Coeur de chair et de sang

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L’Île de la Tortue 17e siècle
Coucher de soleil sur une forêt tropicale. Sous un arbre, Maria, une jeune femme noire pleure, tremble et transpire pendant plusieurs minutes. Elle porte une robe simple avec un tablier. À côté d’elle; un panier, une gourde d’eau et un baluchon. Elle se calme. Maria soulève le couvercle du panier. Puis, d’une main experte, elle prend rapidement et doucement la tête du serpent à l’intérieur. Elle soutire le venin du serpent et le met dans une minuscule fiole, dépose celle-ci par terre, puis tranche la tête du serpent avec un couteau. Ensuite, Maria bouche la fiole, l’enroule d’une cordelette qu’elle porte à son cou.
Elle parle à la fiole, la prenant dans ses doigts.
M-Le parfum de ma mère. Je te garderai toujours précieusement en souvenir. Au moins, cette fois, tu n’auras pas le choix de me sauver, maman.
Maria s’endors, roulée en petite boule sous l’arbre.

Quelques jours plus tôt
Devant un champ, une plantation de tabac. Un homme blanc qui fume la pipe et une jeune femme noire sont assis sur un banc. Il fait jour et le temps est calme. La conversation se passe en français.
M-François, est-ce que je peux te poser une question personnelle ?
F-Pratique-toi en même temps, Maria.
La conversation se passe en espagnol.
F-Pose-moi ta question en espagnol.
M-Comment t’es-tu engagé ici à l’Île de la Tortue ?
F-Tu t’es beaucoup améliorée ! Mes cours ne te serviront plus à rien désormais.
Maria écrit avec un bâton sur la terre François lui sourit et efface le tout avec son pied.
F-En France, messieurs de la Compagnie Occidentale recrutaient du monde. Ils m’ont proposé de me refaire une vie aux Petites Antilles. Je savais qu’il fallait que je paye mon transport quelques années en travaillant mais je ne m’attendais pas à être exploité de la sorte. J’ai été réduit à l’esclavage. Un peu comme toi.
M-Tu pourrais déserter et rejoindre les boucaniers ?
F-C’est un métier aussi rude de chasser pour vendre le cuire... Et leur récompense à la fin n’est pas meilleure ! Caleçons, bonnet, chemises, fusil, poudre et plomb. Et j’irais où avec ça ?
Maria décide de continuer la conversation en français.
M-Là, tu recevras quoi quand t’aura fini de servir Maître Gagnon ?
F-Ha! Libre enfin ! Dans quelques semaines, je recevrai 300 livres de pétun. J’avoue que je n’irai pas loin avec ça non plus. Si j’avais été recruté en Martinique ou en Guadeloupe, j’aurais reçu une concession à défricher en plus.
M-Au moins, t’as une chance de reprendre ta vie en main, toi. Moi, je suis condamnée, je suis née esclave et le resterai jusqu’à la fin de mes jours.
F-Ne dis pas ça ! Sais-tu pourquoi je t’ai enseigné les langues et l’écriture ? Parce que j’ai perdu mes illusions quand j’ai compris que ce dieu catholique qu’on impose à tout le monde est esclavagiste ! Je me suis rendu compte que toi et moi, on n’est pas différent. J’ai cherché un sens à ma vie. T’enseigner est plus sensé que juste survivre dans les champs. J’ose croire qu’on a un avenir, une possibilité de vivre libre et heureux. T’armer de mes connaissances, briser la barrière des langues par exemple, ça me fait croire en l’avenir. Le tien comme le mien.

La menace
Dans la cabane des esclaves, Maria est seule. Elle fait une sieste. Après un moment, la mère (E) de Maria marche vers sa fille, la mine grave. La conversation se passe en français.
M-Tu rentres tôt. Où sont les autres ?
E-Ils se promènent. Le dimanche, on en profite. T’aurais dû être avec nous.
Silence lourd de reproches.
E-Notre Maître Gagnon te réclame.
M-Je refuse! Tu le sais ce qu’il me fera! Aide-moi plutôt à me sauver, maman.
E-Plus tôt tu apprendras la vie, ma petite fille, mieux se sera !
Maria se lève d’un bond.
M-La vie, c’est de laisser ses enfants se faire violer ?
La mère la gifle. Maria lui jette un regard assassin, puis se dirige vers la maison du Maître.

La fuite
En chemin, elle voit un serpent venimeux enroulé à un arbre. Elle réussit à lui prendre la tête prudemment avec sa main. Elle retourne vers sa cabane. Sa mère est de dos. Maria jette violemment le serpent sur sa tête, le serpent mord le cou de la mère, qui sursaute avec un cri étouffé, convulse et s’effondre. Maria reprend le serpent prudemment et le dépose dans un panier, pose le couvercle dessus. Elle attrape un baluchon dans lequel elle y dépose du pain, un couteau, un briquet à silex, une gourde remplie d’eau, et une petite fiole.
Maria, avec ses bagages, cours vers François qui bûche du bois.
M-François ! Prépare tes affaires, il faut qu’on s’en aille d’ici ! (Ton essoufflé et paniqué.)
F-Qu’est-ce qui presse ?
M-Le Maître Gagnon, il veut me voir.
F-Je ne peux pas... Il ne me reste que quelques semaines avant d’être libre. Tu risques plus de te faire prendre si je suis avec toi.
M-Qu’est-ce que dis ?
F-Je ne m’enfuirai pas avec toi, Maria. Utilise tout ce que je t’ai appris.
M-Tu me laisses tomber ?
F-Jamais ! Je ferai diversion quand tu partiras vers la forêt. Je te serai beaucoup plus utile comme ça. Bonne chance.
Maria étreint François. Il voit les autres esclaves marcher lentement vers la cabane.
F-Tu n’as pas beaucoup de temps. Au feu ! Apportez de l’eau ! Faîtes la file !
Maria cours vers la forêt avec ses bagages.

Le lendemain, Maria est brusquement réveillée au pied de l’arbre. Une femme noire, sale et amaigrie (S) la dépouille de ses biens. Elle recule tandis que Maria se met sur les genoux.
S-Sûre que tu n’es pas affranchie.
M-Fugitive. Aidez-moi s’il vous plaît. (Ton effrayé, suppliant.)
S-Une maronne ?
L’hermite s’avance et lui arrache le pendentif.
M-Non ! C’est le parfum de ma mère ! (Ton apeuré.)
S-C’est un beau souvenir. Maintenant il m’appartient. (Ton narquois.)
L’hermite ouvre la fiole et la sent, la mine perplexe. Elle examine la fiole en la tournant et remarque le serpent mort à côté de Maria. Puis, son regard stupéfait fixe Maria et qui reste bouche bée. L’hermite se met à rire, suivit de Maria. Avec un regard entendu entre les deux femmes, l’hermite rend la fiole à Maria en rattachant affectueusement la fiole à la cordelette qui pend à son cou. Maria semble soulagée.
S-D’accord, elle est à toi. Tu ne me dois rien car nous sommes pareilles, toi et moi.

Maria et l’hermite marchent dans la forêt.
M-Comment survies-tu ?
S-La magie m’aide.
M-Une sorcière ? Tu sais que si un prêtre te trouve, il te brûle au bûcher !
S-Il ne pourrait pas. Je suis très puissante.
M-Tellement puissante que vous vous cachez dans la forêt? (Ton narquois.)
S-La puissance est toujours cachée, jeune femme, c’est à toi de la trouver. Et entre toi et moi, c’est toi qui a besoin d’aide, pas moi.
Maria la regarde, mi perplexe, mi admirative.
M-Comment tu t’appelles ?
S-Sorcière. Et toi ?
M-Maria. (Silence.) Où on va ?
S-Je t’emmène à un hatos près d’ici. C’est une maison de campagne pour les boucaniers avec leurs animaux. Ils sont partis chasser les sangliers. Leurs esclaves gardent la maison. Pendant que je vais retenir leur attention, tu entreras dans le hatos pour voler de la nourriture.

Sorcière fait diversion en attirant le regard des gardiens (G1 et G2) du hatos en dansant lascivement.
G1-T’as vue ça ?
G2-Ne serait-ce pas la folle dont les autres ont cru apercevoir la semaine dernière ?
G1-Qu’est-ce qu’elle fait ici ?
Silence, ils la regardent salacement.
G2-En tout cas, on ne s’ennuie pas aujourd’hui.
Les deux rient grassement.
Maria entre par une fenêtre, indifférente aux animaux qui s’agitent, elle vole des oeufs et fouille un coffre. Elle prend un caleçon, une casaque en toile, un couteau, un étui en peau de caïman, des papiers, une plume et un encrier. Maria sort et fait signe à l’hermite. Les deux femmes se sauvent.
G1-Hey ! Pas déjà fini ?!
G2-Rattrapons-la !
G1-Non ! On n’a pas le droit de quitter le hatos.

L’adoption
À la cachette de , Maria essaie de modifier ce qui est écrit sur un papier.
M-Regarde, puissante sorcière, je peux passer pour une affranchie maintenant. Je suis libre !
S-Ce n’est pas crédible, une femme noire et seule affranchie. Ils découvriront bien vite la fraude. Et pourquoi as-tu pris ces vêtements masculins? As-tu donc l’intention de me quitter ?
M-Non. Merci de m’enseigner comment survivre librement.
S-Avoir su que tu étais aussi douée pour voler, j’aurai été te recruter directement chez toi.
M-Tu sais où j’habitais ?
S-Je ne t’avais pas reconnue sous l’arbre, l’autre jour. Mais tu vivais à la plantation du Maître Gagnon. J’espionne de temps en temps. Pauvre fille, j’espère qu’il ne t’a pas touché.
M-Touch... Tu savais ?
S-Hum hum.
M-Et tu n’es pas venu me proposer de m’enfuir avec toi ?
S-Pourquoi faire ?
Maria prend l’aiguille dans sa main sans que l’hermite ne s’en aperçoive, elle l’avance doucement vers l’épaule de l’hermite. Puis, d’un mouvement brusque, elle presse sa main sur son cou. L’hermite, l’aiguille dans son cou, paralyse et suffoque.
M-Tu avais le pouvoir de me sauver, puissante sorcière ! C’était ton choix. Nous ne sommes pas pareilles, toi et moi. (Ton dédaigneux.)
Maria prend son sac, vole les effets volés de l’hermite et s’en va en marchant.

Maria marche dans une prairie. Elle aperçoit une sœur (S) en train de fouetter un garçon blanc d’une dizaine d’années avec une lienne.
S-Ne te retiens pas de crier, au moins articule un  !
Le garçon serre les dents. Soudain Maria apparaît et la sœur s’arrête.
S-À qui appartiens-tu ?
M-Pourquoi tu le bats ?
S-Ça ne te regarde pas !
Maria fixe la sœur silencieusement. Le garçon se sauve en courant.
S-Ha! Vois ce que tu as fait ! Ton Maître en entendra parler, petite sotte !
Maria prend son poignard, s’avance vers la sœur. La sœur brandi la lienne pour se défendre mais Maria est plus rapide et poignarde la sœur dans le ventre.
S-Haaaaaaaaaaaa ! (Cris de douleur et d’agonie.)
M-Tu ne feras plus de mal à aucun enfant, salope !

Maria marche dans la direction où le gamin s’est sauvé. Celui-ci semblait l’attendre.
M-Quel est ton nom ?
J-Jean...
M-Je suis Maria. Veux-tu retourner au couvent ?
J-Non.
M-Veux-tu venir avec moi ?
J-D’accord.
Maria et Jean se mettent en marche.
M-Quelle langue connais-tu ?
J-Deux. Ma maman était française et mon papa était espagnol.
M-Penses-tu qu’on pourrait se débrouiller au Mexique ?
J-On peut essayer.

La traversée
Maria se déguise en homme et se fait passer pour l’esclave d’un maître qui séjourne au Mexique. Jean se fait passer pour le fils de ce maître imaginaire. Avec des faux papiers écrits par Maria, prétextant que la mission de l’esclave est de reconduire Jean chez son père, le capitaine d’un bateau les laisse monter à bord. La traversée se passe bien. Une fois arrivés près des côtes, Maria et Jean saute du bateau avec leurs bagages, nageant jusqu’à la terre plus loin des quais. De cette façon, leur arnaque ne s’est pas fait repérer.

Vera-Cruz
Il fait jour. En ville, Maria, habillés avec ses vêtements de femme, et Jean se promènent sur la place publique. Ils se dirigent vers un groupe qui s’agglutine autour de joueurs de dés. Tout à coup, Maria a une exclamation de surprise.
M-Ha!
François lance les dés. L’autre joueur (D) a l’air satisfait et prend les dés. La foule fait des et des .
D-Le prochain coup sera décisif. (En espagnol.)
François, l’air découragé, se tourne vers la foule et a une expression de surprise ravie en apercevant Maria. Il s’approche d’elle. Ils parlent en français et en chuchotant.
F-J’suis tellement content de te revoir !
M-Moi aussi. Tu t’en sors ?
F-Peux-tu faire diversion ?
Maria hoche la tête.
F-On se retrouve dans la forêt vers le Nord.
Maria acquiesce. François retourne jouer aux dés.
M-(à Jean) Tu veux jouer ?
Jean fait signe que oui avec un sourire complice.
M-Fais semblant de pleurer fort et d’avoir mal.
Soudain elle semble le pousser dans le dos et l’enfant tombe par terre. Elle le tire par les cheveux et le col de chemise en criant.
M-Relève-toi espèce d’empoté et dépêche-toi, on va être en retard!
Jean pleur fort, fait volte-face, faisant lâcher prise à Maria. Elle fait semblant de le frapper au visage d’une main en claquant dans son autre main tandis que le jeune se jette à terre sous les yeux, qui suspicieux, qui agacés, des gens qui n’interviennent pas. Les dialogues se passent en espagnol.
D-(à personne en particulier) C’est sa nourrisse ?
François, pendant ce temps, vole le butin destinés au gagnant des joueurs divertis par le spectacle. François s’enfui vers l’église. Un homme (A) se détache du groupe et prend la femme par le cou, l’amène plus loin des regards et la colle sur le mur d’une bâtisse.
A-Je n’ai encore jamais frappé une femme de ma vie mais vous pourriez bien être la première !
Maria n’a pas le temps de répliquer, le garçon se pend au bras de l’homme pour l’empêcher de frapper.
J-Monsieur non ! On faisait semblant !
L’homme regarde Jean, l’air éberlué.
M-Voyez monsieur, il n’a même pas la joue rouge. (D’une voix étouffée.)
L’homme relâche son étreinte.
Plus loin, on entend le joueur de dés rival.
D-Hey ! Où est le butin ? (En criant.)
La foule se disperse, les gens semblent un peu décontenancés.
D-Vous avez vu où est François ?
Collé à la bâtisse, l’homme échange un regard avec Maria, l’air de comprendre. Maria se pousse en entraînant Jean avec elle.
J-(à l’homme) On voulait faire diversion. Je crois que ça ne pouvait pas mieux marcher ! (En riant.)
L’homme les regarde s’en aller avec l’air perplexe.

Le soir tombe. Dans la forêt François retrouve Maria. La conversation se passe en français.
M-Je te présente Jean. Je l’ai pris sous mon aile.
François et Jean se serrent la main.
F-Je ne croyais pas te retrouver un jour... et ici ! Hé que le monde est petit !
M-Ouais. C’est ça que les survivants du premier tour de la Terre ont dit quand ils sont débarqués du Victoria !
Ils rient tous les trois. Puis, Maria et Jean déposent leur sac et baluchon. Jean cherche autour des brindilles et du bois mort. Maria fait du feu avec son briquet à silex pendant que François compte le butin.
L’homme qui a intercepté Maria et Jean un peu plus tôt s’est approché d’eux furtivement. Habillé comme un blanc, avec une lance à la main. François, l’apercevant, pose la main sur son couteau.
F-Que veux-tu ?
M-C’est quelqu’un de bien.
J-Oui, il a essayé de me sauver.
François se détend.
F-Veux-tu partager notre repas ?
A-Parlez-vous espagnol ? (En espagnol.)
Le reste de la conversation se poursuit en espagnol.
A-Je m’appelle Agüeybaná.
M-D’où viens-tu ?
A-J’habite une terre au sud avec ma tribu.
M-Tu parles bien l’espagnol.
A-Ma mère est originaire d’Hispaniola.
M-C’est proche d’où nous venons.
F-C’est elle qui t’as appris à parler cette langue, donc.
A-Oui.
F-(à Maria) Je l’approuve. Je te l’avais dit que briser la barrière des langues permettait de voyager plus facilement.
M-(à Agüeybaná) Tu voyages seul. Ta famille est restée avec ta tribu ?
A-Avant de la rejoindre, ma mère était une des dernières natives d’Hispaniola, son peuple a disparu à cause de la maladie et des blancs. C’est sans doute par nostalgie qu’elle m’a donné le nom que je porte. Mon père, lui, vient d’Afrique. Son négrier s’est échoué près des terres où ma mère vivait. C’est comme ça qu’ils se sont rencontrés. Les Indios Bravos ont libéré et adopté les esclaves Africains et ont tué les blancs qui les conduisaient.
F-Qu’est-ce que tu fais dans les parages ?
A-Je voulais voir d’où ma mère venait.
M-Il n’y a plus rien là-bas. Juste des blancs qui font cultiver des terres par des esclaves.
Agüeybaná jette un regard méfiant envers François.
F-Et les blancs sont très mauvais entre eux aussi. J’ai été leur esclave pendant un temps.
J-Où sont ton papa et ta maman?
A-Ils sont décédés de la maladie il y a quelques lunes.
J-Désolé. J’aimerais bien aller dans ta tribu.
M-Tu n’as pas peur de te faire dévorer, petit blanc ? (Ton goguenard.)
J-J’ai peur de rien ! (Ton fier.)
Maria sourit.
M-Comment vit-on chez toi ?
A-On n’a pas besoin de cultiver quoi que ce soit, on a qu’à cueillir et chasser dans la forêt. Je peux tous vous y amener si vous voulez.
F-D’accord. Avant de partir, il faut traverser Vera-Cruz et voler quelques provisions.

La chute de Vera-Cruz
Des pirates français ont envahi Vera-Cruz. Surpris dans la rue, Agüeybaná, Maria, Jean et François se sauvent. Un borgne (O), assomme Maria, la déshabille et éparpille ses vêtements pendant que les autres pirates attaches des prisonniers, dont Agüeybaná. François a réussi à se sauver ailleurs, Jean aussi, prenant des directions différentes. Prêtres, femmes, enfants, hommes noirs libres, tous à genoux et les mains entravés, sont tournés vers la scène. Le borgne clame (tout se passe en français) :
O-Quand elle se réveillera, la mulâtre, elle n’osera pas bouger, préférera cacher sa nudité avec ses mains et ses bras. (Avec un rire gras.)
Maria se remets debout.
M-N’osera pas quoi ?
Elle vole l’épée du pirate surpris et le défit de l’empêcher de récupérer ses vêtements. Le spectacle tient tout le monde en haleine, y compris les autres pirates qui ont l’air de s’amuser. Le borgne la défit avec sa seconde épée, elle se bat avec lui et lui coupe un bras, elle se penche pour enfiler un jupon, se relève et se bat contre un autre pirate qui la défit à son tour, elle lui entaille l’intérieur de la jambe, elle se repenche pour ramasser sa robe. Agüeybaná lui crie :
A-Libère-moi et je t’aiderai !
Elle tranche ses liens et lui donne son épée. Agüeybaná se bat contre deux pirates à la fois pendant que Maria enfile sa robe, récupère son couteau par terre aussi, détache les liens des autres prisonniers. Certains se sauvent, d’autres se battent à leur tour. Maria récupère son sac (elle ne se rend pas compte qu’elle n’a plus son pendentif) et entend Jean crier à l’aide. Elle court dans sa direction.

Un pirate prend en otage Jean, le bras passé autour des épaules et l’épée sur son cou. Agüeybaná tire un coup de pistolet en plein dans l’épaule du pirate, qui, en tombant, coupe un peu la gorge de Jean. Il ne saigne pas beaucoup. Agüeybaná pose un mouchoir sur le cou de Jean. Maria plante son couteau dans les parties génitales du pirate, ensuite lui tranche la gorge, puis enlève son caleçon et castre le pirate. Elle suffoque.
M-N’osera pas quoi ?!
A-Maria ?
Semblant revenir à elle, Maria va aider Agüeybaná à soigner Jean qui se tient la gorge avec son mouchoir.

Maria, Agüeybaná et Jean réfugient dans une taverne. La conversation se passe en espagnol.
M-Armez-vous ou sauvez-vous ! Les pirates sont là !
Le tavernier nettoie un verre.
T-Quelle blague ! Cette ville est imprenable !
J-C’est la vérité ! C’est eux qui m’ont fait ça ! (En montrant son cou.)
T-Pauvre petit homme ! On pensait que ces coups de mousquets et ces cries étaient pour fêter le jour du saint. Mais ce n’était pas des cris de joies...
Il appelle les clients attablés et au comptoir qui commencent à dessaouler. T-Il faut préparer les armes, une bataille nous attend ce matin ! Allez réveiller les maisonnées !

Les clients se pressent à sortir. Une fois tout le monde dehors, il ne reste qu’Agüeybaná, Maria et Jean. Maria fait couler de l’alcool sur un mouchoir et le pose sur le cou de Jean, qui geint et grimace mais reste docile.
Un prêtre entre dans la taverne. La conversation se passe en français.
P-Maria ! C’est bien toi !
M-Père Jacques ! Que faîtes-vous ici ?
P-Maître Gagnon est à Vera-Cruz pour affaires. C’est bien sa veine ! Dieu nous garde. Tu dois repartir avec lui.
M-Je ne retournerai pas chez lui ! Fichez-moi la paix, ça ne vous concerne pas !
P-C’est ton Maître, maronne ! Ton père qui plus est, alors tu dois doublement lui obéir !
Maria écarquille les yeux, Agüeybaná la regarde interrogateur, Jean, reste bouche bée.
M-Mon... père ?
Maria cherche son pendentif... ne le trouve pas, elle semble bouleversée.
P-Tu ne le savais pas ?
Maria le regarde fixement, le prêtre semble très mal à l’aise.
P-Je n’ai jamais répété de confession avant, pardonne-moi, j’ignorais que tu l’ignorais. (En faisant un signe de croix.)
La conversation ici se passe en espagnol. Agüeybaná pose une main réconfortante sur l’épaule de Maria.
A-Qu’est-ce qu’il dit ?
M-Le Maître Gagnon, dont je suis l’esclave... Père Jacques dit que c’est mon père !

Agüeybaná, ayant un rictus mauvais, s’avance vers le prêtre. Père Jacques recule, semble le craindre. Il prend la croix qui pend à son cou dans ses mains, en signe de prière. La conversation continue en espagnol.
A-(à Agüeybaná) Mon fils, je suis plus fort que toi car je ne crois pas résoudre les conflits par la violence.
Agüeybaná le frappe tout en lui criant dessus.
A-Alors comme ça, je suis plus faible que toi parce que j’utilise la violence? Parfait, que les plus forts souffrent ! Que les esclavagistes souffrent ! C’est toi le plus fort ! Votre amour de dieu vous délivrera !
Le prêtre tombe par terre et fait signe de se rendre. Il saigne du nez et de la bouche. Agüeybaná cesse les coups.
P-(à Maria) Ça va, je ne te dénoncerai pas, je ne te retiendrai pas.
François entre dans la taverne.
F-Ha ! Enfin je vous retrouve ! J’ai une bonne nouvelle !
M-Vera-Cruz est sauvée?
F-Non. Mais j’ai demandé au capitaine corsaire de m’engager, moi et mes amis et il a accepté. Comme ça, il ne nous fera pas de mal.


Le choix
C’est le matin. François entraîne à sa suite Maria, Jean et Agüeybaná. L’autre moitié de la ville se réveille et prend les armes, mais les pirates enferment déjà des prisonniers dans l’Église. Jean ne saigne plus.
F-Ils ont déjà gagné. Les lèves-tard devront se rendre. Ces espagnols ont volé les autochtones, y a pas de mal à les voler ! Le capitaine m’a dit qu’il prendrait bien des hommes comme toi, Agüeybaná. Tu es un homme libre.
Agüeybaná est dubitatif.
M-Tu ne veux pas repartir avec nous chez Indios Bravos ? On peut s’enfuir maintenant. (Ton suppliant.)
F-C’est que... Pendant qu’on s’est perdu cette nuit, j’ai rencontré Ève. Elle a eu le coup de foudre pour moi ! C’est celle habillée en homme là-bas, elle fait partie de l’équipage des flibustiers. (En pointant une silhouette plus loin.)
Jean fait non de la tête. Maria acquiesce et se tourne vers François.
M-Je ne crois pas que ce soit une vie pour nous, mon cher. Mais si ça fait ton bonheur, pars avec elle.
A-Je préfères retourner chez moi.
F-C’est où au juste ?
M-Dans le coin de Boca del Drago.
F-Alors si on jour, nous nous revoyons, nous pourrons faire affaires ? Parfois nos bateaux ont besoin de se ravitailler chez les Sauvages, passez-moi l’expression.
A-Les miens ont tendance à tuer les pirates. On a tué l’Olonnais que vous connaissez sûrement, il y a, quoi 10 ans ? On l’a coupé en morceau et l’on mangé.
M-Il était tellement cruel que c’était tout ce qu’il méritait de toute façon.
F-Ils sont comme ça avec tous les aventuriers ?
A-Sauf exception.
M-Pourquoi donc ?
A-Autrefois, les miens faisaient du commerce avec eux. Un jour, les aventuriers les ont convaincus d’amener leur femme pour manger ensemble. Ivres, ils ont tué les hommes et enlevé les femmes. Depuis, aucune réconciliation n’est possible.
M-Tu es sûr de vouloir partir avec ces pirates, François ?
François jette un coup d’œil à Ève, se tourne vers Maria, et acquiesce gravement.
F-Si je comprends bien, nous ne nous reverrons plus?
M-Je ne crois pas, non.
F-Fuyez avant qu’ils n’apprennent que vous ne viendrez pas, car sinon, ils vous feront prisonniers comme le reste de cette ville.
M-Une dernière chose François. Tu as fait un sens à ta vie en m’enseignant les langues. Je t’en prie, promets-moi mon ami, que tu ne passeras toute ta courte vie dans le cycle vicieux du vol et la dilapidation des trésors. Investis dans un bateau marchand par exemple. Je suis sûre qu’Ève te suivrait.
François la regarde affectueusement et hoche la tête.
F-Je te promets, Maria.
M-Bonne chance mon ami. Que dieu, qu’importe lequel, te garde.
François embrasse Maria, donne une poignée de main à Agüeybaná, puis à Jean, et s’en va sans se retourner.

Maria, Agüeybaná et Jean regardent les pirates emmener les esclaves de Vera-Cruz dans leur bateau.
M-J’entends qu’ils vont les vendre à la Jamaïque.
A-Si certains veulent être esclaves, on n’y peut rien. Si certains veulent voler et dépenser toute leur vie, on n’y peut rien.
M-Qui veut vraiment être esclave ou survivre toute sa vie?
Maria cherche machinalement son pendentif, puis renonce, la mine basse. Le trio se sauve vers la forêt.

Rendus aux abords de la forêt, Maria s’arrête. Agüeybaná et Jean se retournent vers elle.
J-Qu’est-ce que tu fais ? Viens !
M-Je dois aller tuer mon Maître de père pendant que j’en ai encore la chance !
A-Ça ne sert à rien. On peut se sauver maintenant ! Les pirates ne s’attendent pas à ce qu’on leur file compagnie, ils nous croient leurs engagés !
M-Pourquoi tu n’as pas tué le prêtre ?
Agüeybaná la regarde sans comprendre.
J-(à Agüeybaná) Elle a tué la religieuse qui me fouettait.
A-J’ai peur de perdre mon humanité si je tue trop... De devenir un monstre.
M-Tuer un monstre, ce n’est pas en devenir un.
A-Et si un jour tu tuais quelqu’un qui a est tellement aimé d’une autre personne ? Et si cette personne veut le venger ? Tu seras encore pourchassée !
Maria cherche son pendentif des doigts, et ne le trouvant pas, a un geste de regret.
M-Avec le prêtre, tout à l’heure, tu étais avec moi. Maintenant, tu es contre moi.
A-Ce n’est pas vrai !
M-Prouve-le ! Ou laisse-moi !
A-Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
Maria semble agitée, elle réfléchit tout haut en marchant en rond.
M-Aide-moi à tuer mon père ! Où est-il ? Le Maître Gagnon est sûrement à l’hôtel. Quoique les pirates l’ont sûrement fait prisonnier à l’heure qui l’est. Ou il a réussi à garder sa liberté parce qu’il est un Français habitant de l’Île de la Tortue... Il suffit de le retrouver sans se faire remarquer... et le tuer à l’insu de tous! On peut y arriver.
Agüeybaná l’arrête de marcher, la prend par les épaules et la regarde dans les yeux.
A-Il ne te pourchassera plus, tu es en sécurité maintenant, on peut avoir une vie à nous, toi et moi et Jean.
M-Ça tu n’en sais rien ! Il a le bras long ! De plus, comment serai-je libre quand je ne supporterai pas être indirectement responsable de ses prochains viols, comme la sorcière !
A-De qui tu parles ?
M-Peu importe !
A-Tu n’es pas responsable de ses méfaits !
M-Bien sûr que si, puisque j’ai le pouvoir de l’arrêter !
Maria se dégage des mains d’Agüeybaná. Les deux restent silencieux pendant plusieurs secondes, semblant réfléchir ou se battre avec leur propre conscience. Jean semble bien mal à l’aise et pousse un caillou avec son pied.
A-Il y a un autre moyen. Laisse-moi faire, je te prouverai que je suis avec toi. Restez ici dans la forêt à l’abri, toi et Jean.
Puis Agüeybaná s’en va.

Le doute
Coucher de soleil. Maria et Jean sont assis dans la forêt et attendent.
J-Et s’il se fait attraper et qu’on ne le revoit jamais ?
M-Alors c’est qu’il n’était pas destiné à nous protéger.
Agüeybaná réapparait avec un petit sac qu’il tend à Maria.
A-Voilà. J’ai trouvé un certain Maître Gagnon originaire de l’Île de la Tortue. Personne ne m’a vu.
Maria ouvre le sac d’un air curieux. Elle y découvre des testicules. Elle sourit, l’air triomphant. Puis elle regarde Agüeybaná pleine de reconnaissance.
M-Nous sommes libres. Je suis avec toi, où que tu ailles.

Boca del Drago
Maria, Jean et Agüeybaná accostent leur pirogue sur l’île Boca del Drago. Ils marchent dans la forêt pendant quelques temps et tout à coup, ils sont surpris par une troupe de chasseurs Indios Bravos (IB). La conversation se passe dans la langue IB et Agüeybaná doit traduire.
C-Agüeybaná ?
A-Chef ! Je suis content de te revoir.
C-Et moi donc ! Tu as fait bon voyage ? As-tu trouvé ce que tu cherchais ?
A-Oui chef. J’ai trouvé une famille. Voici Maria et Jean.
C-Jean ? Comme la légende ? Jean de Léry dont nos grands-parents racontaient le voyage ?
A-(à Jean) Il veut savoir si tu t’appelles bien Jean. (En espagnol.)
J-(au Chef) C’est mon nom. (En espagnol.)
C-Nous accepterons ton choix, Agüeybaná. Maria est la bienvenue dans la tribu. Mais celui-ci est blanc. (En pointant Jean.) On n’accepte pas les blancs !
A-Maria l’a adopté et c’est mon fils aussi maintenant.
Le Chef semble réfléchir.
C-(à Jean) On va te manger.
Jean interroge Agüeybaná du regard.
A-(à Jean) Il dit qu’il va te manger. (En espagnol.)
Jean fige, les yeux ronds. Maria sors son couteau, Agüeybaná lui fait signe d’attendre, apaisant.
C-Mais pas comme tu le crois. Comme tu n’es pas adulte, on va te laisser une chance de vivre avec nous. Tu te laisseras tellement manger par nos us et coutumes et notre langue que tu bruniras avec le temps, tu oublieras ton ancienne vie et tu deviendras un Indios Bravos à part entière.
Agüeybaná traduit pour Jean et Maria tout ce que le Chef vient de dire. Maria et Jean semblent à la fois soulagés et intrigués.

L’avenir
Un soir, Jean (devenu un adulte bronzé) discute avec une Indios Bravos dans la langue de celle-ci. Ils sont assis sur le bord de l’eau. (Le sous-titrage est en français.)
I-Tu n’as pas eu peur d’être mangé quand tu es arrivé ?
J-Un peu. Mais ils ne m’ont pas complètement mangé. Je me rappelle encore comment parler et écrire le français et l’espagnol, comment faire un signe de croix comme les catholiques. Mais cette ancienne vie n’est plus qu’un souvenir et elle ne me manque pas.
I-Pourquoi t’en rappelles-tu si bien alors ?
J-Je le pratique avec Maria de temps en temps.
I-Penses-tu t’en servir ou l’apprendre à tes enfants ?
J-Je ne sais pas encore à quoi ça pourra me servir d’autre qu’espionner les malheureux flibustiers assez téméraires pour accoster sur nos rives. Mais le monde bouge tellement...
Ils regardent le couché de soleil.
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