Le merveilleux esprit de Noël - Chapitres 16 à 19

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16 décembre 2015

« Papa, c’est quoi ?
- C’est un cadeau mon chéri.
- Un quoi ?
- Un cadeau. Durant le mois dernier, j’ai pris du temps pour te fabriquer un objet, ouvre-le. »

Le garçon regarda la manière de paquet fait de petites branches tressées. Avec soin, il essaya de le détresser. A l’intérieur, il trouva un morceau de bois sculpté. Il reconnut la forme d’une coque de bateau. A côté, il trouva un petit mat et une voile.

« Wow ! Un bateau ! Un vrai !
- Il te plait ?
- Oui, merci papa ! Mais pourquoi tu m’as fait un carreau ?
- Un cadeau. Tu as un cadeau, parce qu’on vient de passer le solstice d’hiver et que je t’aime. J’avais envie de te faire plaisir. »

Noël repensa avec émotion à son premier cadeau. Ce don, généreux et désintéressé l’avait touché au plus profond de son être. En grandissant, il prit l’habitude de façonner lui aussi tout au long de l’année des petits objets qu’il distribuait aux enfants après la grande fête du solstice d’hiver. D’abord pour son village, puis pour ceux alentour. Plus le temps passait, plus il avait de cadeaux à fabriquer. Il dut trouver un endroit reculé pour travailler tranquillement et créer ses surprises. Lorsque les trois grottes qu’il avait investit ne lui suffirent plus, il choisit de partir plus au Nord, où il construisit une maison, un atelier et surtout un grand hangar pour stocker toute sa production.

Il fut aidé dans sa tâche par le peuple qu’il rencontra sur place : les lhůtäinds. C’était une tribu d’une centaine d’individus de petite taille qui, deux ans plus tôt, avait vécu une tragédie : un virus fulgurant avait frappé l’ensemble des individus et toutes les femmes de la tribu y avaient succombé.

Le projet de Noël les séduisit : ils avaient trouvé une nouvelle raison de vivre et s’engagèrent avec lui. De toute façon, sans femmes à leur côté, ils n’avaient plus grand-chose d’autre à faire.

Le virus révéla une autre conséquence : ils ne vieillissaient plus. Noël semblait lui aussi avoir été contaminé parce que son vieillissement s’arrêta dès lors qu’il s’installa chez eux.

Pendant quelques centaines d’années, ils vécurent une grande époque : les villages du Nord croissant, ils durent mettre les bouchées doubles. Chaque année, après les fêtes de la grande nuit, les enfants scrutaient l’obscurité, dans l’attente de la visite du « Bon Père Noël ».

Un jour, deux explorateurs, Nicolas et Hans Trapp, découvrirent leur village, malgré le froid et l’isolement. Ils se joignirent au projet et même si Hans Trapp détonnait avec son air grincheux, il aimait l’esprit de Noël ; c’est pour cela qu’il tint tant à son rôle de père Fouettard : pour lui, les enfants devaient, en retour des cadeaux, faire preuve d’un comportement exemplaire d’une année sur l’autre.

Le petit groupe, motivé par l’envie de toujours mieux faire et de faire encore plus plaisir, développait de nouveaux procédés, de nouvelles inventions. Après la distribution de cadeaux, les hommes copiaient sans vergogne leurs innovations. Les trains électriques, les jeux télécommandés et les robots avaient été créés en premier lieu dans le secret des ateliers du Nord.

Ce sont les ingénieurs lhůtäinds qui trouvèrent aussi le moyen de faire voler le traîneau pour se déplacer plus rapidement, de créer une hotte directement reliée au hangar et le fameux « Stop Temps », qui permettait de déposer tous les cadeaux en une nuit.

Cela permit de réduire le temps de distribution des cadeaux d’une semaine à une nuit. Ce fut la nuit du 24 au 25 décembre qui fut choisie, après le solstice, car, pendant la plus longue nuit de l’année, tous les compagnons de l’équipe de Père Noël faisaient une grande fête. Cette grande célébration leur donnait le courage et l’entrain de faire encore une fois le tour du monde.

L’industrialisation des sociétés humaines signa la fin de cette période de grâce. Autour des années vingt, les hommes rivalisèrent de compétences et d’ingéniosité pour créer leur premier cadeau de Noël, que les parents pouvaient venir acheter eux-mêmes ; ils pouvaient dorénavant gâter leur petit trésor, même s’il se comportait mal. La situation alla de mal en pis, tant et si bien que Nicolas, Hans Trapp et une partie des lhůtäinds partirent, déçus, vivre ailleurs.

Ils étaient maintenant une dizaine, plus occupés à faire du jardinage et de petits bricolages pour les enfants pauvres qu’à tenter d’imiter des jouets devenus l’ombre d’eux-mêmes.



17 décembre 2015

Anna attrapa les clés, sortit du cabinet médical pour aller chercher le courrier. Ce n’était vraiment la partie la plus intéressante de son poste : des retours d’analyse, des lettres de confrères qui n’avaient pas encore compris l’intérêt d’Internet, des prospections de laboratoires, première étape avant l’envoi des visiteurs médicaux et... un catalogue. Intriguée, elle le sortit et découvrit un énorme tracteur en couverture. Il n’y avait pas d’adresse. Qui avait bien pu avoir l’idée saugrenue de glisser ça dans la boite ? Sûrement des enfants qui font une blague.

Elle ramena le tas et le posa sur son bureau. Son portable émit un son de grelots. Elle le regarda : sa copine Jessy venait de partager sur son mur une vidéo du Petit Journal. Elle fut surprise car cette émission était connue pour ces prises de positions gauchistes et ressemblait plus à une vaste farce qu’à un journal d’information. Elle fit néanmoins confiance à Jessy et activa le son. C’était un reportage sur le président de l’Assemblée Nationale, perdant aux régionales, qui était allé boire un verre avec ses colistiers pendant son pseudo arrêt maladie. Elle sourit : qu’ils continuent, tous ces politiques pourris, qu’ils continuent ! Ils étaient en train de dérouler le tapis rouge qui mènerait Marine à l’Elysée dans dix-huit mois. Elle appuya sur « j’aime » et reposa son téléphone.

Elle revint au courrier et commença à trier les résultats d’analyse pour les ajouter aux dossiers des patients concernés. La sonnette du cabinet retentit. Au bout de quelques secondes, Anna releva la tête. La porte était toujours fermée. Elle pesta : « encore des cas soc’ qui ne sont pas foutus de lire les panneaux ! ». Il y a des jours où elle regrettait de travailler dans un cabinet qui acceptait les patients relevant de la CMU. La sonnette retentit à nouveau. Elle dit pour elle-même : « Sonnez et ENTREZ ! C’est pas compliqué tout de même ! Je ne vais pas me lever, je ne suis pas portière tout de même ! »

Elle ouvrit la première enveloppe d’analyses et chercha le dossier pour la ranger dedans quand la sonnerie stridente s’éleva à nouveau et ne s’arrêta plus.

Elle n’y tint plus, se leva et se dirigea vers la porte. Elle l’ouvrit brusquement en commençant : « Mais c’est pas vrai, vous ne savez pas l... ». Devant elle, elle découvrit quatre hommes de petite taille, habillé comme des lutins de Noël.

« L... euh... li... euh. » Elle se tut, pantoise. Elle secoua rapidement la tête avant de se reprendre : « vous désirez ? ».

Un des quatre lui répondit, avec un accent très prononcé : « Vous êtes le docteur ? On cherche le docteur... »

Elle fronça les sourcils en pensant à une blague. « Non, je ne suis pas le docteur. Et je ne suis pas intéressée par votre caméra cachée. ».

Il reprit : « Est-ce que vous pouvez nous amener au docteur ? Il y a bien un docteur au bout du stétoscope21 ? C’est marqué là... » Il montra la plaque à côté de la porte.

Anna regarda la plaque et se retourna vers l’espèce de lutin. « Le docteur Maurisse ne reçoit que sur rendez-vous. Vous avez rendez-vous ? »

Elle s’apprêtait à refermer la porte quand elle entendit : « oui ».

Elle s’arrêta et les regarda sans comprendre.

Ils entrèrent, passèrent devant elle et se postèrent près son bureau. Non mais quel culot ! Elle claqua la porte et vint se rasseoir et prit son carnet de rendez-vous.

« Allez-y ! Dites-moi votre nom que je vous démontre que non, vous n’avez pas de rendez-vous ! »

Ils se regroupèrent, se tinrent par les épaules en petit cercle et se parlèrent à voix basse. Puis, le lutin répondit :

« Noël Péhène »

Anna regarda le registre et laissa échapper un « oh » de surprise et d’incompréhension.

« Mais... comment ? »

A tout bien y réfléchir, elle se souvenait de ce nom. La personne avait appelé deux jours auparavant. Mais sa voix ne ressemblait pas du tout à celle du lutin, elle était beaucoup plus grave.

« Et bien... monsieur Péhène... veuillez vous asseoir... avec vos amis... dans la salle d’attente en face s’il vous plait... »

Les quatre petits hommes se pressèrent dans le couloir vers la salle. Ils se mirent à fouiller les magasins en poussant des petits cris de joie. Cette agitation fut de courte durée car ils s’immobilisèrent soudain et Anna les entendit se dire entre eux : « il arrive ! Il arrive ! Il arriiiiiiiiive ! ».

Anna ne comprenait rien à leur comportement. A entendre leur accent, c’était sûrement des étrangers. C’était normal qu’ils fassent n’importe quoi. De toute façon, maintenant, en France, c’était le bazar.

La sonnette retentit à nouveau, mais cette fois-ci, la porte s’ouvrit tout de suite. Anna ne releva pas tout de suite la tête. Elle était toujours tournée vers le couloir, essayant de comprendre pourquoi ces hommes de petite taille s’étaient arrêtés dans une position étrange, le doigt sur la bouche.

« Hum ».

Anna tourna la tête et poussa un nouveau cri de surprise.
« Mais... vous... vous... vous... »

L’homme aux yeux bleus lui adressa un beau sourire. Elle ne trouva rien de mieux à dire que :
« Vous avez rendez-vous ? »

Il secoua sa tête et sa grande barbe blanche de haut en bas.
« Mais... »

Un rêve. C’était forcément encore un rêve. Discrètement, elle enfonça l’ongle de son pouce dans la pulpe de son index. Elle ressentit un picotement, mais ne se retrouva pas soudainement dans son lit. Elle tenta d’ouvrir les yeux, mais comme ils l’étaient déjà, cela n’eut aucun effet.

« Anna ».

Elle eut un mouvement de recul.
« Comment connaissez-vous mon nom ? »

Il fit une moue complice.
« Anna... Tu ne vas pas me faire croire que tu penses que je ne sais pas qui tu es. Toi. Une fan absolue de ma grande fête. »

Elle ferma les yeux et secoua la tête. C’était fou.
« Non, c’est impossible. Je vais me réveiller... Ca ne se peut pas.
- Anna.
- Non, non, non, non, non, non. C’est pas possible. Vous ne pouvez pas...
- Si. Puisque je suis là.
- Et vous voulez ? Récupérer vos lutins ? Ils sont là-bas ! Me faire une farce ? C’est Hanouna, c’est ça ?
- Anna. J’ai pris un rendez-vous dans ce cabinet pour une bonne raison.
- Vous... avez... pris ? Non ! Ce n’est pas... ». En effet, la voix correspondait à son souvenir. Elle relut le nom qu’elle avait vérifié quelques minutes plus tôt et comprit.

« - Mais c’est quoi ce bordel ?
- Anna. Dans quelques instants, tu vas voir une famille franchir le seuil de ta porte. Il est important que tu saches pourquoi tu vas leur donner mon rendez-vous.
- C’est abracadabrantesque ! Je ne vais rien donner du tout oui ! Je vais surtout appeler la police oui !
- Anna. C’est moi, Noël. La famille qui va arriver a besoin d’un médecin. Je les ai orientés vers le cabinet où tu travailles parce que le docteur Maurisse est un bon médecin et parce que tu es une bonne personne.
-...
- Ils ont un enfant qui est malade. Il a besoin d’un traitement antibiotique et ils attendront moins ici qu’à l’hôpital. Ce sont des gens bien. Ils ont vécu l’enfer, ils ont failli mourir tellement de fois... »

Une larme pointa sur la joue du vieil homme.

« Ils sont comme toi Anna. Avant, ils avaient un appartement, un travail et une vie. Imagine ce que c’est que de voir des barbares envahir ton pays pour tout te prendre. Eux, ils ne sont pas différents de toi : ils veulent qu’on leur prête un bout de terre pour qu’ils puissent élever leurs enfants dans la paix et l’amour. Imagine un peu si des bombes pleuvaient de ton ciel, voudrais-tu que Sam reste et vive avec le risque d’en prendre une sur le nez ? Vraiment ? Voudrais-tu que des gens viennent faire rentrer dans sa tête des idées malsaines et nauséabondes ? Voudrais-tu qu’on lui colle un fusil entre les mains et qu’on l’envoie mourir pour un Dieu ? »

Elle s’énerva. « Alors c’est ça votre nouvelle méthode les gauchos ? Vous espionnez les gens et vous vous faites passer pour le Père Noël ? Bravo ! Non seulement vous ne tenez pas vos promesses, mais vous allez vraiment trop loin ! »

Elle ne vit pas que les lhůtäinds avaient quitté la salle d’attente et avaient sortis un boitier. Elle ne les vit pas non plus appuyer tous les quatre dessus.

Le Père Noël disparu sous ses yeux. Elle tourna la tête vers la salle d’attente et vit que les petits hommes avaient eux aussi disparu. La sonnette retentit et la poignée s’abaissa. Un homme, une femme et deux enfants s’avancèrent, le regard bas et l’air fatigués.

Son cœur battait fort.

« Qu’est-ce que je peux pour vous ?
- Do you speak english ?
- A little.
- We are from Syria. My name is Taysir. Our son is sick. He has a ear’s acke. France’s government sent us in this town and somebody at the association told us to come here to see you. The name we have to give to you is « Père Pihène ». Is it possible to see the doctor ? »

Elle les regarda avec lassitude. Elle refusait d’essayer de comprendre.
- Yes yes. Go to the... euh... salle... euh... ah ! « waiting room ». The doctor is coming.
- Thank you so much. »

Elle resta désarmée devant le grand sourire de gratitude que lui adressa la femme avant de suivre sa famille dans la salle d’attente.

Traduction pour le dernier dialogue.

« Qu’est-ce que je peux pour vous ?

- Parlez-vous anglais ?

- Un peu.

- Nous venons de Syrie. Je m’appelle Taysir. Notre fils est malade. Il a mal à l’oreille. Le gouvernement français nous a envoyé dans cette ville et quelqu’un de l’association d’accueil nous a dit de venir vous voir. Le nom qu’on doit donner, c’est « Père Pihène ». Pouvons-nous voir le docteur ? »

Elle les regarda avec lassitude. Elle refusait d’essayer de comprendre.

- Oui, oui. Allez dans la... euh... salle... euh... ah ! « salle d’attente ». Le docteur arrive.

- Merci infiniment. »

18 décembre 2015

« Sam ! »

Assis à son bureau, le garçon était en train de finir le dessin qui ornait le menu de son diner de Noël.

« Saaaaam ! Descends tout de suite !
- J’arrive ! » Son père avait la voix fâchée, il posa son crayon et descendit les marches avec appréhension. Il rejoignit ses parents devant le canapé du salon.

Quand on est jeune, on essaie souvent de comprendre les adultes. Un sourire est bon signe, alors que des sourcils froncés et un air fermé annonce un mauvais moment. Sam ne comprenait pas pourquoi son père était fâché, il n’avait pas l’impression d’avoir fait quelque chose de mal.

Il tenait une feuille à la main qu’il regardait avec colère. Sa mère, assise près de lui, avait l’air aussi fâché. Elle se rongeait des ongles déjà bien élimés. Yann releva les yeux :

« Sam ! Tu peux m’expliquer ce que c’est que cet appel de plus d’un quart d’heure à un numéro surtaxé ? Plus de seize euros pour un appel ! Qu’est-ce que t’as encore foutu ? T’es pas bien ? »

Les larmes montèrent aux yeux du jeune garçon qui ne comprenait pas la colère de son père.

« Ah non ! Ne me fais pas le coup des larmes ! Tu te souviens pas ? C’était vendredi dernier, à 18h07 précisément. Alors, ça te revient ? T’as appelé qui ? Hein ? T’as appelé qui putain ?!
- J... j... » La suite de la phrase avorta dans les pleurs.

« Merde Sam ! Tu v...
- Yann ! Arrête ! Tu vois bien que tu lui fais peur ! »

Yann se leva et se tourna vers sa femme. Il devenait de plus en plus rouge :
« Mais oui ! Vas-y Rosy ! Encourage-le ! C’est pas comme si c’était un petit ange ! Je dois te rappeler qu’il a pété le nez d’un gamin lundi ? Tu as déjà oublié ?
- Non. Mais...
- Mais rien du tout oui ! C’est vrai qu’on a tellement d’argent et qu’avec mon allocation chômage, on va être tellement riche qu’on peut se permettre de passer des heures au téléphone. » Il se tourna vers son fils. « Tu nous as toujours pas répondu ! T’appelais qui ??? »

Sam n’arrivait pas à se calmer. Rosy serrait les dents et regardait son mari avec colère.

« Yann ! On peut pas tout ramener à ton chômage ! Et puis tu vivrais tout ça un peu mieux si tu arrêtais de boire... »

Il frappa l’air de colère.

« Mais oui ! Bien sûr ! Bien vivre son chômage ! C’est tellement facile ! Tellement simple ! Je devrais être heureux, rire et danser. Je devrais dessiner des bisounours et les offrir au monde entier. Ce serait tellement mieux que d’avoir peur et de se demander comment je vais pouvoir retrouver un boulot ! »

Le temps que chacun reprenne son souffle, un silence triste passa dans la pièce. Aucun ange n’aurait osé y mettre le bout des ailes.

Yann se dirigea soudain vers la porte.

« J’vais faire un tour ! »

Rosy se leva et lui cria :
« Parce que dépenser notre argent au bar, tu trouves que c’est mieux ? »

Son mari s’immobilisa. Il se retourna vers sa femme.
« Je... C’est... Je vais juste faire un tour dehors, j’ai besoin de redescendre. » Il attrapa sa veste et sortit.

Sam n’arrivait pas à calmer ses pleurs. C’était le plus horrible de tous les Noël. Il voulait que tout s’arrête : les cris, les pleurs. Il aurait bien appelé le Père Noël pour lui demander d’annuler tous ses cadeaux et de donner à la place un travail à son papa. Mais il se ferait encore disputer. Comment pouvait-il savoir que ça allait couter plein d’argent d’appeler le Père Noël ? Il n’avait jamais pensé que téléphoner coutait quoi que ce soit.

Sa mère s’effondra en pleurs dans le canapé. Il vint se serrer contre elle et s’excusa.

Elle passa ses mains sur ses yeux.

« A qui as-tu téléphoné mon chéri ?
- Au Père Noël.
- Au Père Noël ? Comment as-tu eu son numéro ? »

Il lui expliqua le site Internet, l’appel à passer pour obtenir le code, les questions, l’attente et la courte discussion avec le vieux monsieur.

« Il ne faut jamais appeler un numéro sans nous demander avant Sam. Là, ça nous coûte de l’argent, ce n’est pas très grave, mais il y aurait pu avoir des gens très méchants à l’autre bout du fil et tu aurais pu te mettre en danger. Tu as compris ?

- Oui maman. Je ne le ferai plus. Pardon. »

Alors qu’elle lui passait la main dans les cheveux, Samuel essayait de comprendre pourquoi le Père Noël acceptait de faire payer aussi cher pour qu’on puisse lui parler...

***

« T’es où ? Hein ? T’es où petit papa Noël ? Tu veux pas descendre du ciel connard ? Tu viens pas me faire chier aujourd’hui ? »

Yann était revenu à l’endroit où il avait croisé le Père Noël pour la dernière fois. Il avait envie d’aller plus loin : il était d’humeur à frapper quelqu’un. En vrai. Le faire payer pour tout. Même s’il n’était responsable de rien.

« T’es où ? » hurla-t-il devant un homme qui baissa la tête et traversa rapidement pour rejoindre le trottoir d’en face.

« Putain, c’est des conneries. »

Il repartit, se sentant soudain très con.

Il se dirigea vers le bar. Ce n’était pas mieux, mais il ne voyait pas quoi faire d’autre. Il traversa la route en courant et trébucha sur le bord du caniveau. Les mains dans les poches, il n’eut pas le réflexe de les sortir et tomba le nez en premier. Sous le coup, il s’évanouit.

Quand il émergea, il commença par entendre un moteur et une sirène. Il entrouvrit les yeux et fut aveuglé par la lumière forte de l’ambulance qui l’emmenait aux urgences.

19 décembre 2015

« Anna ? Salut, c’est Rosy.
- Salut Rosy ! Ca va ?
- Honnêtement, non.
- Ah... c’est Yann ?
- Entre autres. Après le chômage, l’alcool, ton frère s’est fracassé le nez hier soir.
- Quoi ?
- Oui. Près du bar où il passe son temps. Apparemment, il n’avait pas encore bu, mais il n’a quand même pas vu le trottoir... Il a perdu connaissance et les passants ont appelé le Samu. Bref, il a gagné un passage à l’hôpital, un beau pansement au milieu de la figure et moi un bon coup de stress.
- Et ben. Tu m’étonnes.
- Et puis au boulot, c’est toujours tendu...
- Mince.
- Et puis y’a Sam...
- Sam ? Qu’est-ce qui lui est arrivé ? C’est grave ?
- Non... enfin... Yann t’a dit qu’il s’est battu lundi avec un copain ?
- Sam s’est battu ? C’est pas possible.
- Si si, il l’a fait.
- Mais pourquoi ça ?
- Parce que son copain lui a dit que le Père Noël n’existe pas.
-...
- Et oui... Mon fils a cassé le nez d’un garçon qui lui disait la vérité sur un personnage qui n’existe pas... Après, il va se laisser pousser une barbe blanche et partir se former au djihad en Laponie...
- Rosy...
- Il y a autre chose. L’autre soir, il a voulu parler au Père Noël pour lui demander s’il venait à son fameux dîner... Alors il est allé sur un site internet où on lui a dit d’appeler un numéro en zéro huit machin chose...
- Oh non Sam !
- Je trouve ça très mignon qu’il y croit et tout, mais là, ça va trop loin. Anna, je me demande s’il ne faudrait pas que tu lui parles...
- Pour dire quoi ?
- Pour lui dire la vérité, que le Père Noël ne viendra pas à son diner...
- Ben... justement...
- Quoi ?
- Pour vendredi, j’ai demandé à un copain s’il pouvait venir faire le Père Noël.
- Ah...
- Ca t’embête ?
- Ben disons que là, le principe « si t’es pas sage, le Père Noël ne viendra pas te voir » n’a plus tellement de sens...
- Je sais bien... mais il s’est tellement investi dans ce repas...
- Et il a tellement cassé le nez de son copain ! Le message qu’on lui envoie, c’est quand même : « fais tout ce que tu veux comme conneries, tu n’auras pas de conséquences... »
- Et c’est à moi de le lui dire ?
- Tu penses qu’il nous écoutera ? Concernant Noël, en qui a-t-il le plus confiance ?
- Mais c’est horrible ce que tu me demandes de faire... Je vais lui dire quoi ? « Le Père Noël m’a appelé pour me dire que tu n’as pas été assez sage et qu’il ne viendra pas... »
- Tu peux aussi lui dire qu’il ne viendra pas parce qu’il n’existe pas...
- Oh non Rosy ! Pas une semaine avant !!! Je pense vraiment que c’est une mauvaise idée. Avant Noël prochain si tu veux, mais laisse lui ça encore cette année. »

Rosy réfléchit.

« Je sais pas Anna. Je sais pas. Tout va de travers là, je suis vraiment pas dans le trip du « merveilleux esprit de Noël », tu vois ?
- Je sais bien. Mais tu ne crois pas que Sam souffre déjà assez... » Elle laissa sa phrase en suspens.

« A cause de nous, c’est ça ? Va au bout de ta pensée Anna... Il souffre de ses parents qui pètent un câble, c’est ça ?
- Non, c’est pas ce que je veux dire... Tu sais très bien ce qu’il ressent : tu as la tête ailleurs, Yann se fait virer et se pète le nez en allant boire... On peut peut-être le laisser rêver encore un peu, non ? Je suis d’accord qu’il faudrait marquer le coup et qu’il ne peut pas taper sur les autres impunément, mais ne lui enlève pas tout de suite le Père Noël... s’il te plait... »

Rosy ne répondit pas tout de suite.
« - Est-ce que tu peux passer mardi soir ? On verra ça tous les trois avec Yann.
- Ok. Mais en attendant, vous ne faites rien ?
- Je vais faire mon possible, mais je ne réponds pas de ton frère... »




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