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conte 169LECTURES

Azolan

A son aise dans son village
Vivait un jeune musulman,
Bien fait de corps, beau de visage,
Et son nom était Azolan ;
Il avait transcrit l’Alcoran,
Et par cœur il allait l’apprendre.
Il fut, dès l’âge le plus tendre,
Dévot à l’ange Gabriel.
Ce ministre emplumé du ciel
Un jour chez lui daigna descendre.
« J’ai connu, dit-il, mon enfant,
Ta dévotion non commune :
Gabriel est reconnaissant,
Et je viens faire ta fortune ;
Tu deviendras dans peu de temps
Iman de La Mecque et Médine ;
C’est, après la place divine
Du grand commandeur des croyants,
Le plus opulent bénéfice
Que Mahomet puisse donner.
Les honneurs vont t’environner
Quand tu seras en exercice ;
Mais il faut me faire serment
De ne toucher femme ni fille;
De n’en voir jamais qu’à la grille,
Et de vivre très chastement. »
Le beau jeune homme étourdiment,
Pour avoir des biens de l’Eglise,
Conclut cet accord imprudent,
Sans penser faire une sottise.
Monsieur l’iman fut enchanté
De l’éclat de sa dignité,
Et même encor de la finance
Dont il se vit d’abord payé
Par un receveur d’importance,
Qui la partageait par moitié.
Tant d’honneur et tant d’opulence
N’étaient rien sans un peu d’amour.
Tous les matins, au point du jour,
Le jeune Azolan tout en flamme,
Et par son serment empêché,
Se dit, dans le fond de son âme,
Qu’il a fait un mauvais marché.
Il rencontre la belle Amine,
Aux yeux charmants, au teint fleuri ;
Il l’adore, il en est chéri.
« Adieu La Mecque, adieu Médine;
Adieu l’éclat d’un vain honneur,
Et tout ce pompeux esclavage;
La seule Amine aura mon cœur:
Soyons heureux dans mon village. »
L’archange aussitôt descendit
Pour lui reprocher sa faiblesse.
Le tendre amant lui répondit :
« Voyez seulement ma maîtresse.
Vous vous êtes moqué de moi.
Notre marché fit mon supplice ;
Je ne veux qu’Amine et sa foi :
Reprenez votre bénéfice.
Du bon prophète Mahomet
J’adore à jamais la prudence :
Aux élus l’amour il permet ;
Il fait bien plus, il leur promet
Des Amine pour récompense.
Allez, mon très cher Gabriel,
J’aurai toujours pour vous du zèle ;
Vous pouvez retourner au ciel ;
Je n’y veux pas aller sans elle. »