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poésie 461LECTURES

Ce qui plaît au dames

Or maintenant que le beau Dieu du jour
Des Africains va brûlant la contrée,
Qu’un cercle étroit chez nous borne son tour,
Et que l’hiver allonge la soirée,
Après souper pour vous désennuyer,
Mes chers amis, écoutez une histoire
Touchant un pauvre et noble chevalier,
Dont l’aventure est digne de mémoire.
Son nom était Messire Jean Robert,
Lequel vivait sous le roi Dagobert.
Il voyagea devers Rome la sainte,
Qui surpassait la Rome des Césars;
Il rapportait de son auguste enceinte,
Non des lauriers cueillis aux champs de Mars,
Mais des agnus avec des indulgences,
Et des pardons, et de belles dispenses;
Mon chevalier en était tout chargé,
D’argent fort peu; car dans ces temps de crise
Tout paladin fut très mal partagé;
L’argent n’allait qu’aux mains des gens d’église.
Sire Robert possédait pour tout bien
Sa vieille armure, un cheval et son chien;
Mais il avait reçu pour apanage
Les dons brillants de la fleur du bel âge;
Force d’Hercule, et grâce d’Adonis,
Dons fortunés qu’on prise en tout pays.
Comme il était assez près de Lutèce,
Au coin d’un bois qui borde Charenton,
Il aperçut la fringante Marton,
Dont un ruban nouait la blonde tresse:
Sa taille est leste, et son petit jupon
Laisse entrevoir sa jambe blanche et fine.
Robert avance, il lui trouve une mine
Qui tenterait les saints du paradis;
Un beau bouquet de roses et de lis
Est au milieu de deux pommes d’albâtre,
Qu’on ne voit point sans en être idolâtre;
Et de son teint la fleur et l’incarnat
De son bouquet auraient terni l’éclat.
Pour dire tout, cette jeune merveille
A son giron portait une corbeille,
Et s’en allait avec tous ses attraits
Vendre au marché du beurre et des oeufs frais.
Sire Robert, ému de convoitise,
Descend d’un saut, l’accolle avec franchise;
"J’ai vingt écus, dit-il, dans ma valise;
C’est tout mon bien, prenez encor mon coeur,
Tout est à vous." "C’est pour moi trop d’honneur",
Lui dit Marton. Robert presse la belle,
La fait tomber, et tombe aussitôt qu’elle,
Et la renverse, et casse tous ses oeufs.
Comme il cassait, son cheval ombrageux,
Epouvanté de la fière bataille,
Au loin s’écarte, et fuit dans la broussaille.
De Saint Denis un moine survenant
Monte dessus et trotte à son couvent.
Enfin Marton rajustant sa coiffure
Dit à Robert: "Où sont mes vingt écus?"
Le chevalier tout pantois et confus,
Cherchant en vain sa bourse et sa monture,
Veut s’excuser; nulle excuse ne sert;
Marton ne peut digérer son injure,
Et va porter sa plainte à Dagobert:
"Un chevalier, dit-elle, m’a pillée,
Et violée, et surtout point payée."
Le sage prince à Marton répondit:
"C’est de viol que je vois qu’il s’agit:
Allez plaider devant ma femme Berthe,
En tel procès la reine est très experte;
Bénignement elle vous recevra,
Et sans délai justice se fera."
Marton s’incline, et va droit à la reine.
Berthe était douce, affable, accorte, humaine,
Mais elle avait de la sévérité
Sur le grand point de la pudicité:
Elle assembla son conseil de dévotes;
Le chevalier sans éperons, sans bottes,
La tête nue et le regard baissé,
Leur avoua ce qui s’était passé;
Que vers Charonne il fut tenté du diable,
Qu’il succomba, qu’il se sentait coupable,
Qu’il en avait un très pieux remords;
Puis il reçut sa sentence de mort.
Robert était si beau, si plein de charmes,
Si bien tourné, si frais et si vermeil,
Qu’en le jugeant la reine et son conseil
Lorgnaient Robert et répandaient des larmes.
Marton de loin dans un coin soupira.
Dans tous les coeurs la pitié trouva place:
Berthe au conseil alors remémora
Qu’au chevalier on pouvait faire grâce,
Et qu’il vivrait pour peu qu’il eût d’esprit;
"Car vous savez que notre loi prescrit
De pardonner à qui pourra nous dire
Ce que la femme en tous les temps désire;
Bien entendu qu’il explique le cas
Très nettement, et ne nous fâche pas."
La chose étant au conseil exposée
Fut à Robert aussitôt proposée.
La bonne Berthe, afin de le sauver,
Lui concéda huit jour pour y rêver;
Il fit serment aux genoux de la reine
De comparaître au bout de la huitaine,
Remercia du décret lénitif,
Prit congé d’elle, et partit tout pensif.
"Comment nommer, disait-il en lui-même,
Très nettement ce que toute femme aime,
Sans la fâcher? la reine et son sénat
Ont aggravé mon trop piteux état.
J’aimerais mieux, puisqu’il faut que je meure,
Que sans délai l’on m’eût pendu sur l’heure."
Dans son chemin, dès que Robert trouvait
Ou femme, ou fille, il priait la passante,
De lui conter ce que plus elle aimait;
Toutes faisaient réponse différente,
Toutes mentaient; nulle n’allait au fait.
Sire Robert au diable se donnait.
Déjà sept fois l’astre qui nous éclaire
Avait doré les bords de l’hémisphère,
Quand sur un pré, sous des ombrages frais,
Il vit de loin vingt beautés ravissantes,
Dansant en rond; leurs robes voltigeantes
Etaient à peine un voile à leurs attraits.
Le doux zéphire, en se jouant auprès,
Laissait flotter leurs tresses ondoyantes;
Sur l’herbe tendre elles formaient leurs pas,
Rasant la terre et ne la touchant pas.
Robert approche, et du moins il espère
Les consulter sur sa maudite affaire.
En un moment tout disparaît, tout fuit.
Le jour baissait, à peine il était nuit;
Il ne vit plus qu’une vieille édentée,
Au teint de suite, à la taille écourtée,
Pliée en deux, s’appuyant d’un bâton;
Son nez pointu touche à son court menton;
D’un rouge brun sa paupière est bordée,
Quelques crins blancs couvrent son noir chignon;
Un vieux tapis qui lui sert de jupon
Tombe à moitié sur sa cuisse ridée;
Elle fit peur au brave chevalier.
Elle l’accoste, et d’un ton familier
Lui dit: "Mon fils, je vois à votre mine
Que vous avez un chagrin qui vous mine:
Apprenez-moi vos tribulations;
Nous souffrons tous, mais parler nous soulage;
Il est encor des consolations.
J’ai beaucoup vu: le sens vient avec l’âge.
Aux malheureux quelquefois mes avis
Ont fait du bien quand on les a suivis."
Le chevalier lui dit: "Hélas! ma bonne,
Je vais cherchant des conseils, mais en vain:
Mon heure arrive, et je dois en personne,
Sans plus attendre, être pendu demain,
Si je ne dis à la reine, à ses femmes,
Sans les fâcher, ce qui plaît tant aux dames."
La vieille alors lui dit: "Ne craignez rien;
Puisque vers moi le bon Dieu vous envoie,
Croyez, mon fils, que c’est pour votre bien:
Devers la cour cheminez avec joie;
Allons ensemble, et je vous apprendrai
Ce grand secret de vous tant désiré;
Mais jurez-moi qu’en me devant la vie,
Vous serez juste, et que de vous j’aurai
Ce qui me plaît et qui fait mon envie;
L’ingratitude est un crime odieux.
Faites serment, jurez par mes beaux yeux
Que vous ferez tout ce que je désire".
Le bon Robert le jura non sans rire.
"Ne riez point, rien n’est plus sérieux",
Reprit la vieille; et les voilà tous deux
Qui côte-à-côte arrivent en présence
De reine Berthe, et de la cour de France.
Incontinent le conseil assemblé,
La reine assise, et Robert appelé,
"Je sais, dit-il, votre secret, mes dames;
Ce qui vous plaît en tous lieux, en tous temps,
Quand de l’amour vous sentiriez les flammes,
N’est pas toujours d’avoir beaucoup d’amants;
Mais fille ou femme, ou veuve, ou laide, ou belle,
Ou pauvre, ou riche, ou galante, ou cruelle,
La nuit, le jour, veut être, à mon avis,
Tant qu’elle peut la maîtresse au logis.
Il faut toujours que la femme commande;
C’est là son goût, si j’ai tort qu’on me pende".
Comme il parlait, tout le conseil conclut
Qu’il parlait juste et qu’il touchait au but.
Robert absous baisait la main de Berthe,
Quand de haillons et de fange couverte
Au pied du trône on vit notre sans-dent
Criant justice, et la presse fendant;
On lui fait place, et voici sa harangue.
"O reine Berthe! ô beauté dont la langue
Ne prononça jamais que vérité,
Vous dont l’esprit connaît toute équité.
Vous dont le coeur s’ouvre à la bienfaisance,
Ce paladin ne doit qu’à ma science
Votre secret, il ne vit que par moi.
Il a juré mes beaux yeux et sa foi
Que j’obtiendrais de lui ce que j’espère;
Vous êtes juste, et j’attends mon salaire."
"Il est très vrai, dit Robert, et jamais
On ne me vit oublier les bienfaits;
Mais vingt écus, mon cheval, mon bagage
Et mon armure étaient tout mon partage;
Un moine noir a par dévotion
Saisi le tout quand j’assaillis Marton;
Je n’ai plus rien, et malgré ma justice,
Je ne saurais payer ma bienfaitrice."
La reine dit: "Tout vous sera rendu;
On punira votre voleur tondu.
Votre fortune, en trois parts divisée,
Fera trois lots justement compensés;
Les vingt écus à Marton la lésée
Sont dus de droit, et pour ses oeufs cassés.
La bonne vieille aura votre monture;
Et vous, Robert; vous aurez votre armure."
La vieille dit: "Rien n’est plus généreux,
Mais ce n’est pas son cheval que je veux;
Rien de Robert ne me plaît que lui-même;
C’est sa valeur et ses grâces que j’aime:
Je veux régner sur son coeur amoureux;
De ce trésor ma tendresse est jalouse:
Entre mes bras Robert doit vivre heureux;
Dès cette nuit je prétends qu’il m’épouse."
A ce discours que l’on n’attendait pas,
Robert glacé laisse tomber ses bras.
Puis fixement contemplant la figure
Et les haillons de notre créature,
Dans son horreur il recula trois pas,
Signa son front; et d’un ton lamentable,
Il s’écriait: "Ai-je donc mérité
Ce ridicule et cette indignité?
J’aimerais mieux que votre majesté
Me fiançât à la mère du diable;
La vieille est folle, elle a perdu l’esprit."
Lors tendrement notre sans-dent reprit:
"Vous le voyez, ô reine! il me méprise;
Il est ingrat, les hommes le sont tous;
Mais je vaincrai ses injustes dégoûts;
De sa beauté j’ai l’âme trop éprise,
Je l’aime trop pour qu’il ne m’aime pas.
Le coeur fait tout: j’avoue avec franchise
Que je commence à perdre mes appas;
Mais j’en serai plus tendre et plus fidèle:
On en vaut mieux, on orne son esprit,
On sait penser, et Salomon a dit
Que femme sage est plus que femme belle.
Je suis bien pauvre, est-ce un si grand malheur?
La pauvreté n’est point un déshonneur.
N’est-on content que sur un lit d’ivoire?
Et vous, madame, en ce palais de gloire,
Quand vous couchez côte à côte du roi,
Dormez-vous mieux, aimez-vous mieux que moi?
De Philémon vous connaissez l’histoire:
Amant aimé dans le coin d’un taudis,
Jusqu’à cent ans il caressa Baucis.
Les noirs chagrins, enfants de la vieillesse,
N’habitent point sous nos rustiques toits;
Le vice fuit où n’est point la mollesse;
Nous servons Dieu, nous égalons les rois;
Nous soutenons l’honneur de vos provinces;
Nous vous faisons de vigoureux soldats;
Et croyez-moi, pour peupler vos états,
Les pauvres gens valent mieux que vos princes.
Que si le ciel à mes chastes désirs
N’accorde pas le bonheur d’être mère,
L’hymen encore offre d’autres plaisirs:
Les fleurs du moins sans les fruits peuvent plaire.
On me verra jusqu’à mon dernier jour
Cueillir les fleurs de l’arbre de l’amour."
La décrépite en parlant de la sorte
Charme le coeur des dames du palais.
On adjugea Robert à ses attraits;
De son serment la sainteté l’emporte
Sur son dégoût; la dame encor voulut
Etre à cheval, entre ses bras, menée
A sa chaumière, où ce noble hyménée
Doit s’achever dans la même journée,
Et tout fut fait comme à la vieille il plut.
Le chevalier sur son cheval remonte,
Prend tristement sa femme entre ses bras,
Saisi d’horreur et rougissant de honte,
Tenté cent fois de la jeter à bas,
De la noyer; mais il ne le fit pas;
Tant des devoirs de la chevalerie
La loi sacrée était alors chérie.
Sa tendre épouse en trottant avec lui
S’étudiait à charmer son ennui;
Lui rappelait les exploits de sa race,
Lui racontait comment le grand Clovis
Assassina trois rois de ses amis,
Comment du ciel il mérita la grâce.
Elle avait vu le beau pigeon béni
Du haut des cieux apportant à Rémi
L’ampoule sainte et le céleste chrême
Dont ce grand roi fut oint dans son baptême.
Elle mêlait à ses narrations
Des sentiments et des réflexions,
Des traits d’esprit et de morale pure,
Qui, sans couper le fil de l’aventure,
Faisaient penser l’auditeur attentif,
Et l’instruisaient, mais sans l’air instructif.
Le bon Robert à toutes ces merveilles,
Le coeur ému, prêtait ses deux oreilles,
Tout délecté quand sa femme parlait,
Prêt à mourir quand il la regardait.
L’étrange couple arrive à la chaumière
Que possédait l’affreuse aventurière;
Elle se trousse et de sa sale main
De son époux arrange le festin,
Frugal repas fait pour ce premier âge,
Plus célébré qu’imité par le sage.
Deux ais pourris sur trois pieds inégaux
Formaient la table où les époux soupèrent,
A peine assis sur deux minces tréteaux:
Du triste époux les regards se baissèrent.
La décrépite égaya le repas
Par des propos plaisants et délicats,
Par ces bons mots qui piquent et qu’on aime,
Si naturels que l’on croirait soi-même
Les avoir dits. Robert fut si content
Qu’il en sourit, et qu’il crut un moment
Qu’elle pouvait lui paraître moins laide.
Elle voulut, quand le souper finit,
Que son époux vînt avec elle au lit:
Le désespoir, la fureur le possède
A cette crise: il souhaite la mort;
Mais il se couche, il se fait cet effort;
Il l’a promis, le mal est sans remède.
Ce n’était point deux sales demi-draps,
Percés de trous, et rongés par les rats,
Mal étendus sur de vieilles javelles,
Mal recousus encor par des ficelles,
Qui révoltaient le guerrier malheureux;
Du saint Hymen les devoirs rigoureux
S’offraient à lui sous un aspect horrible;
"Le ciel, dit-il, voudrait-il l’impossible?
A Rome on dit que la grâce d’en-haut
Donne à la fois le vouloir et le faire;
La grâce et moi nous sommes en défaut.
Par son esprit ma femme a de quoi plaire,
Son coeur est bon; mais dans le grand conflit,
Peut-on jouir du coeur ou de l’esprit?"
Ainsi parlant le bon Robert se jette
Froid comme glace au bord de sa couchette;
Et pour cacher son cruel déplaisir,
Il feint qu’il dort, mais il ne peut dormir.
La vieille alors lui dit d’une voix tendre,
En le pinçant: "Ah! Robert, dormez-vous?
Charmant ingrat, cher et cruel époux,
Je suis rendue, hâtez-vous de vous rendre;
De ma pudeur les timides accents
Sont subjugués par la voix de mes sens.
Régnez sur eux ainsi que sur mon âme;
Je meurs, je meurs! ciel! à quoi réduis-tu
Mon naturel qui combat ma vertu!
Je me dissous, je brûle, je me pâme,
Ah! le plaisir m’enivre malgré moi;
Je n’en peux plus, faut-il mourir sans toi!
Va, je le mets dessus ta conscience."
Robert avait un fond de complaisance,
Et de candeur, et de religion;
De son épouse, il eut compassion.
"Hélas! dit-il, j’aurais voulu, madame,
Par mon ardeur égaler votre flamme;
Mais que pourrai-je?" "Allez, vous pourrez tout,
Reprit la vieille; il n’est rien à votre âge
Dont un grand coeur enfin ne vienne à bout,
Avec des soins, de l’art et du courage;
Songez combien les dames de la cour
Célébreront ce prodige d’amour.
Je vous parais peut-être dégoûtante,
Un peu ridée, et même un peu puante:
Cela n’est rien pour des héros bien nés;
Fermez les yeux et bouchez-vous le nez."
Le chevalier, amoureux de la gloire,
Voulut enfin tenter cette victoire;
Il obéit, et se piquant d’honneur,
N’écoutant plus que sa rare valeur,
Aidé du ciel, trouvant dans sa jeunesse
Ce qui tient lieu de beauté, de tendresse,
Fermant les yeux, se mit à son devoir.
"C’en est assez, lui dit sa tendre épouse,
J’ai vu de vous ce que j’ai voulu voir;
Sur votre coeur j’ai connu mon pouvoir;
De ce pouvoir ma gloire était jalouse;
J’avais raison; convenez-en, mon fils,
Femme toujours est maîtresse au logis.
Ce qu’à jamais, Robert, je vous demande,
C’est qu’à mes soins vous vous laissiez guider:
Obéissez, mon amour vous commande.
D’ouvrir les yeux et de me regarder."
Robert regarde; il voit à la lumière
De cent flambeaux, sur vingt lustres placés,
Dans un palais, qui fut cette chaumière,
Sous des rideaux de perles rehaussés,
Une beauté dont le pinceau d’Apelle,
Ou de Vanlo, ni le ciseau fidèle
Du bon Pigal, Lemoine, ou Phidias,
N’auraient jamais imité les appas.
C’était Vénus, mais Vénus amoureuse,
Telle qu’elle est, quand les cheveux épars,
Les yeux noyés dans sa langueur heureuse,
Entre ses bras elle attend le dieu Mars.
"Tout est à vous, ce palais et moi-même,
Jouissez-en, dit-elle à son vainqueur:
Vous n’avez point dédaigné la laideur,
Vous méritez que la beauté vous aime."
Or maintenant j’entends mes auditeurs
Me demander quelle était cette belle
De qui Robert eut les tendres faveurs.
Mes chers amis, c’était la fée Urgelle,
Qui dans son temps protégea nos guerriers,
Et fit du bien aux pauvres chevaliers.
O l’heureux temps que celui de ces fables,
Des bons démons, des esprits familiers,
Des farfadets, aux mortels secourables!
On écoutait tous ces faits admirables
Dans son château, près d’un large foyer:
Le père et l’oncle, et la mère et la fille,
Et les voisins, et toute la famille
Ouvraient l’oreille à monsieur l’aumônier,
Qui leur faisait des contes de sorcier.
On a banni les démons et les fées;
Sous la raison les grâces étouffées
Livrent nos coeurs à l’insipidité;
Le raisonner tristement s’accrédite;
On court, hélas! après la vérité;
Ah! croyez-moi, l’erreur a son mérite.