Coeur d'Homme

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22 ans. Passionnée d'écriture & de lecture je suis une fan des genres fantastique, paranormal et victorien. Si mon rêve est d'être publiée un jour partager mes écrits représente déjà beaucoup  [+]

Il courait aussi vite qu'il le pouvait. Les arbres défilaient devant lui. Il faisait nuit, la lune était haute dans le ciel. Une lune comme il les aimait. Ses muscles se contractaient sous l'effort, il suait mais il devait à tout prix échapper à son poursuivant.

Il entendait les pas de l'assassin qui le poursuivait, si lourds que chacun d'entre eux faisait trembler la terre.

Il n'avait pourtant rien fait de mal ! se répéta-t-il pour la centième fois au moins.

Il ne comprenait pas cette haine qu'ils lui vouaient tous. Lui aussi était fait de veines, lui aussi était constitué de sang. Lui aussi éprouvait des émotions, tout comme eux.
Leur mépris avait commencé il y avait bien longtemps. Ensuite, il y avait eu la "chasse aux sorcières". Ses pairs étaient tombés au combat. Ils avaient bataillé durement. Leurs sacrifices étaient admirables, mais à quoi cela avait-il servit ?

Il était différent. Il ne restait presque plus personne de sa race. Sa race ? N'était-il pas humain lui aussi ? Il avait un cœur. Il était capable de raisonner intelligemment...

Le meurtrier se rapprochait. Et s'il accomplissait son crime, il ne serait jamais puni pour ça. Pourquoi ? Il ne possédait pas la réponse à cette question. Ce n'était pas lui le monstre pourtant. Il désirait seulement être accepté dans la société, et qu'on lui fasse une place au chaud peut-être ?

Il vivait depuis si longtemps dans la rue qu'il avait perdu le compte des années. Parfois, il lui semblait être âgé de plusieurs siècles. Les douleurs se faisaient sentir, il vieillissait.

Il se mit à boiter, épuisé. Il jeta un coup d'œil derrière lui, observant les bois éclairés par la lumière diaphane de la lune de son regard étrange qui effrayait quiconque posait les yeux sur lui. A tord. Comme dit plus tôt, il n'avait jamais rien fait de mal.

Peut-être avait-il volé une ou deux bêtes au fermier du coin quand il mourrait de faim mais qui ne le ferait pas ? Et puis, lorsqu'il avait tapé à sa porte pour s'excuser, tout ce qu'il avait récolté, c'était un bon coup de pied dans le derrière. Ensuite, l'Autre avait décroché son fusil et l'avait poursuivi jusqu'ici.

Il envisagea l'espace d'un instant d'abandonner la partie. Il était las de se cacher. Las de vivre en ermite, perdu dans la forêt, seul.

Ses ongles griffus s'enfoncèrent dans la terre tandis qu'il déployait ses dernières forces pour tenter de fuir. Malheureusement, il trébucha. L'Autre gagnait du terrain. Il apercevait son fusil qui brillait d'un éclat effrayant. Une larme perla au coin de son œil sans toutefois tomber. Il ne pleurait jamais, la nature, cette traîtresse, refusait qu'il le fasse.

Alors, il se contenta de gémir, la seule chose capable d'exprimer sa peine.

Il pouvait toujours continuer sa route, la liberté était à portée de mains. Mais l'autre l'abattrait à coup sûr.

- Ah te voilà ! Tu pensais pouvoir m'échapper ? cracha l'assassin.

La rage monta en lui. Cet homme...il ne s'en tirerait pas si facilement ! Il pensait le tenir mais il lui montrerait ce dont il était capable ! Son instinct de survie prit le dessus sur le reste.

- Tu ne l'emporteras pas au paradis sale voleur ! continua le fermier.

Il ne parvenait plus à réfléchir, comme devenu fou. Tandis que l'autre armait son fusil avec un air méchant, il bondit littéralement sur lui. Surpris, l'homme fut déséquilibré. Ils tombèrent tous les deux au sol.

Il voulait seulement l'empêcher de nuire. Il désirait simplement se défendre. Il sentit le goût du sang lorsque le coup partit, résonnant dans le silence, troublant le calme de la forêt.

Il retint sa respiration. Il ne l'avait pas fait exprès, il avait du appuyer par mégarde sur la gâchette, ou alors c'était l'Autre qui avait appuyé dessus, croyant le viser.

Il contempla un moment le visage pâle de l'homme. L'espace d'un instant, il s'en voulut de lui avoir volé ces quelques bêtes, et ce, même s'il mourait de fin, il s'en voulait aussi d'avoir effrayé sa famille qui rentrait du marché. Etait-il défiguré ? Etait-il si laid que cela ? S'il pouvait se voir dans un miroir il aurait pu le vérifier. Mais cela aussi ça lui était refusé.

Même s'il savait que d'autres meurtriers, d'autres humains sans pitié viendraient pour le pourchasser, il poursuivit sa route. Sa résistance tenait du prodige. Certains auraient même assuré qu'il s'agissait de magie. Quoi qu'il en soit, il continua à fuir, toujours plus loin, s'enfonçant toujours plus profondément dans les bois.

Il n'avait plus de maison à présent, il était devenu un fugitif même si en réalité, il avait conscience de l'être depuis sa naissance. Sa mère avait donnée sa vie pour lui. Les hommes qui s'aventuraient ici ne le comprendraient jamais.

Une fois pourtant, il avait pensé s'être trouvé une amie. Lorsqu'il était jeune, une petite fille était passée par là. Elle lui avait adressé un grand sourire, ainsi qu'un signe de la main. Elle était accompagné de son père qui ramassait des choses étranges dans les bois, ces choses qui sentaient si bons mais qu'il piétinait souvent. Il aurait su leur nom s'il avait pu s'aventurer hors de ces bois, hors des frontières qu'il s'était lui-même fixé. Mais même eux ne lui offraient plus de refuge à présent.

Les arbres tombaient, la quiétée de ces lieux se brisait. Les Autres faisaient ronfler leurs machines. La nature saignait mais ils n'arrêtaient pas pour autant de la faire souffrir.

Il se voyait un peu comme un enfant sauvage. Car en fin de compte, dans sa tête, il était encore cet enfant qui se cachait derrière sa mère en tremblant. Cet enfant qui l'avait vu mourir devant ses yeux.


Le lendemain matin, un article paraissait dans le journal. On y voyait la photographie du fermier Stevens, retrouvé mort dans la forêt. Tout le monde rejetait la faute sur Lui. Ils voulaient le traquer, ils voulaient sa peau ! Aux infos, on entendait des gens qui se plaignaient : il m'a volé moi aussi ! criait-on. Nos enfants ne sont plus en sécurité ! hurlait-on. Cette créature infâme ne mérite pas de vivre !

Tandis que la nuit s'étendait sur son territoire, une nuit sans lune, des torches enflammèrent les arbres. Ils étaient là. Les monstres. Mais il les attendait, prêt à affronter son destin. Tout comme ses ancêtres, il ferait courageusement face à la mort !

Un hurlement se répercuta dans les ténèbres, parvenant jusqu'aux oreilles des Hommes.

A quelques kilomètres, un homme et sa fille l'entendirent. L'adolescente sut aussitôt que c'était son loup, celui qu'elle avait aperçut lorsque son père l'avait emmenée aux champignons il y avait quelques années de cela. Celui qui paraissait si triste et qui avait un regard d'homme. Elle se souvint lui avoir sourit, puis avoir posé un doigt sur ses lèvres signifiant qu'elle garderait le silence sur sa présence.

Depuis ce jour, ils partageaient un lien que personne, même son père, n'arrivait à comprendre. Elle l'avait longuement cherché dans les bois, sans succès. Elle sut aussitôt qu'il était en danger, que le feu l'avalerait bientôt. Le feu de la haine que portaient encore les Hommes envers les loups.

Alors, sans se préoccuper du danger auquel elle s'exposait, elle sortit en trombe de sa maison. Son père hurla après elle, lui ordonnant de rentrer immédiatement, de laisser cet animal sauvage se débrouiller tout seul. Mais la jeune fille se demandait qu'elle était en réalité, l'espèce la plus sauvage des deux...


Depuis, l'adolescente et le loup parcoururent ensemble le monde. On dit que les deux races n'oublièrent jamais l'histoire qui les rapprocha. Les humains se rappelèrent le courage de cette jeune fille qui s'interposa entre les flammes et de celui, bien qu'il ne soit pas humain, de la bête qui était devenue son amie. Quant aux loups, ils se souvinrent de l'amitié d'une petite humaine pour un des leurs.

Seulement, le temps passa. L'histoire devint un mythe, qui devint à son tour une simple légende, perdue parmi d'autres. Tous la gardèrent à l'esprit mais beaucoup nièrent sa véracité.
La haine se ranima. Le feu s'éleva encore vers le ciel, plus fort que jamais.

Malgré tout, de nombreuses personnes racontent avoir aperçu une vieille femme, accompagnée d'un animal au pelage sombre et aux grands yeux jaunes. Un animal qui rayonne de puissance, tout comme celle qui est à ses côtés. On dit qu'ils sont les gardiens de chaque forêt, de chaque partie boisée de notre monde. Que tout en se tenant aussi loin que possible des villages éclairés, ils offrent néanmoins leur protection à ceux qui en ont besoin.

N'entendez-vous pas un hurlement dans le lointain, suivit d'un bref éclat de rire humain ? Ils sont là, et leur amitié est la preuve que même les loups, ont un cœur d'Homme.

L'Homme est un loup pour l'Homme alors le loup...n'est-ce pas un Homme ?
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Violette · il y a
belle imagination, conte fantastique, bravo , j'ouvre l'urne et je vote.
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Ava · il y a
Merci, (de la part du loup et de la mienne) ^-^