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CHOSES CONNUES

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Gérard Olivier

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CHOSES CONNUES

Tout comme vous, j'ai connu des jours et des nuits sans fin qui finirent par me lasser et tout et de rien; de ces instants perdus qui s'étendent aussi loin que la vue dans les déserts de sable fin où il ne se passe jamais rien.
J'ai aussi connu des moments plus vivants, avec des soleils moqueurs qui tenaient entre leurs dents des bouquets de fleurs des champs, pour les saisons du bonheur.
J'ai connu des animaux féroces, des animaux puissants, des animaux dociles et élégants, et je me souviens très bien des tigres, des lions, des antilopes, des girafes, des zèbres et des éléphants blancs qui se promenaient naturellement dans des décors que la nature avait su préserver depuis la nuit des temps.
J'ai connu des oiseaux de toutes les couleurs qui chantaient à tue-tête les notes de la bonne humeur. J'ai notamment connu un martin-pêcheur qui ne péchait jamais par excès mais par nécessité. C'était une flèche bleue qui filait au dessus de l'onde et ne se trompait jamais de cible. L'élégance, la rapidité, la précision étaient dans sa nature et la nature le laissait faire puisque la nécessité faisait partie de l'ordre des choses.
J'ai également connu un poisson volant qui m'émerveilla jusqu'au jour où je m'aperçu qu'il ne volait pas exactement mais qu'il se laissait plutôt porter par le vent.
J'ai – il faut bien le dire – connu un oiseau de malheur qui attirait la foudre, provoquait les tempêtes et les ouragans dans les cœurs. Cet oiseau-là, je n'ai pu l'éloigner qu'avec mes chansons et mes rimes d'ailleurs.
J'ai encore connu un bon nombre d'animaux familiers et plus particulièrement des chats et des chiens qui menaient leurs Maîtres par le bout du nez; ces animaux là n'étaient plus tout à fait des animaux mais plutôt des personnages fabuleux qui – au travers de leur comportement – étaient devenus des musiques d'accompagnement, alors que ceux qui les tenaient en laisse demeuraient de piètres rengaines.
J'ai connu, il est vrai, bien d'autres animaux savants qui savaient toutes choses intuitivement et qui pratiquaient l'art de vivre en rêvant.
J'ai connu des plantes, des arbres et des fleurs que d'aucuns prétendaient qu'ils étaient détenteurs du passeport du bonheur, alors que le langage des fleurs n'est tout au plus que le passe-temps des bonnes heures.
J'ai malheureusement connu cet inconnu que personne n'a jamais vu et que tout le monde reconnu lorsqu'il fut mis en terre sous l'épitaphe universellement connue qui nous rappelle:' À la mémoire du soldate inconnu" et lorsque je me suis recueilli sur cendres, lorsque je me suis penché sur ce qu'il avait fait pour mon avenir, c'est toute la mémoire de souffrances méconnues qui me parcourut l'âme et me fit connaître le grand frisson de l'histoire.
Bien sur, j'ai naturellement connu des femmes et des hommes de toutes couleurs qui m'ont agréablement surpris, alors que d'autres m'ont passablement ennuyé; mais je garde encore en souvenir celles et ceux qui m'ont le plus amusé, le plus charmé sur les sentiers de l'amitié.
Comme vous, j'ai connu d'autres choses encore; choses oubliées, choses égarées, choses perdues, choses mal rangées, choses disloquées, choses rapiécées, choses retrouvées dans le placard des idées.
C'est ainsi que j'ai connu une horloge qui honorait toutes les heures, tous les Saints et tous les anniversaires du calendrier avec une ineffable ponctualité. Et devant sa rigueur, face à son équité, je me suis pris à rêver en songeant que c'était la Grande Fée de l'Égalité.
Et puis un jour, alors que je ne m'y attendais pas, alors que je ne m'y attendais plus, j'ai connu l'amour. l'amour qui se mit en tête de ne plus me quitter. Et l'amour qui possède tous les talents de provoquer, mais aussi de combattre les dangers, sut tout de suite se faire aimer. Et j'ai aimé l'amour comme un jeune premier qui s'imagine être le Chevalier servant de la fidélité.
C'est ainsi que j'ai connu l'amour, le grand amour; le grand amour qui me fit et me fait encore sourire, mais qui parfois me fait pleurer, pleurer à devoir me cacher, et c'est pour cela – je crois – jamais je ne pourrai l'oublier.

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Gérard Olivier · il y a
extrait du livre Gustave, Eusèbe, Noémie et les autres. Ed. GUNTEN
http://www.gerard-olivier.fr

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