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Natomie

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Il ne sait pas comment il est arrivé là. Depuis des années qu'il y est, il gratte. Il gratte sur la paroi interne de la chaudière avec ses doigts décomposés pour en sortir. Il espère ainsi en sortir un jour. Ou une nuit plutôt. C'est mieux la nuit. Une nuit où les enfants dorment. Et où seul toi est éveillé dans la maison, pour les surveiller.
Il gratte. Et où ses ongles se détachent du bout de ses doigts, c'est l'os qui racle le métal, produisant de petits bruits que les propriétaires ont toujours mis sur le compte d'une chaudière mal réglée.

Il va sortir un jour.
Une nuit.
Celle là.

Il est peut-être déjà derrière toi. Décomposé, pourrissant. Avec une seule pensée : retrouver sa beauté perdue. Revivre. Pour ça, il lui faut de la peau. Il t'arrache la tienne, la revêt. Pour la peine, il te prend aussi tes ongles, partis pendant qu'il grattait.
Il tente toujours de sortir, désespérément.

Peureux comme tu es, tu entends un bruit plus fort que les autres. Tu penses que c'est ton imagination ou que la chaudière a vraiment un problème. Ces maisons perdues dans la campagne, c'est pas super la nuit, quand même. Tu vas quand même voir les enfants pour te rassurer avec leur présence ; et puis quand même aussi pour mériter ton salaire de baby-sitter.
Mais en mettant le pied sur la première marche, tu sens un courant d'air frais.
Tu pensais avoir tout fermé, non ?
Tu suis le courant d'air et remarque que la porte de la buanderie est ouverte. Là où il y a tous ces bruits qui te font si peur depuis le début de la soirée.
La porte qui mène au garage est entrouverte, comme tout à l'heure. C'est là d'où vient le froid. Tu fermes la buanderie et tu montes ensuite voir les enfants.
Seule Anaïs, la plus petite est endormie. Les deux autres sont sortis. Une montée de panique plus tard, tu penses bien sûr que ce sont ces petits plaisantins qui ont ouvert la porte et qu'il sont dans la buanderie. Pourtant, tu n'as vu personne.
Tu redescends. Tu n'as pas envie d'aller dans la buanderie, tu as peur.
Et c'est là que tu vois quelque chose que tu aurais aimé ne jamais voir. Une des chaises de la salle à manger a été déplacée ! Sur le coup, tu penses aux monstres sous le lit ou aux fantômes. Tu entends quelque chose dans la buanderie et tu sursautes, au bout de ta vie.
Puis tu penses à Antoine et Lucie. Les petits cons ! Qu'est ce qu'ils t'ont fait peur. Tu reprends ta respiration et te tournes vers la buanderie.
Ils sont sans doute enfermés là dedans maintenant.
Tu rouvres la porte et allumes. Il n'y a personne. Tu cherches de partout : sous le tas de linge sale, derrière les corbeilles et la machine à laver... Reste la chaudière. Les bruits se sont tus depuis tout à l'heure.
Tu t'approches. Elle fuit. De l'eau coule au sol. Tu soupires, il ne manquait que ça.
Personne ne se cache derrière la chaudière, mais en mettant une serpillière pour éponger l'inondation, tu remarques que le trou par lequel l'eau s'écoule est tout de même gros.
Autre chose en sort. Mais qu'est-ce ? On dirait des vieux morceaux de tissu. Tu réprimes un frisson et préfère laisser tomber. Puis tu penses aux enfants. Où sont-ils ? Ils ne sont pas là,
Il ne reste que le garage.
Tu te relèves vers la porte. Horreur ! Elle est fermée maintenant. Mais non, calme toi, ce sont les enfants ; il n'y a pas d'autre raison possible. Pourquoi toute cette agitation ?
Tu ouvres en grand la porte du garage. Elle grince doucement. La lumière de la buanderie éclaire une partie de la pièce. Ils ne peuvent être que là, tu te dis.
Mais qui est donc inclut dans ce « ils » ?
Doucement, tu avances ta main sur l'interrupteur. Pour aucune raison valable, tu n'as jamais eu aussi peur. L'ampoule grésille, sautille et fait quelques éclairs de lumière. Avant de s'éteindre complètement. Comme les choses sont bien faites pour la suite du drame, penses-tu !
Elle a grillé. Mais tu as eu le temps de voir quelque chose, là bas, au fond. Tu penses que ça ne peut-être que les enfants. Mais en même temps, c'était trop grand même pour un garçon de huit ans.
Tu l'entends se retourner. Tu le sens te regarder. Un crissement sur le sol. Comme des pieds qui frotteraient sur le sol en béton froid du garage. Tu ne cherches même pas à savoir ce que c'est.
Ce n'est pas un enfant. Tu claques la porte brusquement.
La peur te paralyse... Tu ne bouges pas de devant la porte. Tu ne penses qu'à ce que tu as vu. Ou crois avoir vu. Tu ne penses qu'à une chose.
Va-t-il entrer ? Tu fixes la poignée.
Va-t-il m'écorcher vif et m'arracher les ongles ? Pourquoi est ce que je pense à ça ?!
Bon d'accord, ça fait trois choses, mais voilà quoi...
CrrrCrrrrCRRR...
Les frottements insistent de l'autre côté du battant de la porte. Comme si un aveugle cherchait la poignée et raclait la porte pour la trouver.
Ils se font plus rapides, plus féroces. Comme ils ont frotté cette chaudière pendant si longtemps.
Mais cette fois ci, il y a une poignée. Et qui ne se ferme pas à clé remarques tu.
Tu en es à ces réflexions quand tu entends les bruits se rapprocher de la poignée que tu vois lentement tourner.
Tu l'attrapes. Tu luttes pour ne pas que la porte s'ouvre. Mais la chose, derrière, s’agite. Tu résistes tant bien que mal. Surtout mal en fait.
Alors que tu penses céder, ça s'arrête. Tu retiens ta respiration. Mais ce qui désormais est « ça » ne revient pas.
Tu t'effondres d'émotion le long de la porte et lâches la poignée. Tu te mets à pleurer. De soulagement ou de peur ?
Et là, un coup énorme résonne contre la porte. Ça essaie de l'enfoncer. La surprise du choc t'éloigne de la porte dans un cri. La poignée tourne alors.
Tu la vois tourner. Comme dans un film, au ralenti.
La porte s'ouvre.
Et révèle...

Tu pousses un cri d'effroi. Vois un cadavre vivant s'avancer sur toi. Tes pires cauchemars, que tu ne feras plus, se réalisent. Ça s'approche.

Cette vision d'horreur. Ta dernière vue.

Ce cri. Tes derniers mots.

Une si belle peau... À sa taille... Si parfaite...

Il se remit à son travail. Il faut faire attention, c'est fragile et délicat. Seule compte la peau.

Le reste ne sert à rien.

Il est impossible de revivre, mais on peut au moins en donner l'apparence.
L'apparence d'une beauté perdue depuis si longtemps.

PRIX

Image de Été 2019
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Stéphane Sogsine · il y a
Brrr. Le suspens tient jusqu'au bout. C'est un texte magnifiquement construit
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Utilisateur désactivé · il y a
j'aime vos publications, suivez nous ici sur cette page à l'adresse suivante mentionnée juste en bas de ce commentaire..
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Utilisateur désactivé · il y a
Image de jusyfa ***
jusyfa *** · il y a
Bon ! je vote, je m'abonne et je vais me détendre un peu ... +5*****
Si vous en avez l'envie, Je vous propose un (policier/ thriller) actuellement en compétition :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/sofia-4
à bientôt peut-être.
Julien.

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De margotin · il y a
Mes voix
Je vous invite à découvrir Ô amour et à la belle étoile

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Samia.mbodong · il y a
Quelle angoisse !
Ces petits bruits de la maison sont terrifiants… et si … Brrr
Bravo et merci je soutiens.

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didine · il y a
Waaaww! magnifique écriture😊
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Zouzou · il y a
On halète... jusqu'à la fin ! Mes voix
En lice avec ' Vagues à l'âtre ...

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Keith Simmonds · il y a
Mes voix pour l'évocation de cette ambiance déconcertante et cauchemardesque, Natomie ! Une invitation à venir prendre un bain de lumière “Sous la Pleine Lune” qui est en lice pour le Prix Ô 2019. Merci d’avance et bon dimanche!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/sous-la-pleine-lune

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michel jarrié · il y a
Je bénis le ciel de lire votre histoire au réveil ! J'aurai toute la journée pour m'en remettre.
Quel embarquement pour ...;baby-sitter !

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