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poésie 49LECTURES

Tablettes perdues

Mes tablettes, hélas ! elles n'existent plus !
Mes écrits précieux, je les ai tous perdus.
Si fréquemment nos mains les avaient parcourues,
Que, sans nom, par nous deux elles se trouvaient crues.
Leurs feuillets de Cynthie apaisaient le courroux,
Et leurs discours étaient persuasifs et doux.
Cher trésor ! Rien pourtant n'y montrait la fortune !
C'était un bois vulgaire, une cire commune ;
Mais leur fidélité me servit bien toujours,
Assurant le succès de mes tendres amours.
On y voyait écrit des mains de ma maîtresse :
« Tes lenteurs ont, hier, irrité ma tendresse.
Une autre t'offre-t-elle, ami, plus de valeur ?
Il ne t'est point permis de douter de mon cœur ».
On y lisait encor : « Pendant la nuit entière,
Viens goûter de l'Amour la grâce hospitalière ».
Et ces mots doucereux que trouve en son esprit
Une amante, à cette heure où sa voix vous séduit.
Mes tablettes, peut-être, aux mains d'un dur avare
Reçoivent les calculs d'une dépense rare.
Qui pourrait résister ? Je propose de l'or,
En échange du bois, pour les avoir encor.
A qui veut en jouir proclamez ma largesse,
Et près de l'Esquilin écrivez mon adresse.