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Momo69190

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27 mai 2013, Quartier du mas du taureau, Vaulx en Velin, banlieue lyonnaise, une heure s’était écoulée, Samir, 19 ans, était assis, sur les marches de l’escalier de l’allée 8, son smartphone restait silencieux, il trouvait le temps long, il trépignait des pieds, il n’en pouvait plus, il se tapait la tête, sans prêter attention à Kamel, son ami d’enfance, ce dernier l’observait depuis un moment, il n’osait pas intervenir, il était anxieux.
L’ombre de l’intrus sur le sol, sortis Samir de sa torpeur, il sourit à son ami :
« Wesh, je t’attendais, excuse-moi, j’étais dans mes pensées, des contrariétés, rien d’important, je gère ne t’inquiète pas »
Ces deux inséparables, se connaissent depuis des lustres, plus précisément depuis l’école maternelle, le même quartier, cet univers de béton, n’a pas de secret pour eux, ils ont grandi dans cet univers hostile, ils se sont très vite adaptés, une absence d’éducation, par négligence, des parents dépassés dans un contexte défavorisé, livrés à eux même, ils ont appris l’école de la rue, avec ses codes, l’honneur et le respect, mais aussi le silence, l’omerta, issue tous deux de familles nombreuses, à la réputation néfaste, ils ne sont que le fruit d’un système, qui pousse à l’échec, les exclus du partage, une population avide, qui ne craint ni la répression, ni le dénigrement.
Kamel n’est pas dupe, un élément perturbateur assaille son ami, le doute et l’angoisse se sont installés, reclus dans sa solitude, Samir n’est plus que l’ombre de lui-même il ne restait plus de place au partage, l’indifférence, le mépris, un sentiment de haine, dépassé par des événements, dont il est l’instigateur :
« Tu es tout pâle, des soucis de santé, t’as une embrouille, tu peux tout me dire, je ne te lâcherai pas, tu me connais »
Difficile de parler, la peur de compromettre, sa relation, d’entrainer Kamel, dans une histoire, à laquelle il est totalement étranger :
« Non, rien laisse tomber, j’ai besoin de réfléchir, je t’en parlerai plus tard, rien de grave, ne t’en fais pas, on va prendre un verre, viens »
Ils enfourchent le scooter, sans casque comme d’habitude, des têtes brulées, ces messieurs de la Préfecture, leur sont totalement indifférent, (nike la police), c’est le slogan qu’ils ont adopté depuis leur plus tendre enfance, à fond les chicanes, la tête baissée, ils arpentent les dédales de la ZUP, toujours le même bar, le rendez-vous des loosers, leur fief, le patron, Sofiane, voyou dans l’âme, un nostalgique des années 1980, tout ici reflète les années disco, les salut d’un geste de la main, ils prennent leur table habituelle :
« Un 421, pour la tournée, je prends la piste, une Heineken comme dab »
Kamel se dirige vers le comptoir, pour la commande, Samir fixe son portable, toujours rien, il prend un air plus serein, pour éviter de gâcher son après-midi, il y a quelques jours, au parking du Sofitel dans le centre-ville de Lyon, il a pris une mallette dans une grosse limousine, qu’il a fracturé, la routine pour ce jeune délinquant, il a malheureusement fait tomber son téléphone à proximité du véhicule, il ne s’est rendu compte de rien, il est ensuite entré dans l’allée d’un immeuble, il a aisément ouvert la serviette, à l’intérieur, des documents, une liste, des clés USB, des passeports et une importante somme d’argent, trente mille euros, dans une poubelle, il a pris un sac de plastique, a mis son butin l’argent et les clés USB, et il a jeté la mallette aux ordures, la paperasse n’est pas refourguable.
En prenant le bus, il s’est rendu compte de la perte de son portable, il n’a pas tout de suite fait le rapprochement, il pouvait être n’importe où, les roulottiers, trainent à droite et à gauche, avant de trouver un coup intéressant, ils font des bornes, dans les rues de la ville, ils zonent guettant, l’instant fatidique.
Il est descendu Place Gabriel Péri, (Place Dupont pour les anciens), ce genre d’endroit est très prisé par les lyonnais en quête d’une bonne affaire à des prix défiant toute concurrence, les voleurs et les receleurs sont légion, il a fait l’acquisition d’un IPhone débloqué pour trois cent euros, il en vaut trois fois plus, dans une boutique, il a acheté une puce, et demandé au vendeur, de garder son ancien numéro, grâce au numéro (Rio), qu’il a pris soins de noté, ensuite il est entré chez ses parents à Vaulx.
Il a planqué le fruit de son larcin, dans un conduit d’aération de sa chambre, qu’il partage avec son grand frère Ali, l’ainé 28 ans, un repris de justice, plusieurs condamnations à son actif, braquage racket et bien d’autre une force de la nature très respecté dans le quartier, qu’il idolâtre par-dessus tout, Il a aussi deux sœurs, Farida, 25 ans, plus studieuse, étudiante en Droit, elle porte le foulard et pratique la religion, leur relation est plus fraternelle, et limitée, l’Islam met des barrières même au sein des familles, elle fait la fierté de ses parents, Nabila 16 ans, rebelle dans l’âme a pris les mauvais gènes, passe ses journées à écouter du rap, ainsi que Farés 14 ans et Amar 12 ans, dont le destin est tout tracé, la mauvaise réputation nuit à l’équilibre des enfants et les entrainent inconsciemment, sur le mauvais chemin, pris au piège de leur notoriété, il reflète l’image inconsidérée, d’une délinquance prédestinée, le père Mourad est magasinier chez Renault, la mère Halima est femme de ménage dans une usine de retraitement des déchets à Villeurbanne, ils occupent ce T5 depuis plus de trente ans, pas pour le luxe qu’il confère, loin de là, ce dépotoir, n’a davantage que le prix du loyer.
Rien ne laisser présager, un tel dénouement, habitué aux coups facile, Samir était l’exemple frappant du délinquant à qui tout réussi, jusque-là, rien ne venait entraver sa marche glorieuse sur le sentier de la débrouille, rien avant ce texto, reçu dans la matinée, quelques mots futiles, balancés sur un ton menaçant, qui allaient briser, sa carapace et dévoiler le petit garçon qui sommeille en lui :
« Rends, nous la mallette, vite, on n’aura pas de mal à te retrouver, si tu tiens à ta vie, ne préviens pas la police, rendez-vous, devant le Mac Donald, place Bellecour à 16 heures, on ne plaisante pas »
Ils ont mon portable, la poisse, il a fallu que je le perde au mauvais endroit, ils ne peuvent pas être au courant de la portabilité, j’ai cette fâcheuse habitude de noté mon numéro dans l’agenda, je mémorise très mal, je fume trop de shit, m’a dit Kamel ça tue les cellules de la mémoire, enfin une connerie du genre, ils envoient des texto au hasard, si je ne réponds pas, il se lasseront, c’est ce que je croyais, ils n’arrêtent pas et sont de plus en plus agressifs, je n’ose même plus descendre en ville, ils peuvent me localiser, j’ai peur, je ne mange plus, mon frère me questionne sans arrêt, il me connait, il sait que quelque chose ne tourne pas rond, il a assez de problèmes, je ne souhaite pas l’entrainer dans mes embrouilles, je dois faire face à la situation, même si je dois perdre la vie :
« Ho ! je suis là, tu joues ou merde »
Merde, je suis en train de péter un câble, inutile de continuer à ressasser cette histoire, ça n’avance à rien, je m’en bas les couilles de ces branleurs, je les encule :
« Ouais, excuse-moi, je pensais à un truc, t’as fait six en l’air, t’as triché relance gros balourd »
Kamel est un bon pote, mieux que ça un ami, mais ce qu’il déteste par-dessus tout, c’est qu’on mette sa parole en doute, on a le même âge, on a traversé pas mal d’embrouilles ensemble, des gardes à vue, des traquenards, la marave, il ne me la jamais fait à l’envers, il est fou de rage :
« Y’en a marre, affale-toi, vide ton sac, ne me prend pas pour un narvalo, la tournée elle est pour moi, je ne suis pas à ça près »
Que dire, la tune je n’ai pas envie de partager c’est un sacré pactole, je vais me taire sur ce petit détail, le reste le partager pourra peut-être m’aider :
« J’ai fait tomber mon portable dans une vardine, que j’ai dépouiller, le proprio a trouvé mon numéro dans l’agenda, et il me menace, c’est une affaire qui me dépasse, je ne sais pas à qui j’ai à faire, il me fout les jetons »
Ça, le fait marrer, ont partagé des épreuves, beaucoup plus compliqué, on a même essuyé des coups de feu, il se gratte la tête, mine de rien il est loin d’être con :
« C’était quoi comme caisse, t’as pris des objets de valeur, de la tune, il ne te menace pas pour une serrure ou une vitre pétée, il est assuré »
Je vais devoir m’affaler, j’en ai trop dit, et puis merde, je vais minimiser l’affaire, il prend pour argent comptant, ou pas je n’en ai rien à foutre :
« Une AUDI A6, j’ai pris une mallette, il y avait des clés USB que j’ai gardé et 800 euros, des papelards, des passeports, j’ai tout balancé dans une poubelle en ville »
Kamel est perplexe, c’est compliqué, l’attaché-case contenait certainement des informations importantes, et les passeports, un diplomate, ou va savoir un agent secret, ça pue, c’est chaud :
« Tu as lu les clés USB, y’avait quoi dessus ? »
Balourd que je suis il a raison, c’était la première chose à faire, pour me donner une idée, du traquenard dans lequel je me suis mis :
« Non, je les ai planquées, avec le fric je me suis payé l’IPhone, c’est tout »
On torche nos bibines, ça urge il faut étudier ces clés, je cigle la dernière rafale et on se casse, on regagne la cité, et son univers glauque, des baltringues campent dans les allées, une odeur de chorba et de shit, Malik une poucave en puissance ne manque pas de la ramener comme d’habitude :
« Alors les tourtereaux, vous n’avez rien d’intéressant à fourguer ?»
Un bras d’honneur pour seule réponse, inutile de prendre l’ascenseur il est aux abonnés absents depuis des mois, la société d’HLM refuse de réparer, les techniciens se font caillasses, et puis tout est dans un état de délabrement, pour bien faire il faudrait tout démolir et reconstruire, alors on se tape les étages, pas grave ça entretient la forme, enfin pour moi qui habite le troisième, pour ceux du quinzième c’est une autre histoire.
Discrètement, je récupère dans ma chambre les objets du délit, je descends mon ordi, ont se réfugient dans notre planque, un local désaffecté, utilisé dans le temps par une association de la Mairie, un coin pénard loin des regards indiscrets, qu’on a aménagé avec des meubles récupérés à droite et à gauche, pour nos soirées de la bonne musique des bières du bon marocain, et vive la vie, pour l’électricité on est branché directement sur le poteau électrique de la rue voisine, un bricolage de Farid, un fondu défoncé au crack, qui traine quelquefois avec nous ou plutôt avec nos restants de tarpé, une combine qu’il a appris lors d’un stage d’électricien, les gens jettent tout devant les immeubles, personne ne se plaint la déchetterie est trop loin, et la municipalité a baissé les bras, ces zones de non droit, ne font plus parti de leurs préoccupations, ils se contentent d’augmenter les impôts locaux, et les charges locatives, tant pis si on ne peut pas payer on ira se plaindre aux organismes sociaux, comme dab.
Trois clés en tout, je glisse la première dans l’encoche, une liste de noms, des adresses, des photos de pélots en costard style banquiers, politicards, des visages inconnus de nous en tous cas, des chiffres, des plans, le même scénario dans les autres, on n’est pas plus avancé, Kamel se contente de dire :
« Je n’y connais rien, commence par changer de puce sur ton portable et oubli ton ancien numéro, cette saloperie d’IPhone est localisable, méfie-toi, garde les clés, elles peuvent servir de monnaie d’échange, il y a peut-être de la tune à prendre »
Pas con, mais dans la mallette, il y avait d’autre documents, et les passeports, ça se trouve étaient la clé de l’énigme :
« Tu crois qu’on est en position de négocier moi je préfère les oublier, pour la puce je vais la dégager fissa, roule un joint, la putain de sa race je suis vénère »
Putain ça fait du bien, la fumée embaume la pièce, et procure une atmosphère propice à l’évasion, il reste un fond de whiskey, on boit à la bouteille, du tord-boyaux à deux balles, on ne recherche pas la jouissance d’un breuvage idyllique mais le feu d’un liquide au saveur démoniaque, dans ces moments de panique, on se délecte d’artifices au gout douteux, il nous est arrivé de dormir ici, quelquefois en chasse par les lardus, d’autre fois parce qu’ont étaient trop cassé pour regagner nos pénates, et puis les vieux râlent toujours, un petit coin douillet, un radiateur électrique pour les soirées d’hiver, des lits de camp pénard des nantis, les charges aux frais de la ville, des marginaux, on s’adapte, on prépare nos mauvais coups, d’ailleurs il serait temps d’aller dévaliser la cave de ce blaireau d’André un fils de pute de raciste de sa mère, il a dû mettre quelques bonnes bouteilles au frais, nos points d’approvisionnement, ne sont pas répertoriés, ils ne dépendent pas du secteur commerciale de l’urbanisme rampant, voué à l’exploitation arbitraire d’une population asservie, nos fournisseurs sont hors taxe, nos activités aussi viles soient elles, répondent à un rejet, d’une société dont nous sommes exclus, c’est notre philosophie on encule la vie.
28 mai 2013, une journée radieuse, sur les conseils de Kamel, j’ai changé la puce de mon IPhone, un conseil judicieux, je ne suis plus harcelé par ce bâtard, un répit que je savoure, je marche à travers la citée, je lance des plans sur la comète, bientôt les vacances, je vais me payer une Golf, et descendre en Espagne, des vacances de rêve, le soleil la musique et les gonzesses, je me dirige vers le PMU, mon pote m’y attend, on fait des jeux pour tuer le temps, des courses par courses, ça file de l’adrénaline, on n’est pas vraiment Chatard, comme tout le monde on songe à décrocher la cagnotte, et se casser de cet endroit minable, il est assis à la terrasse, il me fait un signe de la main, toujours soucieux de mon état physique, une vrai mère poule :
« Alors, quoi de neuf, tu as bien dormi, un pastaga, tu fade avec moi dans la prochaine, couplet 4-6, on le tape dix fois, on se fait des couilles en or »
Doucement, il est à peine onze heures, je suis dans le coltard, l’autre il m’agresse, avec ses tuyaux à deux balles :
« Fais voire le TURF, c’est quoi ces chiens, quarante contre un, du foin pour les bourrins, ce n’est pas écris mère Theresa sur mon front, met un favori dans ton jeu, assure putain »
Tu parles, cause toujours ma tête est malade, il est parti jouer sans moi, je m’en bas les couilles, casse-toi pauvre con, voyons voir comme dirai l’aveugle, dix-huit partants, il est dans le vent avec sa combinaison, eh ! bien voilà 2-5 placé, dépêchons la course va partir, :
« Faux frère, tu me lâche, allez on fait moitié moitié, combien je te dois »
Comment il tire la gueule, un vrai gamin, capricieux, je ne sais pas comment je fais pour le supporter, parlons peu parlons bien, pour attirer l’attention de Kamel une seule chose les affaires :
« Tu te souviens de Thomas, le rital, il bosse comme magasinier à Auchan, il m’a fourgué une info, sur une livraison, du High Tech, du beau, il parait que le livreur ne pourra pas être à l’heure, il livre tard dans la soirée, il laisse la semi, devant l’entrepôt, elle ne sera déchargée que demain matin, un bon plan, qu’est-ce que tu en pense ? »
Dévaliser des camions, on a l’habitude, on est rodé, Kamel a une camionnette, qu’il gare dans un local à Bron, un peu mécano sur les bords, il assure, il fait croire à ses vieux qu’il gratte à son compte, trois cents euros de location par mois, on fade à deux, en fait, on stock notre matos là-bas, son Renault Master est pratique, pour chourave :
« Pas de problème, Samir, bien sûr que ça m’intéresse, à St Priest, la zone industrielle, du gâteau, les veilleurs, c’est des balourds, un coupe boulon pour le cadenas et il n’y a qu’à se servir »
Merde, j’ai bien fait de mettre la moitié avec lui, arrivée 4-6-8, gagnant placé ont se gavent :
« On encaisse et on se tire il faut mettre au point, notre casse, on va faire un peu de repérage, la dernière fois, c’était chaud, on a failli se faire gauler, tu te rappelles le vigile c’était moins une »
Quatre cent euros, c’est bien payé, généreux le PMU, pour une fois avec la tune qu’on a perdu, on est loin du compte, pas con le Kamel, une bonne journée en perspective, direction le local, pratique le scooter, on évite les grands axes, on rode vers le supermarché, l’entrepôt est derrière, on a déjà fait un travail dans le coin, c’est pénard, le local commercial de l’artiste, Vidanges Minutes, une enseigne qui ne paye pas de mine, il en a de bonne, mon alter ego, il n’est même pas inscrit au registre du commerce, tout au black, ce fainéant il ne bricole que son fourgon, il tourne nickel, c’est tout bon pour cette nuit, on va gamelle, un mac do fera l’affaire, on est pas des fins gourmets, tout ce qui rentre fait ventre, la discussion tourne autour du cambriolage de cette nuit, les préparatifs vont bon train :
« Deux plombes du mat, les vigiles, tournent toutes les deux heures, on a largement le temps, on prend le max, il faut préparer les vacances » dit Kamel
Après ce bon gueuleton, on retourne à la ZUP, deux ou trois petits détails à régler, je dois récupérer de la tune, toujours les mêmes mauvais payeurs, j’ai vendu des jantes de BMW, à Nasser, un abruti de la Grappinière, qui confond apparemment, rapidement et dans dix plombes, je lui coure après pour deux cents euros, il est souvent chez Sofiane, si je lui tombe dessus il va morfler, quand on parle du loup, cette tapette sirote une bière, il va cracher au bassinet, sinon je le démonte :
« Alors, tu comptes me payer quand, j’ai été sympa, mais il faut casquer, ça fait bientôt trois semaines que tu me prends pour un con »
Le gougnafier, joue les amnésiques, il n’est pas seul, deux pélots du quartier l’accompagnent, tant pis pour sa mouille, je le tire par le col bac et le sort du bar, les tarlouzes prennent ses patins, Kamel les tiens en respect :
« Arrête Samir, déconne pas, il va cigler, laisse-lui le temps »
Je vais lui cramer sa caisse à ce bâtard, et récupérer mes jantes, il se la pète sur mes côtelettes, :
« C’est ta vardine, là-bas, regarde la bien, tu ne retrouveras que des cendres, connard »
Ce pédé, a peur pour sa bagnole, il sort des talbins, de la boîte à gant et me les jette à terre, je l’attrape par les cheveux et le force à les ramasser :
« Je vais t’apprendre le respect, espèce de guignol, il manque vingt euros, je te mets à l’amende, tu m’en dois cinquante maintenant pour ce geste fils de pute, tire-toi avant que je te découpe »
Ce charlot m’a mis la haine, à partir d’aujourd’hui on paye cash, plus de croume, je rentre me changer, on se voit plus tard :
« Salut Kamel à plus »
Allongé sur mon pieux, j’écoute Lil Wayne, son dernier album Tha Carter V, une tuerie, j’ai recompté ma tune dés fois que mon frelu soit tombé dessus, tout est en ordre, je pense au gus que j’ai démuni, la tronche qu’il doit tirer, je pique un roupillon, les écouteurs sur les oreilles.
Waouh ! je me suis laisser aller, presque vingt et une heure, je file un coup de bigo, à mon ombre, il doit m’incendier ;
« Excuse moi, j’ai pioncé, j’arrive, j’en ai pour deux minutes »
Je descends les escaliers quatre à quatre, récupère ma meule, dans le local, et rejoins Kamel, il est énervé :
« Cool on a le temps, grimpe, fais pas la tronche, je m’excuse merde, ce n’est pas la fin du monde »
Pas un mot, tout le long de la route, on récupère le bahut, Kamel prend le volant, arrivé sur les lieux, les grandes surfaces, ferment une après l’autre, la voiture des vigiles passe à proximité de notre véhicule, ont se baissent, ils tracent sans demander leurs restes, une heure du matin, l’endroit est désert, le camion est sur les lieux Thomas, n’a pas menti, on se gare au cul, il ne nous faut pas plus de dix minutes pour fracturer la semi, pas de temps à perdre, on charge, pas de détail, on ramasse sans réfléchir, les bras en compotes, c’est bon on s’arrache, pas de veilleur en vue, direction le hangar, on planque la marchandise et retour au bercail, on fera l’inventaire demain.
Il est trois heures du matin, j’entre dans mon allée, je cherche l’interrupteur, une ombre, un violent coup sur la tête, je m’écroule.
Quelle heure est-il, plongé dans l’obscurité, je n’ai pas de repère, une douleur atroce à la tête, je ne peux pas bouger, je suis attaché à un poteau, dos au mur à même le sol, je ne peux pas parler, ma bouche est entravée par du scotch, je me débats, les menottes déchirent ma peau, où suis-je, je me remémore doucement la scène, j’essaye de comprendre, je n’ai pas eu le temps de voir le visage de mon ravisseur, seul les lardus utilisent des bracelets, mais ils m’auraient mis en cellule, cet endroit n’a rien d’une prison, qui est-il, pourquoi me voiler la face, je dois me rendre à l’évidence, il m’a retrouvé, une porte s’ouvre, je sens une présence quelqu’un me regarde, un coup de savate au ventre, me plie en deux, je gémis de douleur, il soulève la cagoule qui obstrue ma vue et retire le sparadrap de ma bouche :
« Alors fils de pute, tu pensais t’en tirer comme ça, où est la mallette, réponds ? »
Une voix rauque, un accent étranger, difficilement définissable, je dois être ici depuis longtemps, j’ai faim et soif, je ne dois pas céder à leurs exigences, je reste silencieux, un second coup de pieds me coupe le souffle, un long silence, puis de nouveau la même question, je reste de marbre, je suis insensible, j’ai appris à recevoir, les sévices et la brutalité, font partie de mon quotidien, je ne suis pas con, faire des aveux, c’est signer mon arrêt de mort, le tortionnaire lâche momentanément prise, j’ai droit à des crachats, puis la porte se referme.
La pièce est vide, sa voix résonnait, je dois être dans une cave, une odeur de renfermé, combien de temps vais-je tenir, je pense à mes parents, mes frères et sœurs, cette attente est insoutenable, je tire de toute mes forces sur le poteau, j’ai mal, les menottes sont serrées, je distingue une légère lueur à travers le bandeau qui m’enveloppe, il y a une fenêtre à proximité, aucun bruit, on est loin de la ville, une maison isolée, ce connard a oublié de me bâillonner, je pousse des cris, comme un gamin, la peur me hante, un sous fifre, une petite pute, voilà ce qu’ils ont fait de moi, je roule moins les mécaniques, j’ai envie de pisser, je ne vais pas pouvoir me retenir, et puis merde, j’inonde mon froc, quelle humiliation, je préfère crever.
Le faisceau disparait peu à peu, la nuit tombe, plusieurs heures se sont écoulées, j’ai froid, mes vêtements sont humides, une odeur acide me prend la gorge, mon gosier est sec, j’avale doucement ma salive, un bruit mon visiteur est de retour, il me détache, je tente de m’enfuir, je trébuche et me cogne contre le mur, il me rattrape, et m’oblige à m’asseoir sur une chaise, les menottes de nouveaux, les mains au dos, il arrache le sac de tissus, qui entrave ma vue, d’un geste brusque, la lumière me brule les yeux, je distingue enfin ce lieu, un garage, devant moi un individu de forte corpulence, costard cravate, le style videur de boîte de nuit, je mesure un mètre quatre-vingt, pourtant à côté de lui j’ai l’air d’un nain, il est de type slave, une tronche de fait divers, ce genre de type qu’on voit dans les films de série B, qui ont toujours le mauvais rôle, des russes, il ne manquait plus que ça, je suis mal barré, ces tarés ont mauvaise réputation, il remonte mon visage, pour me forcer à le reluquer, et me colle une mandale :
« Tu parleras, je ne plaisante pas, regarde ces photos, ça ne te rappelle rien »
Il se fout de ma gueule, ma famille au complet, qu’est-ce que ça veut dire, je ne comprends pas, des menaces, ce barge est capable de tout, je flippe ma race, je dois gagner du temps, dans ma poche arrière ça vibre, mon portable, ce connard, ne m’a pas fouillé :
« Où avez-vous pris ces photos, que voulez-vous je ne comprends pas »
Il perd patience, m’attrape par les cheveux, et cogne comme un dératé, sur mon visage, j’ai du mal à respirer, un filet de sang, coule le long de mon cou, mon nez est bouché, il m’a pété le tarbouif ce fils de pute, sous l’effet de la douleur et de la rage, je me contente de lancer :
« Enculé de ta mère, sale fils de pute »
Les coups pleuvent de partout, je suffoque et perd conscience.
Mon heure est arrivée, je vais passer de l’autre côté, pourtant je ne vois pas d’arbre poussé, ni de lumière blanche, je suis encore en vie, la religion ne m’empêche pas de dormir, je ne connais aucune prière, la vie, la mort le destin, tout me parait futile et dérisoire, je me raccroche à une chimère, mon frère m’a appris que face aux difficultés, il faut du mental, face à l’adversité, resté un homme et accepté le prix à payer, avec courage et ténacité, ne jamais céder, ne pas craquer, aucune forme de faiblesse ne doit paraître, on a des couilles ou pas, j’accepte ce supplice, mais je ne cesse de penser au mien, s’il s’en prenait à eux, je risque de m’affaler, et passer aux aveux, je vois trouble, mes yeux sont enflées, l’impression d’être dans le brouillard, pourtant ce bâtard est toujours là, je sens sa présence, un bruit diffus, des voix lointaines, je suis sonné, une trombe d’eau s’abat sur moi, ils m’a aspergé comme un chiffon, et de nouveau cet interminable interrogatoire :
« Je sais que c’est toi, ne nie pas, la vidéo est très nette, ta capuche sur la tête, ne cache rien connard, de plus tu la porte encore, pense au moins à te changer, si tu veux jouer au malin »
Quelle vidéo, le parking, bien sûr, je n’y ai pas pensé, la vidéosurveillance, mais comment a-t ’il récupéré le disque, il a payé le veilleur, merde c’est quoi cette embrouille, qui est ce baltringue :
« C’est quoi ces conneries, je ne tourne pas de films, vous me prenez pour un con, allez-vous faire foutre »
Celle-là, je ne les pas voler, putain ma mâchoire en a pris un coup, un crochet du droit, cette tapette est un adepte de la boxe, je passe machinalement ma langue sur mes chicots, tout est là, je crache du sang, le pourri me plaque une tablette devant la gueule :
« C’est ta mère, ça connard, regarde-toi, balourd tu ne te reconnais pas, si tu continues dans ton mutisme je te découpe »
C’est vrai qu’elle est nette cette putain de vidéo, je n’ose pas lui demander une copie, j’entre dans un délire sa race, je suis comme habité, un schizophrène, au tempérament lunatique, un semblant de dédoublement de la personnalité m’assaille, je me mets à jacter comme un zombi :
« Ta mère suce des queux en enfer »
Une entaille sur la joue, adieu mes projets dans le mannequinat, mon bourreau a mis ses menaces à exécution, un rasoir à la main, il se délecte de la vue de ma cicatrice béante, dans ma chienne de vie, j’en ai suriné des blaireaux, mais ce cafard, je me ferai une joie de le tailladé, sans pitié, amuse toi comique, tu n’as devant toi qu’une larve faisandée, tu ne tireras rien de moi, je suis passé du côté obscur, de la chatte à ta mère, ce pédé pète un câble il vocifère des mots incompréhensibles, peut-être du Russe, ou bien il me rejoint dans ma paranoïa, viens mon pote c’est la foire aux chapeaux, je t’offre un tour de manège :
« Je vais ramener ta sœur, à ta place et la sauter devant toi, c’est ça que tu veux, fils de pute, moi je m’en fou, je veux récupérer mon bien, et je suis prêt à tout, tu vas le regretter de te foutre de ma gueule »
Alors, s’il me prend par les sentiments, le ton change, je vais devoir adopter une autre attitude, la jouer fine, ce relou est capable d’aller au bout de sa folie, ma frangine va faire les frais de ses phantasmes inassouvis :
« Mais qui est tu, si on faisait les présentations, on gagnerait en clarté, tu ne crois pas gros con »
Houlà, il va me trancher la gorge, mais non tu ne peux pas, et comment tu vas récupérer ton attaché case tête de pine, allez on passe aux confidences, on inverse les rôles, tu t’en tire bien je suis attaché, pour toi tout va se dérouler en douceur face de craie, mon attitude le déconcerte fortement il est visiblement à bout d’argument, il prend une chaise et me fait face :
« Je travaille pour une organisation, qui ne plaisante pas tu as mis ma mission en échec je dois rendre des comptes à mes supérieurs, j’ai perdu beaucoup de temps à te courir au cul, le fric je m’en bas les couilles, je t’en fais cadeau, ou est le reste, je pense que c’est lumineux »
D’accord, j’y vois plus clair dans son jeu, j’ai foiré son business, il n’a pas une allure de secrétaire, comme moi, il est en marge, de la société.

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