Calebasse

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Vous aimez regarder les photos des années passées, vous souvenir d'événements lointains, revivre des minutes agréables ou vous rappeler de choses qui ne reviendront jamais?

J'aime ça et parfois j'ouvre mes archives de photo et je me plonge dans la réflexion. Ce soir-là était bon pour les souvenirs. Il pleuvait des cordes. Il faisait froid et humide dehors. Je me suis installé confortablement devant une petite cheminée et ouvris un dossier contenant les photos prises lors d'un de mes voyages au Portugal.

J'adore ce pays, ses habitants chaleureux, la tranquillité de leur vie quotidienne. J'aime ses villes anciennes, ses beaux monastères, ses forteresses pittoresques où l'on peut ressentir l'esprit des époques révolues, se souvenir de la grandeur des dynasties royales et des découvertes révolutionnaires de célèbres navigateurs. Le voyageur sera accueilli par les grandes villes animées de Porto et de Lisbonne. La merveilleuse Sintra l'ensorcèlera et les dizaines de petites villes et de jolis hameaux disséminés dans le pays le charmeront à jamais.

L'histoire que je vais vous raconter s'était déroulée dans l'un de ces villages.

C'était il y a cinq ans. J'étais venu au Portugal pour passer mes vacances loin de chez moi dans la sérénité et le confort de la vielle Lusitanie. Cette fois-là je décidai de faire le tour du Portugal en voiture. Je voulais remplir mes vacances d'une multitude d'expériences vivantes plutôt que de m'allonger tous les jours sur la plage sous le soleil brûlant comme on le fait habituellement lors des voyages en mer.

À mon arrivée j'ai loué une voiture et me suis rendu à l'hôtel. Je devais me reposer et clarifier mes projets pour les deux semaines suivantes. En fin d'après-midi la liste des voyages était prête. J'ai commandé un dîner léger avec un verre de porto après quoi j'ai senti le vent excitant des pérégrinations à venir.

Les vacances touchaient à leur fin, les jours au Portugal sont passés en un clin d'œil. J'ai parcouru tout le pays, du Sud où l'océan Atlantique roule ses eaux fraîches au Nord où se trouve la ville de Braga avec sa célèbre église du Santuário do Bom Jesus do Monte. Il me restait encore un jour de vacances, le jour que je voulais passer dans la campagne portugaise pour m'imprégner de son parfum d'orange.

Peu de temps avant mon départ au Portugal, mes amis m'ont conseillé de visiter un ancien monastère situé dans l'Est du Portugal presque à la frontière avec l'Espagne. Le monastère est magnifique, il est assez éloigné des itinéraires touristiques et vous pourrez donc vous plonger dans l'histoire du pays et sentir le souffle des siècles passés sans être distrait par le cliquetis des caméras ou les voix agitées des touristes.

Ce jour-là, je me levai tôt, je pris mon petit déjeuner et ensuite je partis en voyage. La route était parfaite, trois heures plus tard j'ai garé ma voiture devant la grande cathédrale du monastère et puis je suis entré à l'intérieur en écoutant la sonnerie des cloches.    

Mes amis avaient raison. Le monastère méritait que les visiteurs le contemplent calmement et sans hâte. Il était si agréable de s'asseoir dans le jardin sur un banc en bois fissuré à l'ombre de vieux ormes, d'admirer les vitraux colorés, de réfléchir aux époques écoulées dont ces murs foncés étaient les témoins silencieux.

J'ai eu l'impression d'être dans une machine à remonter le temps qui m'a transporté au Moyen Âge, puis à notre époque, en conservant tous les sentiments que j'avais éprouvés pendant le voyage. Après avoir quitté le monastère je pris une tasse de café serré dans un petit bar de l'autre côté de la rue, ensuite je montai dans la voiture et repartis. Une route étroite serpentait entre les collines et les bocages et, après un certain temps, m'a conduit dans un village avec une petite place au milieu.

Je voulais déjà passer le village mais à ce moment-là j'ai remarqué un vieil homme solitaire qui vendait quelques chose sur la place, malgré l'absence totale de clients. Je ne sais pas pourquoi, mais cet étrange vendeur de marchandises inconnues a attiré mon attention. Je me suis rabattu de la route et stoppai. Ensuite je coupai le moteur, descendis de la voiture et je me suis approché du vieil homme. Il était assis devant une table remplie de citrouilles en forme de poire.

J'ai appris plus tard que ce type de citrouille est appelé "calebasse" mais ce jour-là je ne connaissais que le mot "citrouille". D'ailleurs, c'était pardonnable pour un homme qui est né et a grandi dans la ville. En réalité ce n'étaient pas des citrouilles elles-mêmes. Sur la table, il y avait des cruches faits de ces légumes.

Pour fabriquer ces cruches, les artisans locaux extrayaient complètement le contenu de la calebasse puis plaçaient l'objet dans un four pour le faire sécher et, après quelques heures de séchage, ils l'imprégnaient avec un liquide spécial pour le rendre étanche. Le lendemain, les ouvriers couvraient la calebasse de quelques couches de vernis transparent et ajustaient un petit bouchon au goulot. À la fin du travail ils attachaient une corde tressée à la calebasse après quoi la cruche a été prête à être vendue. Les habitants locaux utilisaient ces pots pour stocker l'huile d'olive et les touristes les achetaient comme souvenirs ruraux.

Le vieil homme que j'ai vu sur la place du village vendait ces cruches. Je l'ai salué. Il a hoché silencieusement la tête en réponse, montrant sa marchandise d'un geste vague. En examinant les cruches, j'ai essayé d'envisager furtivement le vieil homme. Il avait l'air d'un villageois ordinaire vêtu d'un pantalon de toile râpée et d'une chemise de couleur indéterminée. Les godillots éculés étaient visiblement destinés au travaille dans le potager ou dans le jardin. Un petit képi mis en arrière complétait le portrait de cet homme bien âgé.

Pendant que je regardais les calebasses le vieil homme restait immobile, les mains jointes devant lui. Il avait un visage très calme creusé de rides, un regard infiniment triste et des yeux qui n'exprimaient rien d'autre qu'une fatigue profonde. Il ressemblait plus à un vieux monument qu'à un marchand de cruches vivant donnant l'impression d'un homme totalement indifférent au monde réel dont le regard était fixé dans sa propre âme.

À ce moment-là une force inexplicable m'a poussé à mieux connaître cet habitant de la campagne portugaise. Je me suis présenté et ensuite j'ai brièvement raconté comment et pourquoi je me trouvai dans ces parages. Après ma courte histoire j'ai invité le vieil homme à déjeuner dans un petit restaurant situé juste en face d'une église ancienne. L'église était fermée parce que tous les paroissiens travaillaient dans les champs ou dans les jardins entourant le village et il n'y avait personne qui voulait prier ou se tourner vers le Seigneur.

Après mon invitation le vieil homme s'est un peu animé, acquiesça, couvrit ces objets avec une toile cirée poussiéreuse, se leva tranquillement et se dirigea vers le restaurant ne me prêtant aucune attention. J'ai haussé les épaules et l'ai suivi.

En entrant dans le restaurant nous avons pris une table sur la terrasse extérieur pour être plus loin de la touffeur de la cuisine. Le vieil homme ôta son képi, le posa sur une chaise voisine et regarda autour de lui. Le serveur vint, mit la carte du restaurant devant nous et salua le vieil homme. C'est là que j'ai appris que mon nouvel ami s'appelait Miguel. Miguel commanda deux portion de rôti portugais et une carafe de vin rouge local sans regarder la carte ni me demander mon avis.

Quelques minutes plus tard, le serveur, qui était en même temps le propriétaire de la taverne, apporta une carafe embuée de vin de couleur rubis, deux verres et un peu de fromage sur une petite assiette. Après avoir versé du vin dans les verres, l'hôte est parti et nous avons commencé notre repas. Le vieil homme a pris une gorgée de son verre, a mâché une petit morceau de fromage de chèvre et puis, en regardant quelque chose au loin, m'a demandé pourquoi je voyageais seul et où était ma famille.

Je lui racontai que ma femme et moi nous ne pouvions pas passer les vacances ensemble et que notre fille avait choisi d'aller chez ses grands-parents. J'ai ajouté que j'avais toujours aimé venir au Portugal et que cette année j'avais décidé de profiter de mes vacances pour admirer ce pays une fois de plus.

Pour faire brève, rien de spécial, la vie habituelle d'une famille ordinaire. Le vieil soupira, but encore une gorgée de vin et remarqua d'un air pensif que seul le Seigneur sait ce qui est ordinaire et ce qui ne l'est pas et qu'il est très difficile de voir la ligne qui sépare la vie habituelle de la vie en enfer. À vrai dire, j'étais un peu découragé par une telle réaction philosophique à ma simple réponse mais ensuite j'ai quand même décidé de poser des questions sur la famille du vieil homme. Une longue pause régna dans l'air et j'ai même pensé que j'avais offensé le vieil homme mais après quelques minutes de silence, le vieil mit son verre de côté et commença à raconter sa propre histoire.

Oui, il s'appelle Miguel, il est né et a grandi dans ce village. Il est allé à l'école locale jusqu'à l'âge de 14 ans, fréquentait cette église avec ses parents et les aidait dans le potager et dans les champs. L'enfance de Miguel n'était pas riche mais très joyeuse car il y avait beaucoup d'enfants dans les familles des voisins et leurs parents n'avaient pas encore commencé à quitter le village à la recherche d'une vie meilleure. Après avoir terminé ses études Miguel a continué à travailler avec ses parents pendant un certain temps mais le jour de sa majorité il a décidé de tenter sa chance dans une grande ville.

Il voulait s'essayer à une autre vie parce qu'il avait entendu de nombreuses histoires de ceux qui avaient réussi à se frayer un chemin et qui étaient devenus un peu plus riches que les autres. Ces histoires lui tournaient la tête et, de plus, la vie rurale était plutôt ennuyeuse et ne promettait rien de nouveau. Miguel consulta ses parents et décida de déménager à Lisbonne.

Le jour où il a quitté son village la mère a pleuré, le père a froncé les sourcils mais Miguel était heureux. Son cœur palpitait à l'idée du voyage et des perspectives qui l'attendaient. Il ne voyait aucune raison de pleurer et de chagriner car il pouvait toujours rentrer chez lui et continuer à vivre au village mais ce matin-là il ne pensait qu'aux lumières de la capitale.

Le voyage dans сe nouveau monde n'a pris que quelques heures. Miguel qui ne quittait jamais son village était ravi. Il regardait les champs et les bosquets qui passaient devant la fenêtre et réfléchissait à son avenir. Après être descendu du bus au terminus il s'est rendu à l'adresse que son père lui avait donnée avant le voyage. C'était l'adresse de son vieil ami qui vivait à Lisbonne depuis longtemps et qui avait promis d'aider Miguel à trouver un emploi convenable.

Cet ami a vraiment aidé en mettant Miguel au travail dans un magasin de chaussures situé dans le centre-ville et Miguel commenca sa carrière comme vendeur. Il s'est complètement plongé dans le travail. Il était prêt de bosser du matin au soir pour retrouver son destin dans cette grande et belle ville qui, après son petit village, lui semblait la capitale de l'univers.   

Après un certain temps Miguel a quitté l'appartement de l'ami de son père qui l'avait hébergé pendant ses premiers jours à Lisbonne et s'est installé dans une petite chambre qu'il avait louée après avoir reçu son première salaire. Miguel a commencé à s'adapter à son nouveau style de vie, celui d'un citadin, consacrant la plupart de son temps au travail, qui est à l'époque le sens de sa vie.  

Il remplaçait ses collègues en cas de besoin, restait après les heures de travail dans l'entrepôt pour recevoir ou compter les marchandises, aidait aux travaux dans le magasin, et faisait bien d'autres choses comme c'était la coutume dans le village. Il n'avait pratiquement pas de temps libre pour les loisirs et les divertissements mais il n'était pas habitué à l'oisiveté et préférait l'utiliser pour travailler.

Le propriétaire qui tenait plusieurs magasins de chaussures à Lisbonne a remarqué ce vendeur laborieux et soigneux et après un an de travail, lui offrit un poste de gérant de l'un de ses magasins. C'était une petite victoire et en même temps un grand pas pour un homme qui est arrivé tout récemment.

Miguel s'est mis au nouveau travail avec ardeur. Pendant la journée il s'occupait du magasin et le soir il prenait différents cours pour apprendre l'art de la comptabilité, de l'inventaire, des ventes. Il s'est même inscrit dans une école des langues étrangères parce qu'il y avait de plus en plus de touristes qui achetait les chaussures à Lisbonne.

Petit à petit Miguel est devenu plutôt aisé. Il ouvrit un compte bancaire, loua un grand appartement et commença à penser au mariage car il était désormais capable de subvenir aux besoins de sa famille et d'élever ses enfants. Un jour il a rencontré une jolie femme qui travaillait comme vendeuse dans une boutique de fleurs qui s'appelait Maria. Maria était attrayante, souriante, avenante, elle aimait aussi Miguel et quelques mois plus tard Miguel et Maria se sont mariés. L'année suivante Maria a donné naissance à une fille qu'ils ont appelé Milagres ce qui signifiait "miracle" en portugais. Et en effet, ce bébé est devenu une véritable miracle dans leur vie, donnant un sens à tout ce qu'ils faisaient.

Les affaires du magasin que dirigeait Miguel allaient de mieux en mieux. Le propriétaire qui était déjà assez âgé, ne pouvait plus prêter beaucoup d'attention à tous ses magasins et il a fini par confier à Miguel la gestion de toute son entreprise. D'une part, c'était une grande promotion, mais de l'autre, son travail prenait tout le temps que Miguel pourrait consacrer à sa famille. Il avait tellement de choses à faire qu'il restait souvent sans jours de congé et parfois sans vacances.

Habituellement Miguel, Maria et la petite Milagres, qui avait déjà un peu grandi, passaient leurs vacances d'été au bord de la mer où ils se reposaient du bruit de la ville et passaient tous les jours ensemble. Ils s'allongeaient et se bronzaient sur la plage, allaient aux restaurants, prenaient des excursions et faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour remplir leur vie de joie. Ces vacances en famille étaient de courtes pauses dans le travail de Miguel, qui occupait la majeure partie de sa vie.

Dans ces années les téléphones mobiles n'existaient pas et chacun pouvait prendre un peu de repos sans regarder l'écran de son portable, sans tressaillir d'un appelle de son patron ou d'un texto de la banque. Autrement dit, c'était une époque où chacun avait la possibilité de s'éloigner de ses soucis et de trouver du temps pour soi.

Malheureusement, l'année en question a été très difficile, car les nuages d'une nouvelle crise économique se profilaient déjà à l'horizon.  Miguel a été contraint de renoncer de partir en vacances avec sa famille puisqu'il a dû rester à Lisbonne pour éviter la faillite de son petit empire de chaussures qui lui a tout donné dans la vie. Lors d'une réunion familiale il a été décidé que Maria et Milagres iraient à la mer sans lui et que Miguel les rejoindrait à la première occasion possible.

Maria et Milagres sont partis.  Miguel resta seul dans leur grand appartement. Ils s'appelaient souvent et parfois plusieurs fois par jour, le matin pour se dire bonjour et le soir pour souhaiter bonne nuit. La fille était heureuse de jouer dans le sable et de se baigner dans l'eau chaude mais son cher papa lui manquait beaucoup et elle ne cessait pas de demander quand il allait venir mais Miguel n'a pas pu se détacher de son travail et de ses affaires. Divers tracas et difficultés ne permettaient pas de quitter son bureau et de partir en vacances.  Parfois, il pensait que le bureau était déjà devenu sa deuxième maison.

C'était le dernier jour des vacances, le jour où sa femme et sa fille devaient rentrer à la maison. Miguel s'attendait à ce qu'elles arrivent dans l'après-midi, mais il était déjà le soir et Maria et Milagres ne sont toujours pas revenues. Miguel, tourmenté par un lourd pressentiment, arpentait dans l'appartement d'un coin à l'autre en attendant le moment où ses filles apparaîtraient à la porte. Il était presque minuit quand le téléphone a sonné.

Miguel frissonna et empoigna convulsivement le combiné et au même instant, l'appel téléphonique a tourné au drame. C'était un appelle de la police. Le commissaire l'a informé que sa femme et sa fille avaient péri dans un grave accident. Après quelques moments de silence le commissaire a exprimé ses condoléances et expliqua où se trouvait la morgue à laquelle Miguel devrait se rendre pour identifier leurs corps. Le combiné est tombé de la main de Miguel.

Après cette courte conversation le monde s'effondra autour de lui. Il s'est plongé dans le brouillard ou plutôt dans la fumée parce que les yeux de Miguel étaient plein de larmes et son corps tremblait beaucoup. Ne croyant pas à cette terrible nouvelle il se précipita à la morgue où les policiers avaient transporté les corps. Oui, c'était elles, tout espoir d'erreur de la police s'évanoui dès que Miguel a vu ce que restait de sa famille.

En quittant la morgue, il a pris des objets qui appartenaient à ses proches. Parmi les choses il y avait une petite calebasse, le jouet préféré de sa fille. De telles calebasses poussaient dans le village natal de Miguel et un jour Milagres en apporta une et, à partir de ce jour, elle l'emportait en voyage comme porte-bonheur. Cette fois-là le talisman ne les a pas sauvés.

Ayant enterré sa famille Miguel essaya de replonger dans son travail mais les pensées de sa femme et de sa fille le hantaient jour et nuit. À Lisbonne, tout lui faisait penser à ses filles et aucun travail ne pouvait pas soulager son chagrin et la douleur de son âme.

Quelques jours après l'anniversaire de leur mort, Miguel vendit ses meubles et autres gros objets, rassembla ses affaires, dit au revoir à ses collègues et au propriétaire de l'entreprise et retourna dans son village qu'il avait quitté dans sa jeunesse.

À ce moment-là, les parents de Miguel étaient déjà morts et leur maison était vide. Miguel l'a réparée, a mis en ordre le jardin et le potager et s'est établi définitivement dans le village. Quelques mois après son arrivée il trouva un travail dans une coopérative agricole où il a travaillé jusqu'à sa retraite.

Il ne s'est jamais remarié, resté seul pour toujours. Une fois par an Miguel se rendait à Lisbonne pour prendre soin des tombes de ses proches mais сes dernières années ces voyages sont devenus de plus en plus rares. Sa santé s'est détériorée et, de plus, le temps fit son travail en guérissant les blessures dans son âme et en effaçant les souvenirs d'un petit morceau heureux de sa vie.

Après avoir pris sa retraite, Miguel commença à vendre des calebasses sur la place centrale du village. Il voulait juste s'occuper de quelque chose pour ne pas être seul dans sa triste maison. Au fil du temps, les calebasses sont pratiquement devenues l'emblème du village, mais pour Miguel, elles n'étaient qu'un symbole de son chagrin et de son bonheur brisé...

À cet instant-là, le vieil homme s'est tu, et je compris que sa narration tragique avait pris fin. Nous avons fini notre vin, je payai, puis nous avons quitté la table et nous nous sommes dit au revoir. Je démarrai la voiture et repris mon chemin à l'hôtel et Miguel retourna à son petit commerce.

L'année suivante je suis revenu au Portugal et je décidai de voir Miguel dont le destin m'avait profondément touché et laissé une trace dans mon cœur.
Rien n'a changé sur la place du village. C'était désert et tranquille. Les feuilles du platane bruissaient dans la brise légère. Sur la même table les mêmes calebasses étaient étalées pour des acheteurs locaux et pour les touristes. Rien n'a changé mais au lieu de Miguel j'ai vu une femme assise derrière ce comptoir improvisé.

Mon cœur s'est serré avec une prémonition troublante. Je me suis approché de la vendeuse et lui demandai où je pouvais trouver le vieil homme. Il s'est avéré que Miguel était mort au printemps et qu'il était enterré dans un petit cimetière derrière le village.
J'ai acheté une calebasse et je me suis dirigé vers le cimetière pour rendre visite à la tombe de Miguel, le malheureux dont le destin m'avait tant ébranlé et qui m'était devenu proche. Le cimetière n'était pas grand et je n'ai eu aucune difficulté à trouver son dernier refuge. J'ai dégagé la pierre tombale du feuillage fané et plaça la calebasse à côté de la Croix.

Après cela, je me suis tenu un peu devant la tombe, puis je retournai au village, remerciai la vendeuse et partis. Cette fois, à jamais.

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Armelle FAKIRIAN · il y a
Malgré quelques longueurs et incohérences de temps une belle histoire avec des descriptions qui nous donnent envie de visiter le Portugal. Cette rencontre avec le vieil homme est très touchante. 💜
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Vyat de loin · il y a
Merci beaucoup Armelle!

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