ALBERT LE PROTOZOAIRE

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J'aime écrire en prose et en vers. J'ai un vrai culte pour les mots rares qui m'obligent à m'enrichir en me ruant sur le dictionnaire; Je n'ai pas peur des textes osés qui me révèlent plus qu'il  [+]

Ma famille est, sans doute, très ancienne. Nous sommes sûrement les plus petits êtres vivants sur terre. Je suis né prés d’une rivière des monts d’Aubrac, perdue dans la nature hostile, par un beau jour de printemps. Ma mère s’est séparée en deux pour me donner naissance sous l’oeil attendri de mon père. Elle m’a longtemps gardé contre elle et nourri de son nectar. J’ai des souvenirs magnifiques de cette période heureuse de ma vie. Parfois, mon père prenait le relais pour permettre à ma mère de se promener un peu. J’allais me blottir contre lui avec plaisir et laissais toute ma peau se fondre pour absorber de savoureuses et odorantes particules.
J’ai grandi très vite et ai dépassé la taille de mes frères et soeurs. Aujourd’hui, je suis devenu un géant. Admirez mon corps rond et mes nombreux pieds. Ma tribu est installée dans une prairie humide prés des mares et des flaques. Je vis, solitaire, non loin d’eux, au pied d’un noisetier. J’aime le paysage rude dans lequel j’habite. Il est peuplé de nombreuses plantes: la gentiane et le genêt, l’arnica et le thé... Partout l’horizon est barré par des herbes et des rochers.
Dans mon vallon, une immense tourbière me sert de lieu de chasse. Je plonge dans l’eau peu profonde pour capturer les débris végétaux qui servent à me nourrir. Parfois j’y déguste quelques minuscules amibes sauvages dont la chair délicieuse vient agrémenter mon repas. De jeunes poissons frétillants et fougueux viennent souvent me disputer cette nourriture que j’adore.
J’exerce ma gourmandise avec prudence car on m’a raconté comment des parents ont été dévorés par un crapaud alors que j’étais encore tout petit. Depuis je me tiens à l’écart de ces bêtes monstrueuses et carnivores.
Dés qu’il fait chaud je m’agite et mange plus que de raison. Par temps froid, dés que le vent se lève ou que le jour tombe, je me repose immobile, solidement agrippé à une racine de mon arbuste. En hiver la neige recouvre tout et j’en profite pour me reposer. Je tombe dans un sommeil profond et je dors jusqu’au printemps.
Dés qu’il fait beau je me distrais à regarder voler les nombreux insectes de la prairie. Les abeilles viennent de fort loin pour déguster le nectar de nos fleurs. Quelques coccinelles voraces installent, chaque printemps, leur campement dans la tourbière. Des libellules ont, depuis longtemps établi leurs quartiers d’été dans nos prairies.
Parmi elles, j’admire surtout la ravissante Peggy dont la silhouette svelte et la robe brillante me ravissent. Elle ne cesse de survoler discrètement mon territoire dans de majestueux battements d’ailes. L’émotion que je ressens alors fait battre la chamade à mon noyau. Ma peau devient lumineuse et mon corps dégage une chaleur intense. Souvent elle pose la pointe de ses pattes élégantes à la surface de l’eau pour en boire quelques gouttes. Parfois elle accepte de se poser prés de moi et nous savourons en silence le plaisir d’être ensemble.
Lorsqu’elle est au sol je redouble de vigilance. Tant de ses semblables ont été dévorés par le crapaud croassant. Ce monstre est le seul vrai ennemi de notre beau pays. Heureusement, de temps à autre, la chouette hulotte, la buse ou le faucon crécelle viennent chasser sur nos terres et nous en débarrassent pour un temps.
Depuis longtemps Peggy rêve de m’emmener visiter un lac et une cascade. Outre la beauté du paysage, elle imagine que je pourrai me régaler, dans le buron tout proche. Les gouttes d’aligot, mélange de fromage fondu et de pommes de terre, sautent du chaudron lorsque le berger prépare son repas. Elle voudrait que je découvre les vastes prairies peuplées de ces énormes vaches rousses pacifiques qui broutent les grandes herbes.
Je la laisse rêver et me régale de ce qu’elle dit de toutes ces beautés. Je ne lui fais jamais remarquer que sans ailes je ne pourrai jamais les connaître. Mes petits pieds, aussi nombreux soient-ils, ne sauraient me porter si loin. Souvent elle vibre de plaisir rien que d’en parler.
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F. Gouelan · il y a
Derrière le microscope, imaginer une histoire.
Bien raconté, décalé, on s'évade dans l'infiniment petit.

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Alain Lonzela · il y a
Complètement décalé ;-). Donc j'aime bien...
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JACB · il y a
Ravie d'avoir fait connaissance avec Albert; je le présenterai très bientôt à ma petite fille ...Merci Emile! C'est une histoire délicieuse!
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MCV · il y a
Il a un côté Barbapapa, cet unicellulaire. Mais si j'étais lui (ce qu'à dieu ne plaise), je me méfierais de Peggy.
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Emile · il y a
Bien vu!
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Thomas d'Arcadie · il y a
Bravo ! J'aime beaucoup !
Bonne continuation ^^

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Doria Lescure · il y a
étonnant récit, construit dans un style fluide qui donne vie aux images que cette histoire produit, et que nous raconte Albert en inattendu personnage de cette fiction champêtre.

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