Aventure en Campanie

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J'ai toujours adoré lire et cela fait longtemps que je voulais tenter d'écrire. Je m'y suis mis tardivement, lorsque j'ai eu plus de temps libre et je me suis pris au jeu, j'y prends beaucoup de  [+]

Je suis arrivé à Naples, sous un soleil resplendissant et une chaleur encore très agréable en cette fin mai. Je me balade dans le centre historique, l’air désinvolte, soudain je vois un attroupement et j’entends une voix magnifique type Bel Canto. Je m’approche et rejoins les badauds qui sont attroupés au pied d’un bel immeuble ancien. La voix provient du troisième étage où l’on aperçoit un homme d’âge avancé, les cheveux longs et la barbe grise qui tout en chantant semble tenir une corde. Je suis des yeux cette corde et mon regard se pose sur un panier déposé à la verticale de l’immeuble. Etonné, je questionne l’homme présent à mes côtés qui assiste comme moi à ce spectacle étonnant, en balbutiant quelques mots dans un italien approximatif. Cette personne m’explique très aimablement que ce monsieur a été par le passé un chanteur connu. Il est maintenant oublié et n’a plus de ressources. Tous les soirs il pousse la chansonnette de sa voix magnifique et les spectateurs qui apprécient peuvent lui donner un peu d’argent dans le panier qu’il remonte régulièrement pour le vider. C’est en quelque sorte devenu une attraction locale. « Il a ses habitués qui reviennent l’écouter régulièrement vous savez », me confie-t-il avec un large sourire, dans un français ponctué de cet accent italien que j’aime tant. Arrivé à la Piazza Bellini qui est bordée de bars accueillants, je décide de m’installer à l’une des tables pour y passer un moment agréable. Cette place qui abrite les ruines excavées des murs de la cité grecque du IVème siècle, constitue le rendez-vous classique des étudiants et des artistes. Je vais donc pouvoir me désaltérer tout en observant la population volubile et chaleureuse qui se regroupe à cet endroit en fin de soirée. Je fais signe au serveur qui, appuyé nonchalamment au bar juste derrière la terrasse, attend patiemment les demandes des clients. Il se dirige vers moi avec un large sourire. Je lui commande une bière bien fraîche. Je parcours du regard la terrasse et remarque une table animée, occupée par cinq personnes d’où se dégage une gaité contagieuse. Une jeune fille brune arborant un large sourire agrémenté de deux charmantes fossettes un peu coquines me fait face. Bien sûr son sourire ne s’adresse pas à moi et je le regrette déjà. Elle s’aperçoit que je l’observe avec intérêt, mais semble ne pas y prêter attention. Elle tourne la tête vers un homme d’âge mûr aux cheveux grisonnants d’une grande classe qui semble animer la tablée, et elle rit de plus belle. J’ai du mal à me concentrer sur la lecture que je viens d’entamer. Les Italiens parlent assez fort et sans vraiment écouter ce qui se dit à cette table un peu éloignée, je saisis que la jeune personne suscitant mon intérêt s’appelle Alice, un prénom de rêve...
Je décide de mettre fin à ma contemplation béate et je me concentre sur ma lecture pour définir mon programme pour les jours à venir. Je me souviens alors du conseil d’Eugène, l’homme qui a eu la gentillesse de me prendre dans sa voiture quelques mois auparavant, alors que je faisais du stop entre Turin et Gênes. Ce monsieur très érudit, connaissant parfaitement la ville de Naples, m’avait conseillé vivement de me rendre à la Capella Sansevero, «  si vous ne deviez voir qu’une chose à Naples, c’est cette chapelle exceptionnelle de style baroque, d’inspiration maçonnique, elle renferme de fabuleuses sculptures, notamment le Christ voilé dont le voile en marbre est si réaliste qu’on est tenté de le soulever pour voir le Christ en dessous. Vous pourrez y voir également deux corps écorchés, un homme et une femme, méticuleusement conservés détaillant leurs vaisseaux sanguins et leurs muscles, plus vrais que nature. C’est très impressionnant, allez-y vous ne serez pas déçu croyez-moi ! ».
Deuxième journée à Naples.
Après une longue hésitation je commence ma journée par le musée archéologique. En arrivant sur les marches du musée, juste devant l’entrée, un homme vêtu d’un costume clair, portant un chapeau, très élégant, regarde autour de lui, l’air inquiet. Il semble perdu, apeuré, proche de la panique. Il me regarde avec insistance comme pour demander de l’aide. Je me dirige vers lui pour tenter de lui venir en aide,
« Buongiorno segnore, non parlo bene l’italiano, scusi, come sta ? »
«  Vous pouvez me parler en français vous savez, ce sera plus facile pour se comprendre. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas de la première jeunesse et il m’arrive de ne plus très bien savoir ou j’en suis. Je suis alors contrarié et cela peut sans doute donner l’impression que je ne me sens pas bien. Cela ne dure pas bien longtemps, c’est très désagréable, mais heureusement je reprends vite mes esprits...Je m’appelle Julien Chenu, et j’étais professeur d’histoire-géo à Lyon, alors vous comprendrez que je sois intéressé par la visite de ce musée ».
Julien Chenu me parait très sympathique et après m’être rapidement présenté, je lui propose de profiter de ses connaissances en parcourant le musée en sa compagnie si cela ne le gêne pas. Il accepte immédiatement et a même l’air ravi par cette proposition.
« Je veux bien, mais je ne voudrais pas vous ennuyer, je suis passionné par l’antiquité grecque et romaine et je peux devenir intarissable sans m’en rendre toujours compte...Et puis je dois vous dire que ce voyage me rappelle beaucoup de souvenir vécus en compagnie de ma femme lors de notre voyage de noce. Elle est décédée voilà trois ans et je viens en quelque sorte en pèlerinage dans cette ville magnifique avant de la rejoindre définitivement ». Il est très ému et je vois ses yeux briller, les larmes ne sont pas loin, ces deux- là devaient probablement beaucoup s’aimer.
En sortant du musée, il me propose d’aller déguster ensemble une de ces fameuses pizzas napolitaines dans l’une des très nombreuses pizzerias ou « trattorie » de quartier où l’on mange très bien, «  vous avez été tellement gentil avec moi, et puis vous avez supporté mon bavardage historique pendant plus de trois heures, je vois dois bien cela ! ».Pendant le repas nous échangeons sur les villes italiennes que j’ai pu découvrir au cours de mes pérégrinations, deTurin à Naples en passant par Gênes, Florence et Rome. Quand je lui demande quels sont la région et la ville qu’il préfère, il hésite, il est embarrassé,
«  Je ne peux pas répondre à ta question « petit », elles ont toutes leur charme et leur intérêt. Les Italiens sont des artistes dans l’âme, des séducteurs invétérés. Que ce soit par l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique, le cinéma, la littérature aucun domaine de l’art ne leur résiste. Leur sensualité et leur sensibilité sont présentes partout...et je ne te parle pas de leurs femmes ! Mais je m’égare, excuses-moi, le choix que tu me demandes de faire est bien trop délicat. J’avoue avoir une petite préférence pour la Toscane, Florence, Sienne, ses oliviers, ses vignes et cyprès sous la lumière subtile et dorée du soir qui permet de retrouver un goût artistique inné chez le peuple toscan. Mais je pourrais te donner des arguments tout aussi chaleureux pour les Abruzzes, la Campanie où nous sommes actuellement ou le Latium avec la majestueuse Rome, la Vénitie parée de son bijou Venise. Enfin tu te rends compte, ce que tu me demandes est impossible ». Et il éclate de rire.
Le temps passe trop vite, déjà le troisième jour dans cette ville.
Je me décide quand-même à me diriger vers cette fameuse Capella Sanseverro.
En arrivant dans la ruelle adjacente à la Capella, je découvre les restes du palais de la famille du prince Raimondo di Sangro qui n’a plus grand-chose à voir avec un palais. En lisant le guide, je découvre que cet homme excentrique avait un esprit critique et avant-gardiste qui le fit tomber en disgrâce rapidement, mais ne l’arrêta pour autant de poursuivre ses études et ses expériences. Il engagea les meilleurs artistes pour décorer l’intérieur de la chapelle destinée à l’origine à abriter les tombes de sa famille. Il serait selon la légende, mort à l’âge de soixante et un ans à cause des substances toxiques qu’il utilisait pour ses recherches. A peine entré dans la chapelle, je découvre avec émerveillement les sculptures d’une beauté et d’un réalisme indescriptible. Ce que j’ai pu lire à leur sujet et les descriptions qui m’en ont été faites ne sont pas démenties. Au centre de la nef, se trouve le magnifique « Christ voilé », les plis du voile le recouvrant sont si légers que le tissu ne paraît pas sculpté mais déposé délicatement sur son corps allongé, la sérénité du visage donne l’impression qu’il repose paisiblement dans un sommeil profond. Je tourne la tête et découvre de part et d’autre du chœur la « Pudicizia » pudeur d’une femme au corps parfait dissimulée sous un voile transparent rendant hommage à la mère de Raimondo décédée alors que celui-ci n’avait que onze mois, et le « Disinganno », la désillusion d’un homme cherchant à se dégager d’un filet de pêcheur, symbolisant la tentative du père de Raimondo de se libérer du péché après s’être adonné aux plaisirs hédonistes après la mort prématurée de son épouse. Je m’apprête à lever la tête pour détailler le plafond aux couleurs vives décoré de fresques superbes, je suis réellement absorbé par la beauté de ces statues et soudain je reconnais la jeune Alice que j’avais remarquée à la terrasse de la Piazza Bellini. Elle semble être seule, et je me dis que cette fois-ci je dois trouver un moyen de d’engager la conversation avec elle.
« Bonjour, je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais on s’est croisé sur une terrasse de la Piazza Bellini hier dans la soirée. Vous semblez tout comme moi être subjuguée par cette statue évoquant la pudeur, je me trompe ? ».
Elle se tourne vers moi, un peu surprise que quelqu’un lui adresse la parole en français, elle esquisse malgré tout un large sourire accentuant encore l’effet de ses deux petites fossettes, «En effet je me souviens de votre regard persistant, vous ne me quittiez pas des yeux, c’en était presque gênant, mais pas forcément désagréable...».
Je lui propose alors, de poursuivre sa visite avec moi et de découvrir les deux écorchés méticuleusement conservés au rez-de-chaussée. Elle accepte, heureuse de ne plus être seule dans cette ville inconnue, ce qui me réjouis. Je crois bien que je ne lui déplais pas...
Quatrième jour à Naples.
Aujourd’hui, j’ai rendez-vous avec Alice pour grimper sur les pentes du Vésuve, monstre superbe et imprévisible qui domine la baie de Naples de ses presque mille trois cents mètres. Cela nous permettra, en marchant côte à côte pendant quelques heures sur les chemins escarpés qui conduisent au sommet, de faire plus ample connaissance.
Le guide que nous attendions depuis un petit moment nous réunit autour de lui pour nous donner quelques informations plus détaillées sur le volcan. Nous apprenons ainsi que la dernière éruption date de 1944, que le Vésuve fait partie de l’arc volcanique campanien, une série de volcans actifs, assoupis ou éteints qui comprend la Solfatara, le Monte Nuovo des champs Phlégréens et le Monte Epomeo d’Ischia qui est l’un des volcans les plus surveillés au monde, de nombreux micro-séismes ont secoué la région, et en 2012, la zône a été placée en « alerte jaune » dénomination liée au fait que des fumerolles d’anhydride sulfureux se dégagent provoquant des dépôts jaunes. Il est actuellement sous surveillance continuelle.
En descendant du Vésuve pour rejoindre Naples, Alice s’adresse à moi l’air un peu embarrassé, « je dois te dire quelque-chose d’important. Avant de partir en voyage, ma prof d’italien m’a confié un paquet, me faisant promettre de ne l’ouvrir sous aucun prétexte, et de le remettre à un certain Gustavo Padovani, vicaire de l’église San Gennaro de Naples qui abrite les ampoules contenant le sang de Saint Janvier. Je ne l’ai pas encore fait, et j’avoue que cela m’impressionne, est-ce que tu serais d’accord pour m’accompagner et lui remettre ce paquet ? ». Sa naïveté m’étonne, « Et tu n’as pas cherché à savoir ce que contenait ce paquet...Tu as réussi à passer les contrôles aériens sans problème ? ». Elle esquisse alors un sourire un peu gêné, « Si, j’ai bien été contrôlé, mais il n’y avait apparemment rien d’anormal, j’ai dit au contrôleur aérien que c’était un crucifix...et là il a dit que je ne manquai pas d’humour...J’ai cru comprendre pourquoi après, lorsqu’une personne, assise à côté de moi dans l’avion, une photographe qui s’appelait Zoé qui partait en voyage de reconnaissance à Naples m’a mise sur une piste. Elle m’inspirait confiance, et j’ai eu l’indiscrétion de lui confier mon secret. Elle m’a dit qu’elle pensait savoir de quoi il s’agissait...D’après elle ce serait une relique du 13ème siècle, inconnue du public, mais répertoriée à l’inventaire des objets historiques. Il pourrait s’agir du pénis de Saint Rémy, dérobé dans la crypte de la basilique Notre-Dame-Du Port à Clermont Ferrand il y a quelques semaines... ». Je ris à mon tour, «  ce n’est pas possible cette personne a dû te faire une blague ! Mais d’accord pour t’accompagner chez ton vicaire ! ».
Nous nous sommes séparés en nous mettant d’accord pour aller visiter ensemble dès le lendemain, Pompéi et Herculanum.
Cinquième jour à Naples
Dès notre arrivée à Pompéi, nous avons été abordés par plusieurs guides proposant leurs services à grand renfort de slogans ventant leur connaissance du site, et nous promettant la découverte de merveilles loin des sentiers battus. Nous déclinons fermement mais poliment leurs propositions, préférant d’un commun accord découvrir le site par nous-mêmes. Nous débutons la visite en pénétrant par la Porta Marina. Après avoir admiré le Tempio di Venere, nous débouchons rapidement sur le Foro, immense rectangle herbeux flanqué de colonnes en calcaire, qui était le centre administratif, marchand, politique et religieux de la ville comme en témoignent les bâtiments qui l’entourent. Il est aujourd’hui le point de rencontre de la plupart des touristes. Nous sommes arrivés de bonne heure, il n’y a pas encore trop de monde. Soudain, apercevant une petite femme élégante, vêtue d’une robe légère rouge très seyante, aux cheveux blonds coupés courts méchés de platine, lourdement chargée d’un arsenal photographique. Alice se dirige vers elle pour la saluer chaleureusement,
« Bonjour Zoé, je ne m’attendais pas à te retrouver là, quelle surprise ! Je te présente Stephan, avec qui je découvre les merveilles napolitaines depuis quelques jours ».
Nous nous regardons tous les deux, et à la grande stupéfaction d’Alice, nous nous embrassons. Je me tourne vers Alice, et lui explique, «  Je connais assez bien Zoé, elle est lyonnaise et nous avons travaillé ensemble sur quelques projets avec ma boîte. Je ne te l’ai pas encore dit mais j’étais dans la pub, Zoé étant une excellente photographe, nous avons vite trouvé un terrain d’entente professionnel ! ».
Zoé poursuit , « Je viens de terminer la visite de Pompéi, et avec cette chaleur, je ne suis pas mécontente que cela prenne fin. C’est intéressant, les fresques sont superbes et bien conservées, les comptoirs alimentaires Thermopollium di Vetitutius Placidus sorte de MacDo de l’époque sont amusant à visiter, mais on se lasse très vite des fresques grivoises ornant les murs de certains termes et du lupanare où l’on peut encore distinguer les noms des femmes et de leurs clients. Et je ne parle pas de l’Orto dei Fuggiaschi, ou jardin des fugitifs ou l’on découvre les moulages émouvants des corps recroquevillés de plusieurs habitants qui s’y étaient réfugiés lors de l’éruption du Vésuve, une vision d’apocalypse... ». Inquiets nous lui posons la question, « Mais tu nous conseilles quand même d’y aller ? ». Et là sans aucune hésitation, «  Bien entendu, ce site reste un témoignage exceptionnel, les ruines sont tellement bien conservées, on est immergé dans la vie de cette époque et l’on peut se rendre compte du quotidien des habitants...Mais c’est un peu fatigant,... ».
Zoé s’apprête à partir quand Alice l’interpelle,
« Zoé, j’ai une question à te poser, tu te souviens que je t’ai parlé d’un colis que je devais remettre à un vicaire à Naples sans l’ouvrir, et tu m’as dit qu’il pourrait s’agir d’une relique du 13eme siècle, le pénis de Saint- Rémy, c’était une blague je suppose... ? ». Zoé observe Alice avec un sourire malicieux faisant légèrement rougir celle-ci, «  Je n’en sais vraiment rien, mais le fait divers est bien réel, cette relique a bien été dérobée dans une basilique près de Clermont, et comme je venais de lire l’info, cela m’a amusé de te répondre cela...Tu ne m’as pas cru tout de même...? ». Et Alice se met à rougir un peu plus.
La visite de Pompéi ne nous a pas déçus. Les nombreuses villas telle la maison des Dioscuri, la maison des Vettii, la maison des Amours Dorées, et bien d’autres monuments encore, dont l’architecture complexes des espaces, la richesse des peintures et la beauté des jardins nous ont permis d’imaginer et de constater le degré d’évolution de cette civilisation. Le jardin des fugitifs où furent retrouvées treize victimes , adultes et enfants prises par la mort pendant qu’ils tentaient de trouver une voie de fuite interrompue par l’arrivée d’un flux pyroclastique descendant à près de 80Km/h les pentes du volcan détruisant tout ce qu’il rencontre sur son chemin, est très impressionnant.
Après cette visite éprouvante, nous avons décidé d’un commun accord avec Alice de partir à la découverte de la côte Amalfitaine, et des montagnes côtières plongeant vers la mer en à-pic spectaculaires. La région est une des plus plaisantes du pays avec des chemins de randonnées bien balisés, dominant la mer et permettant de découvrir les îles de Capri et d’Ischia, les villages de Positano et d’Amalfi. Le sentier des Dieux, bordé de fleurs superbes, et d’où l’on domine les vergers de citronniers et d’orangers est probablement l’un des plus pittoresques
Nous nous retrouvons très tôt, confortablement équipés pour une randonnée certes agréable mais difficile, prévoyant de faire environ quatre à cinq heures de marche. Alice est superbe dans sa tenue de randonneuse qui met en valeur son corps de sportive. Elle manque un peu de bronzage, mais sa peau de brune ne devrait pas trop souffrir sous le soleil napolitain, et puis je me suis muni d’une crème solaire que je me ferai un plaisir de lui étaler sur les épaules...Une randonnée pleine de promesses en quelque sorte. Je pense au fond de moi que je transformerai bien cette amitié naissante en une relation beaucoup plus intime,...Enfin je sens les prémices d’une attirance inexorable qui ne demande qu’à s’épanouir, et j’ai l’impression que cela est réciproque, elle ne semble pas indifférente. C’est donc assez naturellement qu’en arpentant les sentiers rocailleux du chemin des Dieux nos mains se sont rejointes, dans un premier temps pour l’aider à gravir des passages difficiles, puis pour assurer un contact plus permanent...Nous nous sommes assis à l’ombre d’un arbre presque centenaire, face à la mer, distinguant au loin les îles et le village de Positano avec ses maisons couleur pastel qui s’étagent le long de la pente jusqu’à la plage principale. Cet endroit paradisiaque ne pouvait que provoquer l’inévitable. La conversation s’estompe progressivement, mes récits de voyage deviennent moins détaillés, les études d’italien d’Alice laissent place à d’autres échanges qui commencent pas les yeux, le sourire avec ses fossettes pleines de sous-entendu que je ne me lasse pas d’admirer, et nos lèvres qui se rejoignent pour un long baiser sensuel plein de désir. Nos corps ont vite fait de basculer sur un sol accueillant protégé par l’ancêtre forestier qui restera discret sur les évènements se déroulant sous ses branches accueillantes...Mais il nous fallut être raisonnable et écourter notre langoureux échange, nous avions encore deux bonnes heures de marche sur des chemins escarpés.Nous terminons notre randonnée, devenue amoureuse, sur la plage de Positano où nous allons nous rafraîchir dans une eau transparente et à température idéale. Endroit de rêve lié à l’histoire de la mode, dans les années 60, la moda positano. La ville a été la première d’Italie à importer les bikinis de France, et je dois avouer que celui qui cache à peine l’anatomie d’Alice me fait forte impression. Nous nous sentons bien, totalement détendu, nous rions de bon cœur, pour tout et n’importe quoi, nous apprécions pleinement ces instants de bien-être où le corps exulte et ou la tête se vide des tracas quotidiens. Oubliées les visions apocalyptiques de Pompéi et d’Herculanum, les trésors cachés des civilisations romaines, nous nous dirigeons vers une terrasse sympathique pour déguster une des célèbres glaces italiennes, crémeuses à souhait, à base de fruits frais, au goût subtil dont ils ont le secret.
Après cette merveilleuse journée, nous ne nous quittons plus avec Alice. Nous partageons des moments d’une telle intensité amoureuse que la réalité n’a plus d’emprise sur nous. Nous sommes véritablement dans un état second proche de l’inconscience, nous avons toujours envie l’un de l’autre et il nous faut beaucoup de volonté pour ne pas passer nos journées à découvrir nos corps nus. Chaque regard, chaque contact, chaque pensée échangée se charge d’une intensité érotique mille fois supérieure à ce que nous avions connu l’un et l’autre jusqu’à présent. Nous découvrons des odeurs que nous ne sentions pas auparavant, nous distinguons des couleurs que nous ne voyions pas habituellement...La sexualité débordante, le désir de plaire et de donner du plaisir sont présents à chaque instant partagé, la fusion corporelle nous apparait comme vitale, nous apportant un sentiment de sérénité, de plénitude et de paix. Comme le dit Francesco Alberoni dans son ouvrage « le choc amoureux », c’est l’Innamoramento italien, l’étincelle dans la grisaille quotidienne, l’ouverture joyeuse au monde.
Pendant les jours qui suivent, nous décidons de nous assagir un peu, non par lassitude, mais simplement pour profiter ensembles de notre séjour napolitain. Nous décidons de poursuivre notre visite de la cité. Alice suggère que nous en profitions pour aller remettre le paquet qui lui a été confié par sa prof d’italien au vicaire de l’église San Gennaro de Naples, Gustavo Padovani, « c’est juste à côté, mais j’espère que ce n’est le pénis de Saint- Rémy comme l’a suggéré Zoé » me dit-elle mais cette fois-ci sans rougir.
Nous nous rendons directement Via Duomo, la chapelle San Gennaro se trouvant près de l’aile droite de la cathédrale. Cette chapelle est magnifique, elle est parait-il l’un des plus beaux édifices baroques de la ville. Nous y découvrons notamment l’émouvant tableau de José de Ribiera « Saint Janvier sortant de la fournaise ». Nous demandons à une personne en uniforme, probablement un sacristain, s’il est possible de voir le vicaire car nous avons un paquet à lui remettre. Celui-ci nous annonce que « Monsieur le Vicaire est absent pour plusieurs jours, il est à Rome, et il est fort possible que son séjour soit prolongé. Je pense que vous lui apportez le présent de mademoiselle Zampatti, elle nous a prévenu, vous êtes bien Alice n’est-ce-pas ? Si vous le permettez, je le remettrai à Monsieur le Vicaire à son retour ». Alice me regarde, je la sens hésitante. Je lui fais signe qu’elle peut avoir confiance puisque cet homme lui a donné son prénom et le nom de sa prof, elle n’a pas à hésiter. Elle lui tend le paquet et lui demande timidement, « vous savez ce que contient ce paquet ? ». L’homme un peu étonné, lui répond, « Comment mademoiselle Zampatti ne vous l’a pas dit ? Il s’agit d’un magnifique crucifix qu’elle avait promis d’offrir au vicaire lors de leur dernière rencontre il y a quelques années. Je reconnais bien là la pudeur de cette femme ». Je sens qu’Alice se retient pour ne pas éclater de rire en repensant à ce qu’elle avait pu imaginer.
Nous sortons de la chapelle et nous dirigeons vers la Piazza San Gaetano pour visiter la ville souterrain, Napoli sotteranea, qui se trouve en plein cœur du centre historique. Nous arrivons un peu avant 16h00, juste à temps pour la visite. Nous devons être les derniers touristes admis avant la prochaine visite qui doit avoir lieu à 18h00. Une fois l’entrée franchie, nous descendons quelques dizaines de mètres sous la surface et pénétrons dans les entrailles de Naples, pour rejoindre les autres visiteurs qui attendent patiemment sur une petite plateforme réservée à cet effet. Il fait très sombre et en arrivant de l’extérieur il faut quelques minutes pour s’habituer à la semi-obscurité qui règne dans ces profondeurs. Nous sommes à peu près une quinzaine de visiteurs. A ma grande surprise au milieu du groupe je reconnais Zoé, entourée d’Eugène qui me fait un petit signe complice, et qui ’échange quelques mots avec Julien Chenu, qui se trouve à côté de lui et qui ne m’a pas encore aperçu. Le hasard nous réserve parfois des surprises étonnantes. Julien restant attentif aux propos du guide tout en nous montrant qu’il nous a vu, et Zoé nous fait un petit signe de la main tout en réglant son objectif pour nous prendre en photo. Le guide, un jeune homme typé aux yeux très noirs et à la chevelure bouclée, on le croirait sorti directement d’un film de Pasolini, se présente et nous dit s’appeler Arnolfo Battaglione, «  vous pouvez m’appeler Arnolfo ». Il n’attendait que nous pour démarrer la visite. Nous descendons vers les profondeurs de la ville souterraine et apprenons que le monde souterrain de Naples a eu de nombreux surnoms, comme la « Ville parallèle », la Ville négative », ou encore « la machina del tempo . Arnolfo retrace les différentes étapes de l’évolution de ce site, depuis l’ancien aqueduc réalisé par les premiers habitants grecs de Naples, en passant par des épisodes moins glorieux où les anciennes citernes passèrent du statut d’invention prestigieuse à celui de décharge, puis servirent de refuges pendant les bombardements de la seconde guerre mondiale, pour être à nouveau relégué au rôle de bennes à ordures. Heureusement, des équipes de spéléologues motivés et enthousiastes ont constitué des associations réhabilitant le site.
Soudain un bruit terrible retentit dans la galerie où nous nous trouvons, suivi d’éboulements intempestifs autour de nous...Le guide semble aussi surpris que nous, il nous demande de le suivre sans paniquer. Il connait bien les lieux et nous conduit encore plus bas dans le sous-sol. Nous arrivons dans une cavité curieusement équipée ressemblant à un laboratoire. Arnolfo nous observe et s’adresse à nous l’air grave. « J’ignore ce qui se passe au-dessus de nos têtes, peut-être un tremblement de terre, ou une éruption volcanique, n’oubliez pas que nous sommes à Naples...Ce qui est certain c’est que nous devons sortir d’ici rapidement. Je peux vous conduire quelque-part où vous serez en sécurité, mais avant il faut que vous me fassiez le serment de garder secret ce que vous allez découvrir, sinon cela pourrait avoir de très funestes conséquences pour vous ». Nous nous regardons, tous très inquiets, interrogatifs vis-à-vis des propos de notre guide, mais décidés à le suivre pour sauver notre peau. Il insiste alors sérieusement en précisant «  nous allons emprunter un tunnel que très peu de gens connaissent et qui débouche au domicile d’un personnage influant mais qui peut également être très dangereux. Je le connais bien et il ne vous fera pas de cadeau si vous ne respectez pas votre parole ! ». Eugène s’adresse alors à Arnolfo sur un ton sans équivoque. « Tu nous prends pour qui ? Tu t’imagines qu’on va croire à ces sornettes...Tu ne chercherais pas à nous faire du chantage et à nous soutirer de l’argent pour nous sortir de là ? Alors annonce la couleur et dis-nous combien tu veux ! ». Le guide se retourne vers lui, il est visiblement contrarié par les propos d’Eugène. « C’est à vous de choisir, je ne vous demande rien d’autre que le respect de votre parole, je ne veux pas d’argent. La Camorra de Campanie, cela vous dit peut-être quelque-chose ? Et bien sachez que ces gens-là n’ont pas l’habitude de faire des menaces en l’air. Si je prends sur moi de vous conduire au domicile de l’un de ses responsables, je prends moi-même d’énormes risques. Ils ne me pardonneront jamais la moindre indiscrétion de la part de l’un d’entre vous. Alors par pitié, si vous voulez sortir vivants de ce trou et le rester ensuite, accordez moi au moins votre confiance ! ». Une nouvelle secousse provoque un éboulement quelques mètres au-dessus de nous. Le guide nous presse, «Je vous conseille de me suivre rapidement ». Quelques heures plus tard, après avoir pénétré dans un appartement très luxueux mais vide, Arnolfo nous fait sortir dans une ruelle adjacente, et nous emmène loin de cet endroit en empruntant un dédale de toutes petites rues encombrées de pierres, de gravas divers provenant des toits, de murs écroulés. Nous arrivons dans une avenue plus large où une foule paniquée court dans tous les sens. Notre guide rend son matériel photo à Zoé et nous dit, « Vous avez eu de la chance, le patron n’était pas chez lui. Je vous renouvelle mes recommandations, oubliez cet endroit et ce que vous avez vu. Maintenant, je vous abandonne et vous recommande de descendre vers la mer, suivez la foule et vous y arriverez ».
Le lendemain, nous apprenons par les journaux que le bilan du tremblement de terre d’Ischia, qualifié de petit séisme, est très lourd : deux morts, quarante blessés et de nombreux bâtiments détruits. Il n’est pas impossible que les phénomènes constatés dans le quartier de la ville souterraine soient liés à cet évènement. Nous décidons de mettre fin à notre voyage et décidons de rentrer à Lyon par le premier avion, heureux d'avoir découvert Naples, la côte Amalfitaine et ses trésors avant qu'ils ne disparaissent peut-être à nouveau sous un amas de cendres pulvérulentes.
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Jacqueline Lefebvre · il y a
Oui c'était superbe! J'adore l'Italie...
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Jacques Lefebvre · il y a
Moi itou...