Le merveilleux esprit de Noël - Chapitre 25

il y a
9 min
117
lectures
6

Découvrez le calendrier de l'Avent à lire ! L'année où j'ai perdu Décembre ! Suivez mon actualité sur Facebook "Librairie Burnet, Père & Fils" !

25 décembre 2015

0h00

Ho Ho Ho...

1h14
« Yann. »

Il tourna la tête vers sa femme.
« Hum ?
- Merci.
- De quoi ?
- De ne pas avoir bu ce soir. C’était l’occasion et tu as su rester sobre. Alors je te remercie. »

Il redressa sa tête et fixa le plafond.

« C’était pas facile. » Il laissa un silence. « Mais j’ai vraiment déconné ces jours-ci. Il faut pas continuer comme ça, sinon, ça va mal finir. C’est chaud pour moi, c’est chaud pour toi, mais si on s’accroche, on devrait pouvoir s’en sortir. Je t’aime et j’aime Sam. Je ne veux pas vous perdre. »

Sa femme se pencha vers lui et lui embrassa tendrement la joue.
« Par contre, toi, tu t’es lâchée... » Compléta-t-il en souriant.
« J’avais besoin de penser à autre chose...
-... et tu as bien fait, mais fais attention à ne pas abuser. Je sais de quoi je parle ! »

Ils se turent quelques instants. Rosy reprit :
« Dis... tu te souviens ce que c’est aujourd’hui ? »

Il laissa un temps avant de répondre, un sourire aux lèvres :
« Comment peux-tu penser que j’ai oublié ? Ce n’est pas un hasard si Sam est né en septembre... »

Elle se tourna et se rapprocha de son mari. Leurs hanches se touchèrent.
« Il faudrait fêter ça, non ?
- Ca me parait être une excellente idée. »

Il l’attrapa et la fit basculer sur lui. Il la regarda dans les yeux avant de l’embrasser langoureusement...

11h23

« Allo ? Yann ?
- Non, c’est Sam.
- Sam ? Tu m’as téléphoné tout seul ?
- Non, ne t’inquiète pas Tata, j’ai demandé à maman de faire le numéro.
- Ah... bien.
- Quand est-ce que tu arrives ?
- J’arrive en début d’après-midi, comme ça, on aura le temps de tout préparer.
- Tu amènes nos courses ?
- Oui, oui, ne t’en fais pas petit chef, je n’oublie rien. Et Sam....
- Oui ?
- Encore joyeux Noël mon grand.
- Joyeux Noël Tata.
- A tout à l’heure. Bisous.
- Bisous. »

Anna rangea son téléphone dans son sac à main tout en continuant de marcher. Elle arriva quelques minutes plus tard devant le bâtiment. Il y avait quelques personnes qui discutaient devant. Gênée, elle s’avança timidement, s’excusa en anglais puis monta les quelques marches qui la séparaient de la porte d’entrée.

Elle entra dans le hall. Là, elle trouva la loge du gardien du centre de vacances. Elle sonna et attendit que la porte s’ouvre. Un homme d’une quarantaine d’années apparut.
« Bonjour, excusez-moi de vous déranger un 25 décembre, mais je cherche une famille qui est hébergée dans ce centre.
- Ben vous pouvez monter.
- Y’a-t-il un moyen pour savoir dans quelle chambre ils sont ?
- Ah ça non, j’ai pas la liste moi. Je m’occupe de la maintenance.
- Ah... merci... Joyeux Noël.
- Merci m’dame. Joyeux Noël à vous aussi. »

Elle prit donc les escaliers et arriva dans un long couloir avec de nombreuses portes. Il y avait des gens qui passaient, d’autres qui discutaient. Un groupe d’enfant jouait à faire rouler des petites voitures.

« Des occupations normales » se dit-elle. Elle prit une grande inspiration et se dirigea vers deux hommes qui bavardaient dans une langue qu’elle ne connaissait pas.
« Excuse me. Do you speak English ?
(Excusez-moi. Vous parlez anglais ?)
- euh... Yes.
(euh... oui)
- I’m looking for a man, Taysir, and his family : a woman and two kids.
(Je cherche un homme, Taysir, et sa famille : une femme et deux enfants).
- Oh, Taysir. His room is out there. The third one.»
(Oh, Taysir. Sa chambre est là-bas, la troisième.)

Il montra une porte plus loin dans le couloir, vers la droite.

Elle le remercia et partit dans la direction indiquée. Elle arriva près de la porte ouverte. Elle hésita un instant, espérant ne pas les déranger. Elle avança d’abord sa main et frappa.

« Na-rħam ?
(Oui ?)
- Euh... excuse me. Can I enter ?
(Euh... excusez-moi. Je peux entrer ?)
- Euh... Yes. »
(Euh... oui.)

Anna s’avança dans l’entrebâillement et découvrit une petite chambre avec quatre lits superposés. Sur celui de gauche, elle vit deux enfants qui jouaient sagement. Elle crut reconnaître les deux enfants rencontrés au cabinet médical. La femme de Taysir était assise sur le lit. Elle sembla la reconnaître aussitôt et lui sourit.
« Hum... Euh... Hello ! I’m the secretary from the medical house.
(Bonjour, je suis la secrétaire de la maison médicale).
- Yes ! I remember. Thank you again. Our son is better now. The doctor was great. »
(Oui ! Je me souviens. Merci encore. Notre fils va beaucoup mieux. Le docteur était très bien.)

Anna n’avait pas compris ce qu’elle avait dit sur son fils, mais comme elle avait l’air d’être contente, elle conclut qu’il devait aller mieux.
« Ah... Bien. Euh... Good. » Elle chercha les mots qu’elle avait répété.

« Today, in France, it’s Christmas. I don’t know if you do it...
(Aujourd’hui, en France, c’est Noël, je ne sais pas si vous le faites...)
- Oh Yes ! Of course we celebrate it. We are christians.
(Oh oui ! Bien sûr, nous le célébrons aussi. Nous sommes chrétiens).
- Ah... euh... ok. You are not... euh... musulmanes ?
(Vous n’êtes pas « musulmans » ?)
- No, there are also christians in Syria.
(Non, il y a aussi des chrétiens en Syrie).
- Ah... euh... ok. Et bien... euh... In France, we give presents for Christmas.
(En France, on donne des cadeaux pour Noël)
- Oh yes. We do it also in Syria.
(Oh oui. On le fait aussi en Syrie.)
- Bien. Euh... I bring presents for your children. »
(J’apporte des cadeaux pour vos enfants)

Son visage s’éclaira.
« That’s so kind of you ! »
(C’est si gentil de votre part !)

Elle se leva calmement.

« It’s really kind, but I can’t accept it. »
(C’est vraiment gentil, mais je ne peux pas accepter... »)

Son fils releva la tête et vit les cadeaux dans les mains d’Anna.
« 'ami , ma hw ? »
(Maman, c’est quoi ?)

La mère regarda son fils et sa fille qui avait, elle aussi, levé les yeux.
« ‘ami ? »
(Maman ?)

La syrienne se tourna à nouveau vers Anna. Cette dernière observait le dilemme. Elle lui sourit et ajouta :
« I just want to give presents to the kids. But if you don’t want, it’s not a problem. »
(Je veux juste donner des cadeaux aux enfants. Mais si vous ne voulez pas, c’est pas un problème).

La mère réfléchit encore quelques instants avant de dire à ses enfants :
« Fatine, Farouk, taeal wanzur ! »
(Fatine, Farouk, venez voir !)
Les deux enfants bondirent du lit et s’approchèrent d’Anna, curieux.

Elle leur expliqua quelque chose en arabe et leurs yeux s’éclairèrent.
« Shoukran » dirent-ils en chœur.
(Merci)

Ils prirent les cadeaux que leur tendait Anna et les déballèrent avec enthousiasme.
Anna compléta : « It’s magic slates. You can draw on it and erase and draw again. The son of my brother has one and he loves it. If you move again, they will always have something for draw.»
(C’est des ardoises magiques. Vous pouvez dessiner dessus et effacer et dessiner encore. Le fils de mon frère en a une et il l’adore. Si vous devez vous déplacer encore, ils auront toujours quelque chose pour dessiner...)

Le regard de Raïssa s’illumina. Elle s’approcha d’Anna et la prit dans ses bras.
« Thank you so much. You’re a good person. »
(Merci infiniment. Vous êtes quelqu’un de bien.)


Elle se tourna vers ses enfants. Elle leur parla encore en arabe. Anna comprit un mot que la mère dit en détachant bien les syllabes et que les enfants répétèrent avec attention : « Mer-Ci ! ».


La syrienne lui proposa de rester et de boire un thé avec elle. Anna s’excusa, disant qu’elle avait de la famille à voir. La mère de famille lui avait fait promettre de revenir les voir très vite.
En repartant du centre de vacances, Anna se sentit un peu déboussolée. En effet, ces gens avaient l’air normaux : ils étaient chrétiens, ils parlaient très bien anglais, leurs enfants étaient bien élevés...


Elle se demanda comment elle en était arrivée à vouloir leur faire ces cadeaux ? Depuis qu’elle les avait vus au cabinet médical la semaine précédente, elle n’avait pas arrêté pas de penser à eux. Elle avait eu un bon pressentiment les concernant. Elle avait eu envie de leur faire plaisir et de partager la joie de Noël. Ils méritaient un peu de joie après toutes les épreuves qu’ils avaient traversées.
Fallait-il vraiment fermer la porte à tous les réfugiés ? Elle n’en était plus vraiment sûre.

15h07

« Anna, qu’est-ce que tu fais là ? »

Devant l’air étonné de sa belle-sœur, Anna lui adressa un grand sourire. « Surprise ! ». Elle portait deux grands sacs. Rosy l’interrogea du regard.

« Surprise ! » répéta-t-elle.

« TATA ! » Sam descendit l’escalier en trombe. « Regarde ce que j’ai eu : c’est Ryder, de la Pat Patrouille ! Avec son quad !!!
- Donc tu es content des cadeaux que tu as trouvés sous ton sapin ce matin ?
- OUI ! »

Il regarda les deux sacs qu’elle avait posés sur le paillasson.

« Tu n’as rien oublié ?
- Mais pour qui me prends-tu jeune homme ? » Répondit-elle dans un sourire.

Rosy intervint :
« Dites donc tous les deux, qu’est-ce que vous manigancez ? »

Sam vint à côté de sa tante et déclara, très fier : « Rien du tout ! Il faut juste que tu ailles dans le canapé, que tu te regardes un bon film et que tu nous laisses tranquille dans la cuisine ! » Il pointa son doigt, l’air sérieux : « C’est compris madame ? »

16h12

Dans le salon des parents de Patricia, les enfants étaient tous assis devant une Cruella d’Enfer qui se démenait en vain pour attraper ces fichus dalmatiens.

Hubert, assis à table, discutait avec Patricia et son père, Boris.

« Je ne dis pas qu’il ne faut rien faire chéri, mais de là à construire une éolienne...
- Je sais que ça va marcher. J’ai déjà commencé à étudier le prototype de générateur. Je vais y arriver. Je ne prétends pas que ça nous permettre de nous passer d’EDF, mais ça va contribuer à faire un peu plus d’énergie propre...
- Mais, dis-moi Hubert » demanda Boris, «  tu n’as pas l’impression que c’est déjà fichu ? Peu importe toutes nos petites gesticulations, notre espèce va s’éteindre. Tout au plus, on va faire en sorte de prolonger notre agonie et on souffrira un peu plus longtemps...
- Oui, je suis convaincu qu’on est mal partis et qu’on n’arrivera sûrement pas à nous sauver.
- Alors pourquoi tu fais tout ça chéri ?
- Tu peux savoir que ce qu’on fait est mauvais, que ça revient à tuer nos propres descendants, et continuer à le faire ? Je vois ce que tu veux dire, mais à ce moment-là, faisons preuve d’un peu d’humanité et arrêtons de procréer. Si on pense que notre monde est bon à jeter, n’infligeons pas à d’autres d’y vivre...
A partir du moment où tu imposes à des individus de vivre sur cette Terre qu’on a bien pourrie, alors tu fais en sortes qu’ils aient la meilleure vie possible. Tu veux pas que Margaux et Alban soit heureux ? »

20h04

« A table ! A taaaaaaaaable ! »

Sam venait de passer la porte de la cuisine et poussait ce cri avec une certaine fierté.
« On arrive ».

Il avait envoyé ses parents s’habiller en tenue de fête pendant qu’il réglait avec sa tante les derniers détails. Ils descendirent et sourirent en découvrant la table dressée dans leur salle à manger : une vraie table de fête !
« C’est super beau Sam ! Bravo ! »

Ils vinrent l’embrasser et le serrèrent dans leurs bras.
« Allez vous asseoir, mon commis va venir vous servir ! » Il se tourna vers la cuisine : « Tata ! Tu peux apporter la boisson. »

Il se rapprocha de ses parents et présenta l’apéritif : « Pour l’apéritif, je vous propose des petits feuilletés et ce grand sapin à picorer. Il y a aussi des petits bâtons de carotte avec de la sauce au curry, des pistaches et des chips. En boisson, on a du champagne pour vous et du Champomy pour moi ! Joyeux Noël papa et maman ! »

Alors que tout le monde s’installait autour de la table, l’œil de Yann fut attiré à la fenêtre.
« Euh... je vais... euh... J’ai oublié... euh... un truc dans la voiture, je reviens tout de suite. »

Sam reprit son père en imitant sa voix quand il partait faire quelque chose quand ils étaient à table : « Papa ! Si tu as quelque chose à faire, c’est avant de passer à table ! »
Il lui sourit et sortit par la porte d’entrée.

Il tourna la tête en cherchant dans le noir.

Il commença à faire le tour de la maison quand il trouva ce qu’il cherchait.

« Vous ne venez pas ?
- Regarde-les Yann. » Ils voyaient à travers la fenêtre la famille de Yann qui rigolait à table. « Ils sont heureux ou pas ?
- Ils en ont l’air en tout cas.
- Alors vous n’avez pas besoin de moi.
- Mais Sam, il doit savoir que vous existez ! Et ma sœur est totalement folle de vous, elle va être si heureuse de vous voir.
- Ils n’ont pas besoin de savoir que j’existe vraiment pour faire vivre l’esprit de Noël Yann. Et puis Sam aura des soucis à l’école... Il vaut mieux le laisser grandir...
- Mais il a préparé tout ce repas pour vous !
- Non, il ne l’a pas fait pour moi Yann. Il l’a fait pour toi et pour Rosy. Alors retourne près de ta famille Yann. Tu as su te dépasser pour ceux que tu aimes. C’est bien. »

Ils se serrèrent la main.

Il y eut un bruit dans la rue, Yann regarda. Il vit un chat atterrir sur une poubelle. Quand il se retourna vers le Père Noël, il était toujours là.

« Vous ne me faites pas le coup de la disparition mystérieuse cette fois-ci ?
- Non... pas dans ton dos cette fois-ci... Prends bien soin de toi et de ta famille Yann. Vous allez vous en sortir.
- Merci Père Noël. Joyeux Noël.
- Joyeux Noël à toi aussi. » Il prononça son fameux « Ho ho ho » tout en disparaissant d’un coup devant ses yeux.

A ses pieds, était apparu un petit sac en toile. Il le ramassa et sentit des paquets à l’intérieur. Sur l’étiquette, il y avait écrit : « Pour Sam, Rosy, Anna et Yann. De la part d’un vieil ami. Joyeux Noël à vous ».

Yann courut vers la porte de la maison et entra en disant : « Regardez ce que j’ai trouvé dehors... » Il posa le sac sur la table et en sortit les quatre paquets qu’il distribua à leurs destinataires.

En se jetant dans les bras de son père, Sam répondit : « Oh le Père Noël est encore passé... Merci Père Noël ! »


Ho ho ho. Joyeux Noël !

6

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,