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Ce jour-là il faisait beau

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Mariana Naccour

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Ce jour-là il faisait beau, et comme chaque matin c’est moi qui étais debout la première. Papa et Maman étaient sortis hier soir, et étaient rentrés tard, comme d’habitude en fait.

A vrai dire ils ne sont pas souvent à la maison, pris par leur travail ou par leurs sorties entre amis. En fait ils ne s’occupaient pas tellement de moi. Je me suis d’ailleurs souvent demandé si je n’étais pas un frein à leur vie, s’ils ne regrettaient pas la décision qui avait été prise 18 ans au paravent, de me garder. Alors j’essayais de me faire discrète, de passer inaperçu et de ne rien demander tant que le besoin n’était pas urgent. Et comme ça, tout le monde était content, enfin... ils étaient contant, et moi et bien je ne disais rien.

Ce jour-là il faisait beau, et nous étions dans la maison de vacances de mes grands-parents. Papa et maman dormaient, encore alcoolisés de la veille, comme d’habitude en fait.

A vrai dire ils ne sont jamais à la maison, pris par leurs amis et leurs bouteilles de vin. En fait, ils ne s’occupent pas du tout de moi, je sais d’ailleurs à quel point ils ont regretté cette décision prise 18 auparavant, de me garder. C’est pour ça qu’ils m’ignoraient, que je passais inaperçu et que je ne demandais rien même s’il s’agissait d’une urgence, de toute façon ils n’auraient rien fait. Et puis comme ça, tout le monde était content, enfin... ils étaient contant et moi, et bien, je ne disais rien.

Ce jour-là il faisait beau, et comme chaque jours, je n’avais pas l’autorisation de sortir. Papa et Maman disent simplement qu’ils n’en ont pas envi, comme d’habitude en fait.

Je restais alors assise, seul, adossée à ce grand arbre qui avait porté ma souffrance durant des années, et je me souvenais. Je me souvenais du temps ou tu étais là, de ces longues balades dans les champs de Valennes, à courir après les lapins et de ces moments, près de l'étant de la maison, accroupit, un seau d’eau posé à nos pied, à tenter d’attraper les têtards. Le temps passait plus vite lorsque tu étais là. Et puis au moins, Papa et Maman me laissaient te voir, toi... Je me souviens aussi de ces belles histoires que tu me racontais, sous les branches du grand sol pleureur, là bas au coin du jardin, de ces biscuits que papa et maman m’interdisaient, et que tu me donnais en cachette ou encore de ces escapades en foret pendant lesquelles tu apprenais, comme on peut le faire à une enfant de 11 ans, la survie en nature.
Mais, je me souviens surtout de ces moments, ou tu me retrouvais comme aujourd’hui, adossée à ce grand arbre, séchant mes larmes, du temps où je n'avais pas encore compris que papa et maman ne m'aimaient pas. Très souvent tu avais la même réaction, tu t’assaillais près de moi, la plus part du temps sans dire un mot et tu me regardais. En fait, je n'ai jamais su si tu comprenais réellement ce qu'il se passait. En même temps, comment aurais tu pus le voir. Alors, nous restions là, assis sans dire un mot, et comme à chaque fois, tu sortais de ta poche, un petit bonbon à la fraise, mes préférer, que tu me tendais, le regarde compatissant.

Ce jour-là il faisait beau, la vie était belle quand tu étais là. Papa et maman eux, ne voyaient pas les choses de la même manière, comme d'habitude en fait.

L'année suivante, nous ne sommes pas retourné dans la maison de vacances de mes grands parents. C'était étrange, vu que nous y allions tous les étés. Je n'ai jamais osé demander pourquoi à mes parents, de toute façon, personne ne m'aurait écouté, ni même répondu. Alors, je restais terrés dans ma chambre, la tristesse au bas de la porte, à me répéter en vain, toutes ces fabuleuses histoires que tu pouvais me raconter. Une année sans te voir, rendait la vie beaucoup plus compliquée, pourtant nous n'y sommes pas retourné pendant 5 ans.
L'année de mes 16 ans, je fus surprise de voir les bagages sur le palier, et maman me crier de préparer ma valise. J'allais te revoir, 5 années après.
Pourtant, à notre arrivée, la maison était vide. Je courrais alors, le coeur plein de malice, dans chacune des pièces de cette immense demeure, croyant à une de ces blagues, que tu avais tellement l'habitude de faire. Mais je ne trouvais rien. La maison était vide. Il n'y avait personne.

Ce jour-là il faisait beau, mais les vacances n'étaient rien sans toi. Papa et maman, eux ne m'ont rien dit de ton absence, ils ne parlaient pas de toi, comme d'habitude en fait.

Et puis un jours, ils ont pris la voiture pour nous emmener, deux heures plus loin, dans une ville magnifique, ornée de dorure. Mais c'est vers un chemin sombre et lugubre que la voiture se dirigeait. Une petite bâtisse sale jonchait le chemin de terre et c'est là que nous nous sommes garé. A l'intérieur c'était humide, et les murs dégageaient une odeur épouvantable. Je remontais à mon nez, je col de mon t-shirt quand papa et maman ouvrir la porte d'une chambre.
Assis, sur une chaise à demie-brisée, tu étais là. Le regard posé sur le sol. Papa et maman entraient dans la chambre, tandis que moi je restais là, bouche-bé laissant s'échapper de mes doigts le col de mon t-shirt.
Qu'étais tu devenu ? Je ne te reconnaissais pas. La tristesse se lisait sur ton visage, et cette fossette de rire, si évidente dans mon souvenir, avait disparue. Je m'approchais de cette chaise grinçante quand une odeur nauséabonde envahi mes narines.
Tu n'avais rien ici, pour seule distraction, un petit carré de fenêtre donnant sur une cours, grise et sans vie. C'était triste, vieux et sale. Des personnes passaient dans les couloirs du bâtiment. Ils étaient sans vie eux aussi.
Je retournais au près de la voiture, le regard sur le sol, me retournant une dernière fois sur les façades grise de la bâtisse.


Ce jour-là il faisait beau, et comme chaque matin c’est moi qui étais debout la première. Papa et Maman étaient sorti hier soir, et étaient rentré tard, comme d’habitude en fait.

Ils n’étaient toujours pas levés, tandis que l’horloge approchait aux trois quarts alors, comme toujours je suis restée, assise, seule, adossée à ce grand arbre qui avait porté ma souffrance durant des années, et je me suis souvenue. Je me suis souvenue de toutes ces belles choses que tu avais apportées, oui, mais surtout, je me suis souvenue de cette fois, qui fut la dernière, 5 ans au paravent. Pourquoi papa et maman ne m’avaient ils laissé te voir que cinq pauvres petites minutes. Le temps de remplir quelques papiers et de vérifier que tout était aux normes. C’était triste.
Apres cette journée, ils ne m’ont plus jamais parlé de toi. La maison était désormais au nom de papa, et chaque trace de ton passage y avait disparu. Et moi, je ne pouvais rien y faire. Comme d’habitude en fait. Alors je restais là comme tous les étés, seule, adossée à ce grand arbre, à me souvenir, tandis que s’envolait peu à peu, devant moi, le souvenir d’une vielle personne.
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