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Chacun a un don

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Daniel Brice

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Chacun a un don

L'Enfant de l'aval
Un jour comme ce jour d’hui,
Un homme de grande foi
Vivait dans un petit village
Qui venait d’être dévasté par l’intempérie,
La maladie et la famine.
Ayant été doté d’un don divin,
Il prenait plaisir à guérir son prochain,
Qu’il soit bon ou vilain.
Mais un jour d’hiver,
Sous un froid sévère,
Un enfant au visage pâle
Venait de la contrée en aval,
Après avoir bravé l’intempérie
Sur les instances de sa mère,
Pour porter au guérisseur un manuscrit
Dans lequel on pourrait lire:
« Mon ami, je te salue.
Au nom de Jésus.
Toute ma famille est morte
Dans l’épidémie qui sabote.
Moi seule et mon garçon
Sommes restés à l’horizon.
Je te cherchais dans les abris
Et partout dans les débris,
Mais hélas ! Tu te faisais rare.
La mort a pris mes siens dans sa tare.
Seulement, si tu eusses été ici,
Ma famille vivrait-elle à ta merci.
Mais hélas! Ils sont morts sous mes yeux.
La mort, notre émule, ce sans aveu,
Nous les a dérobés sans nous donner
La chance de les pleurer et de les enterrer.
Aujourd'hui c’est mon tour, je suis sans secours,
Car la mort me fait la cour.
Je ne veux pas tomber à son poids,
Vite, mon ami ; je t’en prie, secours-moi.
Mon stress se transforme en ulcère.
Devant cette épidémie austère.
J’ai bu le thé des feuilles et des bois de racines,
Connus comme des médicaments fortifiants
Pour essayer de détruire ce virus obsédant,
Hélas! Point de naturelles médecines,
Car la forêt, devenue empoisonnée,
Pleure la mort de ses arbres géants, agenouillés.
Devant mon agonie immense,
Grande est le silence qui s’élance!
Devant ce virus virulent,
Désossé est mon corps purulent!
Vite, pour l’amour de mon fils,
Qui grandit dans cette banlieue sans vice,
Viens au secours de mon âme,
Qui languit dans la flamme de la trame. »
Mais perdu dans une petite fête
Que lui offraient ses amis de prédilection
Où l’on servait aux conviés des crémasse en masse;
Et sous les rouages de la diablesse ivresse,
Le Sage était têtu au pli acerbe de la souffreteuse
Car avec un air mécontent et même méprisant
Il dit au décent enfant des mots malveillants :
“Oh boy! Oh boy! Oh boy!
Tu ressembles à un maladroit cow-boy,
À la tête de mille paladins pour écraser mon boom.
En plus, comment as-tu pu endurer ce froid incolore
Et traverser à pied sec la forêt du diable?
Mes amis, venez voir l’enfant du future
Qui n’a pas peur ni de tabou ni des loups garous !
Enfant ! Je suis un invité d’honneur à l’instant,
Des amis sont en train de m’offrir un grand festin,
Le seul que j’ai chaque année après de durs labeurs
Pour me divertir et m’amuser avec ardeur.
Va dire à ta mère que demain dès l’aurore,
Avant le chant du coq, je viendrai la guérir.’
L’enfant, tout surpris, change le ton,
En disant avec un air sérieux et mouron:
« Monsieur, pourquoi faire la tête?
Il y aura des milliers d’autres fêtes,
Mais je n’aurai pas une autre mère.
Aie pitié d’elle, en toi, elle espère.
Son désarroi a atteint sa paroi,
Elle t’attend avec foi. »
Le Sage, tout ennuyé, a dit,
« Pourquoi tu me défis?
Guérir est mon don!
Guérir fait mon renom!
J’ai tous les jours en entier
Pour guérir n’importe qui volontiers.
Aujourd’hui, mon unique jour de liesse,
Je tiens à le profiter avec ivresse.
Ta mère vivra, aie foi
En Dieu et en moi. »
L’enfant continuait ses répliques
Sans avoir de panique:
« Les plaisirs et fêtes sont éphémères,
La peste et la mort sont en chimères.
Mon père, mes frères et sœurs ne sont plus
Car l’épidémie les ont tous abattus.
Ma mère, ma Joconde !
Mon seul cadeau dans ce monde,
Elle aussi, est sur le point de mourir,
S’il vous plaît, ne nous fait pas la ronde.
Votre don est de donner, de guérir
Tous ceux qui sont dans le besoin.
Levez-vous et partons
Je n’irai pas d’ici sans vous et votre don! »
Gêné devant les conviés
Qui montraient tant de compassion
Pour ce jeune garçon plein de passion,
Le guérisseur se sentait froisser:
« Guérir est mon pouvoir!
Guérir est mon savoir!
Tout le monde ici présent,
Était une fois en dément,
Sous le courroux des maladies
Et des pouvoirs démoniques.
Je les ai tous guéris et donnés une forte santé !
Leur goût pour la vie a été restauré !
Aujourd’hui, regarde-les; grâce à Dieu,
Pour eux, tout est miséricordieux.
Il sera ainsi pour ta mère en délire.
J’ai le pouvoir de la guérir;
Enfant ! Sois sans peur, sans frayeur !
Ne gaspille pas mon temps de liesse !
Comme je te l’avais dit, d’ici demain,
Ta mère oubliera tous ses maux !
Va vite la raffermir de mes mots. »
Le Guérisseur retournait au gala,
En fermant la porte avec fracas.

Le retour à la maison
Tout chagrin, mais sans paresse,
L’enfant courait vers sa mère en désarroi
Sous le coup du froid en suivant sa voie
À travers la forêt et les buissons de la région.
Malgré son chagrin, il contrôlait son émotion
Pour ne pas perdre de vue ses points de repères.
Il était en train de courir fièrement, âme austère,
Quand soudain son corps, à mi-chemin, fanait.
Et son esprit dans l’oubli se perdait.
Et dans les voies forestières, mille voix
Mille bruits tumultueux faisaient échos.
Il croyait entendre les pas des lions et des ours
Qui déchiraient la forêt à sa poursuite.
Tout fatigué et hanté, mais non effrayé,
Il courait plus vite que rapide ;
Et plus fragile que l’argile,
Les battements de son cœur devenaient...
Il s’arrêtait en s’appuyant sur un arbre
Pour regagner son souffre qui l’étouffait
Mais furieusement, des voix sonores criaient :
« Désastre ! Malheur ! Douleur! Frayeur !
Cercueil! Deuil! Souffrance sans espérance!
Matin incertain ! Avenir sans lendemain !
Sont tes lots, enfantin enfant du pétrin !
Naïf, ignorant petit garçon de contrefaçon.
La mort, mon fils, va t’écraser sous ses pas !
Et le séjour des morts, mon petit-fils t’avalera.
C’est ton sort, meurt sans remord et réconfort ! »
L'enfant, assourdi par la voix, devenait pale;
Il s'évanouissait; et sur le sol rocailleux,
Il tombait sur son dos; et ayant les mains
Les pieds allongés comme une croix,
S'adonnait au soin de la Mère nature.
Là, le souvenir des leçons apprises
De son défunt père lui a réveillé en sursaut ;
Les yeux au ciel, les gorges déployées,
Il ridiculisait les critiques du Diable, en criant :
« Je sais qui tu es : Ange déchu voué au néant.
Cherches-tu un corps humain pour abri ?
Mon corps est le temple du Dieu très Haut.
Ôte-toi de mon chemin ; je ne suis pas ta proie.
Arrière de moi sans aveu dieu!
Cochon pierreux des étangs marécageux!
Néant est ton détergeant !
Enfer est ton affaire !
Tribulation est ton habitation !
Millénaire de ténèbres !
Condamnation est pour ton action !
Sont tes portions pour tes abominations.
Que le jugement du Dieu miséricordieux
Soit contre toi et tes matois.
Bon séjour en enfer ! »

Le mystifiable diable, mis en quarantaine,
Voyant qu’il ne pouvait lui faire de la peine,
S’en est allé prendre une nappe en enfer.
Avec un cœur joyeux et les pieds d’un pieu,
Le garçon sans contrefaçon retrouvait sa voix
Et la voie menant chez lui à travers les bois.


Au chevet maternel
Arrivée à la maison paternelle,
L’enfant se jetait au chevet maternel,
Lui racontant la nouvelle avec larmes:
« Le guérisseur..., homme honnête et sage,
Te souhaite du courage au milieu de tes rouages.
Il te fait dire qu’il est pris au dépourvu,
Avec des milliers d’imprévus.
Mais ne t’en fait pas, demain, dès l’aurore,
Il viendra surement à ton éclore. »
Sa mère souriait en lui disant avec charme,
« Mon enfant, je suis fière de toi,
Tu as bravé la tempête pour moi.
Que Dieu te garde et te fortifie
Afin que tu puisses vaincre l’épidémie. »
« Maman, reprenait-il, demain tu guériras,
Dieu le veut, je le sens, sois ferme. »
« Mon fils, c’est bon d’espérer dans le malheur
De voir un lendemain meilleur.
Ce que Dieu veut peut-être différent
De ce que l’homme attend.
Demain, c’est ton anniversaire,
Je n’ai rien de grand à t’offrir,
Mais je te promets d’être à tes côtés en chair.
Quel que soit ce qui m’arrive dans cette banlieue,
Sache que c’est ce que Dieu veut.
Maintenant lève-toi ; sois sans alarme,
Va à la source, notre rivière bien-aimée,
Le seul don qui fleurit encore dans notre village.
Pour la flore et de la faune, elle est l’élément vital
Qui nous sauve des faits naturels et non naturels.
Quel sérum pour notre vie pendue sur une falaise !
Bois de son eau intarissable et prends un bain frais;
Puis reviens nous préparer quelque chose à manger;
Ensuite on s’alitera pour réchauffer nos âmes,
Espérant toujours d’un meilleur lendemain. »
Vers le cours d’eau
L’enfant, tout fatigué, tout affamé mais bien animé,
Se rendait vers le cours d’eau pour se baigner.
Comme d'habitude, de la colline, il faisait son saut;
Dans les bras masseurs et tutélaires de la rivière,
Il est tombé et a été accueilli joyeusement.
Il saluait des amis qui jouaient aux marbres
Mais au lieu de les joindre, il allait pêcher.
De ses mains maniables, il a pris deux poissons Dont il a mis avec soin dans son panier en latanier.
Et après avoir rempli son passereau,
Il a repris sa voie en chantant des chants caricatures,
Pleins de mots pour exprimer l’agonie de ses maux,
Pour réveiller la prouesse de sa jeunesse qui passe.
Sans tarder, il donnait à sa mère un bain de lit ;
Avec un sourire sincère, elle disait: « Mille mercis.»
Puis il boucanait les deux poissons rapidement;
Et après les avoir désossés, il les a mis dans un plat
Avec les cinq pains reçus d’un bon samaritain;
De la limonade et deux verres d’eau de la rivière.
Il partageait tout avec sa gentille camarade.
Puis avant de s’aliter, il priait avec sa tendre mère.
Prière de l’enfant à son coucher
« Ô Dieu de bonté et d’amour!
Toi le Maître de la nuit et du jour,
Qu’à toi seul soient toute gloire et félicité
Car ta bienveillance et ta miséricorde
Reposent sur le riche ainsi que sur le pauvre.
Merci pour cette belle journée,
Qui grâce à toi s’est si bien passée.
Le jour, obéissant à la loi naturelle, doit se reposer
Pour en faire place à la tendre nuit,
Qui est dans beaucoup de coins, la fin de tout bruit.
Ma mère souffre de millier de maux,
Je t’en prie, donne-la du repos.
Tu as commencé à nous bénir,
Tu continueras assurément à tout maintenir.
Aujourd’hui ou demain est dans ta main,
Rien ne se dit ou se fait sans ton approbation.
Envoie ton guérisseur sur notre horizon
Et qu’il apporte à ma mère de la guérison.
Bénis tous les enfants de la terre,
Bénis tous les animaux de la mer,
Bénis tous les animaux des champs.
Et bénis tous les oiseaux du firmament.
Que mon sommeil soit complet,
Et que mon réveil soit parfait.
Merci d’avoir tout écouté et répondu
Au nom de notre Seigneur Jésus.
Nuit de cent bruits
Après quoi, l’enfant se jetait sur son lit,
Le sommeil l’emportait avec ses cent soucis.
Sa mère, plongée dans le désarroi,
Commençait à languir soudainement.
Puis un silence, puis un soupir... ;
Et un sommeil en pêlemêle l’enfonçait
Dans un rêve plein de faix et de forfait.
Et la nuit, dans sa robe de veille,
Embaumait le village perdu dans le sommeil.
Tandis que l’enfant continuait à s’endormir
Pour récupérer son énergie en délire,
Non loin de sa chaumière,
Construite par son défunt père,
Il entendait l’aboiement des chiens
Et l’écho des chienchiens ;
Suivi par la chorale de la flore et de la faune
Qui résonnait comme l’avifaune
Qui criait pour rassembler ses petits
À la venue monstrueuse des malfinis.
C’est bien la nature en mélodramatique,
Qui annonçait la mort d’un être épique.
Soudainement, mystérieusement, le bruit diminuait;
Et une voix basse, aigue comblait le vide aussitôt;
Le village l’entendait venir atrocement de très loin;
L’enfant connait bien cet adage,
Raconté souvent par les vieux du village :
Plus loin est le bruit plus proche est le danger.
Mais il pensait que c’était un rêve,
Qui annonçait plutôt l’arrivée d’une trêve,
Une sorte de béatitude pour sa tendre mère.
Prière d’un enfant à son réveil
Au matin de son réveil,
L’enfant récitait la prière de Lamartine:
« Père qu’adore mon père,
Toi qu’on ne nomme qu’à genoux,
Toi dont le nom terrible et doux
Fait courber le front de ma mère !
On dit que c’est toi qui fais naître
Les petits oiseaux dans les champs,
Et qui donne aux petits enfants
Une âme aussi pour te connaître.
Aux dons que ta bonté mesure
Tout l’univers est convié;
Nul insecte n’est oublié
À ce festin de la nature.
Et, pour obtenir chaque don
Que chaque jour tu fais éclore
À midi, le soir, à l’aurore,
Que faut-il? Prononcer ton nom.
Donne au malade la santé,
Au mendiant le pain qu’il pleure,
À l’orphelin une demeure,
Au prisonnier la liberté ;
Donne une famille nombreuse
Au père qui craint le Seigneur;
Donne à moi sagesse et bonheur,
Pour que ma mère soit heureuse! »
Le lit en délit
Après quoi, l’enfant jetait un coup d’œil
En direction de sa mère alitée
Pour l’observer et lui parler,
Il disait, « Maman, t’es-tu déjà réveillée?
Il fait beau; le soleil en merveille m’a réveillé.
Dieu soit loué pour cette belle nuit,
Nous avons pu dormir malgré les bruits.
À l’heure-ci, le guérisseur doit être en route.
Ta douleur sera bientôt mise en déroute.
Maman... ! Es-tu fière de voir un jour nouveau? »
Mais elle ne répondait pas.
Illico ! L’enfant se tenait sur ses pas ;
Il jetait un regard en direction de sa mère.
Voici, le lit était vide. Quelle misère!
À-tue-tête, avec l’esprit affaibli,
Il fait le tour du lit.
Voici, sa mère était étendue par terre,
Elle semblait être tombée de son lit,
Et la mort, l’ennemi acharné de la vie,
L’enveloppait de son profond cratère.
Quel chagrin surprenant!
Porté aux abois, l’enfant pleurait sans fin
Et pétrifié de ce qu’il voyait, il criait:
« Maman ! Maman ! Réveille-toi! Réveille-toi!
Ne me laisse pas dans le désarroi
À voir ce jour, c’était ta promesse,
Pour fêter mon anniversaire. Quelle tristesse!
Je viens juste d’avoir mes 9 ans,
Je suis déjà privé de mes parents,
Et de mes frères et sœurs. Quel malheur !
Quel jour de fête farcie de douleur et de frayeur!
J’ai perdu tous mes bien-aimés,
Il ne me reste plus rien qu’une vie inanimée.
Oh mon Dieu, je ne veux pas être orphelin
Dis un mot ; sauve-moi de ce chagrin. »

À la recherche du renfort

L’enfant continuait de pleurer
Devant le corps de la dépouillée.
Puis, il se levait d’un bon rapide;
Et, pour affronter la mort avec intrépide,
Il courait à la recherche du renfort.
Il était en train de se rendre chez le Sage,
Quand il le voyait à la croisée d’un étroit passage,
Avec ses amis pour être témoins de son miracle,
Comme un moyen de se réjouir par ce spectacle.
« Ma tendre mère, criait l’enfant, ne bouge pas... »
Le guérisseur le réprimandait, lui parlant tout bas,
« Mon enfant, dans moins d’une heure,
Par ma parole, ta mère sera ressuscitée.
Tes yeux de larmes se changeront en joie
Après avoir vu la félicité du Dieu de bonté. »
L’enfant se calmait en signe obédience,
Mais continuait à pleurer dans son cœur en silence,
En attendant avec impatience l’espérance.
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