Anthropocène mon amour

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C'était en septembre 2022, je m'en souviens comme si c'était hier.

Juste après le lancement de la commercialisation des "Soleils Verts", petites pilules appelées à résoudre les problèmes de la famine dans le monde tout en "soulageant", sur fond de symphonie pastorale, les vieux devenus inutiles à notre société.

Comme chaque année, septembre était, dans l'hémisphère nord, le temps des cyclones.

Malgré les propos rassurants de Donald Trump, depuis son élection, on voyait bien que leur violence ne cessait de croître. Un cyclone dans l'Atlantique nord en 2017 avec des vents de 300 km/heure ? Le Pacifique ne pouvait être en reste de cette "évolution"...

Les météorologues, détenteurs du Savoir, une fois de plus, nous avaient indiqué le cheminement de ce nouvel ouragan au milieu du Pacifique, à hauteur du Mexique, là où la température de l'eau monte allègrement à 26 ou 27°, condition nécessaire et suffisante à la formation d'un cyclone.

Les algorithmes, servent à tout à présent. Ils déterminent les tendances de la mode, les mouvements de populations lors des grandes migrations de l'été, c'est dire. Ces mêmes algorithmes, nous ont informés de la formation d'un "très bel" ouragan dans le Pacifique.

La rigueur scientifique des météorologues était telle que tout, la date, la vitesse des vents, la trajectoire étaient anticipées par les calculs des génies de la Silicon Valley.

Ce goût immodéré de la précision, gage d'efficience, les aura fait cependant passer à côté d'un facteur sans légitimité apparente pour alimenter LEUR savoir.

Cette année là, avec une belle constance, M. Trump avait une nouvelle fois souligné que le réchauffement climatique n'était que délire de scientifiques, ruinant, par leur pessimisme, l'économie étatsunienne.

Tout était donc en place pour accueillir ce nouveau cyclone.

DAMNED ! Le point de formation du cyclone s'était brutalement déplacé plus au nord. Simple détail qui ne modifie en rien les calculs de nos météorologues.

Ce nouveau détail, de ces détails qui tuent, avait pourtant laissé se mettre en route "l'aspirateur cyclone" juste au dessus du sixième continent, cette plaque de déchets du Pacifique dont on évite soigneusement de parler depuis sa découverte en 1997...

Et pourtant, ce continent, en 25 ans, n'a fait que croître et embellir avec l'appui inconditionnel de l'homo economicus-detritus faisant de ce continent un espace de 3,5 millions de km², suffisamment vaste pour nourrir les ouragans des prochaines décennies !

Ce nouvel ouragan répondant au doux nom (le nom est toujours doux) de Zouzou est arrivé le 22 septembre 2022, pulvérisant les prévisions de nos héros météorologues.

On ne vit rien venir. Les images des satellites, perchés à 400 km au dessus de nos têtes, renvoyaient la beauté et la majesté de l'œil du cyclone.

La lenteur et la régularité de ses rotations, son rythme proche de celui d'une valse viennoise inspiraient tout sauf l'horreur à venir.

Les premiers vents ressentis signifiaient l'imminence du phénomène. Les premiers observateurs découvrirent alors, virevoltant dans les airs, des millions d'objets non identifiés. Aucun ne parvenant à en déterminer la nature.

Le cyclone s'est abattu, inexorablement, sur la côte ouest. 200, 300, 350 km/heure.

Dans l'œil du cyclone, moment de répit, les Californiens ont jeté un cil au dehors.

Rien compris. Tous ont cru à une hallucination, une sidération...

L'œil s'en est allé, à son rythme, 25 km/heure, et les vents ont repris. 200, 300, 350...

Epuisés, après tant de violence, les Californiens, qui ne valaient alors guère plus qu'un Sri Lankais, un Bengali ou un Bahaméen d'après typhon, ont mis le nez dehors histoire de voir à quoi pouvait, à présent, ressembler le monde...

Et là, les traces de "LA" civilisation étaient omniprésentes.

Comme autant de bouteilles à la mer sans messages, des récipients multicolores, des cubitainers (vides) des pots de yaourt enrichis (vides) et tout ce qui fait LA richesse de notre société se ballotaient, sous la brise, accrochés aux arbres étêtés.

Signe du destin ?

Même si le 4 X 4 a disparu (momentanément), le sel de la vie est toujours présent, sous forme de déchets, de ceux qui mettent des siècles à disparaître...

Pas de quoi émouvoir M. Trump.

Le capitalisme, le vrai, celui qui nous gouverne depuis 200 ans, aura bien survécu.

Merci l'anthropocène !
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Marie-Chrisine WALCHSHOFER · il y a
On reconnait bien là tes neurones toujours en alerte et ton exaltation pour tout ce qui est beau ou laid...Bien vivant !