Blanche-Neige

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Attention, l'histoire qui suit est réelle.

PROLOGUE

Tout commence de façon triste. Une banale histoire d'adultère qui finit par le meurtre de la reine en titre. La reine maîtresse ayant ajouté dans le produit de la péridurale un poison rendant hémophile, sa rivale, la femme officielle du roi, se vida de son sang en mettant au monde sa fille tant désirée. Avant d'expirer, elle émit le souhait de la nommer Blanche-neige. Teint pur, cheveux noirs comme l'ébène et bouche en pétale de rose, elle était si jolie... Son ultime vœu fut exaucé, la pétasse s'installa peu après au château avec son faible de mari de fraîche date, et la princesse commença à grandir dans cette atmosphère très saine.

Il était évident que plus elle grandissait, plus elle devenait belle. Jeune femme, c'était une vraie bombe sexuelle, parlons franc. Et la marâtre de crever de jalousie, d'interroger sans cesse son miroir magique : « Miroir, ô beau miroir, qui a donc beauté parfaite et pure ? » Et ce dernier de répondre, l'habitude aidant : « Personne n'est plus belle que toi, ô ma reine ! ». Jusqu'au jour où, ce dernier ayant sans doute été mieux nettoyé s'exclama : « Bordel, mais c'est Blanche-neige ! ». Cela ne fit ni une ni deux, la fraîche « adulescente » fut expédiée au fin fond des bois par un sombre chasseur ayant pour mission de la tuer. Mais il préféra abuser d'elle et l'abandonner inconsciente derrière un épais bosquet, pensant que seule elle serait incapable de survivre. La parole vient à présent à la principale concernée...

JE... me suis réveillée, faible, à moitié nue et ensanglantée. Je me suis traînée, usant mes dernières forces, la rage me donnant le courage, encore et encore. J'ai fini par m'écrouler sur le palier d'une étrange maison, paraissant réduite, après avoir tambouriné la porte. Quand celle-ci s'est ouverte, je me suis évanouie à nouveau. Quand j'ai ouvert les yeux, j'ai aperçu sept visages occupés à me dévisager, pour ne pas dire carrément m'examiner sous toutes les coutures. On m'avait soigné, lavé, y compris là où j'avais été violentée, j'étais vêtue d'une étrange chemise de nuit grossière ridiculement petite qui me laissait les fesses à l'air. Chez des nains, voilà où j'étais. Mais j'étais en vie, et on prenait soin de moi. Rien que ça a fait que je me suis jurée de tout faire pour les en remercier. Comme j'allais regretter cette promesse...

VOILA comment deux mois plus tard je me suis retrouvée avec des cheveux blonds platine, la peau orangée par des séances d'UV naturels (bronzage + cure intensive de carottes), affublée d'une mini robe en faux cuir verni, à la sortie des mines de diamants où travaillaient mes bienfaiteurs, devenus désormais mes maquereaux en titre. Qu'il était loin le temps où je me pavanais dans mes sublimes et prudes robes de princesse, brossant ma luisante et sombre chevelure sans fin, protégeant mon teint fragile d'une ombrelle précieuse en permanence! J'étais devenue la putain attitrée des bois. Et bon gré, mal gré, je m'y suis pliée.

Puis je l'ai rencontré... Un prince... Bon, déchu par son père, car héroïnomane, j'avoue. Il est tombé fou amoureux de moi. Et moi aussi... Il m'a fait découvrir des plaisirs insoupçonnés. Sadique, il me faisait jouir après m'avoir consciencieusement brûlée, humiliée, attachée ou fouettée. C'était délicieux. Ce lâcher prise me convenait très bien. Très rapidement je ne l'ai plus fait payer. J'ai délaissé mon job pour passer du temps avec lui, me faisant démolir à coup de quatorze pieds chaussant du 28 le soir. Mais peu importait. Très vite, nous avons caressé l'idée d'assassiner mes « tuteurs » pour nous enfuir ensemble, mais difficile de le faire sans laisser de traces. Et c'est alors que cet increvable miroir m'a retrouvée, reconnue (j'avoue, il était très fort) et dit à ma toujours marâtre où j'étais. Le lendemain, elle sonnait à ma porte, déguisée de façon grotesque en vieille mamie gentille, mais elle portait le même parfum très fort... J'étais seule, c'était mon jour de congés (oui oui!). Elle m'a proposé divers fruits, tous empoisonnés, évidemment, et j'ai jeté mon dévolu sur plusieurs grosses pommes que j'ai promis de déguster après ma sieste, malgré son insistance pour me les faire goûter sur l'instant.

Sitôt la pétasse (qui avait d'ailleurs pris un sacré coup de vieux) partie, je me suis mise à la confection d'une compote que mes nains allaient adorer en rentrant du boulot à coup sûr... Ce qui n'a pas raté ! Je les ai regardés agoniser lentement avec une satisfaction perverse, repensant à tout ce que j'avais enduré pour mes « sauveurs bien-aimés », écrasant leurs minables virilités avec mes talons aiguilles pour les entendre mieux gémir. Dès que le dernier, Grincheux, a enfin rendu l'âme (ça a toujours été le plus récalcitrant), j'ai arrosé la maison de leur carburant agricole puant, enfilé une robe décente et des tongs en regardant mes racines noires avec ravissement, craqué une allumette et couru à mon prince adoré qui m'attendait un peu plus loin, posé sur une grosse bécane qu'il avait dû faucher à quelque collègue. Nous avons démarré à toute vitesse dans un bruit de tous les diables, mes longs cheveux bicolores flottant au vent, sur fond de maison enflammée... le comble du romantisme quoi ! Direction, son ancien manoir, une vieille croûte que son géniteur avait daigné lui aisser, avec un superbe projet en tête. Mais d'abord, le retaper...

QUELQUES années après, nous sommes toujours aussi amoureux, je n'ai jamais plus entendu parler de ma belle-mère, ni de mon père et je m'en contrefous. Le manoir se nomme désormais le Château Clos, c'est une bâtisse entièrement décorée de noir et de rouge, ultra-chic. Des enfants ? Sûrement pas ! Nous sommes désormais Maître et Maîtresse Blanc, organisateurs et rois incontestés des plus grandes nuits de débauches et d'orgies sadomasochistes de la région, voire du pays. Mais attention, seulement par plaisir, tout est gratuit. Venez y faire un tour quand vous voulez, l'ambiance est très chaleureuse, vous verrez...

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Oka N'guessan · il y a
J'adore j'adore et j'adore , beau style , mais drôle de mélange mdrr ...bravo vous avez mes voix , je vous invite aussi a aller me découvrir et de voter pour moi au passage https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-lumiere-10 merci
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angelica simon · il y a
inattendu ! bravo
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Laurent Martin · il y a
😂 génial !
Un mélange de Cendrillon, de Telephone, de Belle au bois dormant d'Ann Rice et de Vibroboy de Jan Kounen
Tout simplement nickel!
Et l'intro "les faits et personnages sont réels " 😀

Passez me voir à l'occasion sur
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/paillasson-le-herisson

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Yoann Bruyères · il y a
Original et amusant ! Le ton est donné, ça passe ou ça casse :))
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Francoisboc · il y a
Sympa cette remasterisation, A quand le reprise de la Reine des neiges ;-) je vote
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Arlo G · il y a
Sympathique nouvelle. Agréable à lire. Beaucoup d'humour. J'aime.Vous avez le vote d'Arlo qui vous invite à découvrir dans son humble univers un TTC "le petit voyeur explorateur" et un poème "découverte de l'immensité" dans le cadre de la dernière matinale en cavale. Bonne soirée à vous.
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Sébastien Mertz · il y a
lu, lu, lu, lulu et relulu!
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Esther Faversienne · il y a
un peu trash quand même pour mon âme sensible. mais bon depuis le temps qu'on nous fait gober ses conneries sentimentales et irréaliste... c'est vrai que sept nains qui vivent avec la plus belle nana du monde...
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Odile Baraghini · il y a
quelle imagination Mlle Alexia! j'adore!
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Sylvie Bertin · il y a
j'adore c'est trop marrant et bien écrit.

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