentin" peut être à bientôt
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