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Chère chérie

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Réginald Ress

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Le vieil homme a les yeux grand ouverts, dans le noir. La nuit est tombée depuis longtemps mais il ne peut trouver le sommeil. A son âge, il est habitué aux nuits interminables auxquelles il tente de dérober quelques heures de sommeil. Mais son corps se contente de peu de repos. Et il se retrouve une fois de plus face à l'écran de ses souvenirs. Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort. Cette maxime lui revient en mémoire. Oh, le chagrin ne l'a pas tué, bien sûr, mais il n'a pas le sentiment d'être sorti renforcé de l'épreuve. Comment serait-ce possible, d'ailleurs ? On ne perd pas la moitié de soi-même sans une souffrance infinie. Plus de quarante ans. Plus de quarante années d'amour, de disputes, de complicité, de cris, d'amitié, de soins, d'affection, de compréhension, de pardon, de haine quelquefois... Oui, il l'avait même haïe en certaines circonstances. Mais le respect mutuel avait aplani bien des difficultés, et à une époque où l'immense majorité de leurs amis en étaient à leur premier ou deuxième divorce, eux avaient continué leur petit bonhomme de bonheur. Ensemble. Jusqu'au bout. Et ce vieux curé qui les avait mariés, avait-il prononcé la formule rituelle ? Jusqu'à ce que la mort vous sépare... Probablement, mais il ne s'en souvient pas.
Depuis près de trois longues années, le spectacle silencieux de chaque nuit solitaire commence par sa rencontre avec Alice et se poursuit avec les événements marquants de leur vie commune. Chaque soir, le vieillard tente d'exhumer de sa mémoire quelque souvenir heureux que son esprit agrippe puis dissèque pour en extraire l'essence. Il tourne et retourne chacun de ces souvenirs, l'examinant sous toutes ses faces, inventant des variantes, imaginant des répliques qui auraient pu être dites. Et il y parvient presque chaque nuit. Ainsi il réussit à s'endormir sans avoir eu à dérouler la pelote de ses souvenirs jusqu'au moment de la disparition de son épouse.


Ce soir, la magie du souvenir heureux semble ne pas fonctionner. Le vieil homme est inquiet car, dans son esprit, le film de sa vie avec Alice approche dangereusement du dénouement qu'il cherche à occulter. S'il se met à penser aux derniers instants de sa compagne et à sa découverte d'une morne solitude, il a le sentiment que le sommeil le quittera à tout jamais.
Pour la première fois depuis plusieurs centaines de nuits, il commence à explorer sa vie d'avant. D'avant sa rencontre avec Alice. Etudes, copains, armée, premiers emplois... Une nouvelle pelote de fils multicolores commence à se dévider. Soudain le vieillard se redresse sur son lit. Oh oui... comment a-t-il pu oublier ? Mais non, il n'a pas oublié, la preuve. Simplement ces dizaines d'années de bonheur, tranquille ou orageux, avaient rejeté dans l'ombre les personnages qui avaient peuplé sa vie d'avant. Mais ce rappel commence à le blesser. Il cherche à échapper à ce nouveau compagnon, ce souvenir non désiré. Il essaie d'attraper mentalement d'autres fils, même des réminiscences désagréables ou peu glorieuses. Rien à faire. Les images restent plaquées là, en surimpression sur tous les autres souvenirs qu'il essaie d'imposer à son esprit. Et le regret commence à s'insinuer, flanqué de son compagnon pervers, le doute. Pouvait-il ? Aurait-il dû ? Et s'il s'était exprimé alors, sa vie aurait-elle suivi un autre cours ?...

De longues minutes se sont écoulées. Le vieil homme est pris au piège, et ses pensées ne peuvent se détacher de cette période de sa jeunesse. Une vague tristesse l'a progressivement envahi sans qu'il puisse résister. Soudain, l'homme se lève. Il enfile ses chaussons, prend ses lunettes à double foyer et, sans allumer la lumière, se dirige lentement vers la pièce qui lui sert de bureau. Il pense savoir comment chasser cet hôte indésirable, le renvoyer aux limbes de son esprit, là d'où il n'aurait jamais dû sortir.
Il allume la petite lampe ancienne à l'abat-jour vert translucide, dont la lumière tombe directement sur la machine à écrire. Il retire la housse protégeant la vieille Underwood, et introduit une feuille vierge entre les rouleaux. Il sait que l'arthrose qui commence à déformer ses doigts ralentira sa frappe, mais cela n'a pas de réelle importance. Il a toute la nuit devant lui...

"Chère Chérie,
Je n'ai pas l'outrecuidance d'espérer qu'après toutes ces années, vous me ferez la grâce de vous souvenir de moi. Après tout, les deux planètes de nos existences ne se sont croisées que quelques mois, et cela a eu lieu il y a bien longtemps. Mais essayez quand même, si vous le voulez bien. Je ne sais plus le nom de l'entreprise qui vous employait à cette époque. Et je dois confesser que je ne suis même plus certain de votre prénom. Vous aviez trente ans à peine, et vous portiez vos cheveux noirs très courts, à la garçonne. Un peu osé, pour l'époque.
Votre tâche était purement administrative. Vous frappiez des kilomètres de courrier et répondiez avec une voix d'une infinie douceur à un antique téléphone en ébonite noir dont le combiné semblait trop lourd pour vous. Votre bureau en bois patiné était envahi de petites fiches cartonnées que vous remplissiez de votre fine écriture - fine, mais à peine lisible - et que vous rangiez ensuite dans d'horribles classeurs métalliques.
J'avais un peu plus de dix-sept ans, et venais d'obtenir là mon premier emploi. Manutentionnaire. Je transportais à longueur de journée des dizaines de cartons, d'un bout à l'autre de l'entrepôt. Et ces cartons, leur contenu bien sûr, avaient quelque chose à voir avec cette multitude de fiches cartonnées que vous manipuliez avec tant de grâce. Je devais aller vous voir plusieurs fois par jour pour échanger des fiches vierges contre d'autres, chargées de votre charmante écriture. Savez-vous quoi ? J'ai un jour prétendu avoir perdu une de ces fiches, et l'ai conservé amoureusement avec moi pendant des années..."

Le vieillard se redresse, pensif, et suspend sa frappe. Mais oui... Où était donc passé ce carton couvert de codes, de dates, de quantités et de références ? Il se souvient l'avoir conservé jusqu'à sa conscription. Puis il a disparu, comme tant d'autres choses, futiles ou essentielles.
"... Et je ressens encore aujourd'hui le trouble qui m'a saisi lorsque j'ai pénétré pour la première fois dans votre bureau. J'étais incapable de dire trois mots cohérents d'affilée, et vous avez bien compris que ce jeune garçon était troublé, au-delà de ce qu'il aurait pu exprimer. Vous avez souri, simplement, sans vous moquer, et vos yeux verts ont semblé me remercier pour cet hommage muet. Vous m'avez vouvoyé, immédiatement. Pas comme le contremaître, une brute qui se croyait obligée de tutoyer tout le monde. Ce vouvoiement m'a ravi, dans un premier temps. Vous me considériez donc comme l'un de vos collègues masculins, et non comme le grand gosse que j'étais encore, probablement. Mais cette marque d'un certain respect s'est vite transformée en mur infranchissable. Je n'ai jamais osé vous tutoyer, et de votre côté, le pli était pris.
Et en quelques semaines, chère chérie, vous êtes devenue la personne la plus importante de ma vie. J'ai aimé ces cartons pleins de marchandises, cet entrepôt un peu sombre. J'ai été fou de ces petites fiches de bristol marron. J'ai caressé les touches de votre machine à écrire en vous attendant. J'ai subtilisé un de vos crayons. Je me suis laissé pousser quelques pauvres poils de moustache afin de me vieillir..."
Il revoit ses collègues se moquer gentiment de sa dérisoire tentative de virilisation. Certains avaient eu des soupçons quant à l'objet de son émoi, mais personne n'avait ri de ses sentiments. Finalement, peut-être étaient-ils heureux pour lui.
"... Plusieurs mois après mon arrivée, j'ai dû quitter ce premier emploi un peu précipitamment. Le primitif qui régentait l'entrepôt a un jour déparlé de vous. Ses propos, vaguement obscènes, m'ont moins choqué que le rire gras qui les accompagnait. S'il est encore de ce monde, une de ses canines doit toujours lui manquer. Mais on ne frappe pas un supérieur hiérarchique, et j'ai dû partir. Peut-être l'avez-vous su. Peut-être m'avez-vous regretté, un peu. Je ne sais.
Je n'ai jamais pu vous dire mon sentiment, chère chérie. Je n'en ai eu ni le temps, ni le courage. Je ne sais ce que vous êtes devenue, ni ce que la vie vous a réservé. Avez-vous déjà quitté cette vallée de larmes ? Ou vieillissez-vous calmement, entourée d'enfants et de petits-enfants ? Etes-vous choyée ou délaissée ? Aisée ou miséreuse ? Physiquement diminuée ou encore valide ?...
Finalement, je ne veux rien savoir. Vous avez traversé ma vie comme une étoile filante à la conquête d'un univers où je n'avais pas de place. Ce soir, je veux simplement réparer une sorte d'oubli. .
Je vous ai aimé. C'est aussi simple que cela. Je vous le dis et vous ne l'entendez pas. Tout est bien..."

Le vieillard relit plusieurs fois les dernières phrases. C'est bien cela. Maintenant tout lui semble en ordre, et il sait qu'il pourra trouver le sommeil facilement. Il laisse le dernier feuillet sur la machine, et se dirige vers son lit, soulagé, l'esprit en paix.

A quelques centaines de kilomètres de là, une vieille femme se réveille en sursaut et se redresse sur son lit.
- Oooh...
Elle a réveillé son compagnon. Il porte rapidement la main à la sonnette qui permet d'appeler une infirmière de nuit.
- Qu'y a-t-il, Marthe ? Tes douleurs ? Veux-tu que j'appelle ?
- Non, non... C'est seulement un souvenir très lointain qui m'est revenu soudainement. Quelque chose que j'avais oublié pendant si longtemps. Et, je ne sais pas pourquoi, je me sens apaisée tout à coup. Comment te dire ?... Je suis heureuse et un peu triste à la fois. Mais ne t'inquiètes pas, tout est bien, tout est bien...

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Margue · il y a
merci pour cette belle histoire d'amour ... tellement émouvante, les yeux me piquent, me brûlent, je renifle ... zut et encore merci.
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Kiki · il y a
on m'a invité à venir lire votre texte et je ne suis pas déçue. BRAVO.
Je vous invite à aller lire le poème les cuves de Sassenage.MERCI d'avance

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André Page · il y a
Comme quoi rien ne passe, ni les douleurs, ni les rêves, ni les espoirs et surtout pas l'amour, comme on le croit tellement. Une histoire très émouvante à plus d'un titre pour moi, écrite sur le versant éclairé de l'humain, celui où pas grand monde ose encore de nos jours poser des mots par peur de se brûler, sans doute, bravo Reginald.
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Réginald Ress · il y a
Merci, André. Ce ne sont que des petits morceaux de vie. Une vie qui ne se limite pas au trio infernal consommation/production/argent mais qui privilégie l'impalpable, le presque rien, le rêve, l'irremplaçable souvenir et l'indispensable oubli, l'espoir toujours déçu mais toujours renouvelé. Une vraie vie, quoi. Et heureusement qu'il y a un versant éclairé de l'humain. Ne serait-ce que pour qu'on puisse l'utiliser pour nos histoires ! Encore merci.
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Jeanne · il y a
Un texte fort, fort tendre, touchant, émouvant jusqu’à bouleversant, l’histoire d’un vieillard au crépuscule de sa vie, ivre de solitude, ayant perdu sa moitié, partie ailleurs, disparue un jour ou une nuit, emportée dans la barque du passeur, de l’autre côté de la rive. ♫ C'était un petit bonheur que j'avais ramassé, il était tout en pleurs sur le bord d'un fossé...♫ vide de sa présence, empli de son absence quand vient la nuit, il vit sa vie par procuration, il se raccroche à quelques bribes du passé, des lambeaux de sa vie d’avant, il les anime, les réanime, les enjolive. Sa mémoire de cœur trie, série, sélectionne les plus beaux, les plus joyeux, les plus heureux, les plus réjouissants, il se met en condition, en mode serein afin de pouvoir s’endormir, chasser les nuages gris chagrin, repousser les fantômes de l’insomnie.
Mais cette nuit, un grain de sable vient enrayer la machine à remonter le temps et les souvenirs. Il déroule les fils de couleur, l’écheveau des souvenirs, il remonte plus loin dans le passé pour ne pas avoir à faire face au présent, au passé proche. Et repasse le film et défilent les images du long métrage. Il se retrouve au temps de sa jeunesse, il revoie les visages amis, les choix faits, les chemins empruntés sur la Route du temps, les actes manqués ou réussis, le doute l’envahit : a t-il fait les bons choix au bon moment de sa vie… Aurait-elle été différente si… si... et si.

Il s’installe devant sa vieille machine à écrire. Il tape une lettre à l’intention de sa chère et tendre de dix ans son aînée, secrétaire de métier, riche de ses petites fiches manuelles, sa Chère chérie dont il a oublié le prénom mais pas pour autant son émoi d’adolescent, il pose ses idées et des points d’interrogation. Qu’est-elle-devenue… est-elle toujours en vie, comment va sa vie… enfin toutes ces questions essentielles, existentielles.
Il lui envoie une pensée, à présent il peut s’endormir, l’esprit libéré, la conscience en paix, tout est en ordre, calme, reposé. Transmission de pensée, intuition… quelque part ailleurs, elle, l’objet de ses pensées la reçoit instantanément. Tous les jours des milliards de pensées voyagent, traversent l’esprit des gens et l’univers, c’est le continuum de pensée, pensées-intentions qui reviennent comme un boomerang, à l'instant même, à l'instant T, instantanément, dans une heure, dans un jour, un mois ou dans un an.

Saura-t-il jamais si elle l’a reçue… la réponse est contenue à la fin, dans les points de suspension qui invitent à une suite.
A la manière de : ♫ On a tous un banc, un arbre, une rue où l'on a bercé nos rêves, … une enfance trop brève.♫
On a tous eu un jour, un rendez-vous, un amour d’adolescence qui a bercé nos rêves,... une romance trop brève.
Alice est partie, Marthe est en vie. Ainsi soit-il, ainsi soit-elle !
De nos jours, on meurt encore d’ennui et de chagrin quand on a perdu son roi, sa reine de cœur. Quand on n'a plus goût à la vie, plus goût à rien, on vit, survit de pans du passé, et puis de remords, de regrets.
♫ Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux...
Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s'ensommeillent, leurs pianos sont fermés...
Et s'ils tremblent un peu est-ce de voir vieillir la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit : je vous attends.♫

Ces quelques lignes Réginald, histoire de mettre mon grain de sel, vous écrire un mot en passant. Un immense merci pour cette Nouvelle, ces instants de vie si bien écrits, si bien décrits, tapés à l’encre sympathique, extirpés des entrailles de votre disque dur, si j’ai bien compris. Question subsidiaire : pourquoi ne pas la faire concourir…

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Réginald Ress · il y a
Très chère Jeanne. Vous êtes décidément incroyable. Bientôt, vos commentaires vont êtres plus longs (et plus beaux, ils le sont déjà...) que les textes que vous commentez ! Je suis très touché que vous aye saisi l'essence de ce petit texte et qu'il vous ait un peu émue. J'ai évoqué l'excellentissime "Les passantes", et vous évoquez "Le petit bonheur". J'en suis très troublé car c'était une des chansons de ma prime enfance. Dans les fêtes de famille, mes parents me juchaient sur la table pour que je la chante, fautes de prononciation comprises, à la grande joie de tous. Je n'ai compris que beaucoup plus tard ce que représentait ce "petit bonheur", mais cette chanson est un bout de moi. Merci. Quand à Brel, Je ne peux plus l'écouter : trop fort, trop juste, trop vrai, trop émouvant, trop désespérant quelquefois, trop dangereux les soirs de spleen.
La faire concourir ?... Why not... Allez OK, j'essaie.
Merci infiniment pour votre lecture attentive, pour votre sollicitude.
Jeanne, la lumière dans la nuit du créateur... Je ne savais pas exactement pourquoi j'étais dingue de vous, maintenant je le sais... ;-))

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Jeanne · il y a
Vous me connaissez, faire long, très très long (TTL) et non court, très très court (TTC), c'est là le moindre de mes défauts. C'est pour cette raison que j'invite toujours les auteurs à prendre une chaise... longue de préférence. Ravie d'avoir réussi à cerner un peu cette Nouvelle et puis fait remonter des souvenirs, des notes de musique. Cette chanson, je l'ai entendue interprétée par Félix Leclerc sur la scène d'un théâtre et je me suis régalée. C'était il y a un certain temps si ce n'est certain. Je comprends pour celles de J. Brel qui arrachent le cœur et amplifient le vague à l'âme.
Je vous prends au mot à propos de l'envoi de la Nouvelle, ceci dit ne tardez pas à la proposer, vous n'avez plus que jusqu'au 16 février si vous voulez la faire concourir pour le GP de printemps, c'est un peu juste en comptant le délai de lecture du Comité, elle concourra donc pour le GP d'été.
Si dans la nuit, la lumière devient trop éblouissante, chaussez lunettes noires, usez, abusez de protection solaire à l'indice élevé. :-)))) Pour l'heure, ding, ding, dong, belle soirée.

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Vivian Roof · il y a
Pourquoi la lecture de ton texte m'a-t-il fait monter des larmes aux yeux ? Sentiment de vécu ? Bonheur de lire ici un talentueux écrivain ? Un peu les deux, sans doute. Merci à Lafée de m'avoir prévenu de ton retour. Merci à toi pour ce beau, profond, si juste moment de bonheur.
Tu évoques ci-dessous ce très beau texte "Les Passantes"... Et j'y pense souvent. Ces amours d'une seconde, de quelques instants, à jamais nimbées d'idéalisme léger, sont peut-être les plus belles...

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Réginald Ress · il y a
Ami Vivian, merci.
Heureux que ça t'ait plu. Et ému. C'est idiot, mais il m'arrive d'avoir les larmes aux yeux en relisant un de MES textes aussi ! Quand les vieux barbons se transforment en midinettes... Si tu aimes "Les Passantes" et sais l'apprécier à sa juste valeur d'émotion, cela confirme la probabilité que tu aies un cœur ;-) J'avais déjà des soupçons...
Et puis pour LaFée, ne t'inquiète pas. Vous êtes dans mon cœur tous les deux. Et il y a de la place pour chacun.
Alors, au boulot ! Moi aussi je veux être ému et charmé, transporté et étonné. a vos claviers !

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Sylvie Franceus · il y a
Tu vois, Vivian, j'te l'avais dit !!!!
T'as vu, c'est pas de la gnognotte, ce qu'il écrit le G !!!
Comment je suis si troublée de vous savoir dans ma proximité émotive... bé, c'est malin.... je larme... ah, il est beau le trio des nouilleurs !!!!
Je vous serre tous les deux dans mes bras.
votre fé

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Vivian Roof · il y a
Hé ! Je l'avais trouvé avant toi ! Il est à moi ! C'est le mien !
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Sylvie Franceus · il y a
T'as signé un contrat d'exclusivité ? Montre, pour voir !!!!
Non mais je rêve... et pourquoi ke tu le garderai pour toi tout seul, le G.... et s'il avait envie que je sois là aussi, hein .... ah ben là, j't'entends plus... écoute, le mieux, c'est qu'on lui demande son avis... mais moi, je vous aime bien, tous les deux !!!!

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Vivian Roof · il y a
sans vouloir me vanter, vous êtes les deux meilleurs ici.
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Sylvie Franceus · il y a
On a dit "trio ", Vivian et trio, ça veut dire : TROIS... des fois, je me demande si t'as la comprenette bien vissée dans ta tête... oui, je me demande.... déjà, commence par ré-écrire et après on se reparle !
Perso, je ne vous arrive pas à la cheville... juste, je vous encourage, c'est à ça k'je sers... j'cause pas bien la France et vous êtes les talents qui me manquaient... maintenant, j'vous lâche pu... c'est pas négociable !!!

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Vivian Roof · il y a
qu'est-ce que tu fais là, toi ? T'as pas autre chose à faire ? Non mais !
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Sylvie Franceus · il y a
J'ai tout fait déjà... ici... c'était ma petite pause... mais puis que tu me chasses, je retourne à mon ouvrage solitaire...
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Réginald Ress · il y a
Par ouvrage "solitaire" j'espère que tu parle d'écriture ! (c'était la minute "classieuse" du professeur Régi)
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Sylvie Franceus · il y a
Ben non.... t'as bien deviné. ..
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Alain de La Roche · il y a
Nostalgie, regret...
Voilà un hommage à nos actes manqués, par timidité ou en raison de circonstances malheureuses de la vie.
Qui n’a pas, un fois l’âge venu, ce type de souvenir qui remonte à la surface ?
J’avais 16 ans et je travaillais durant les vacances scolaires. Et, une extraordinaire petite rousse… bon… bref… ça ne vous regarde pas.
;-)
Magnifiquement écrit Réginald et si je suis certain que vous méritez tous les votes de vos lecteurs, je ne suis pas sûr de devoir vous dire… merci.

Ah, petit détail, moi ma machine à écrire est une « Varityper ».

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Réginald Ress · il y a
Merci. Oui, on a tous une rencontre avortée, une histoire qui aurait pu..., un rêve inabouti, qui peut revenir en fin de vie, comme le souvenir de ce qui aurait pu être. Triste ? Pas forcément. Ce la illustre le concept du choix, fait à un certain moment, et qui va orienter toute nitre vie ultérieure. Je fais... je ne fais pas... je dis... je ne dis pas... je vais à gauche ... à droite... choix minuscules, répercussions gigantesques. Thème vertigineux, pour u écrivain, non ?
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Sylvie Franceus · il y a
L'extraordinaire petite rousse, donc, Alain...

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Alain de La Roche · il y a
Tellement belle que je n’ai jamais osé lui parler.
:-((

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Sylvie Franceus · il y a
Il n'est pas trop tard, Alain, il n'est jamais trop tard pour dire aux gens qu'on aime qu'on les aime !!!!!

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Sylvie Franceus · il y a
Samedi 10heures 35. Le matin donc.
Tout est bien, Monsieur l'Ecrivain. Tout est même plus que bien. Je ne sais pas de quand date l'écriture de ce texte. Est il ancien ? Récent ? Je retrouve sur vos lignes des thèmes que j'aime et j'aime vous lire.
J'aime le titre qui dit de la légèreté mais qui me prédit autre chose. Le doute est là déjà parce que je n'imagine pas de la cabriole suggérée en deux mots seulement. je m'attends à une gravité paradoxale. Monsieur, vous allez me donner à lire un paradoxe, j'en suis sûre moi qui doute toujours de tout.
La dérobade du sommeil introduit l'humilité et la posture du vieil homme. Tout se joue maintenant. J'aime la connaissance des désagréments liés au grand âge dont l'insomnie fait partie et la nécessité d'observer sa vie avec un recul de photographe bien entraîné et qui ne laissera rien passer des détails dans le cadre cerclé de la vie chromatique.
Il se contente de peu.
Le chagrin est un état. Un mode de vie. Une manière d'être imposée par les circonstances. Puis vient le respect accentué par l'idée de la mutualité. Le couple partageait. Il fédérait leurs vies et cela a fabriqué un petit bonhomme de bonheur. On dirait un enfant, ce petit bonhomme. On dirait une création partagée. On dirait ce que vous faites en ce moment, Monsieur l' Ecrivain : vous écrivez, je vous lis et ça, c'est un partage aussi.
La mémoire exhumée me trouble. Elle met en place la suite de votre récit et crée de l'impatience, la mienne. L'extraction des souvenirs a quelque chose de minéral. Le vieil homme ressemble à un mineur de fond qui tape sur la paroi coriace et récalcitrante et qui entoure son corps douloureux et son âme émue. Il cherche et finit par trouver le filon précieux et votre pépite est là, Monsieur, entre la roche cérébrale et le bout des doigts qui tremblent. La minutie de vos détails m'est familière. je la reconnais.
" Ce soir ", voici les deux mots qui indiquent la rupture dans votre récit. Il va se passer quelque chose. Un grain de sable. L'instant est installé et c'est l'inquiétude qui fait la bascule des émotions. Il s'agit d'une première fois et j'aime l'idée de cette première fois chez un vieillard. C'est absolument beau !!!!
" Il se redresse" .... oui et plus tard, je lirai " elle se redresse ".... là, Monsieur, c'est de l'art. Cette acrobatie sur vos mots me va, là, paf, en pleines coronnaires.
La blessure est profonde et le non désir ravageur et le regret ne devrait pas exister et pourtant et le doute... ah, le doute et le piège et la lettre. Je les aime, vos lettres parce qu'elles sont le fil conducteur de vos histoires et portent les paroles que rien d'autre ne supporterait. Elles sont, vos lettres, votre marque de fabrique. Votre singularité. L'en-tête est le titre et précède l'honnêteté du discours à venir. La confession... mais est ce une confession... et si c'était une confidence... j'ai tellement, tellement, déjà réfléchi à ce sujet que je suis émue de le lire ici, et encore une fois, l'homme se redresse. Il pense. J'aime le vouvoiement qui met de la timidité et de la crainte sur les phrases désormais poudrées de pudeur. Les souvenirs sont des émotions pur sucre et fabriquent un soulagement intense au point que la paix intérieure est revenue et avec elle, le sommeil. La distance géographique d'avec la vieille dame et la communion des sensations est incroyablement digne et puissante. cela aussi, c'est très beau.
Tout est bien, Monsieur, oui, tout est bien.
Ce texte, je l'aime
Merci infiniment

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Réginald Ress · il y a
Qu'ajouter ? Les commentaires de La Fée sont dignes d'une anthologie. On en viendrait presque à se croire talentueux ! Et tu as tout dit, mille fois mieux que moi. Je suis sincèrement heureux si ce texte a pu apporter un peu de joie, de paix, de motif à réflexion. Merci de me l'avoir fait savoir.
Petite précision : La chanson qui me bouleverse le plus, qui me remue les tripes à chaque fois, est Les passantes de Georges Brassens sur un poème d'Antoine Pol : "Je veux dédier ce poème / A toutes les femmes qu'on aime /..." Bouleversant de justesse, un résumé de ce qui peut arriver dans une vie concernant les rencontres sans lendemain mais qui vous poursuivent jusqu'à votre dernier souffle. C'est probablement cette chanson que j'avais en tête en écrivant ce texte. Il suffisait de lui mettre de la chair autour. Lui, c'est moi, c'est mon frère, mon ami, mon voisin, nous tous. Qu'importe si la lettre arrive à sa destinataire. L'important c'est qu'elle ait pu être écrite.
Merci pour ton appréciation, ô grandement appréciée. Sans déc'.

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Sylvie Franceus · il y a
" ... On songe avec un peu d'envie à tous ces bonheurs entrevus.... "
Moué, G

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Alain Derenne · il y a
Lafée m'a invitée à lire votre texte et le sien, les deux sont beaux, forts; puissants...j'ai beaucoup aimé les lire. Bravo pour Chère Chérie.
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