BIENVENUE DANS LES YEUX DU MYSTERE...

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Je ne me shorte plus, prisonnière comme le thon en boîte, frileuse malgré tout sous mon anorak alors qu'il n'y a pas d'hiver, assoiffée de beauté que l'on peut découvrir, comme la crème qui  [+]

Elle avait un regard qu'il me semblait déjà connaître. Tout en ne sachant pas quel était ce regard assez étrange. Cet éclat qui émanait de son âme. J'avais l'impression de ressentir en elle une fatigue en même temps qu'une totale détermination, par rapport à des évènements qui m'étaient inconnus . Sans voix, je ne parvenais pas à comprendre, sur le coup, ce mystère qui émane souvent de ce genre de personne. Qui vous donne des frissons et en même temps vous rassure et vous envoûte. Mais j'apprendrai, plus tard, que tel n'était pas son but. M'envoûter !

Ses yeux, très beaux et expressifs, étaient auréolés comme quelqu'un qui vient de recevoir un coup, ou bien avoir dormi, et me traversaient comme dans un prisme de cristal.

L'un des deux se fermait lorsqu'elle disait quelque chose la concernant personnellement. La mort de sa fille de dix-neuf ans ne devait pas y être étrangère. Mon âme l'observait. Elle avait des yeux d'extraterrestre, m'étais-je mise à penser d'elle. Et c'était un grand bonheur de pouvoir considérer que ma famille d'âmes s'était agrandie. Une étonnante découverte au bout d'un chemin de ronde où toutes les portes étaient ouvertes sur l'infini.

C'est elle qui avait demandé à me voir. C'était pour m'entendre avec elle, comme si d'avance nous savions que nous nous entendrions (dans le sens "écouter"). C'était pour savoir qui j'étais, comme si je ne le savais pas encore. Et j'y croyais avec mon âme. Puisque l'âme semble être bien plus forte que la raison. Raison de plus pour s'y accrocher, comme aux ailes d'un ange de passage. Dans une clandestinité discrète.

J'étais un peu pétrifiée face à elle. Nous espérions partager la Lumière qui nous attirait l'une et l'autre avec une espèce d'instinct naturel de compréhension. Nous savions que l'humanité était en train de foncer dans le brouillard et que rien, ni personne n'y pourrait vraiment remédier. C'est ce qu'elle nommait, évidemment, l'Ombre contre laquelle il faudrait lutter longtemps.

Cette Lumière tant espérée que nous prédisaient tous les medium de la planète n'arrivait pas bien vite pour adombrer les cerveaux des mauvaises gens. D'épouvantables tueries avaient lieu, auxquelles en 1990 l'on ne s'attendait pas. La donne avait changée et l'information était fournie à n'importe qui, pour faire n'importe quoi.

Ce soir-là, du coup, tout était devenu brumeux dans mon esprit. Demain, c'est moi qui ferai appel à Betty. Car je me souvenais que, lorsque j'étais très petite, je voyais des lumières autour de mon petit lit blanc (c'était en 1943). Plusieurs fois, j'avais tenté de les attraper. A chaque fois, elles disparaissaient aussi vite qu'elles m'étaient apparues. C'était dans le noir, lorsque père et mère dormaient. Je m'en souvenais comme si c'était hier. Tiens ! Je l'avais raconté à Betty. qui me dit un jour :

- "Toi qui es douée pour la couture, tu devrais dessiner, et coudre le chapeau de Jeanne d'Arc : bleu avec des rubans déchiquetés, brodés d'or et de fleurs de lys. Tu sais, ce chapeau si cher à la ville d'Orléans et qui a été brûlé pendant la Révolution de 1789 !"

Cette réflexion me poussa directement dans un souvenir relativement récent (2001). C'était au cours d'un long périple pour faire connaître la vraie France à mon compagnon, handicapé invalide de guerre. Nous nous dirigions vers la Bretagne pour voir l'Océan immense qu'il n'avait jamais contemplé. Lorsque nous étions parvenus à Loches, je désirais visiter le célèbre Château. J'aimais me retrouver dans les pages de l'Histoire de France. Là, précisément ce fut sur les traces historiques d'Agnès Sorel, favorite du Roi Charles VII. J'étais donc, sans le savoir, dans les pas de Jeanne d'Arc. C'est dans ce château qu'elle reçut l'assignat de sa future exécution par les flammes. J'étais devant cet historique et terrible document, comme pétrifiée et frissonnante, en plus de la fraîcheur de l'immense salle quasi vide sauf, au beau milieu, une table lumineuse sécurisée où trônait le parchemin jauni. Bien qu'écrit en vieux français (langue que, parfois, j'écris spontanément sans réfléchir), le document semblait me sauter aux yeux, comme quelque chose que je devais absolument voir, presque toucher. Ce qui était impossible. Pourtant je ne comprenais rien à cette écriture ancienne et y restais accrochée car c'était la condamnation de Jeanne d'Arc, pour qui j'ai tant d'admiration . Une guerrière certes. Mais déterminée à sauver la France assaillie par les Anglais, dont je connaissais le déroulement par coeur.

J'étais subjuguée par une page de mes mémoires et clouée sur place dans l'immense salle principale du château. Soudain toutes les lumières s'étaient éteintes. Je restais ainsi quelques minutes, sans paniquer cependant. J'avais compris d'un bloc que l'on était en train de fermer le château, car j'entendais un cliquetis de lourdes clefs. J'étais la dernière visiteuse et l'on m'avait oubliée. La Conservatrice avait déjà mis le château en sécurité.

Evidemment, elle s'était rendue compte du problème, assez vite. J'étais entrée gratuitement et puisque notre voiture était restée sur le parking avec mon époux dedans, invalide et n'ayant pas pu visiter le château à cause des marches, elle avait compris immédiatement.

Lorsque j'avais entendu un nouveau cliquetis de grosses clefs, j'avais enfin respiré, le coeur battant quand même, et m'étais dit :

- "Ouf ! On vient me libérer !".

Certes, je n'étais pas Agnès Sorel, je n'étais pas le Roi Charles VII, mais j'avais arpenté une page de l'Histoire de France en compagnie de Jeanne d'Arc ! Je n'ai toujours pas eu le temps de confectionner son chapeau bleu et Betty m'a encore fait faire de sacrés voyages intemporels... que je vous conterai une autre fois. Dirais-je : "Il était une fois..." je ne sais pas...

* La moralité de mon histoire est qu'il ne faut jamais visiter un château toute seule. N'est-ce pas !...
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Valukhova · il y a
Pas grave ! Elle m'a oubliée !...

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