Au voisinage du conflit

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Je suis né en 1970 et j'enseigne en Afrique de l'Est. Je suis marié et père de trois enfants. (Je suis donc un écrivain intermittent et tout-terrain.) Je soumets depuis peu, et sur la pointe des  [+]

Caroline Tissègne monte les deux étages jusque chez elle. Quatre à quatre, rasant les murs à chaque palier, aux aguets, sursautant au moindre bruit de clé dans une serrure ou de verrou qui s'ouvre. (Elle n'a plus peur de l'ascenseur, saboté il y a trois semaines par ces salauds de Durand du troisième gauche.) La jeune femme n'a pas allumé la minuterie (pas si folle) mais elle connaît par cœur le nombre de marches par étage. Y compris la onzième marche traîtresse entre le premier et le deuxième. (Le carreau descellé. Encore un coup du père Simon du quatrième gauche, elle en jurerait.) Ça y est, elle est devant sa porte. Elle dégaine son trousseau de clé, ouvre les deux verrous de sécurité, la porte quatre points et, toujours sans lâcher sa bombe lacrymogène, elle fait glisser ses courses par l’entrebâillement de la porte. Elle claque la porte dès qu'elle est entrée chez elle. (Trois tours de clés, deux tours de verrou, la chaîne et le bloqueur. Petit coup d’œil au judas : OK. R.A.S.) Opération ravitaillement : accomplie ! Caroline se plaque contre la porte d'entrée, dos au blindage anti-bélier. Silence et soupir de soulagement. Son cœur bat à tout rompre. Elle reprend son souffle et ses esprits. Elle est rentrée. Une fois encore, ils ne l'ont pas eue. Eux, les autres, les voisins.
***
George, son compagnon, la rejoint :
— Ça va mon cœur ? Tout s'est bien passé ?
— Oui, ça va ! Mais bon t'as juré ! La prochaine fois, c'est toi qui vas au ravito.
— Tu veux pas échanger contre deux descentes de poubelles ?
— Ah non ! Tu vas pas te défiler mon petit père ! T'as juré !
George déglutit. Tout penaud, il ramasse les sacs de courses et les porte à la cuisine, en traînant des pantoufles : bon, bon, d'accord...
Caroline ôte ses chaussures de sécurité. (Une fois, elle avait trouvé des punaises sur son paillasson. Elle avait mis ça sur le compte du cadet Saint-Onge : un petit sournois malsain, çui-là !) Elle va se déshabiller après s'être fait couler un bain. Elle l'a bien mérité. (J'ai même pu ramener un pack de lait et ce soir c'est tartiflette !) Quelques minutes plus tard, plus ou moins détendue, dans l'eau de son bain, elle se repasse le film du « conflit ».
Caroline pense que c'est « la vieille bique » qui a tout commencé. Madame Machin du troisième droite ou « la Machin » comme on l'appelle désormais. Elle a agressé Caroline en laissant tomber de son balcon un pot de géranium. Caroline était aussi sur son balcon, en train d'arroser ses « plantes aromatiques ». Caroline est persuadée que la vieille a volontairement fait tomber son pot. Et ce malgré les dénégations du vieux tromblon :
— Oh Pardon, ma petite fille, j'espère que tu vas bien ! Je n'y vois plus rien à mon âge.
(Mon œil oui, ça m’était passé à « ça ».) (Imaginer un chouia entre deux doigts.) C'était quand ça déjà, y a deux mois ? Deux mois et demi ?
Ensuite, y avait eu la concierge, la mère Sanchez, avec sa langue de vipère, qui les avait tous montés les uns contre les autres : les Durand frappent leurs gosses, la Caroline et le George fument de la « Marie-Johanna », la Machin cache son magot dans la cheminée. Les Saint-Onge, sous leurs airs de cathos coincés, sont en fait des « échangisses ». Le Pierrot Crollard est un ivrogne et la fille Crollard est en fait la sœur de leur petit neveu qui est lui même le fils adultérin du grand-père avec la nièce, celle qui louche, la folle. Le père Simon, lui, était collabo pendant la guerre et les Paulet-Arsac ont fait de la prison. Quant aux Kassim, je préfère pas en parler.
Et puis l'escalade : Le Kevin Crollard (premier étage droite) avec sa casquette à l'envers qui revient avec un pitbull. Le Mohand Kassim (palier d'en face de chez Caroline, deuxième gauche donc) qui, en rentrant du lycée, cache tant bien que mal une bat de base-ball sous son blouson. Les Saint-Onge, du premier étage gauche, qui font des provisions de sucre et de coquillettes. (Ceux-là, avant de les déloger, va falloir tenir un siège de plusieurs semaines. C’est ce qu’avait estimé Caroline devant ses troupes : le pauvre George, terrorisé sur son canapé.) À moins que les hostilités aient vraiment commencé avec le feu de prospectus dans la boite aux lettres des « Arsac et Paulet » ? (Le couple écolo du quatrième droite.) Ou bien les pneus crevés du vélo de Mohand Kassim ? Ah oui aussi ! Bertille Saint-Onge s'était mis au saxophone. Longtemps, elle avait été l'arme de dissuasion massive des Saint-Onge. Les Durand, au départ, étaient restés neutres. Enfin, c'est surtout qu'eux-mêmes étaient en pleine guerre civile. Ils passaient leur temps à se taper dessus l’un l’autre.
Au départ, George aussi voulait rester neutre. (Ah ça ! Mon George ! Dès qu'il faut mouiller le maillot et montrer les muscles !) Mais, pour Caroline, pas question ! (Bon ok ! Le feu dans la boite aux lettres, c'est moi !) Elle avait rendu coup pour coup, avait déjoué plusieurs attaques. Dont celle du pitbull de Kevin, repoussée à l'eau de Javel pulvérisée dans les yeux du chien. Et celle des Paulet-Arsac : tentative d'inondation par le plafond, représailles par le feu donc, dans la boite à lettres. Elle avait fait alliance un temps avec le père Simon. (Il a un piège à loup ! Trop cool !) Maintenant, elle tentait d'amadouer les Kassim. Elle avait promis du cannabis à Idriss, l'aîné, en échange d'un casque intégral pour descendre les poubelles. (Parce que oui bon d'accord, ses « plantes aromatiques », c'est du cannabis. Et alors ?) Est-ce que tout ça n'allait pas finir par mal finir ? se demandait Caroline Tissègne, en barbotant dans son bain.
***
— De la morphine ! De la morphine ! J’ai mal !
Oh Mon Dieu ! se dit Caroline, c'est George ! Mon petit George est touché ! Elle lance son manche de pioche au bas de la barricade et la désescalade fébrilement. Son pied manque de se prendre dans une roue de landau (pillé chez les Durand) et elle évite de justesse le fameux piège à loup (« emprunté » à ce vieux grigou de père Simon). Heureusement, elle se reprend et atterrit dans son canapé, pièce maîtresse de « sa » barricade. Celle-ci obstrue complètement le palier du deuxième étage. Caroline lance aux frères Kassim : Tenez-bon je reviens !
— Oui chef ! répondent les trois défenseurs dans le même temps. Et Idriss ajoute : Si tu peux ramener tes boules de pétanque, on n’a plus de munitions.
Et Karim d'ajouter : et des pépitos, j'ai faim ! Caroline grommelle : des pépitos ! Il se croit où ? On n'a même plus les vieux croûtons qu'on a piqués aux pigeons de la mère Machin (« morte pour le palier - le 17 juin 2015 - L'aile droite du 16 bis de la rue Monge reconnaissante. » C'est ce qu'a tagué Mohand Kassim sur la porte de la vieille dame.) Marcelline Machin avait rallié Caroline et ses alliés en payant en nature l'impôt révolutionnaire : biscuits TUC, Suze ou Cinzano blanc, confitures de mirabelle maisons. Elle est morte d’une crise cardiaque. (Et pas de magot dans la cheminée !)
— Ah oui zut ! Mon George !
Caroline se précipite dans le couloir de son appartement et va vers le salon : George ! Qu'est-ce qui se passe ?
— Je me suis cogné l'orteil dans l'angle de la table basse ! Ça fait un mal de chien !
Caroline le regarde, dépitée : Mon pauvre George ! Mais c'est la guerre dehors ! Et tu nous déranges pour ça !
George, penaud, regarde ses orteils (dont le gros orteil gauche, un peu rouge, faut reconnaître). George s'occupe de l'arrière, de l'intendance. (Un planqué, estiment les Kassim et les Paulet-Arsac, mais c'est le copain de la cheffe.) (Oui, les Arsac ont rejoint Caroline quand les Crollard ont piqué leur compost pour charger leur catapulte.) Donc George se charge de fabriquer les munitions. (Tout ce qui peut faire mal, lui a donné comme consigne Caroline : outils, casseroles, CD, bibelots, surtout les moches. Là, on en est aux lattes du plancher.) Il fait aussi la tambouille mais l’ordinaire commence à s'amenuiser. L'avantage d'être dans les étages, c'est qu'on domine l'adversaire mais, par contre pour sortir au ravitaillement, c'est plus compliqué. Heureusement, m'sieur Rachid, l'épicier du coin de la rue, est un oncle des Kassim. Il fait monter des provisions par les fenêtres. Caroline s'est promis, de retour au civil, de ne plus jamais manger de pois chiches, surtout froid et à même la boite de conserve. Le père Simon, passé à l'ennemi, ne se prive d'ailleurs pas de rappeler que les « traîtres » sont « financés par l'étranger ».
Autoritaire, Caroline toise de haut le pauvre George, hausse les épaules et s'en retourne sur la barricade.
— Je dirais à Djemila de passer te voir.
Djemila Kassim (la mère des trois frères) est, à elle toute seule, le « service santé du deuxième » (infirmière-médecin-chirurgienne). (George va déguster !) Caroline prend au passage un paquet de spaghettis crûs, faudra que les p'tits Kassim s'en contentent. (Qu'est-ce que ça boulotte les ados !) Elle repense aux enfants Durand qui s'entassent dans son débarras. « Les petits réfugiés » qu'on les appelle. Ils ont réussi à échapper à leurs parents (qui, il faut bien le dire, avaient la main leste). Ils ont passé la frontière, il y a quinze jours. (Qu'est-ce qu'ils dévorent eux aussi, les p'tits malheureux !) Heureusement, l’aîné a presque huit ans. Il peut faire le guet et se faufiler pour aller espionner. (De là à en faire un « enfant soldat », il y a un pas que Caroline n’a pas osé franchir... enfin pas encore...) La coalition ennemie occupe le premier étage et le rez-de-chaussée. La loge de cette traîtresse de mère Sanchez est leur QG. Ce sont les Saint-Onge les meneurs idéologiques. (De vrais fanatiques, commente rageusement Anne Paulet). La « femme Crollard » est la cheffe des opérations. (Attends que je te tombe sur le râble, ma vieille, pense caroline dès qu’elle l’entraperçoit.) Les Durand sont des supplétifs, plus ou moins fiables. Ils passent toujours le plus clair de leur temps à s’engueuler entre eux. Le père Simon s’occupe du harcèlement moral et de la propagande. Il passe en boucle ses disques de musique militaire et hurle des insultes dans son mégaphone. Le père Crollard s’occupe du ravitaillement (surtout du sien, il passe le plus clair de son temps au PMU d’en face). Heureusement, les ados Crollard ont déserté le champ de bataille. (Caroline les a soudoyés, tout son PEL y est passé !)
***
— Chargez ! À l’assaut !
Caroline a hurlé. Elle brandit son manche de pioche et entreprend la descente de sa barricade. Sur le versant de l'ennemi cette fois-ci. Les coalisés du deuxième étage sont à bout de force. Le ravitaillement n'arrive plus et ces fous furieux de Saint-Onge ont coupé l'eau depuis trois jours. Il faut en finir. « Vivre libre ou mourir » a lancé Paul Arsac, hagard, maigrichon et le poing levé. Au conseil de guerre de la veille, Caroline Tissègne a décidé de jeter toutes ses forces dans la bataille. (Ça passe ou ça casse ! Hasta la victoria siempre !)
En réponse à l'ordre de Caroline, on entend la voix étranglée et suraiguë de Bergamote (BERGAMOTE !) Saint-Onge. Elle est sur l’avant-poste ennemi, le palier du premier étage. Elle s’époumone : Alarme ! Alaaaaarme !
Caroline s’engouffre dans l'escalier, le no man's land, toujours armée de son manche de pioche (et d'un bouclier-couvercle de conteneur à poubelles « mairie de Paris »). Elle est suivie des hommes Kassim (le père et les trois frères), de Paul Arsac et d’Anne Paulet (finalement Caroline l’aime bien : elle cogne dur, elle aussi). Djemila Kassim reste un peu en retrait, elle porte un brassard blanc à croix rouge. Avant l'assaut, Caroline a pris George « entre quatre-z-yeux » :
— Toi, George, tu es l’arrière-garde, le bastion inexpugnable ! Tu protèges les « p’tits réfugiés » ! Coûte que coûte !
— Oui mon amour ! Mais sois prudente ! a répondu d’une voix tremblante le pauvre George, une passoire sur la tête, serrant fort sa brosse à toilettes dans les mains. Les quatre petits Durand s'agrippaient à ses jambes. Caroline a donné un dernier baiser, déchirant, à son George.
Idriss Kassim porte son fameux casque intégral. Mohand le casque de poilu qu’il a piqué au père Simon. (Prise de guerre !) Paul Arsac s’est fait « un maquillage commando » avec du marc de café. (Max Havelaar ! Ils ne nous feront jamais renoncer à nos valeurs !) Ils sont armés de divers manches à balais, de tringles à rideaux, d’un vieux fusil touareg inutilisable pour m’sieur Kassim. (Ça fait peur et ça sert de gourdin !) Ils ont aussi des boucliers : les fameux couvercles des conteneurs à poubelles. (« Confisqués » par le « commando Kassim » pendant le « raid sous-sol » du 22 juillet dernier.)
Ils transportent aussi des cartons pleins à craquer. Les munitions. À mi-palier, tir de barrage de l’ennemi : des pierres, des couverts, des œufs pourris et des tomates avariées. (Dire que nous, il nous reste que des dattes et du couscous crû à manger. Parce que oui : plus moyen de faire monter les bouteilles de gaz, depuis un bon mois). (Caroline a seulement pu négocier un couloir humanitaire pour ravitailler les petits Durand : une casserole de coquillettes-jambon-beurre par jour !)
Maintenant, les renégats du rez-de-chaussée envoient les fumigènes et les pétards. (Ça c’est les gosses Saint-Onge, j’en jurerai). C'était prévu. Mohand Kassim hurle : les gaz ! Vite ! Les masques ! Et tout le monde s'équipe des masques de plâtrier-peintre qu'il avait gardé de son dernier stage.
« L’armée du deuxième » marque une pause entre les deux étages, abritée derrière les couvercles de poubelles. (Le jaune « emballage recyclable » pour Paul Arsac, il y tient). Ils s’agenouillent et ploient sans faillir sous les tirs de patates crues, pièces de mobilier ou de bibelots improbables : un abat-jour en tricot, une pince à sucre, une clé à molettes, des lettres du scrabble et même le saxophone cabossé de la petite Saint-Onge. (Tiens aussi ! La poupée danseuse espagnole de la Sanchez !)
Caroline compte : un... deux... trois ! Et alors, ses soldats ouvrent les cartons et se mettent à jeter à leur tour leurs dernières munitions, par dessus les boucliers : des patins à roulettes, un rouleau à pâtisserie, des appliques murales IKEA (Schtrümflågt), des livres (Paul Arsac, la larme à l’œil, avait commenté : je fais le sacrifice de la culture au service de la cause...) Le feu ennemi se calme. Caroline jette un œil par-dessus son couvercle et elle lance : à l’attaaaaaaque ! Elle mène la charge et ils arrivent au pied de la barricade ennemie. (Entre autres : une horloge comtoise, des sommiers en bois, des matelas crevés, un guéridon empire.) L’armée de Caroline Tissègne se débarrasse de ses boucliers « mairie de Paris ». Ils ont besoin de leurs deux mains pour escalader la barricade.
Caroline est toujours en tête, poussée par ses troupes. Tous hurlent sans discontinuer. Les ennemis, de façon de plus en plus désordonnée, jettent tout ce qu’ils trouvent sur les assaillants (un réveil matin, un fouet électrique, un ours en peluche, un moule à gaufres). L’armée de Caroline, malgré la pluie de projectiles, résiste courageusement au bombardement et monte inexorablement. Tout le monde s'insulte copieusement. Les cris de haine surnagent sur les cris de douleurs. Le père Simon a encore monté le son de son tourne-disque. (« Maréchal nous voilà ! ») Paul Arsac est touché. (Il a reçu un coquetier sur l'arcade sourcilière, il est évacué au bas de la barricade et Djemila Kassim le soigne.)
Caroline, elle, a presque atteint le sommet, elle engage le corps à corps. Ses coups de manche de pioche pleuvent sur ses ennemis. Ceux-ci reculent inexorablement. Les frères Kassim la rejoignent. À leur tour, ils jettent tout ce qu’ils peuvent sur leurs adversaires (une pantoufle, un tableau avec des petits chats, une yaourtière). L'ennemi perd pied devant la détermination de la petite armée de Caroline. Je suis touchée ! Je suis touchée ! hurle la Crollard ! Vade Retro ! s’étrangle Jean-Charles Saint-Onge.
Alors, on entend nettement la Saint-Onge qui crie : Repliez-vous ! Repliez-vous !
Le père Crollard jette son chandelier et s'enfuit en courant (se réfugier, sans doute au PMU). Au passage, le vieux Simon lui hurle dessus : Crevure ! Traître ! Lâche ! Communiste !
La « femme Crollard » boite et titube. (Son casque colonial est tout cabossé, on doit pouvoir y retrouver la forme du manche de pioche de Caroline.) Les Durand se replient également, en désordre. (Je t’avais dit qu’on n’avait aucune chance ! T’es qu’une chiffe-molle ! Tais-toi Morue ! Et toi, t’as pas de...)
— Montjoie ! Saint-Denis !
C'est Jean-Charles Saint-Onge qui a crié. Il fait des grands moulinets avec son parapluie. Il est le dernier à se battre. Il se débat dans tous les sens mais les Kassim finissent par le maîtriser et le font prisonnier. Ils l'exfiltrent vers le bas de la barricade. Les petits Saint-Onge refluent vers le rez-de-chaussée, protégés par leur mère qui les cache sous un parasol « Paul Ricard ». Caroline est en haut de la barricade, à côté d'elle se tient Anne Paulet qui finit d'insulter les « fachos » du premier. (Tout ça lui rappelle la ZAD de Sivens, elle adore !) Le calme, finalement, peu à peu, retombe.
Tout en haut de la barricade, Caroline se dresse sur un tabouret tout branlant, elle sort l’étendard du deuxième (un napperon en dentelles de Marcelline Machin). (Qu’elle repose en paix.) Elle le plante au plus haut de la barricade (dans une jardinière de balcon). (Victoire ! Victoire ! crient tous ses soldats en chœur.) Caroline est en sueur, son visage est noir de cendre, du sang coule de son nez. Elle observe ses ennemis qui se replient dans le hall du rez-de-chaussée, derrière leur deuxième barricade. Quand elle est sûre qu'ils ne tenteront pas une contre-attaque, elle réfléchit très vite. Elle sait que ses combattants sont épuisés mais cette première victoire va les galvaniser. Ils vont y trouver le courage de se lancer à l'assaut de la deuxième barricade. La dernière avant la victoire finale. Elle se retourne vers les Kassim, les Paulet-Arsac et même George qui les a rejoints avec les petits Durand. (Il a entendu qu'il y avait moins de bruit.) Du haut de sa pyramide de bric et de broc, Caroline Tissègne harangue ses grognards :
— Compagnons ! Le palier est à nous ! (Victoire ! Victoire ! crient encore les insurgés) Vous vous êtes biens battus ! (Hourrah !) Nos ennemis sont à bout de force ! Ils sont désunis ! Mais... ils ont tout et nous n'avons rien ! (Bououououh ! À bas les affameurs !) Vous aussi vous voulez des coquillettes jambon beurre ? (Ouais ! crie « l'armée du deuxième ») Vous voulez prendre une douche ? (Ouais! hurlent-ils encore plus fort) Vous voulez dormir en paix et ne plus faire de tours de garde ! (Ouais !) Vous voulez le câble et Canal + ? (Ouais ! crient surtout les ados Kassim.)
Caroline Tissègne se saisit du drapeau-napperon. Elle le lève très haut au dessus d'elle. Puis elle se retourne et fait face au rez-de-chaussée. Bouleversée par le courage de son armée, elle s’essuie une larme au coin de l’œil. Et, de toutes ses forces, elle hurle :
— CHARGEEEEEEEEZ !!!
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Bisaigue12 · il y a
Génial! la guerre des Rose puissance mille chargeeeeeeeeeeeeez!

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