Catherine

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Électeur de droite, je suis lecteur de gauche. À moins que ce ne soit le contraire. Je ne m'y retrouve plus  [+]

Lorsqu’il lui signifia de passer dans son bureau le soir à 19 heures, Catherine ressentit avec vivacité comme une brûlure glacée au creux d’elle-même, son cœur battit plus vite, sa bouche s’était faite sèche, elle le regarda, baissa les yeux, acquiesça d’un hochement de la tête. Soumission. Griserie. La journée allait être horrible.

C’était le troisième samedi qu’elle arrivait en retard à la librairie. La première fois, il n’avait rien dit, se contentant de sourire. Les hommes, tous les hommes, elle les mettait à ses pieds, et celui-ci n’était guère différent des autres, il tournerait autour d’elle, lorgnerait vers son décolleté, l’inviterait à dîner, il avait cinquante ans, elle vingt, tu peux courir mon vieux.

C’est le samedi d’après que leur relation se cristallisa. Se noua. Elle était sortie la veille. Tard. Avec son copain. N’avait pu se lever. Elle revoit le film. Métro, changement, café, Bastille, faubourg Saint-Antoine, bonjour, vous viendrez dans mon bureau, oui au premier, avant de partir, je voudrais vous parler. Il était assis derrière la grande table. Encombrée de livres. D’autres bouquins par terre, une caisse, Gallimard. Au plafond, le grand lustre. Noir. Pénombre chaude striée de rais de lumière, à travers les persiennes, soleil couchant, doré. Beauté des lieux. Vous êtes encore arrivée en retard. Vous resterez une heure de plus. Là, face au mur, la bouche ouverte, les mains derrière le dos. D’un geste, il lui indiquait l’endroit. Il est 19 heures, votre punition commence maintenant, je vous avertirai quand il sera 20 heures. Elle écarquilla les yeux, voulut prononcer un mot, soudain elle transpirait, elle avait besoin de ce boulot, plus qu’un appoint, elle restait hébétée, ne bougeait pas. Il se leva, la prit par le bras, la mena vers le mur. Ici, lui dit-il, pendant une heure, bien droite, la bouche ouverte, les mains derrière le dos. Je vous préviendrai quand ce sera fini. Il se rassit, alluma son ordinateur. C’était inouï, jamais elle n’avait connu cela, elle était en nage, elle savait qu’il la regardait, il y avait des traces sur le mur, salissures, poussières ou crayons, elle les comptait, ses yeux se brouillaient, le temps s’égrenait avec une lenteur terrible, odieuse, majestueuse, le mot qu’il avait employé, punition, résonnait dans ses oreilles, elle se forçait à ne pas aimer, elle se passa la main dans les cheveux. J’avais dit les mains derrière le dos, la bouche ouverte. Enlevez vos sandales et mettez-vous à genoux ! Elle poussa un cri. Non. Il répéta. Voix claire, coupante, sans contestation. A genoux ! Elle l’entendit bouger. Eperdue, elle obéit. En larmes. Au bout d’un temps infini, il quitta son siège, prit sa veste, lui annonça qu’elle était libre. Il ajouta simplement ne plus accepter désormais de la voir en pantalon, qu’elle porte des jupes, courtes. Il exigeait aussi qu’elle se maquille davantage. Du rouge sur les lèvres. Vermillon. Ou du noir. Brillant. N’importe quoi. Qu’on ait envie de vous embrasser. Il la raccompagnait dans les salles de la librairie déserte. Je vous attends lundi, à l’heure cette fois, ne faites pas cette tête, regardez-moi, vous êtes très belle, de ses lèvres, il effleura les siennes. A lundi. Elle tremblait. Médusée. Chavirée. Conquise. Elle entrevoyait un chemin insoupçonné.

Lorsqu’elle frappa à sa porte, elle savait ce qui l’attendait, elle le devinait, certitude, on dit l’intuition féminine, elle l’acceptait. Fard sur les joues, ombre sur les paupières, rouge à lèvres incandescent, jupe courte, dentelles transparentes, hauts talons, il la fit entrer à nouveau dans cet antre, elle revit ce mur en face duquel il l’avait forcée à s’agenouiller, longuement, elle entendait distinctement les battements de son cœur, ça turbulait sous ses tempes. Il s’était levé, silencieux, grand, assez fin, pantalon gris foncé, chemise blanche, déboutonnée sous le col. Preste, il ouvrit une armoire encastrée dans le mur, à l’intérieur, pendus à des crochets par des dragonnes ou un cordon, plusieurs fouets, des martinets, au moins une cravache. Il choisit un des instruments, un fouet de cuir noir, à six lanières, elle put les dénombrer. Déshabillez-vous ! Elle demeurait immobile, interdite. Il s’approcha d’elle, défit son chemisier, laissa glisser sa jupe, elle portait un soutien-gorge de fine guipure, presque un filet, comme sa culotte, échancrée, qui révélait tout de son intimité. Toujours sans prononcer la moindre parole, il lui passa un bracelet de cuir, elle en respira l’odeur, autour d’un poignet, un second, pourvu d’une chaînette, trois maillons, à l’autre bras. Se plaçant derrière elle, il lui ôta ses derniers sous-vêtements, de sa main lui administra une claque violente, elle réprima un cri bref, sur la fesse droite, lui dit qu’elle était très belle, il inséra la chaînette dans le mousqueton du bracelet, elle était maintenant menottée à l’arrière. Agenouillez-vous, j’arrive. Il passa dans une chambre contiguë.

Quand il revint, il était nu lui aussi. Elle se tenait agenouillée au milieu du bureau, l’acier chromé des menottes resplendissait sur sa croupe. Dans l’armoire aux fouets, il se saisit d’un collier de cuir noir dont il lui enserra le cou. Il y avait un anneau. Par cet anneau, en tirant, il lui intima l’ordre de se relever, ce qu’elle fit, il la menotta cette fois par devant, elle voulut cacher son sexe de ses mains, ce dont il l’empêcha en la retenant fermement par les menottes, il la mena vers le mur qu’elle connaissait si bien, il y avait une chaîne qu’elle n’avait pas vue la première fois, peut-être venait-il de la placer, il l’attacha les bras élevés à cette chaîne, prit le fouet, et tout en l’embrassant dans le cou, lui répétant qu’elle était très belle, superbe, il lui caressait les seins avec les lanières du fouet, ils se gonflèrent, c’était une sensation étrange, la douceur du cuir tressé passant et repassant sur les bouts durcis de ses mamelons. Du manche, il lui toucha le sexe. La peur et le désir s’entremêlaient dans ses sentiments. Elle vit qu’il bandait. Il recula, légèrement, deux pas, et lui infligea le premier coup.

Une fraction de seconde, elle put croire qu’elle résisterait, ce n’est que ça, pas si terrible, mais une douleur atroce monta en elle, elle dut se mordre les lèvres pour ne pas hurler. Au moment où la souffrance diminuait d’intensité, elle entendit à nouveau le sifflement des lanières dans l’air. Ce fut bien pire que le premier coup. Car maintenant, elle savait. Instinctivement, elle voulut s’éloigner, la chaîne la retint, les maillons s’entrechoquèrent, les lanières s’abattirent violemment sur ses fesses, une brûlure la déchirait. Au bout de quelques coups, son orgueil se brisa, elle le suppliait, l’implorait, elle criait, il la fouettait à toute volée, elle tournait sur elle-même, offrant à la morsure des étrivières le devant de ses cuisses.

Enfin, il la détacha. Catherine était chancelante. Flageolante. Toujours menottée. Il la fit choir sur le sol, un tapis à trame de laine, agréable pour sa peau meurtrie. Il se plaça sur elle, de son sexe dur, il lui titillait le sien, s’enfonça en elle, ils ne furent plus qu’un, jouissance et volupté.

Après, il l’entoura de ses bras, vous avez été magnifique.
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