Petits dialogues philosophiques

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Plus moraliste que poète, Chamfort est une des plumes les plus amères du XVIIIe siècle. Il se démarque par son esprit et brille dans les salons parisiens. Son suicide raté est le plus célèbre  [+]

I
A. – Comment avez-vous fait pour n’être plus sensible ?
B. – Cela s’est fait par degrés.
A. – Comment ?
B. – Dieu m’a fait la grâce de n’être plus aimable ; je m’en suis aperçu, et le reste a été tout seul.

II
A. – Vous ne voyez plus M... ?
B. – Non, il n’est plus possible.
A. – Comment ?
B. – Je l’ai vu, tant qu’il n’était que de mauvaises mœurs, mais depuis qu’il est de mauvaise compagnie, il n’y a pas moyen.

III
A. – Je suis brouillé avec elle.
B. – Pourquoi ?
A. – J’en ai dit du mal.
B. – Je me charge de vous raccommoder ; quel mal en avez-vous dit ?
A. – Qu’elle est coquette.
B. – Je vous réconcilie.
A. – Qu’elle n’est pas belle.
B. – Je ne m’en mêle plus.

IV
A. – Croiriez-vous que j’ai vu Madame de... pleurer son ami, en présence de quinze personnes ?
B. – Quand je vous disais que c’était une femme qui réussirait à tout ce qu’elle voudrait entreprendre.

V
A. – Vous marierez-vous ?
B. – Non.
A. – Pourquoi ?
B. – Parce que je serais chagrin.
A. – Pourquoi ?
B. – Parce que je serais jaloux ?
A. – Et pourquoi seriez-vous jaloux ?
B. – Parce que je serais cocu.
A. – Qui vous a dit que vous seriez cocu ?
B. – Je serais cocu, parce que je le mériterais.
A. – Et pourquoi le mériteriez-vous ?
B. – Parce que je me serais marié.

VI
Le Cuisinier. – Je n’ai pu acheter ce saumon.
Le Docteur de Sorbonne. – Pourquoi ?
Le C. – Un Conseiller le marchandait.
Le D. – Prends ces cent écus ; et va m’acheter le saumon et le conseiller.

VII
A. – Vous êtes bien au fait des intrigues de nos ministres !
B. – C’est que j’ai vécu avec eux.
A. – Vous vous en êtes bien trouvé, j’espère.
B. – Point du tout. Ce sont des joueurs qui m’ont montré leurs cartes, qui ont même, en ma présence, regardé dans le talon, mais qui n’ont point partagé avec moi les profits du gain de la partie.

VIII
Le Vieillard. – Vous êtes misanthrope de bien bonne heure. Quel âge avez-vous ?
Le Jeune Homme. – Vingt-cinq ans.
Le V. – Comptez-vous vivre plus de cent ans ?
Le J.H. – Pas tout à fait.
Le V. – Croyez-vous que les hommes seront corrigés dans soixante-quinze ans ?
Le J.H. – Cela serait absurde à croire.
Le V. – Il faut que vous le pensiez pourtant, puisque vous vous emportez contre leurs vices... Encore cela ne serait-il pas raisonnable, quand ils seraient corrigés d’ici à soixante-quinze ans ; car il ne vous resterait plus de tems pour jouir de la réforme que vous auriez opérée.
Le J.H. – Votre remarque mérite quelque considération : j’y penserai.

IX
A. – Il a cherché à vous humilier.
B. – Celui qui ne peut être honoré que par lui-même, n’est guère humilié par personne.

X
A. – La femme qu’on me propose n’est pas riche.
B. – Vous l’êtes.
A. – Je veux une femme qui le soit. Il faut bien s’assortir.

XI
A. – Je l’ai aimée à la folie ; j’ai cru que j’en mourrais de chagrin.
B. – Mourir de chagrin ! mais vous l’avez eue ?
A. – Oui.
B. – Elle vous aimait ?
A. – À la fureur, et elle a pensé en mourir aussi.
B. – Eh bien ! comment donc pouviez-vous mourir de chagrin ?
A. – Elle voulait que je l’épousasse.
B. – Eh bien ! Une jeune femme belle et riche, qui vous aimait, dont vous étiez fou.
A. – Cela est vrai, mais épouser, épouser ! Dieu merci, j’en suis quitte à bon marché.

XII
A. – La place est honnête.
B. – Vous voulez dire lucrative.
A. – Honnête ou lucratif, c’est tout un.

XIII
A. – Ces deux femmes sont fort amies, je crois.
B. – Amies ! là... vraiment ?
A. – Je le crois, vous dis-je ; elles passent leur vie ensemble ; au surplus, je ne vis pas assez dans leur société pour savoir si elles s’aiment ou se haïssent.

XIV
A. – M. de R... parle mal de vous.
B. – Dieu a mis le contrepoison de ce qu’il peut dire, dans l’opinion qu’on a de ce qu’il peut faire.

XV
A. – Vous connaissez M. le comte de... ; est-il aimable ?
B. – Non. C’est un homme plein de noblesse, d’élévation, d’esprit, de connaissances : voilà tout.

XVI
A. – Je lui ferais du mal volontiers.
B. – Mais il ne vous en a jamais fait.
A. – Il faut bien que quelqu’un commence.

XVII
Damon. – Clitandre est plus jeune que son âge. Il est trop exalté. Les maux publics, les torts de la Société, tout l’irrite et le révolte.
Célimène. – Oh ! il est jeune encore, mais il a un bon esprit ; il finira par se faire vingt mille livres de rente, et prendre son parti sur tout le reste.

XVIII
A. – Il paraît que tout le mal dit par vous sur Madame de... n’est que pour vous conformer au bruit public, car il me semble que vous ne la connaissez point.
B. – Moi, point du tout.

XIX
A. – Pouvez-vous me faire le plaisir de me montrer le portrait en vers que vous avez fait de Madame de... ?
B. – Par le plus grand hasard du monde, je l’ai sur moi.
A. – C’est pour cela que je vous le demande.

XX
Damon. – Vous me paraissez bien revenu des femmes, bien désintéressé à leur égard.
Clitandre. – Si bien que, pour peu de chose, je vous dirais ce que je pense d’elles.
Dam. – Dites-le-moi.
Clit. – Un moment. Je veux attendre encore quelques années. C’est le parti le plus prudent.

XXI
A. – J’ai fait comme les gens sages, quand ils font une sottise.
B. – Que font-ils ?
A. – Ils remettent la sagesse à une autre fois.

XXII
A. – Voilà quinze jours que nous perdons. Il faut pourtant nous remettre.
B. – Oui, dès la semaine prochaine.
A. – Quoi ! sitôt ?

XXIII
A. – On a dénoncé à M. le Garde des Sceaux une phrase de M. de L...
B. – Comment retient-on une phrase de L... ?
A. – Un espion !

XXIV
A. – Il faut vivre avec les vivans.
B. – Cela n’est pas vrai ; il faut vivre avec les morts [1].

XXV
A. – Non, Monsieur, votre droit n’est point d’être enterré dans cette chapelle.
B. – C’est mon droit ; cette chapelle a été bâtie par mes ancêtres.
A. – Oui, mais, il y a eu depuis une transaction qui ordonne qu’après Monsieur votre père qui est mort, ce soit mon tour.
B. – Non, je n’y consentirai pas. J’ai le droit d’y être enterré, d’y être enterré tout à l’heure.

XXVI
A. – Monsieur, je suis un pauvre comédien de province qui veut rejoindre sa troupe : je n’ai pas de quoi...
B. – Vieille ruse, Monsieur, il n’y a point là d’invention, point de talent.
A. – Monsieur, je venais sur votre réputation...
B. – Je n’ai point de réputation, et ne veux point en avoir.
A. – Ah ! Monsieur !
B. – Au surplus, vous voyez à quoi elle sert, et ce qu’elle rapporte.

XXVII
A. – Vous aimez Mademoiselle..., elle sera une riche héritière.
B. – Je l’ignorais : je croyais seulement qu’elle serait un riche héritage.

XXVIII
Le Notaire. – Fort bien, Monsieur, dix mille écus de legs ; ensuite ?
Le Mourant. – Deux mille écus au notaire.
Le N. – Monsieur, mais où prendra-t-on l’argent de tous ces legs ?
Le M. – Eh ! mais vraiment, voilà ce qui m’embarrasse.

XXIX
A. – Madame..., jeune encore, avait épousé un homme de soixante-dix-huit ans qui lui fit cinq enfans.
B. – Ils n’étaient peut-être pas de lui.
A. – Je crois qu’ils en étaient, et je l’ai jugé à la haine que la mère avait pour eux.

XXX
La Bonne à l’Enfant. – Cela vous a-t-il amusée ou ennuyée ?
Le Père. – Quelle étrange question ! Plus de simplicité. Ma petite ?
La Petite Fille. – Papa ? Le Père. – Quand tu es revenue de cette maison-là, quelle était ta sensation ?

XXXI
A. – Connaissez-vous Madame de B... ?
B. – Non.
A. – Mais vous l’avez vue souvent.
B. – Beaucoup.
A. – Eh bien ?
B. – Je ne l’ai pas étudiée.
A. – J’entends.

XXXII
Clitandre. – Mariez-vous.
Damis. – Moi, point du tout ; je suis bien avec moi, je me conviens, et je me suffis. Je n’aime point, je ne suis point aimé. Vous voyez que c’est comme si j’étais en ménage, ayant maison et vingt-cinq personnes à souper tous les jours.

XXXIII
A. – M. de... vous trouve une conversation charmante [2].
B. – Je ne dois pas mon succès à mon partenaire, lorsque je cause avec lui.

XXXIV
A. – Concevez-vous, M..., comme il a été peu étonné d’une infamie qui nous a confondus !
B. – Il n’est pas plus étonné des vices d’autrui que des siens.

XXXV
A. – Jamais la Cour n’a été si ennemie des gens d’esprit.
B. – Je le crois, jamais elle n’a été plus sotte, et quand les deux extrêmes s’éloignent, le rapprochement est plus difficile.

XXXVI
Dam. – Vous marierez-vous ?
Clit. – Quand je songe que, pour me marier, il faudrait que j’aimasse, il me paraît, non pas impossible, mais difficile, que je me marie ; mais quand je songe qu’il faudrait que j’aimasse et que je fusse aimé, alors, je crois qu’il est impossible que je me marie.

XXXVII
Dam. – Pourquoi n’avez-vous rien dit quand on a parlé de M... ? Clit. – Parce que j’aime mieux que l’on calomnie mon silence que mes paroles.

XXXVIII
Madame de... – Qui est-ce qui vient vers nous ?
M. de C... – C’est Madame de Ber...
Madame de... – Est-ce que vous la connaissez ?
M. de C... – Comment ? vous ne vous souvenez donc pas du mal que nous en avons dit hier !

XXXIX
A. – Ne pensez-vous pas que le changement arrivé dans la Constitution sera nuisible aux Beaux-Arts ?
B. – Au contraire. Il donnera aux âmes, aux génies, un caractère plus ferme, plus noble, plus imposant. Il nous restera le goût, fruit des beaux ouvrages du siècle de Louis XIV, qui, se mêlant à l’énergie nouvelle qu’aura prise l’esprit national, nous fera sortir du cercle des petites conventions qui avaient gêné son essor.

XL
A. – Détournez la tête. Voilà M. de L...
B. – N’ayez pas peur : il a la vue basse.
A. – Ah ! Que vous me faites de plaisir ! Moi, j’ai la vue longue, et je vous jure que nous ne nous rencontrerons jamais.

XLI
SUR UN HOMME SANS CARACTÈRE.
Dor. – Il aime beaucoup M. de B...
Philinte. – D’où le sait-il ? qui lui a dit cela ?

XLII
DE DEUX COURTISANS.
A. – Il y a longtemps que vous n’avez vu M. Turgot ?
B. – Oui.
A. – Depuis sa disgrâce, par exemple.
B. – Je le crois : j’ai peur que ma présence ne lui rappelle l’heureux tems où nous nous rencontrions tous les jours chez le Roi.

XLIII
DU ROI DE PRUSSE ET DE DARGET.
Le Roi. – Allons, Darget, divertis-moi : conte-moi l’étiquette du Roi de France : commence par son lever.
Alors, Darget entre dans tout le détail de ce qui se fait, dénombre les officiers, les valets de chambre, leurs fonctions, etc.
Le Roi (en éclatant de rire). – Ah ! grand Dieu ! si j’étais Roi de France, je ferais un autre roi pour faire toutes ces choses-là à ma place.

XLIV
DE L’EMPEREUR ET DU ROI DE NAPLES.
Le Roi. – Jamais éducation ne fut plus négligée que la mienne.
L’Empereur. – Comment ? (à part.) Cet homme vaut quelque chose.
Le Roi. – Figurez-vous qu’à vingt ans je ne savais pas faire une fricassée de poulet ; et le peu de cuisine que je sais, c’est moi que me le suis donné.

XLV
ENTRE MADAME DE B... ET M. DE L...
M. de L... – C’est une plaisante idée, de nous faire dîner tous ensemble. Nous étions sept, sans compter votre mari.
Madame de B... – J’ai voulu rassembler tout ce que j’ai aimé, tout ce que j’aime encore d’une manière différente, et qui me le rend. Cela prouve qu’il y a encore des mœurs en France ; car je n’ai eu à me plaindre de personne, et j’ai été fidèle à chacun pendant son règne.
M. de L... – Cela est vrai ; il n’y a que votre mari qui, à toute force, pourrait se plaindre.
Madame de B... – J’ai bien plus à me plaindre de lui, qui m’a épousée sans que je l’aimasse.
M. de L... – Cela est juste. À propos ; mais un tel, vous ne me l’avez point avoué : est-ce avant ou après moi ?
Madame de B... – C’est avant ; je n’ai jamais osé vous le dire ; j’étais si jeune quand vous m’avez eue ! M. de L... – Une chose m’a surpris.
Madame de B... – Qu’est-ce ?
M. de L... – Pourquoi n’aviez-vous pas prié le chevalier de S... ? Il nous manquait.
Madame de B... – J’en ai été bien fâchée. Il est parti il y a un mois, pour l’Isle de France.
M. de L... – Ce sera pour son retour.

XLVI
ENTRE MADAME DE L... ET M. DE B...
M. de B... – Ah ! ma chère amie, nous sommes perdus : votre mari sait tout.
Madame de L... – Comment ? Quelque lettre surprise.
M. de B... – Point du tout.
Madame de L... – Une indiscrétion ? Une méchanceté de quelques-uns de nos amis ?
M. de B... – Non.
Madame de L... – Eh bien ! quoi, qu’est-ce ?
M. de B... – Votre mari est venu ce matin m’emprunter cinquante louis.
Madame de L... – Les lui avez-vous prêtés ?
M. de B... – Sur-le-champ.
Madame de L... – Oh bien ! il n’y a pas de mal ; il ne sait plus rien.

XLVII
ENTRE QUELQUES PERSONNES, APRÈS LA PREMIÈRE REPRÉSENTATION DE L’OPÉRA DES DANAÏDES PAR LE BARON DE TSCHOUDY.
A. – Il y a dans cet opéra quatre-vingt-dix-huit morts.
B. – Comment ?
C. – Oui. Toutes les filles de Danaüs, hors Hypermnestre ; et tous les fils d’Egyptus, hors Lyncée.
D. – Cela fait bien quatre-vingt-dix-huit morts.
E., Médecin de profession. – Cela fait bien des morts ; mais il y a en effet bien des épidémies.
F., Prêtre de son métier. – Dites-moi un peu ; dans quelle paroisse cette épidémie s’est-elle déclarée ? Cela a dû rapporter beaucoup au curé.

XLVIII
ENTRE D’ALEMBERT ET UN SUISSE DE PORTE.
Le Suisse. – Monsieur, où allez-vous ?
D’Alembert. – Chez M. de...
Le S. – Pourquoi ne me parlez-vous pas ?
D’Al. – Mon ami, on s’adresse à vous pour savoir si votre maître est chez lui.
Le S. – Eh bien, donc ?
D’Al. – Je sais qu’il y est, puisqu’il m’a donné rendez-vous.
Le S. – Cela est égal ; on parle toujours. Si on ne me parle pas, je ne suis rien.

XLIX
ENTRE LE NONCE PAMPHILI ET SON SECRÉTAIRE.
Le Nonce. – Qu’est-ce qu’on dit de moi dans le monde ?
Le Secrétaire. – On vous accuse d’avoir empoisonné un tel, votre parent, pour avoir sa succession.
Le N. – Je l’ai fait empoisonner, mais pour une autre raison. Après ?
Le S. – D’avoir assassiné la Signora... pour vous avoir trompé.
Le N. – Point du tout ; c’est parce que je craignais pour un secret que je lui avais confié. Ensuite ?
Le S. – D’avoir donné la... à un de vos pages.
Le N. – Tout le contraire ; c’est lui qui me l’a donnée. Est-ce là tout ?
Le S. – On vous accuse de faire le bel esprit ; de n’être point l’auteur de votre dernier sonnet.
Le N. – Cazzo ! Coquin ; sors de ma présence.

L
A. – Je n’en sais rien ; mais on le dit, et je le crois.
B. – Vous commencez par croire, et c’est peut-être ce que n’ont pas fait ceux qui ont mis ce bruit-là dans le monde.

LI
A. – Vous m’aviez dit que c’était un honnête homme.
B. – Non ; je vous ai dit que c’était un assez honnête homme.

LII
A. – Vous m’avez accusé de malhonnêteté !
B. – Cela n’est pas vrai. Au surplus, quel mal cela vous fait-il ? On sait bien que l’on n’est pas pendu pour être malhonnête.

LIII
A. – Il n’a pu vous voir ; il a eu des affaires.
B. – Je le crois : comme il n’en finit aucune, il ne saurait manquer d’en avoir toujours beaucoup.

LIV
Dovincourt. – Je le lui ferai entendre à lui-même ; je lui dirai : Monsieur...
Aramont. – Si vous lui disiez Monsieur, toute conversation finirait, car il n’aime à être appelé que Monseigneur.

LV
ENTRE UN MAÎTRE ET SON VALET.
Le Maître. – Coquin, depuis que ta femme est morte, je m’aperçois que tu t’enivres tous les jours. Tu ne t’enivrais autrefois que deux ou trois fois par semaine. Je veux que tu te remaries dès demain.
Le Valet. – Ah ! Monsieur, laissez quelques jours à ma douleur !

LVI
– Je suppose, Monsieur, que vous me devez dix mille écus.
– Monsieur, prenez, je vous prie, une autre hypothèse.

LVII
D’UN HOMME BROUILLÉ AVEC UN ANCIEN AMI.
A. – Je vous parle de M. de L...
B. – Je ne le connais pas.
A. – Que me dites-vous là ? Je vous ai vus très bien. B. – Je croyais le connaître.

LVIII
B. – Ne trouvez-vous pas M... très aimable ?
C. – Pas autrement.
B. – Cela est extraordinaire.
C. – Il l’est davantage que vous le trouviez tel.
B. – Je n’en reviens pas. Vous ne l’avez peut-être jamais vu que chez lui ; il faut le voir dans les maisons où il est à son aise. (C’était un homme que sa femme maîtrisait au point de l’empêcher de parler.)

LIX
A. – Cet homme a-t-il de l’esprit ? (Il parlait).
B. – Vous ressemblez aux gens qui demandent l’heure qu’il est tandis que la pendule sonne.

LX
A. – Vous avez trop mauvaise opinion des hommes : il se fait beaucoup de bien.
B. – Le diable ne peut pas être partout.

LXI
A. – N’auriez-vous pas besoin d’argent ?
B. – Toujours.

LXII
Mademoiselle ***. Je lui ai confié notre amour ; je lui ai tout dit.
B. – Comment avez-vous tourné cela ?
Mademoiselle. – Je lui ai prononcé votre nom.

LXIII
A. – On dit que vous voulez épouser Mademoiselle ***.
B. – Non. Quel étrange propos !
A. – Pourquoi pas ?
B. – Le nœud est trop fort pour l’intrigue.

LXIV
Cléon. – Je ne vous vois pas. C’est que votre mari n’est pas fait comme un autre homme.
Céphise. – Il croit par là éviter de ressembler à tous les maris.

LXV
A. – Madame de*** vous trouve très-aimable.
B. – J’ai cela de bon que je fais peu de cas de mes succès.

LXVI
Cidalise. – Vous aimez ma sœur : elle n’a pourtant pas d’esprit.
Dorise. – Cela est vrai, et je ne m’en pique point. Damon. – Vous avez plus d’esprit que moi : car sans m’aimer vous avez l’esprit de me plaire, et moi je n’ai pas celui de vous plaire en vous aimant.

LXVII
A. – Si vous faites cela, je ne vous le pardonnerai jamais.
B. – Parbleu ! c’est bien ce que j’espère.

LXVIII
A. – Je dois me défier de tout le monde, à ce qu’il prétend.
B. – Eh bien ?
A. – Je fais ce qu’il ordonne, à commencer par lui.

LXIX
A. – Vous avez beaucoup à vous plaindre de son ingratitude.
B. – Pensez-vous que lorsque je fais le bien je n’aie pas l’esprit de le faire pour moi ?

LXX
Céline. – Il ne m’aime pas.
Damon. – Comment vous aimerait-il ? vous réunissez presque toutes les perfections.
Céline. – Eh bien ?
Damon. – L’amour aime qu’elles soient son ouvrage. Il n’a rien à parer chez vous. Son imagination ne peut ni créer ni embellir. Elle reste en repos.

LXXI
Chloé. – Madame, n’avez-vous jamais été jeune ?
Artémise. – Jamais tant que vous, Madame.

LXXII
A. – Il faut le quitter.
B. – Le quitter ! Plutôt la mort !... Que me conseillez-vous ?

LXXIII
Damon (au bal, à Églé sous le masque). – Êtes-vous jolie ?
Églé. – Je l’espère.
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