Cardinette et la plante

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Aventurière des temps modernes, professeur de Mathématiques, mère de douze enfants, je les ai scolarisés à domicile jusqu'en terminale. Ils se sont éparpillés, certains sont mariés, et ont  [+]

La plante croissait bien plus vite que les autres mais seule Cardinette l'avait remarqué.
-Ne dis rien, chuchota la plante dans son dos
-Pourquoi ? demanda l'enfant en se retournant.
-Je serai ton amie, ce sera notre secret.
- Que m'apporteras-tu?
- Je t'écouterai, et te conseillerai, je te raconterai des histoires, je t'aimerai.
-Tu m'intéresses. Que demanderas-tu en échange ?
-Tu ne parleras de moi à personne, tu m'aimeras, tu me protégeras.
- Contre quels dangers ?
- Contre la destruction, contre la mort.
- Je n'ai aucun pouvoir, je suis une enfant. Oh, plante, comme tu grandis !
- C'est parce que tu me donnes ton attention c'est ainsi, elle m'emplit d'une énergie que j'accumule comme réserve en grandissant
- Quel est ton but ?
- Je veux vivre, C'est une fin déjà en soi.
- Bien insuffisante. La vie est plus, il faut l'emplir, la faire fructifier, offrir aux autres, et enrichir son esprit, élever son âme,
- Je ne suis qu'une plante
- Une plante qui parle. Tais-toi, je crois qu'on m'appelle.
-Cardinette, criait sa mère, ne traîne pas, rejoins moi, cours donc!
L'enfant quitta la plante, « Salut »; et s'élança joyeuse
et la plante reprit sa taille, mais utilisant un microscope, on eût pu distinguer à la surface de ses feuilles d'innombrables petits yeux, et une lueur étrange, inquiétante en éclairait le fond, comme un feu endormi, prêt à bondir.
Quand la mère et sa fille arrivèrent à la ferme, Jacques accourut de toute la force de ses jambes de six ans.
- Charlette, viens voir, j'ai bâti une grande maison. Viens avec moi, dans le beau pré des chèvres.
- Appelle moi Cardinette, s'il te plaît.
- Papa t'appelle Charlette
- Non, il dit Charline, mais je veux entendre "Cardinette"
Elle suivit son petit frère, admira sa maison de branchages, et, presque en rampant, pénétra dans ce petit réduit, sous une voûte basse de branches de pin bien fournies.
Elle resta un petit moment, seule, la place manquait, même pour faire entrer tout près d'elle le petit garçon.
- Je suis bien au chaud, bien à l'abri, merci, mais je veux marcher, profiter du jour, laisse-moi sortir.
Jacques voulut l'accompagner, elle prit une corbeille et la main dans la main, ils allèrent dans le verger l'emplir de pommes.
Elle lui fit compter les fruits : «  il en faut dix. » Quand ils eurent fini, après avoir posé la corbeille sur la grande table de chêne, elle emmena l'enfant près de la rivière, lui en rappela les dangers, et, pour qu'il la craignît, raconta une histoire terrible.
Deux enfants, désobéissant à leurs parents, avaient, de longues années plus tôt, tenté de traverser son cours impétueux. Ils avaient même réussi sans se mouiller le thorax. Et ils riaient ; tu vois, disait le plus jeune, on nous mentait, c'était facile. Le plus grand, maintenant ennuyé répondit :
- le danger ne tue pas toujours, mais nos parents l'ont affirmé, il se cache, nous avons mal agi, rentrons.
- Non, jouons ici, d'abord, l'endroit nous paraissait si beau.
- Je ne le vois plus ainsi, viens
- Non, je veux d'abord jouer.
-Je suis le plus grand, le responsable, obéis donc!
- As-tu obéi, toi ?
- Mieux vaut obéir tard que jamais. La rivière me donne raison, regarde, elle se gonfle.
- Malheureux, il nous faut vite revenir
- Je ne veux pas, je veux m'amuser dit le plus petit. Mais soudain, le timbre de sa voix changea : « j'ai peur, la rivière me regarde, d'un regard fâché. »
Et à ces mots, il recula, une grande vague avait léché ses pieds, et il avait senti une aspiration qui l'effrayait.
- Prie donc, prie avec ferveur !
Mais trop tard ! La rivière sortant de son lit se mua ils virent une sorte d'immense pieuvre qui de ses grands bras puissants, les saisit et les plongea dans les eaux bouillonnantes. Un instant, ils respirèrent l'écume de ses tourbillons, mais les remous les frappaient, et les empêchaient de remonter à la surface, leur esprit seul vivait, leurs corps, inertes, bousculés par les flots ne se défendaient plus.
- je pense encore, ou du moins j'ai peur encore, songea le plus petit.
- Pardonnez-moi mon crime murmurait en lui-même le plus grand, prenez moi, Mon Dieu, et saurez-le !
Mais cette rivière, être abject, refusa d'agir comme le lui ordonnait Jésus, et les deux enfants périrent.

Jacques écouta gentiment
- La rivière ne me fera pas de mal, elle me connaît bien, elle sait que je suis un enfant sage, je ne mets jamais les pieds dans ses eaux, parce que je sais qu'elle ne le veut pas, c'est pourquoi elle tue ceux qui la piétinent.
-Il faut aussi éviter de marcher près de son lit à la fonte des neiges. Elle est grosse, lourde; folle d'avoir tant couru et de sentir en elle tant d'énergie, assoiffée de pouvoir et gonflée d'orgueil et parfois une simple présence, aussi respectueuse qu'elle soit l'offense.
La rivière est un être puissant et capricieux, que tu dois respecter et craindre, ne lui accorde jamais ta confiance.
Le petit garçon, un peu étourdi par ce discours, demanda le sens des mots orgueil et confiance, et il comprit les explications de sa sœur, pourtant un peu maladroites.
- Papa et Maman sont puissants, et je puis leur faire confiance parce qu'ils m'aiment, mais la rivière aime la rivière seulement, elle n'aime pas les gens qui habitent sur ses rives, c'est cela ?
- Oui, exactement.

Mais Jacques soudain saisit le bras de sa sœur :
- Vois, cette plante, je ne l'avais jamais vue, elle est nouvelle ici, et elle te dévisage.
- Les plantes ne voient pas, elles ne regardent pas.
- Alors elle n'est pas une plante, mais quelque génie, car je sais bien qu'elle te fixe, elle a d'innombrables yeux, j'ai une bonne vue, toute neuve, comme le dit Mamie.
- Il ne faut pas s'occuper des génies, si c'en est un, passe ton chemin sans la regarder, viens vite près de moi, dit la fillette, et elle pressa le pas.
- Cardinette, elle parle! Elle m'a dit que tu es son amie. Est-ce vrai? Et lui fais-tu confiance?
- Jacques, elle m'a parlé aussi, elle voulait que je devienne son amie, et Maman m'a appelé à ce moment, je n'ai pas répondu.
Mais la plante insista : si, Cardinette, tu es mon amie, ne t’en souviens-tu pas ?
- Plante, je ne t’ai rien promis, dit Cardinette, ne déforme pas la vérité : je suis partie sans te donner ma réponse, maintenant la voici : Je ne puis devenir ton amie, je suis trop occupée, et ne te connais pas assez, on ne se lie pas ainsi sur simple proposition ! Laisse-moi dorénavant, trouve quelqu'un d'autre.
- Enfants, j'ai besoin de soutien, je suis en danger, aidez-moi
- Non, Plante, je ne puis.
- Alors, Cardinette, sache que je puis te nuire, je me vengerai de ton refus. Réfléchis, je suis dangereuse. Tu aimes ton petit frère, n'est-ce pas? Tout être vulnérable se doit de ne contrarier aucun puissant, tes parents ne te l'ont-ils pas enseigné ? Explique-le au charmant petit garçon. Allons, pars, mais tu me reverras.
Cardinette tenta de rassurer Jacques, ce qui l'amena à promettre qu'elle raconterait tout à sa Maman.
Et elle le fit. Jacques confirma. La mère les écouta gentiment, exprimant à plusieurs reprises des doutes quant à la véracité des propos des deux enfants. Ce récit l'étonnait, car ni l'un ni l'autre n'avait jamais fait preuve de mythomanie, jamais ils ne s'étaient moqués d'elle par des récits imaginaires.
Elle voulut vérifier
- Laisse-nous, ordonna-t-elle à sa fille, et elle demanda une description de la plante à son fils. Cardinette, interrogée ensuite la dépeignit soigneusement à son tour.
-C'est cohérent dit la Maman. Montre la moi, Jacques.

Mais le petit pleura : « non, j'ai peur, elle est méchante, je ne veux pas. »
Cardinette allait se proposer, mais elle se souvint : « tu ne dois jamais parler de moi » avait averti la plante. Cardinette frémit, et avoua à sa mère son imprudence : « j'ai répondu, discuté » et elle reproduisait avec précision son dialogue.
-Vous resterez enfermés ce soir, mes chéris, décida la maman, jusqu'à ce que Papa donne son avis. Si vous dîtes la vérité, je dois vous mettre à l'abri, si vous mentez, ce sera une punition.
Les deux enfants parurent rassurés, ce qui inquiéta leur mère « Ils croient réellement ce qu'ils content, pourquoi ? »
Elle éprouva le besoin de les distraire toute la soirée, heureuse de les voir oublier cette histoire. Le père rentra, ils dînèrent, puis elle lui dit, d'un ton enjoué pour ne pas alarmer davantage ses enfants, la grande nouvelle : une méchante plante les menace.
- Est-ce vrai, Jacques ? Et, comme le garçon opinait, il ajouta : alors, il faut que vous soyez très forts, et, pour cela, vous devez dormir. Allez vite au lit, demain est un jour férié, je reste à la maison, nous aurons tout le loisir d'en parler et de trouver la meilleure stratégie.
Les enfants embrassèrent leurs parents, la Maman lut tout de même une courte histoire, et, peu après, ils dormaient sagement.
Alors, baissant la voix, le papa murmura ; Mon grand-père m'a raconté la même chose, et ses deux petites soeurs furent retrouvées étranglées par une plante inconnue. La mère rapporta l'image que ses enfants avaient donnée de la plante. Le père, ouvrant un tiroir, en sortit un cahier, et lut : je donne ici tous les éléments que j'observai dans le but d'identifier cette plante folle. Suivait une description très proche de celles de Cardinette et de son frère.
- Je ne sais l'expliquer, mais j'ai peur conclut-il. Je préfère dormir près d'eux, prépare le lit pliant pour Jacques. Lui-même entra dans la chambre de son fils, le prit délicatement dans les bras, et, le pressant contre lui, l'amena et le posa sur le lit que la mère avait déployé dans la chambre de Cardinette. Il réveilla à peine son fils, tant ses gestes furent doux.
Puis il alluma la lampe de bureau pour lire, mais il sursauta; le lit de sa fille était vide.
En effet, Cardinette, avait compris que son refus mettait en danger la vie de son frère. Désolée et abattue par sa culpabilité, la pauvre enfant était sortie discrètement pour parlementer avec la plante.
-Tu m'as trahie, sournoise, bavarde, Tu devais ne jamais parler de moi.
Et soudain de grandes tentacules jaillirent de la tige et saisirent Cardinette. Et elle, étrangement, ne craignit pas pour sa vie. Elle discutait : Elle se sentait dans son bon droit et ne pensait qu'à convaincre.
- J'ai parlé oui, parce que tu avais menacé mon frère. N'as-tu pas honte ! Je n'ai rien promis, et tu considérais que je m'étais engagée, mais toi, tu devais m'aimer, est-ce ainsi que l'on aime ?
Non tu as tort, je ne veux plus avoir de relations avec toi.
- Pauvre enfant innocente, tu me ferais presque regretter d'être adaptée au monde. Le droit, la justice sont théories pour le peuple. Les chefs, eux, ne s'en préoccupent pas, ils sont bien au-dessus des lois, puisqu'ils disposent du pouvoir. Tu es ma prisonnière, et je te prendrai ton frère si tu ne m'obéis pas, Plus question d'amitié, seulement les devoirs, je ne donne rien, mais tu te soumets.
Et les lianes se resserrèrent autour du frêle corps, comme les anneaux d'un boa.
-Si tu bloques ma respiration, je ne pourrai parler, et je mourrai, je ne t'aiderai pas, parvint à murmurer la fillette dans un souffle étranglé.
-Tu sais ce que subira Jacques, si tu m'agis pas exactement comme je le désire.
Dans quelques minutes, je me couvrirai de gros fruits aqueux, Prends en deux, munis-toi d'un couteau, et suis le premier chien que tu rencontreras, il te conduira à une très belle maison, suis le. Tu pénètreras dans une luxueuse cuisine, coupe mes fruits en deux, et verse leur jus dans une des marmites posées sur une cuisinière; quand tu auras rempli ta mission, viens me faire un rapport précis.
-Ce jus est-il dangereux?
- Contente-toi d'obéir.
Cardinette murmura : j'obéirai, mais lâche moi, il faut que je me couche dans mon lit.
- Je préfère, moi, te garder embrassée dans mes branches.
L'enfant faillit répondre mais elle se ravisa. Ses parents s'inquiétaient, les sourires de sa mère ne l'avaient pas trompée, assurément, ils n'iraient pas au lit sans regarder dans sa chambre pour vérifier que tout allait bien. Ils la chercheraient. Alors, elle crierait pour les prévenir, et, armés, ils viendraient délivrer leur enfant aimée, ils couperaient la plante à sa base, qui mourrait. Et, bien que les lianes la serrassent très durement, Cardinette à l'idée qu'on détruirait ce fléau se sentait soulagée, et très optimiste, mais soudain une pensée horrible abattit brutalement sa confiance ; la première fois, elle avait vu la plante à L'est du jardin, mais Jacques la lui avait montrée en son centre, et, c'est cette seconde plante qui l'avait effrayée, qui, maintenant la retenait prisonnière, or elle avait fait référence à la première rencontre. Les deux n'étaient qu'un seul et même individu. Combien de copies croissaient en cet instant, à toute vitesse, dans leur petit domaine ?
Et maintenant, elle tremblait pour toute la famille, pour son père qui ne manquerait, quand il la verrait ainsi d'utiliser une hache pour tuer l'ennemi. Et effectivement, elle le vit, et il brandissait la lourde cognée, il avait deviné la démarche de sa fille et pensait qu'elle courait un réel danger. Cardinette essaya de crier « attention ! » pour le prévenir, mais elle ne put, tant les lianes musclées la pressaient. Si bien qu'elle ne put que siffler un murmure plaintif. Mais le père l'entendit et comprit. Il fit demi-tour, et téléphona à la gendarmerie. Il expliqua qu'un groupe de brigands l'attaquaient, qu'il avaient enlevé sa fillette, qu'ils menaçaient de la tuer au premier geste agressif. « Venez par la route de Dio, et entrez par derrière, afin qu'ils ne vous voient pas arriver »leur dit-il.
Puis il ferma les volets de la chambre et consolida cette barrière, à l'aide de planches, et de chevrons qu'il voulait utiliser pour dresser une cloison qui diviserait le grenier en deux pièces.
Cardinette pensa qu'une guerre meurtrière se préparait.
- Ma belle plante, ma merveilleuse plante, un malentendu nous oppose. Je veux te donner mon amitié, je veux recevoir la tienne, je veux t'aider, mais il faut que tu aimes et respecte ma famille. Sinon, ils te tueront, et si je suis encore vivante, j'en serai effroyablement malheureuse. Les hommes sont puissants, le seul moyen de vivre est d'accepter leurs conditions, de les amadouer, crois-moi, je parle pour ton bien.
La plante ne répondit pas, mais resserra son étreinte.
-Tu ne comprends pas ce que je dis, souffla Cardinette, mais je parle quand même. Mes parents veulent me sauver, si tu me tues, ils te combattront, si tu les tues, d'autres viendront. Ils ont des défoliants, des poisons terribles, tu mourras, mais si tu fais alliance, je te sauverai, car je veux l'amitié que tu m'avais promise,
- Tu mens, tu es trop intelligente pour te fier à nouveau à moi.
- Tu ne connais pas l'âme humaine, généreuse, toujours prête à pardonner, moyennant des garanties.
- Tu es une enfant innocente et stupide.
- Nous pouvons toujours agir comme si la vérité devait me donner raison, Cela ne dépend que de nous, tu peux encore te sauver.
- Tu ne connais pas mon pouvoir, je croîs dans tout le pays, je l'envahirai. En ce moment, je détiens prisonniers près d'une centaine d'enfants.
- Tu n'es pas à la hauteur pour lutter contre nous, tu ne réussiras qu'à tuer, endeuiller, et disparaître. Mais pourquoi voudrait-on t'éliminer :tu parles ton langage est même riche, c'est merveilleux, un tel don chez une plante suffit pour être respectée;
- Tes parents ont appelé les gendarmes, regarde. Et des lianes immenses se précipitèrent en rampant vers la maison, et la recouvrirent d'un dense réseau de liens de près d'un mètre de diamètre.
- Et les gendarmes, comment les traiter ?
- Ils ont des enfants à nourrir, ils ne t'ont rien fait, ne les attaque pas, s'il te plaît.
- Je te laisse vivre, parce que tu m'amuses.
- J'aime les plantes, leur verdure, leur fraîcheur, la beauté de leurs fleurs, et leur vitalité, d'habitude, elles ont bon cœur, elles offrent un asile aux petits oiseaux, aux écureuils, à d'innombrables bestioles, elles offrent leurs fruits, leur ombrage, les pauvres ramassent le bois mort, et se chauffent, les enfants escaladent les arbres, les amoureux font de charmants bouquets, j'aime les plantes pour toutes leurs belles qualités.
- Je hais les hommes, et veux prendre leur place sur terre.
- Ne pouvons nous cohabiter ?
- Votre présence m'importune
- Nous arrosons les fleurs et les arbres lorsque sévit la sécheresse, nous tuons les biches qui trop nombreuses, menacent les forêts, l'homme protège avec grand soin les plantes.
- Pourquoi serai-je rationnelle, pourquoi voudrais-je avoir raison ? La haine a toujours tort, et je ne suis que plante.
- Repousse ce qui paraît fou, chasse ce sentiment méchant qui te rend odieuse, et te fait refuser l'amitié des hommes.
- Pourquoi me parler, crois-tu donc, enfant que tu me changeras?
- Non, tu es libre, je ne suis pas ton maître, mais tu peux librement décider une métamorphose. Pense-y, Réfléchis, Celui qui bien trop vite agit, le regrette souvent
- As-tu peur ?
- Oui, je tremble, pour moi-même et pour la famille, et même pour toi, qui risques plus encore.
- Jettes-tu un défi à celle qui te tient ?
- Non, plante, je recherche la paix et non pas le conflit. Je cherche l'amitié, et non l'hostilité. Libère mes parents je t'en prie et mon frère, et défais ton étreinte, laisse nous vivre heureux
Mais à cet instant, Cardinette sentit sur elle jaillir un liquide en bruine.. Instinctivement, elle ferma les yeux et, rentrant ses lèvres, ferma le plus hermétiquement possible sa bouche. Un deuxième arrosage plus odorant suivit. Et ce boa végétal qui, peu à peu l'asphyxiait lentement se relâcha. Elle retint pourtant son souffle, résistant à la brûlante envie d'emplir d'air ses poumons, La liane tomba, et de puissants bras l'arrachèrent du sol, elle se sentit soulevée, transportée contre un large. thorax. On la coucha sur l'épais matelas d'une ambulance qui, la sirène criant, partit aussitôt loin de la plante affreuse.
Quelques instants plus tard, la voiture stoppa,
- Mademoiselle, ne bougez pas, ne parlez pas, gardez vos yeux fermés. Encore un peu de patience. Je vais ôter le désherbant de votre peau. Il est toxique, mais le contact a duré si peu qu'il ne sera pas trop dangereux Et le premier produit, vraiment inoffensif vous protégeait.
Elle se laissa nettoyer sagement sous l'aspiration d'une forte pompe à air.
Quand elle reçut enfin la permission de soulever les paupières et d’ouvrir la bouche, elle demanda des nouvelles de sa famille.
Rassurez-vous donc, Cardinette, vos parents sont en vie, et votre frère aussi. Ils se portent tous bien L'assurance paiera votre maison détruite, mais je crois que ton père, enfant, changera de travail, pour quitter les parages, il a choisi, dit-il de vivre avec vous trois ailleurs.
- Il faut encore nettoyer vos lèvres, laissez-moi faire. Encore quelques minutes, elle s'abandonna aux soins. très docile.
- J'ai fini, demoiselle, mais je dois tout de même vous conduire à l'hôpital. Nous n'avions pas le choix, la plante aime tuer, Depuis longtemps en témoignent de nombreuses familles et surtout les corps de ses victimes. Nous savons agir pour limiter sur vous le pouvoir toxique du produit dont nous l’avons bombardée.
Cardinette ne revit plus la plante, le village évacué fut largement cette fois, défolié. Mais quelques graines d'un fruit rond, bien caché dans un trou, au pied d'un mur de pierres et qu'un oiseau goba échappèrent à la destruction.
Un jeune enfant aveugle avait un don de clairvoyance. Pourquoi. Comment ? Je ne sais
« C'est impossible, direz-vous ? » Je le sais, mais c'est vrai. Le fait fut attesté. Cet enfant donc murmura cette phrase: « Une pensé a dirigé la plante hideuse, Et maintenant elle guide ses graines rescapées. Intelligente elle choisit pour les unes les résidences des maîtres des pays, pour les autres, les quartiers les plus pauvres. »
- Mais pourquoi ? demanda-t-on au petit garçon.
Il resta un moment silencieux, réfléchit et répondit : Voici ce que dit la pensée:
- Les politiques décident, et si je les menace, savent que je les puis occire, tous m'obéiront, Ceci est bien certain.
Les pauvres aiment leurs chiens, leur cœur est bon et doux, je les attendrirai, c'est sûr, ce ne sera qu'un jeu de les manipuler. Et quand j'aurai replanté de profondes racines je reprendrai ma guerre, et je la gagnerai.
Cardinette soupira : «  Quand le danger semble écarté, quand enfin je respire, et que je pense être à l'abri, tout recommence, une semaine encore, et puis la suivante, et encore la suivante, jamais je ne connaîtrai le repos. II me faudrait quitter la planète. Et tous sont, comme moi, menacés. Le monde a perdu la raison, pauvre égaré, et la folie le mène. »
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