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conte 89LECTURES

La notairesse

Profitant du jour de fête, le notaire, monsieur Pin, est allé à la pêche, et comme il n’y a pas de voleurs dans cette jolie petite ville de Nioul, la servante, en partant pour faire ses commissions, a laissé la porte de la maison entr’ouverte. Si bien qu’arrivant avec la lettre de son père, le jeune Saturnin Lorion, à peine âgé de seize ans, sonne en vain, prend le parti d’entrer, de gravir le vieil escalier, d’aller devant lui au hasard, et il arrive tout droit à la chambre de madame Rosine Pin.
La fenêtre est ouverte sur le jardin ; il fait un temps d’été, chaud et délicieux. À travers les persiennes baissées où le soleil dessine des fleurs d’or, montent mille parfums et mille murmures. Toute férue d’amour, tandis que son notaire de mari pêche à la ligne, la jeune femme déchevelée, à peine voilée d’une chemise transparente d’où sortent ses seins aux bouts roses, est vautrée sur un divan, une jambe de-ci, une jambe de-là, et un rayon vient caresser ses pieds charmants. Entré sur ces entrefaites, le jeune Saturnin Lorion ne sait que devenir, perd la tête, et se jetant sur madame Rosine comme la Pauvreté sur le monde, lui baise les mains, les bras, les yeux, les cheveux, et tout ! Enlacé par deux bras de neige, il perd toute notion du juste et de l’injuste, roule éperdu à travers des abîmes de félicité, et cependant, quand la jolie dame revient à elle, éprouve, par scrupule, le besoin de justifier sa présence.
— Madame, dit-il, j’apportais une lettre de mon père à monsieur votre mari. C’est moi qui suis le petit clerc.
— Hé ! pas si petit ! dit la notairesse, en se pourléchant les babines.