A part Ted

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Préface

Ça fait quelques années que la feuille blanche me fait de l’œil, me lorgne dessus, se dandine, tourne du cul autour de mon stylo...
Mine de rien, j’ai fini par lui rentrer dans la plume.
Je lui ai pourtant demandé d’aller aguicher un autre mec qui saurait être digne de sa virginité.
Tant d’écrits vains habitent le fond de ma corbeille.
Il lui faut trouver quelqu’un qui saurait la souiller à coup de reins, à coup de rimes.
Je ne suis peut-être pas à la auteur, et puis, j’aime pas les feuilles faciles...
Mais elle insiste, virevolte sans cesse dans mes pensées.
Je vais finir par lui foutre mon point dans la gueule, des uppercuts de guillemets.
Lui faire les yeux au bic noir.
Mon pote Pierre lui mettra des bleus.
Du rouge aussi coulera dans cette histoire.
La jeune mijaurée dont les (parents taisent) la sensualité, joue son rôle à la lettre, apostrophe mes L, me fait planer, me fait voler.
Ce soir, elle ne finira pas en boule, ni pliée ou bien jetée...
A peine froissée, maculée d’encre d’échine, de ratures et autres vilains pâtés.
Désagrafée, enfin dépucelée, s’allongera et finira par se tourner
... Ted est né.


A part Ted

Ma mère passe ses journées au téléphone.
Moi dans ma chambre.
Presque 19 ans nous séparent.

On habite un grand volcan d’où la lave s’écoule à coup de paraboles.
Une espèce de phare de cité où les bateaux dérivent, le capitaine s’est barré depuis longtemps et les matelots ne savent pas nager.

On est au dernier étage.
« Les plus près du ciel » dit ma mère.
J’ai toujours vécu ici... près du ciel.
Mon père, lui, il a pris de l’avance, ça fait presque dix ans qu’il partage l’étage du dessus avec mon grand frère, laissant le soin d’endosser aux rares amants de ma mère le costume de la paternité. Aucun n’a jamais été très emballé par l’idée.
L’habit doit être trop grand, les épaules trop petites.

« Ted, c’est prêt ! »
On se nourrit chacun de notre côté. On se remplit.
Moi, j’avale mes raviolis, ma mère s’empiffre de conneries à la télé.
« Pour 250 €, je demande un F ! »
« Désolé, il n’y a pas de F, la main passe et la roue tourne... »
Il a pas tort le mec avec ses dents blanches et sa tronche de premier de la classe : la roue tourne, la main passe... le temps aussi.
Ça fait dix ans que ma mère reçoit à peine de quoi s’offrir deux F par mois pour vivre, forcément ça créé des maux.
Des fois, je surprends ma mère qui regarde par la fenêtre, j’crois qu’elle rêve... le temps de la pub.

Sinon y’a le bahut, je suis en quatrième, je me débrouille pas mal, mon prof principal a même dit à ma mère que si je m’accroche, je pourrai faire un CAP. À l’entretien, Monsieur Gaspar lui a également confié que j’étais un peu distrait, rêveur, « Ted en l’air ». La formule le faisait rire, pas moi, ma mère non plus. Pourtant elle a souri quand même, s’agissait de pas vexer le professeur. Comme si j’avais pas le droit d’avoir ma fenêtre... moi aussi.

Des fois, je sais pas si j’ai envie de m’accrocher...

Dans mon collège, les premiers de la classe n’ont pas les dents blanches, ça doit être la télé qui fait ça.

***

Aujourd’hui c’est mercredi.
Tous les mercredis, j’accompagne ma mère à Ludl, c’est sa sortie, c’est notre sortie.
Au rayon fruits et légumes, on croise Laforêt, un jeune de la cité.
« Tu vois le petit Laforêt il a réussi, toi aussi tu pourrais. »
Il a chopé un CDD de trois mois, son père travaillait à la compta depuis vingt ans, lui, il range les rayons... Faut bien commencer...

Des fois, je sais pas si j’ai envie de réussir...

Ma mère a toujours un petit mot gentil à lui glisser et lui, en plus d’avoir réussi, il est poli. Elle a toujours droit à un sourire accompagné d’un « si vous avez besoin Madame Garcia, n’hésitez surtout pas ». Serviable avec ça...

Maman, c’est un cirque à elle toute seule.
Pendant que Monsieur Loyal vante les promos du jour en tête de gondoles, ma mère, elle, elle jongle avec son budget, un véritable exercice d’équilibriste digne des plus grands voltigeurs trapézistes !
Dompte ses besoins, réussi même à faire asseoir ses envies.
Pour arriver au clou du spectacle, numéro ô combien répété, mais dont je ne me lasse pas :
« 32€70 s’il vous plaît, Madame »
Ce tour de magie, elle n’en n’est pas peu fière et c’est en bombant la poitrine qu’elle tend sa carte de fidélité. Puis comme tous les artistes qui se respectent, elle salue les spectateurs encore ébahis de la performance.
Le public lui rend bien :
« Au revoir Madame Garcia, à la semaine prochaine, n’oubliez pas vos points. »
« Au revoir... Ted, dis au revoir ! »
« Au revoir »
C’est ainsi que l’artiste regagne sa loge avec son clown... triste.

***

Sur le chemin du retour, profitant de la bonne humeur naissante de ma mère, encore toute émue de sa prestation, j’me lance :
— Je peux y aller maintenant ?
Je sens son visage tout entier se crisper.
— Ted, on en a parlé déjà des centaines de fois, il n’est pas question que tu traînes avec ces primates !
— Mais maman, en plus tous mes potes se sont donnés rancard là-bas, j’connais personne qui passe ses mercredis après-midi avec sa reum.
— Tu peux aider ta pauv’ mère, j’te demande pas grand-chose quand même. Non, au lieu de ça, monsieur préfère aller voir ces espèces de sales pouilleux.
— Mais Maman, c’est pas des pouilleux.
— Oh ça va, ne sois pas insolent en plus, pis y’a du monde, tu vois bien qu’on nous regarde, tu veux me mettre la honte ou quoi ?
— C’est bon, p’tain... 
— Quoi ?
— Non, rien...
— Mon pauvre garçon, de mieux en mieux... Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça ?

Pendant que ma mère s’entretient avec le Saint-Père, je plonge ma main dans le presque opulent caddie. Je saisi les choco VN, ceux qui ont un côté chocolat noir et l’autre blanc, une tuerie !
— Tu peux pas attendre qu’on soit rentré ?
— J’ai faim.
— Tiens, on ne doit pas être bien loin du parc, tu sens ?
— Quoi ?
— Ça pue !
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— J’raconte que ça pue depuis qu’ils sont arrivés, ça empeste le quartier, une vraie jungle, et y’a pas que moi qui le dit. Madame Pichon qu’est copine avec l’adjointe m’a dit que Monsieur le Maire envisageait même de les faire déménager. Les habitants du quartier des Lilas ont même fait une pétition pour qu’ils retournent tous dans leur pays.
— C’est n’importe quoi. T’es grave. Et ton Maire il a aussi fait démolir le skate parc en disant que c’était trop dangereux... Après il s’étonne qu’on fasse des conneries.
— « N’importe quoi » tu dis ? Et les maîtresses de la Zep, elles disent n’importe quoi aussi ? Il paraît que les petits, ils les entendent hurler jusque dans la classe. Ça non plus c’est pas vrai ?
— Mais Maman, tu les connais pas.
— Comment ça je les connais pas ! T’en as vu un tu les as tous vu, ils se ressemblent tous, ils ont tous une sale gueule ! Tous la même sale gueule de babouins ! J’te mettrai un grand coup de kärcher là-dedans que ça traînerait pas ! En attendant, s’ils ont un toit sur leur tête et à bouffer c’est grâce à mes impôts, sans compter les aides de l’Etat. Comme si ça ne suffisait pas d’avoir deux bouches à nourrir ! Tu me fais sortir de mes gonds ! Tu sais que c’est n’est pas possible pour moi, tu le sais Ted. Je vais plutôt chercher mon Tac-à-Tac au lieu d’écouter tes singeries. Garde le caddie.

Le PMU c’est sa came. Le dealer la connaît, c’est une habituée. Tous les mercredis en rentrant des courses, ma mère se shoote aux Tac-à-Tac. Se remplit les veines d’espoir et se finit par un rail de « peut-être » et de « ça n’arrive pas qu’aux autres ». L’overdose la guette, moi aussi...

La voilà qui ressort.
— T’as gagné ?
J’crois que sa moue veut dire non.
— Tiens j’ai croisé le père Loriot au PMU. Tu sais ce qu’ils ont fait tes nouveaux amis ?
— Lesquels d'amis ?
— Les autres là, les sales races. Ils ont agressé la fille Bertin. Pauv’ gamine ! 
— Elle avait certainement cherché.
— Comment ça « elle avait certainement cherché ? » Tu t’fous de moi ou quoi ? Tu vois la môme aller exciter ces sauvages ? Il paraît qu’ils s’y sont mis à cinq.
— Ils vont pas t’agresser si tu les emmerdes pas.
— Surveille ton langage ! 
— Monsieur Bertin, c’est celui qui tape sa femme ?
— Dis pas de bêtises. Tu ne vas tout de même pas te mettre à croire toi aussi tout ce qu’on raconte, non mais j’te jure !
— C’est bien à toi de dire ça.
— Quoi ?
— Non, rien laisse tomber...

***

On passe devant le square. J’ai l’impression d’avoir passé les dix premières années de ma vie ici. J’y ai appris à marcher, à tomber, à marcher, à retomber, à courir, à faire du vélo... à tomber.
J’ai été voleur, gendarme, indien, cow-boy, tueur d’insectes, tiqueur de billes, faiseur de cabanes, j’ai même été amoureux. J’crois qu’elle s’appelait Zélie. Y a qu’un truc que j’aimais pas, c’était faire de la balançoire. Mes copains allaient toujours plus haut que moi, normal, y’avait quelqu’un qui les poussait.
— Pourquoi tu vas pas jouer avec les petits Cervantes ?
— Maman t’as craqué ou quoi ? Ils ont dix ans les petits Cervantes !
— Et alors, t’étais bien content de jouer avec des grands toi, avant.
— Maman t’es lourde là...
— Mais, dis-moi, c’est pas les fils Laplanche là-bas ?

Jules et Achille Laplanche, c’est les gosses du pharmacien. J’les connais de vue. Avec les potes, on les voit quelquefois zoner à côté du gymnase. Ils sont pas à notre bahut. Nous, on les appelle « les gueules de fer », à cause de leur appareil. Nous, ça nous fait marrer.
— J’traîne pas avec eux M’man.
— Ha ça, c’est sûr ! Ils n’ont rien à voir avec tes affreux.
— C’est pas ça, j’les connais pas.
— Mais enfin, vous étiez en primaire ensemble.
— Ouais, p’t’être... C’est loin.
Ma mère, elle se casserait un bras pour que je sois pote avec les Laplanche.
— Bon, on bouge là ?
— Madame Tavarez les a au catéchisme, ils sont adorables, m’a-t-elle dit. Y’en a même un qui est pompier volontaire.

Ça fait longtemps que j’veux plus être pompier.
Des fois, je sais pas si j’ai envie d’être adorable...

— C’est cool... on bouge maintenant ? Et pourquoi tu ne viendrais pas avec moi ? Tu te ferais ton opinion par toi-même comme ça.
— T’as perdu la tête, mon pauvre Ted ! Pour que je finisse pire que la petite ? Avec moi ils vont s’y mettre à combien ?
— T’es encore plus grave que ce que je pensais...
— J’suis grave ? Figure-toi qu’au journal du soir, sur la première, ils l’ont bien dit qu’il pensaient qu’à copuler tout le temps, et vas-y que je t’engrosse à droite à gauche. Enfin, tu me diras, tant que ça reste entre eux.
— Maman, tu me fais peur, ça te rend malade !
— Parlons-en de la maladie si tu veux : aux infos, ils disaient aussi qu’ils ramenaient plein de maladies chez nous, c’est pour ça qu’il y a de plus en plus de contrôles dans les aéroports. Tu crois quoi ? Pour arriver chez nous y’en a même qui sont cachés dans les soutes à bagages. Et pis quand y sont pas cachés dans les avions, c’est dans les bateaux qu’on les retrouve. La police a même trouvé des bébés dans un cargo, tu entends ? Des bébés ! Encore, à c’t’âge là, c’est mignon, mais...
— ... C’est bon là M’man, vous êtes vraiment graves toi et ton journal. À t’écouter faudrait tous les tuer.
— Je ne les supporte pas, qu’est-ce que tu veux que je te dise ! Estime-toi heureux que je tolère les deux ou trois gueules de macaques qui sont sur tes posters dans ta chambre.
— C’est pas des macaques...
— Oh, c’est pareil, j’me comprends.
— Moi plus...
— Quoi ?
— Non, rien, laisse tomber... Si Papa avait été là...
— Quoi ?
— Si Papa avait été là ça se s’rait pas passé comme ça...
— Laisse ton père où il est, et crois moi, le connaissant comme j’le connais ça aurait été vite réglé ton histoire.
— Il m’aurait laissé y aller, lui... on y serait peut-être même allés ensemble.
— Bah, tu penses ! En attendant, il est pas là.
Un long silence s’installe, alors qu’on est presque arrivés...
— ... Allez file ! Mais t’es à la maison à six heures.
— Tu déconnes là ?
— Allez dépêche toi et fais attention à toi.
— Merci M’man.

J’comprends pas vraiment pourquoi elle a fini par céder, pis j’m’en fous un peu. J’détale comme un mort de faim, des fois qu’elle change d’avis. Le parc est au bout de la rue.

***

— Alors, madame Garcia, on s’promène ? Le p’tit n’est pas avec vous ?
— Bah, non, vous savez ce que c’est, ça grandit...
— Ah, m’en parlez pas ! On a marié notre grand y’a quinze jours.
— Vous lui transmettrez bien tous mes vœux de bonheur.
— J’y manquerai pas. Bon, je vous laisse sinon je vais me mettre en retard, je dois aller chercher les petits au square. Je vais peut-être croiser Ted ?
— Non, pensez vous. Ted est au parc.
— Au parc ?
— Oui, vous savez le nouveau parc animalier. Après le foot et le rap, figurez-vous que maintenant j’ai le droit aux singes, sa nouvelle lubie.
— Il s’intéresse aux singes ! Aux étrangers quoi, vous voulez dire ?
— Mais non ma pauvre ! Décidément ! Vous et vos idées arrêtées, j’vous jure ! Des singes, des vrais singes, des animaux quoi ! Vous verriez les murs de sa chambre! Y sont remplis de ces horreurs : bonobo, chimpanzés, babouins... et pis y’en a d’autres mais j’connais pas tous les noms d’ces pouilleux là... En plus pour tout vous dire, j’en ai une peur bleue, je les trouve répugnants !
— J’vous comprends bien là, moi c’est pareil avec les araignées, une sainte horreur !
— Il s’est mis en tête de devenir primatologue ! On aura tout vu !
— C’est quoi ça ?
— Une espèce de docteur pour tous ces affreux.
— Vous plaignez pas Madame Garcia, c’est bien qu’il ait de l’ambition vot’ gamin, plutôt qu’il traîne avec n’importe qui. Avec tout c’qu’on voit maintenant et tout c’qu’on entend...
— M’enfin, mais vous savez combien qu’elles coûtent ces écoles-là ? Il le sait, quand même, que c’est pas des écoles pour mon porte-monnaie ça. Et pis, il sait que j’en ai peur de ces macaques. Vous auriez vu la scène que je lui ai faite cet après-midi. Il va finir par me prendre pour une folle.
— Ça m’fait penser... Vous avez su pour la fille Bertin ?
— Oui, j’en ai même parlé à Ted mais ça ne l’a pas calmé pour autant.
— Paraîtrait qu’elle faisait diablement la chipie autour de la cage.
— Cinq qu’ils étaient il paraît, à lui lacérer le bras. 
— Enfin, c’est bien triste quand même.
— Bon, allez Madame Népel, j’me sauve, j’ai les courses à ranger.
— Au plaisir Madame Garcia.
— Au revoir Madame Népel.

***

Neuf étages, sans ascenseur.
Ça s’mérite de vivre près du ciel.

Madame Garcia pose ses sacs sur la table puis s’assoit, fatiguée.
Devant elle, se tient l’autel de sa mémoire.
Des photos jaunies par le temps tapissent son vieux buffet. On y voit une jeune fille toute de blanc vêtue, tenant fièrement par le bras son amoureux, deux bambins qui construisent des châteaux de sable au bord de la mer...

Madame Garcia broie du noir... pas de temps pour la rêverie. Elle se lève, referme sa fenêtre, range rapidement ses courses et ses souvenirs. Ces derniers sont plus encombrants, mais ça fait quelques années qu’elle a appris à ranger ses affaires dans un coin.

Ted ne devrait plus tarder.

Elle saisit la télécommande, la bête rugit :
« ... Je vous rappelle que nous cherchons une expression !
« Pour 100 €, je propose un V »

GL _ SSER S _ R
_ NE
PEA _ DE _ ANANE

« Désolé, il n’y en a pas, la main passe...
Mais à quoi pensiez vous ? »

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Arlo G · il y a
À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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Emily · il y a
excellent texte!!
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Yugaad · il y a
Pour souligner votre talent du jeu de mot : je viens de vous découvrir au travers de ce texte, et c'est une très bonne nouvelle, merci ! :-)
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Vince Miller · il y a
super idée...
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Bobjean · il y a
très bon support d'étude pour les ados et jeunes adultes. bonne continuation.
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Pat · il y a
enfin un texte qui ne traite pas niaisement de thèmes bateau (amour, mort, maladie) mais d'un thème commun à tous: la connerie!
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Claire Tuyeras · il y a
A voter...j'ai eu beaucoup de plaisir à le lire...bonne chance pour la dernière ligne droite !
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Boubou · il y a
C fait ! Bonne chance pour la dernière ligne droite !
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Yaakry Magril · il y a
yannick pagnoux vous vole !! il utilise des sites d'entraide de votes !! rien à voir avec la qualité du texte dommage !
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Le ketur de la lune · il y a
franchement chapeau pas mal du tout eric

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