Amédée

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Finaliste
Jury
On n’a pas le droit. On ne peut pas faire ça. On peut s’amuser, on a le droit de rire. On a même le droit d’aimer les jeux de mots foireux. Mais on n’a pas le droit de faire ce que tu as fait. On n’a pas le droit de pourrir la vie de quelqu’un.

Tu m’as pourri la vie. Le jour de ma naissance, tu m’as pourri la vie et cela me poursuivra jusqu’au jour de ma mort. Cela me poursuivra même après ta mort à toi.

Je t’en ai voulu du premier jour où j’ai réalisé ce que tu m’avais fait. Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était au collège. Je ne sais plus quelle classe, mais je revois la scène très précisément : le professeur lisait un texte, un texte assez long et plutôt ennuyeux, personne n’écoutait. Personne n’écoutait jusqu’à... Jusqu’à ce passage... Jusqu’à ces trois mots... Où tous les élèves se sont esclaffés en se tournant vers moi. En répétant mon nom, en riant aux éclats, en s’étouffant de rire. Certains en pleuraient. Le professeur n’a rien dit. Il a juste souri. Il a juste souri, puis comme cela durait, leur a dit d’arrêter. Ils se sont arrêtés. Jusqu’à la fin du cours. Ils se sont retenus jusqu’à la fin du cours.

Ensuite, c’est reparti. A la récréation. Celle-ci, la suivante et puis toutes les autres jusqu’à la fin de l’année. Et après les vacances, ça a recommencé. C’était insupportable. Un jour j’ai refusé de retourner au collège. Je suis resté dans ma chambre. Je n’ai plus quitté ma chambre. Pendant plusieurs années.

Jusqu’à mes dix-huit ans. Ensuite j’ai fait quelques tentatives : pour chercher du travail, reprendre les études. Mais chaque fois la même chose. Les mêmes moqueries, les mêmes sourires. Les remarques, des remarques qui parfois se voulaient gentilles. Compatissantes. Et qui m’insupportaient.

Je n’ai pas trouvé de travail. Pas repris les études. Je n’ai rien réussi. Jamais rien réussi. Je t’en voudrai toujours, tu as beau être mon père. Je t’en voudrai toujours parce que tu es mon père. Tu n’avais pas le droit, de m’appeler ainsi. Tu t’es défendu, tu m’as dit mille fois que je pouvais changer de prénom, si je le voulais. Et même de nom. Mais quelle absurdité... A quoi bon, maintenant. Ma vie est foutue. Pour toujours. Je m’appelle Pan. Amédée Pan.

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Jean Calbrix · il y a
Un réquisitoire énergique contre un géniteur frapadingue, inconscient peut être du mal qu'il peut faire à partir d'une plaisanterie idiote ! Bravo, Renaud, pour cette courte nouvelle fort bien envoyée avec une chute qui fait néanmoins sourire Vous avez mon vote.
J'ai une nouvelle qui pourrait ne pas vous déplaire, ici : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelle/la-societe-fait-un-carton