Chronique d'une vie dépassée

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Le jeudi 19 septembre 2002 à 7 heures, lorsque Grégoire prit la route du nord, il se sentait libre et heureux. Sa mobylette brillait comme un sou neuf, il avait passé la journée de la veille à tout contrôler et à passer la peau de chamois sur les chromes. Il n'aimait pas sa couleur orange mais bon, c'était une récupération et elle ne lui avait rien coûté.
Il fut surpris quand il arriva à l'intersection de la route des Nymphes avec celle des Dieux.
Indécis, il tourna à gauche où la voie devenait moins praticable, mais confiant en sa bonne étoile il se dit qu'il avait eu raison, quand il aperçut une sorte de vagabond dont le visage ne lui semblait pas inconnu, il lui trouvait une ressemblance avec son arrière-grand-père en plus jeune.
L'homme d'un geste théâtral lui fit signe de continuer tout droit. Le chemin débouchait dans une forêt de chênes où il vit passer un carrosse de verre qu'il suivit de près. Arrivés dans une vaste galerie faite de miroir, le carrosse s'arrêta.
Grégoire était le roi Soleil, il marchait sollennement suivi de sa cour et il ordonnait que l'on ouvre des flacons de parfum nichés dans chaque glace. Il sélectionnait un bleu tout rond puis un blanc avec un col élancé et enfin un en or que son apothicaire venait de créer pour lui. Ainsi il parcourait la galerie fouettant les chevaux de verre qui caracolaient vers la sortie. Le ciel s'assombrissait, il fallait s'abriter et manger un morceau.
Il entra dans un village complètement dévasté et adossa sa mobylette à un pan de mur dans une ruelle étroite et puante. Il entendit alors monter une rumeur dont il ne put saisir la provenance. Il vit alors passer une horde de femmes hurlantes qui brandissaient des bâtons en réclamant du pain. Grégoire avait déjà vue dans les films ce genre de robes avec des corsages à basques recouverts d'un fichu à la "Charlotte Corday". C'est ainsi qu'il reconnut sa soeur Aline et se précipita pour lui donner son quignon de pain quand elle disparut dans une volute de fumée grise.
Il enfourcha sa mobylette, intrigué mais heureux de poursuivre son voyage.
Il avait hâte de découvrir le monde, la vie, et en s'approchant d'une ville qui lui sembla très grande il sentit qu'il avait atteint son but. Alors qu'il slalommait au milieu d'une foule très dense, il vit un enchevêtrement de passerelles et il en prit une au hasard qui longeait un pont dont on voyait une statue de zouave arrimée à une pile. Continuant sa route, il rencontra son copain Cédric qui lui tendit un billet d'entrée à l'exposition universelle de 1900. Il était à Paris !
Il se perdit dans le dédale des exposants, fasciné par l'enthousiasme des visiteurs.
Il prenait le chemin du retour au calme quand Hortense, sa mère, ouvrit la lettre qu'il lui avait laissée pour expliquer sa recherche d'une vie de lumièr, et lui dire qu'il reviendrait très vite.
C'était le 19 septembre 2002, le jour de ses quatorze ans. Hortense voyait les mots danser devant ses yeux. Elle posait la lettre sur la table de la cuisine quand les gendarmes sonnèrent à la porte.
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