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Andréa

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Caramel

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Cette histoire aurait pu commencer par : « Il était une fois, dans un temps pas si lointain que ça, les Cancrelats vivaient en harmonie avec tous les autres animaux de la terre » mais il n’en est rien, ces histoires-là finissent toujours mal. Alors, cette histoire commence tout simplement ainsi :
Les cancrelats dans une époque lointaine vivaient en harmonie avec tous les autres êtres vivants. Le bien être sur la terre rayonnait, le temps tranquillement s’écoulait.

Mais un jour, patatras.
Un cancrelat nommé Henri, convoita un tas de nourriture qui ne lui était pas destiné, il avait déjà sa ration pour l’hiver. Malheureusement, cela ne lui suffisait pas. Il en voulait beaucoup plus que les autres car il était très, mais vraiment très gourmand. Son surnom, « double », ne lui avait pas été donné par hasard, car de hasard il n’en avait pas à cette époque. Il se fît pourchasser par Joséphine à qui il avait pris la nourriture, c’était sa réserve pour l’hiver, elle ne pouvait s’en passer. Ses amis l’aidèrent à récupérer son bien. On ne prend pas impunément un bien qui n’est pas à soi. En ne respectant pas l’éthique et la règle de base très strictes qui devaient être appliquées à la lettre : le bien d’autrui tu ne convoiteras pas, sinon des histoires cela fera, Henri était devenu un scélérat.
Fuyant tous ceux qui le pourchassaient, il essaya de se réfugier dans la colonie qui était sienne. Mais il ne courut pas assez vite ! Un aoûtat qui s’entrainait à la course à pieds s’élança à sa poursuite. En l’attrapant emporté par son élan il le fit tomber, il lui marcha dessus, les pointes acérées des chaussures de course écrasèrent ce pauvre Henri qui ne survécut pas à un tel traitement. Les cancrelats réclamèrent justice pour ce pauvre Henri. Cependant, les autres ne l’entendaient pas de cette oreille-là. Les anciens pensèrent que le coupable devait rendre des comptes pour permettre non seulement de connaître l’enchaînement des faits qui avaient abouti au drame mais aussi pour apaiser les esprits de tous ceux qui criaient vengeance.

Lors de son jugement, le coupable put donner sa version des faits. Après-tout Henri avait volé le bien d’autrui, c’était lui le vrai coupable. S’il avait respecté la règle d’or, jamais il ne lui aurait marché dessus et, jamais il ne l’aurait tué. Ils devaient donc le laver de tout soupçon l’honneur des siens en dépendait.
On prononça son innocence, il ne pouvait effectivement être responsable de son faux pas.

La révolte gronda auprès des jeunes Cancrelats. Pour eux Henri avait eu raison de prendre de la nourriture si sa ration n’était pas suffisante. Ils savaient qu’ils étaient souvent rejetés par les autres qui les considéraient comme une sous-espèce indigne de partager leur terre et leur nourriture. Leur apparence sombre et terne contrastait beaucoup avec celle de Joséphine la belle libellule. Seuls les restes leurs étaient destinés, alors comment rassasier Henri qui mangeait comme deux. Si la colère couvait personne n’osait faire le premier pas.

Alors, Andréa, un cancrelat que ses amis pensaient un peu bêta, s’arma de boulettes de pain et cria « A la Révolte mes amis ! On ne nous laisse que des miettes ! C’est pour cela qu’Henri affamé, a été prendre de la nourriture. Ce n’est pas lui le coupable, il ne faut pas se laisser endormir par les belles paroles que voilà ! Le faux pas n’en est pas un. Le coupable a fait exprès. Tout le monde savait que ce pauvre Henri ne pouvait pas courir en raison d’une déformation de naissance. Henri, gentil de chez les gentils ne méritait pas un sort aussi atroce. »
Ses congénères, qui eux n’étaient pas si bêtes, profitèrent de cette action. Tous les jeunes cancrelats, filles et garçons, qui ne pensaient qu’à une chose faire la guerre s’armèrent d’une lance, à son grand désespoir.

La révolte des boulettes de pain voulu par Andréa se mua donc en une guerre impitoyable entre les cancrelats et tous les autres êtres vivants de la terre. Durant plusieurs nuits on s’affronta et le sang coula. On compta de chaque côté de nombreux blessés, des pattes, des ailes, des appendices divers et variés durent être amputés, mais heureusement aucune tête ne tomba.
« Tous ces blessés, c’est la faute d’Andréa » lança un jour une mère dans la foule. Il est le seul responsable des blessés des deux camps. Cette mère était lasse de soigner des enfants. Très vite, des parents de toutes les parties se rangèrent à son avis pour demander que l’on châtia Andréa. Après tout, c’est lui qui avait provoqué la révolte. Dès son arrestation le calme revint, les jeunes ne pensaient pas que les évènements seraient aussi dramatiques. Ils n’attendaient qu’un prétexte pour rendre les armes sans pour autant apparaître comme des lâches.
Jugé coupable d’avoir provoqué la haine on le condamna au plus cruel des châtiments : vivre seul. Ce qui, dans un monde où tous vivaient dans de grandes communautés paraissait inconcevable.

Andréa, n’eut donc jamais de descendance car jamais, il ne se maria. Chassé de sa colonie, rejeté par son peuple il se construisit un abri de fortune qui devint son havre de paix.

Le calme régna durant de longs mois.

Pourtant, la révolte était passée par-là. Le souhait d’un État propre aux Cancrelats fit son chemin dans la tête des jeunes et de moins jeunes.
Une révolte, pacifique cette fois ci, finit par éclater. Plus aucun cancrelat ne voulut fréquenter les mêmes endroits que leurs anciens adversaires. Ils refusèrent de prendre les transports en commun qui n’étaient pas conduits par un des leurs. Des écoles spécifiques où l’on enseigna leur histoire sortirent de terre, des clôtures délimitèrent leurs villages.
Les sages admirent que personne ne pourrait revenir sur les actions entreprises sans risquer un bain de sang qui serait, cette fois, dévastateur.

Des négociations s’ouvrirent. Beaucoup de cancrelats ne comprenaient pas qu’on leur refusa leur propre État. Les autres pensaient que si une séparation était admise entre eux et les Cancrelats alors, chaque espèce devait avoir son propre pays. De longues négociations commencèrent. Personne ne savait comment faire du vivre ensemble tout en vivant chacun chez soi, éviter les guerres, ne pas avoir peur les uns des autres, expliquer que les différences peuvent être des forces complémentaires et non adverses.
Il fallait que l’esprit d’entraide demeure entre les peuples.
Une nuit, lasse de ne pas trouver de solutions, une petite délégation alla discrètement voir Andréa.
Vivant seul depuis des années il avait acquis la réputation de sagesse qui lui manquait étant jeune. On murmurait que souvent on le consultait pour ses réflexions qui, en réalité, n’étaient pas si bêtes que çà. Ils obtinrent la solution tant recherchée. Si chaque espèce pouvait avoir un pays à soi, la solidarité entre tous les peuples devait être inscrite, non seulement dans une déclaration universelle des droits et devoirs des peuples, mais aussi dans chacune des constitutions des États. Ainsi tous pourraient manger à leur faim et jamais le drame d’Henri ne se reproduirait.
La victoire finale tant espérée enfin éclata, car tous saluèrent cette idée.
De partout des élections eurent lieux. Chez les Cancrelats aucun candidat ne se présenta. Qui pour prendre la tête de l’État nouveau, qui pour représenter le peuple et l’espoir qu’il avait en ce monde différent mais qui se voulait meilleur.

Dans la foule un nom s’éleva : Andréa ! Andréa ! Bientôt repris par tous.

On alla le chercher dans sa petite maison. Andréa accepta malgré son grand âge à une condition : que des élections aient lieux et qu’elles ne soient pas réservées comme le veut la coutume seulement aux anciens considérés comme des sages car réfléchissant avant d’agir mais à tous, jeunes et vieux, malades et bien portants, quel que soit leur âge, en excluant les enfants qui n’avaient pas encore passé leur brevet des écoles. S’il obtenait plus de 75% des votes alors il accepterait la lourde tâche de représenter son peuple.
Cent pour cent des personnes qui pouvaient voter votèrent. Andréa obtint toutes les voix, sauf une, la sienne. Devenu sage entre les sages Andréa savait très bien qu’il ne pouvait pas être le candidat idéal, celui-ci n’existant pas, mais il tient parole et accepta.

Et Andréa qui était de l’avis de tous un peu bêta dans sa jeunesse, devient le premier Président de la République des Cancrelats. Il n’était en fait pas aussi bêta que ce que les gens pensaient, il n’aimait simplement pas l’injustice et les idées toutes faites.

Cette histoire est connue de tous, car une statue à la mémoire d’Andréa a été érigée dans tous les pays afin que personne n’oublie les promesses faites lors de la séparation des peuples.

C’est pour cela que cette histoire ne commence pas par « Il était une fois » car on ne sait jamais comment les histoires finissent et surtout parce que dans la réalité elles ne finissent jamais comme on l’imagine.
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Gérard Fievet · il y a
Un bien agreable moment de detente et de sourires
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Caramel · il y a
bonjour Gérard, je suis très contente que cette petite histoire t'ai plu. Je te remercie pour ton gentil message.
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