Quand les mots me prennent Par le coeur, ils m'entrainent Dans mes rêves, mes peurs puis je les dépose, douce rumeur Aujourd'hui je vous les livre Vous me lisez vivre Ne soyez pas trop  [+]

Je naquis un jour bleu, durant la guerre qui ravageait mon pays en ce temps là. Ma mère était domestique pour une riche et noble famille: les Bradburry. Nous vivions donc simplement, mes frères et moi, tout en étant dans un décor des plus somptueux.
Chaque soir, avant de nous coucher, ma mère nous contait de fabuleuses histoires toutes plus fantasques les unes que les autres. Elles avaient en commun de se dérouler dans un monde imaginaire, le Pays Enchanté, où il était commun de croiser ogres, elfes, nains et fées sur son chemin.
Chaque nuit, les récits de cet univers prenaient vies le temps que j'étais dans les bras de Morphée. Chaque matin, j'avais d'inexplicables éraflures sur les bras, comme si j'avais gambader dans les fourrés, sous le regard complice du soleil d'argent.

Un jour que j'effectuais des courses pour la demeure, je fus arrêtée par une mendiante.

- Pour une pièce, ton avenir te sera dévoilé, me dit elle de son sourire édenté, la main tremblante tendue dans ma direction. Je m’acquittais de la somme, plus par esprit charitable que par curiosité, bien que.
Elle prit ma main, ses effluves éthyliques et autres relents carnivalesques étaient maintenant à portée de mes narines et je ne pus réprimer un froncement de nez. Quelques "mhm" et autres "je vois" se détachèrent des bribes de phrases qu'elle se marmonnait tandis que ses doigts traçaient chaque lignes de ma paume droite. Finalement, elle s'arrêta, le doigt pointé sur un croisement de deux tranchées, la bouche béante et le regard exorbité. Elle me rendit ma pièce, bredouillant qu'elle ne pouvait décemment pas me révéler un si lourd destin. J'y vis un éclair de sobriété mêlée à la culpabilité soudaine de dépouiller une jeune fille de basse condition.

Les saisons et les récits de maman défilèrent sans que cette histoire n'attise de trouble en moi. Puis, il y eut un jour blanc. Il faisait un temps glaciale et mes pauvres frusques arrivait à peine à me réchauffer. Comme à mon habitude, je rentrais du marché du village voisin quand je vis une lueur dans la forêt longeant le sentier. J'aurai pu continuer ma route, et je l'aurai sans doute fait dans d'autres circonstances, mais cette lumière n'était pas celle d'une torche. Elle semblait irréelle, comme si elle n'était alimentée que par elle-même. Son rayonnement verdoyant m'envoutait, m'appelant à la rejoindre, m'y réchauffer ne serais-ce que quelques secondes. Elle avait l'air si douce et apaisante, cette flamme.

Après tout il me restait largement le temps de faire une halte d'ici là que le soleil se couche. 
Je déposa mon sac de course, bien trop lourd, à l’abri des éventuels regards indiscrets, sorti du sentier et pénétra dans les bois. Ceux-ci étaient là depuis bien plus longtemps que les hommes dans cette contrée et sont entourés de mille légendes et bien plus encore de mystère. Plus je m'avançait et plus elle semblait s'éloigner de moi, s'enfonçant vers le cœur des chênes, érables et autres graminées. Plus mes pas m'enfonçait et plus l'attirance vers la lueur était forte, me faisant continuer mon chemin là où la raison me l'aurait fait rebrousser.

Au bout d'un quart d'heure, du moins je l'aurai cru, la lueur s'éteignit sans que rien n'eut pu m'en alerter. Et là ce fut le noir. je ne savais d'où je venais ou le chemin à prendre, j'étais perdue, frigorifiée et affamée. Des rires fusèrent tout autour de moi, et je sentis cent paires d'yeux amusés fixés sur mon visage terrifié. Les korrigans! je les pensais légende, ces petits êtres plaisantins, qui se rient des malheurs d'autrui, les provoquant au besoin.
Mon corps fut parcouru de frisson, du bas de l'échine à la racine de mes cheveux longs. Surtout ne pas crier, ne pas leur donner la satisfaction de voir l'émoi qu'ils ont provoqué, rester digne. Si ce soir est le soir de ma mort alors je mourrais debout.
Mais ce ne devait pas être l'heure de ma mort car quelque chose d'encore plus inattendu arriva; une horde de centaure , toute fronde en avant, dans un hurlement belliqueux.
Sauvée! Enfin, pour le moment. Je me mis à courir, mon sang faisant palpiter mes tempes, les jambes criblée de douleur lancinante de cette effort d'endurance et de vitesse.
Lorsque je n'entendis plus que le bruit d'un ruisseau, je m'arrêta.
Sombre idiote! Je n'ai pas pris la peine de courir dans une direction réfléchie et maintenant, je suis perdue au cœur de ces bois, au milieu de la nuit.
Se mettre à l'abri, attendre le lever du soleil pour rejoindre la route, tels auraient été les conseils de maman si elle était avisé de la situation.

Mes yeux fouillèrent l'obscurité à la recherche d'une cavité quelconque pouvant m'héberger. Ils s'arrêtèrent sur un chêne centenaire; en son creux je pourrais me glisser et patienter jusqu'au petit jour. J'entrepris de m'y terrer mais l'arbre n'avait pas juste une anfractuosité, c'était tout un tunnel qui était creusé en son sein.
A peine dedans, je dévalais une pente comme un toboggan et me retrouva dans ce qui ressemblait à un terrier géant. Je pouvais avancer à quatre pattes dans ce dédale de couloir aux allures sordides malgré de petites lueurs zigzagants entre les conduits (des lucioles, je le compris plus tard). Protégée du froid hivernal et des korrigans, je m'endormis, mon corps ramasser sur lui-même entre deux embouchures.

Des bruits de pas, le chahut de conversation au loin, je me levais mais trop tard, la lumière de torche était déjà bien trop vive, bientôt ils m'attraperait. C'est là que je les vis, de petits hommes, se tenant debout dans l'étroit tunnel. Ils avaient l'allure bourrue mais pas inquiétante pour autant. Je décida d'aller à leur rencontre avant qu'ils n'arrivent à moi, en signe de bonne foi.
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !