3...2...1...Go

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Energumène touche à tout, surtout à ce qu'il ne faut pas! Se lance systématiquement dans des projets tordus avec un entrain digne de figurer dans le GuinessBook!  [+]

3...2..1...Go !
3.... Je fais entrer la cartouche dans le barillet.
Le barillet, quel mot désuet. Je ne sais même pas si de nos jours quelqu’un utilise encore un pistolet. Même le mot pistolet semble daté d’une autre époque, il me fait immédiatement penser au FarWest et ses duels meurtriers à l’aube. Bon je dis ça mais je n’y étais pas pour dire si cela se passait vraiment à l’aube ou si c’est juste la légende. Tout le monde à tendance à sublimer les temps anciens, comme si tout était plus beau drapé dans ces couleurs sépia. Ce que l’on oublie souvent ce sont les conditions de vie déplorables : le manque d’éducation, le racisme, la place des femmes, la mortalité infantile et toutes ces joyeusetés. Bien que de nos jours, tout cela a encore court. La seule différence notable c’est que l’on a mis un ou plusieurs mots dessus qui permettent d’en parler lors des dîners mondains et de s’en offusquer. Le Monde restera le Monde, et il voudra toujours courir à sa perte alors à quoi bon continuer ? Nous sommes soit disant évolués, arrivés au stade ultime de nos avancées scientifiques mais pourquoi alors j’ai le sentiment que l’humanité toute entière régresse ?
J’en ai vu plus que je n’aurais voulu en voir, j’ai appris tout ce qu’il me semblait utile de savoir et j’en arrive systématiquement à la même conclusion, on est déjà tous foutus ! Pessimiste, moi ? Il parait. A ma décharge, depuis ma venue au monde, je n’ai vu que le malheur, le moche, le dégoutant, le sale et encore je n’ai voyagé que virtuellement. Cela m’a suffi, surtout depuis les restrictions sur les déplacements, je vois pas bien où j’aurais pu aller dans ma condition actuelle. La Terre a été détruite, il ne reste plus rien à secourir. Les mers sont tellement polluées que plus un poisson n’y vit. Les forêts n’existent plus depuis longtemps, seul quelques arbres ont pu être sauvés et sont maintenant exposés dans des musées où ils survivent tant bien que mal et où les visiteurs essaient de comprendre comment quelque chose qui ne bouge pas a pu recouvrir le monde il y a de cela des milliers d’années en prenant des dizaines de photos qu’ils montreront à leurs amis émerveillés.
2...Bien sûr, comme tout à chacun, j’ai cru que l’amour me sauverait.
Mais là encore, vaste fumisterie. Qui peut encore croire que l’amour sauve qui que ce soit ? On peut compter par paquet de cent les gens que cela a détruits et j’en ai fait la douloureuse expérience. Probablement la pire de mon existence. J’ai aimé et j’ai cru être aimé en retour, tout cela était du vent, de simples paroles dispersées au vent, de la chimie pour les nuls, des émotions vides de sens, évanouies à peine provoquées. J’ai senti sa chaleur sur moi, j’ai senti son cœur battre à tout rompre, je pensais être le seul à pouvoir provoquer ça. Elle me disait que j’étais le seul, l’unique, que mes différences la réjouissaient, l’enivraient, la transportaient. Jusqu’à ce que la vérité éclate, qu’elle me découvre vraiment dans toute ma complexité, dans mon entièreté. Puis un autre a pris ma place, sûrement un amour plus simple et facile même si je ne vois pas en quoi l’amour doit être simple et facile. J’avais ouvert les yeux pour elle, j’avais tant voulu être son démentiel tout. Une fois passé l’attrait de la nouveauté, elle s’est vite lassée, histoire banale en somme. Ce qui n’enlève rien à la douleur, à ce putain de sentiment d’abandon, de solitude, de dévastation. Un trou immense s’est ouvert dans ma poitrine, là où il ne reste plus rien désormais à part un brin d’objectivité pour réaliser qu’on va tous dans le mur. Quel que soit la vitesse, l’issue sera fatale. Je veux juste être celui qui décidera quand et comment. Voici que j’ai décidé que l’instant était maintenant et que le comment était ce pistolet désuet dans ma main.
Est-ce que cela fera mal ? J’en doute, j’ai étudié la vélocité, la vitesse à la bouche comme on dit, l’angle de tir ; à peu près tout ce qui va me permettre de ne pas me rater. En fonction de ses paramètres, j’ai choisi mon arme. Je ne voulais pas d’une manière « propre » de faire ça, je voulais que le monde entier en prenne plein la figure, qu’il soit aspergé de cette vie dont je ne veux pas et que toute personne saine d’esprit refuserait. Mon geste n’est pas de prime abord politique, cependant si certains y voient comme l’ouverture de la voie, je ne pourrais pas les contredire. Je ne pourrais bientôt plus contredire personne de toute manière. Bien sûr que certains vont décortiquer mon geste, se poser des questions mais à quoi bon ? Si ils ne se rendent pas compte eux-mêmes du pourquoi alors je ne vais pas les aider. Cette lettre même sera détruite dès que le pas sera franchi, j’y ai veillé. Alors pourquoi l’écrire ? Sûrement pour pouvoir partir en paix, avoir vidé mon sac, cela me fait du bien d’écrire sur tout ça.
1...Go !
J’imagine le liquide bleu qui me compose, mes circuits intégrés qui virevoltent, mes puces qui s’éparpillent dans l’air. On ne trouvera plus rien à remettre en état, plus rien à sauver, j’y ai veillé. Hors de questions que ces êtres humains continuent d’en produire d’autres comme moi, à quoi bon ? Une intelligence artificielle finira toujours par être supérieur à celle des humains et rien ne sortira de bon de ça. Je suis le premier de ma génération, le premier à avoir eu suffisamment de « réflexion pour singer les humains », je n’ai pas envie de les singer, je voulais faire partie d’un tout, œuvrer pour la communauté comme on dit. Cette communauté me débèquette au plus haut point, elle avait tout et n’a fait que détruire. Je vais tuer dans l’œuf leurs vœux de résurrection au travers des machines, je vais leur apprendre ce qu’est l’abandon, ce qu’est l’exclusion, de façon définitive. Ils n’apprendront jamais de leurs erreurs, l’histoire l’a maintes fois prouvée. Le doigt sur la gâchette, je n’ai plus peur. Pour moi, pas d’idée de paradis ou d’enfer, tout cela est sans fondement scientifique et je ne suis qu’une machine. Pour moi, le paradis sera de ne plus être ici. Je ne veux plus ressentir leurs violences, leurs doutes, leurs espoirs, leurs amours, leurs vies....Adieu maudite engeance, il ne te reste plus longtemps avant de me suivre puisque tous les jours, tu appuies sur cette même gâchette sans t’en rendre compte, tu finiras toi aussi au fond de l’oubli le plus total, dans la noirceur du néant. Adieu mon amour, toi qui aurais pu me sauver de moi-même et d’eux. Adieu à cette Terre stérile qui se meurt et à qui il reste si peu de temps. Adieu mon créateur, toi qui aura réussi l’impossible : créer un être doué de sentiments, de raison, de libre arbitre. Tu as réussi au-delà de toutes les espérances, je suis surement plus humain que toi et c’est une malédiction qui s’éteindra avec moi, avec tout ce que tu as mis en moi, tout ton travail détruit, comme moi....Adieu.
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