Bières, saucisses et thé au jasmin

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40 ans dans l'industrie, les machines et la robotique ça laisse des traces... et des interrogations ! Heureusement la découverte tardive de l'écriture me permet d'aller au delà d'une rude  [+]

Suzy et Harry filaient le parfait amour depuis plus de trente ans mais comme dans tous les couples, parfois il y a parfois des choses qui fâchent. Comme ce jour-là où Suzy dit à son mari :
- Harry, tu n’iras pas à la fête et encore moins à ce concours de mangeur de saucisses. Je te connais, à chaque fois tu vas là-bas pour y assister et tu finis par y participer. Je n’ai pas envie d’aller, comme les deux dernières années, te récupérer à l’hôpital.
- Mais Darling, ça n’avait rien à voir, l’année dernière j’étais tombé de ma chaise. Elle avait craqué et je me suis retrouvé avec une minerve autour du cou.
- Et à ton avis pourquoi elle a cédé cette chaise ? Humm ?
- Ben... parce que le matériel acheté par la municipalité est de mauvaise qualité. Nos chaises ne craquent pas à la maison !
- Je crois plutôt que c’est parce que depuis l’année d’avant tu avais grossi de trente livres. Et je ne te parle pas de l’année précédente où tu as fait un malaise.
- Pfff ! N’importe quoi !
- Tu sais que j’ai raison. Tu as tellement grossi que même ta tête ne rentre plus dans ta casquette.
- Tu exagères toujours. Est-ce que moi, je te reproche tes kilos en trop ?
- Ce serait un comble, tu ne crois pas ?
- Je te rappelle que j’ai perdu cinq livres ce mois-ci
- Je te rappelle que tu en fais toujours plus de trois cents trente.
Harry se leva et calmement alla décrocher sa veste qu’il enfila. Il vissa sa caquette sur son crâne dégarni et se planta devant sa femme :
- Darling, tu as beau dire ce que tu veux, moi je fais ce que je veux. Je vais retrouver les copains à la fête du village. J’ai bien le droit de m’amuser un peu de temps en temps.
- Parce que tu sous entends que je t’empêche de t’amuser ?
- Ce n’est pas ce que tu tentes de faire ?
Suzy mit ses poings sur les hanches et dit d’un air de défit :
- He bien, vas-y donc à ta fête. Mais ne compte pas sur moi pour venir te chercher à l’hôpital.
- Viens avec moi, si tu veux.
- Pour que tu me reproches après de t’empêcher de t’amuser ? Non, merci. Je vais aller prendre le thé chez Nancy. Son mari a commencé un régime, il fait des efforts... lui. Il ne s’empiffre pas de bières et de cochonneries pleines de graisse.
- Bon. J’en ai assez entendu. Je te laisse à ta tisane et à tes amis anorexiques.
Harry planta là sa femme et gagna à pied la sortie du village, vers ce pré aménagé pour l’occasion de la fête annuelle. Des roulottes, des grandes tables, des stands divers et une scène toute équipée s’étalaient sur les dizaines d’acres d’herbe du pré communal. La radio locale était présente et diffusait de la musique folklorique entre deux prestations scéniques. La techno ce serait ce soir pour les jeunes. Harry retrouva facilement Rupert et Trevor à la buvette, une bière à la main, parlant fort et riant comme des baleines. Visiblement ils avaient pris une certaine avance.
Il fit encore plus rire ses potes lorsqu’il commanda un soda à la place de la bière locale.
- Tu es malade Harry ? Ton foie ne supporte plus la bière ?
- Non, je dois faire attention à mon poids.
- Sans blague ? Tu sais que ces sodas sont aussi bourrés de sucre ?
- Oui, mais comme c’est dégueulasse, j’en boirai moins que la bière.
Sur ce il partit se commander une barquette de frite grand modèle pour faire passer le goût acidulé de la boisson. Il fit signe aux autres qu’il allait s’installer à une table. Il testa la solidité de la chaise avant de s’asseoir et mangea tranquillement tout en regardant sur scène le spectacle de danse folklorique qui débutait.
Sa barquette terminée, tiraillé entre la culpabilité instillée par sa femme et son estomac en manque, il hésita avant d’aller s’en chercher une autre. Après tout il avait le droit d’en profiter, ce n’était pas tous les jours la fête. Il se leva, marcha vers le stand de frites et ne vit pas le seul trou existant dans le pré. Son pied gauche l’accrocha, sa cheville vrilla et il s’étala avec fracas sur une table voisine occupée par deux grand-mères en train de manger des glaces. Le bruit fut tel que tous les gens alentour se retournèrent et se précipitèrent pour relever les vieilles femmes expulsées de leurs chaises. Sur le moment, personne ne se risqua à aider Harry dont la corpulence rebutait. Incapable de se relever tout seul sur une jambe, Rupert, Trevor et deux autres gars plus costauds et moins alcoolisés réussirent à le déposer sur une chaise... qui craqua immédiatement. Harry sentit une violente douleur dans la nuque. On faillit faire venir une dépanneuse pour le soulever à nouveau mais les quatre hommes réussirent tant bien que mal à installer Harry à l’arrière du pick-up de Trevor.
Une heure plus tard il se trouvait à l’hôpital, une minerve autour cou, une attelle à la cheville et le moral dans les chaussettes. Il se dit que franchement il n’avait pas de chance. Ça allait être difficile d’expliquer à Suzy que sa chute n’avait rien à voir avec un état alcoolisé ou un excès de saucisses.
Soudain, devant le box où il se trouvait, il la vit surgir avec sa mine renfrognée. Harry lui sourit et dit d’un ton doucereux :
- Ho, Darling ! Tu es venue, comme c’est gentil.
- Oui, juste pour constater ton état et te dire que je vais quand même boire le thé chez Nancy. Tu te débrouilleras pour rentrer tout seul à la maison.
- Mais Darling, tu vois bien que je ne peux pas marcher
- Tu demanderas à tes copains. Ils t’ont bien amené ici, ils peuvent te raccompagner.
- Ce n’est pas gentil ça, Darling. Ce n’est tout de même pas ma faute si j’ai une entorse parce que j’ai trébuché.
- Je t’avais dit de ne pas y aller à cette fête. C’est la troisième fois que tu finis à l’hôpital. J’en ai marre, je te laisse avec ton obésité et ta casquette trop petite.
- Mais Darling...
- Et puis, je ne suis pas loin de penser que tu as fait exprès de tomber rien que pour m’emmerder.
Sur ce, elle disparut sans que Harry ait eu le temps de lui répondre quoique ce soit. Il dût attendre la fin de l’après-midi pour que Rupert et Trevor viennent le chercher. Une opération délicate, marcher avec des béquilles ça ne s’improvise pas. Une fois chez lui, il attendit le retour de Suzy en regardant un feuilleton à la télé. Vers vingt heures il commença à s’inquiéter de son absence. L’heure du thé était largement passée ainsi que l’heure du repas. Il n’avait mangé dans la journée qu’une barquette de frites et pour un homme comme lui, ça frisait la famine. Comme Suzy ne répondait pas sur son portable il appela Steve le mari de Nancy.
- Hello Steve, Suzy est encore chez vous ?
- Salut Harry, j’allais t’appeler. En fait Suzy est à l’hôpital.
- Pour quoi faire ? Je suis à la maison, Rupert et Trevor m’ont raccompagné.
- Non, non, elle n’y est pas pour toi mais pour elle.
- Comment ça ?
- Hé bien...comment t’expliquer ? Disons qu’il y a eu un petit incident à la maison.
- Un incident ? Tu m’inquiètes.
- Tu te souviens que notre jardin est en travaux, on y fait faire des trous pour planter des arbres et poser des bordures pour de nouveaux massifs. Quand ce sera finit ce sera une splendeur. Depuis le temps que nous avions ce projet ! Le jardinier est vraiment un artiste il a tout prévu pour...
- Abrège, tu veux.
- Oui, bien sûr. Pour boire le thé Nancy et Suzy ont voulu s’installer à la table dans le fond du jardin et en repartant Suzy est tombé dans un des trous. Nancy l’a emmenée à l’hôpital. Rassure-toi rien de grave mais elle une cheville en vrac et une contracture à la nuque.
- Non ? Sans blague ?
- Mais ne t’inquiète pas, elle va bien.
- Tant mieux alors. Dis-moi, Nancy est toujours avec elle ?
- Non, elle est ici mais elle doit retourner la chercher et la ramener chez vous.
- Dis-lui que ce n’est pas la peine, je vais y aller. Merci Steve.
- De rien. Tiens-nous au courant.
- D’accord. Salut Steve.
- Salut Harry.
Son humeur oscillait entre inquiétude et jubilation. Il alla s’installer avec difficulté dans son 4x4, heureusement avec boite automatique, et gagna l’hôpital où il s’enquit de la présence de sa femme. Sur ses béquilles, il se pointa devant Suzy assise avec minerve et attelle dans l’un des box qui l’avait accueilli quelques heures plus tôt.
- Oh, Harry. C’est gentil d’être venu me chercher, surtout dans ton état.
- Oui, justement je suis venu constater le tiens et te dire que, comme ce n’est pas plus grave que moi, que je n’ai rien mangé depuis des heures et que j’arrive à me déplacer, je retourne à la fête.
- Ce n’est pas gentil ça, Harry. Tu es venu te venger, c’est ça ?
- Mais pas du tout. Demande à Nancy et à son mari « qui fait des efforts » de venir te chercher. Comme je suis sûr que tu as fait exprès de tomber rien que pour m’emmerder, nous sommes quittes. Bonne soirée Darling.
Un an après, pour le couple, la fête du village ainsi que le thé chez Nancy restent un incontournable. A cette différence près qu’Harry a perdu soixante-dix livres alors qu’il visite le jardin enfin achevé de Steve et Nancy et que Suzy participe au concours de mangeur de tarte.
Le couple file toujours le parfait amour mais il y a encore des choses qui fâchent.
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