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Au fin fond de moi

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Afisca

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J’ai fait un long voyage à l’intérieur de moi. J’ai d’ailleurs dû aller tout au fond pour réussir à y trouver du bon. Sous les attitudes et les masques, derrière les nuages confortables mais terrifiant de ma zone de confort. Une sorte de lâché prise paradoxalement contrôlé. Dans mes sinueux méandres, aux abords de mes entrailles, dans mes tréfonds les plus sombres et les plus noirs. Si prêt d’ailleurs que j’ai pu y sentir ma propre merde, y ressentir mes manques et mes intenses faiblesses. 
J’ai vu ma réalité en face, dans son entièreté et sa si douloureuse vérité. 
J’ai logé un temps, au goût d'éternité, à l’hôtel des cœurs brisés.
L’espoir m’avait si longtemps maintenu en vie que l’unique inscription à l’entrée de cet hôtel m’a rendu stoïque « Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance ». Je me devais de délaisser ce qui m’avait toujours permis de respirer.
Voilà donc ce qu'était l’hôtel des cœurs brisés. Ici est l’endroit où l’on envoie ceux à qui l’on a pas apprit à aimer, ceux qui ont tant de regrets, ceux qui auraient pu, ceux qui auraient du, ceux dont le passé est si présent et dérangeant qu’il sodomise entièrement l’instant, perdu entre leur passé ruiné et leur futur délaissé. Leur présent n'existe pas. On les envoie ici pour ressasser, pour se masturber l’esprit, pour se punir et enfin comprendre de quoi ils sont fait. C’est un endroit pour la rédemption fait d’un chemin très long. C’est un purgatoire où seule la solitude existe. Surtout le soir. On les envoie ici pour songer. Pour rêver. Pour se réparer. Pour se détester profondément et réussir à enfin s’aimer encore plus profondément. On les force à rêver de ce qu’ils ont perdu d’une manière paraissant si réelle que le réveil en devient une torture. Torture extrêmement distinguée. Un réveil partagé entre l’insoutenable besoin de se rendormir pour retrouver son amour et l’irrésistible envie de se faire achever rapidement pour ne pas avoir le temps de se rendre compte que tout ceci n’était qu’un rêve, aussi sublime soit-il. 
J’ai logé ici un long moment. Par chance il y avait, sur le chemin de cet hôtel, des endroits de perditions aux amères odeurs de houblon pour réussir à maintenir un semblant de vie à l’aide de l’eau de survie. Pour donner un peu d’équilibre dans le déséquilibre. Une plus jolie cadence dans cette terrible décadence. 
Au fin fond de moi j’ai trouvé le centre névralgique de mes émotions et de mes sentiments. De mes douleurs et de mes névroses. De mes blessures et de mes ablations. Les raisons de ma nostalgie, celles de ma mélancolie. J’y ai aussi et surtout trouvé le moyen de me sauver. De me pardonner. D’aimer. De pardonner.
L’inconscient collectif placerait tout ceci au centre du ventre, dans un recoin du cœur, sous le ciel du crâne. C’est en effet un triangle. Un triangle équilatéral. Un triangle d’émotions. Un plan à trois de sentiments. Une partouze de pulsions. De passions. J’ai trouvé aussi où se trouvait mon esprit. Mon âme. Elle n’était pas vraiment belle, un peu sale, me paraissait irréelle, tout de même belle. 
Ce n’était plus qu’une ombre dévastée, l’unique mouvement humain dont elle était capable se trouvait être ses larmes, sortant de ses yeux que l’on ne voyait pas, qui coulaient dans le creux de ses mains pourtant trouées...
Je ne voyais pas bien, presque rien, j’entendais simplement le bruit des larmes s’écrasant durement. Cette vision était effrayante, terrifiante même. Nécessaire pourtant. J’ai senti un air gelé me transpercer, un embrun si froid me traverser. J’ai immédiatement plongé dans l’effroi. Un peu comme si une partie de moi, pour me protéger, m’avait plongé dans un coma froid, vraiment gelé. J’atteignais enfin une chose à laquelle j’avais tant aspiré, me sentir totalement désensibilisé. Ce frisson constant était une torture terrifiante. C’était la preuve qu'un grand brûlé pouvait tout de même avoir froid. J’ai tout vu de moi. L’horreur, la peur, la torpeur mais aussi beaucoup d’amours, d’espoirs et d’ambitions. J’ai discuté et passé du temps avec mes plus grands et effrayants démons, j’ai découvert mon enfer. Mes limbes tortueuses. Les ruines de mes pensées, celles de mon passé. J’ai voyagé au fin fond de moi, j’ai plongé les mains et les yeux dans le creux de mon corps, si loin dans mon cœur, aux abords de mon âme, dans les recoins de mon esprit. J’ai fait le tour de moi. Un long voyage de construction, non pas de reconstruction, j’ai vu les fantômes qui parsemaient tous les couloirs de mes pensées. 
Je ne me connais pas encore vraiment pourtant mais je sais ce que j’ai été et donc ce que je ne veux plus être. Je ne sais pas où je vais mais je sais où je ne veux plus jamais retourner. J’ai vécu mon enfer et je ne le souhaite à personne. J’espère m’être pardonné. De toute façon j’ai tellement laissé d’énergies en combattant des fantômes inaccessibles que je ne peux plus me battre si intensément contre des choses que je me sais désormais, incapable de changer. Nous ne pouvons qu’accepter. Je repars à zéro. De zéro. Je ne suis pour autant pas redevenu pur, innocent et sain. Mais j’ai nettoyé mon âme avec des larmes et des lames, haut et fort je le clame, sans honte du vague à l’âme. Je veux aimer convenablement parce que je sais désormais ce qu’haïr veut véritablement dire. Mes douleurs et mes manques, mes erreurs et ma mélancolie sont gravés en moi mais elles ne me guideront plus. Mon cerveau et mon corps sont marqués de souvenirs comme le banc d’un parc abandonné, comme une grotte préhistorique, comme les murs tagués que l’on peut trouver aux abords des gares. Je n’oublie rien mais je peux vivre avec. Je préfère de loin vivre avec la peur au ventre plutôt que de m’empêcher de vivre par peur de la mort. Je suis certain que personne ne pourra me faire plus de mal que ce que je me suis fais. Je ne veux plus jamais tout bousiller moi plutôt que l'autre par peur de l’abandon. Plus jamais ne pas aimer entièrement par peur de décevoir. 
J’ai baisé mes noirceurs, j’ai serré fort le petit garçon effrayé que j’ai été,que j'ai trouve au fond de moi, j’ai détruit mes peurs à grands coups d’espoir, j’ai trouvé de la vie là où je pensais qu’il n’y avait que ruines et désolations.
Je ne suis pas nouveau. Mais je ne suis plus immobile. Je ne suis pas solaire mais je ne suis plus colère. 
J'y ai découvert que la lumière ne pouvait briller qu’en présence d’obscurité. Je dois donc avoir beaucoup de luminosité. J’ai été si sombre que désormais mon âme doit ressembler au plafond d’un magasin de luminaire où l’on peut voir tout un tas d’ampoules briller. J’aurais toujours un peu de noir en moi, surtout le soir mais je peux maintenant accepter d'être éclairé. 
Je suis peut-être endommagé mais je sais désormais ce que survivre veut dire. Et c’est tellement plus simple et plus beau de tout simplement vivre. J’ai vu mon enfer qui était entièrement fait de moi et je ne veux plus jamais y passer un instant. J’y ai déjà passé une éternité. 
J’ai payé ma dette si j’en avais une. Il fallait peut-être totalement se détruire pour construire. Se haïr pour aimer. 
Je n’en sais rien. Tout ce que je sais c’est que je reviens d’un long voyage éreintant. Épuisant. Fatiguant. Douloureux. Mais je ne suis plus hostile à moi-même et au bonheur. Je ne suis plus une plage après la marée, un lieu totalement dévasté, désolé. Je suis toujours une île. Mais je n’étais qu’une partie de rien. Un morceau de tout. Je suis une île sans océan. Mais j’ai plein d’idées de ponts. 
J’ai toujours lié l’amour à la haine. Et surtout la haine à l’amour. Je pensais véritablement qu’il n’y avait qu’un pas entre les deux, cela me rassurait. J’avais tort. Il y a une tranchée gigantesque et pleine de mines entre l’amour et la haine. Que je surveillai gentiment. Douloureusement. J’ai baisé la haine. Je veux embrasser l’amour et le crier. Le crier quitte à m’en rendre sourd pour toujours, j’ai déjà bien assez écouté sans réellement entendre.
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Image de Adlyne Bonhomme