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poésie 63LECTURES

Properce raconte ses plaisirs

O ravissante nuit ! nuit pleine de douceur !
O lit, témoin heureux de mon propre bonheur !
Que de mots échangés à ta clarté tremblante,
Lampe ! quels doux ébats lorsque tu fus absente...
Tantôt elle luttait en découvrant le sein ;
Elle opposait tantôt sa tunique à ma main.
Et quand sous le sommeil s'abaissa ma paupière,
Sa lèvre l'entrouvrit : « Tu dors », dit sa voix chère.
Nos bras s'entrelaçaient en mille nœuds charmants ;
Mes baisers s'arrêtaient, sur sa bouche, brûlants.
Que les jeux de l'amour perdent dans la nuit noire !
L'œil guide nos transports, le jour, tu peux m'en croire
Pâris des plus grands feux ne s'embrasa-t-il pas
Lorsque d'Hélène nue il surprit les appas ?
Endymion charma la sœur d'Apollon même,
Qui, nue aussi, s'endort près du mortel qu'elle aime.
Si tu prétends cacher tes attraits à mes yeux,
Ma main déchirera tes voiles odieux,
Et si par tes refus m'emporte la colère,
Tu pourras en montrer les traces à ta mère.
Livre donc à nos jeux ces deux globes charmants,
Droits, faisant rougir ceux qu'ont sucés des enfants.
Savourons les amours que le destin nous laisse :
Vers l'éternelle nuit le temps cruel nous presse.
Puissions-nous dans nos bras être enlacés toujours,
Sans que de nos ardeurs rien n'arrête le cours !
Pour modèles prenons ces tendres tourterelles,
Couple heureux, que l'Amour ne voit point infidèles.

L'ardente passion ne doit point s'affaiblir.
Quand il est vrai, l'amour ne doit jamais finir.
On verra la moisson à sa graine étrangère ;
La Nuit s'avancera sur un char de lumière ;
Les fleuves refluant ramèneront leurs flots ;
Le poisson périra dans l'abîme sans eaux,
Avant que mon amour pour une autre t'oublie.
Mort ou vif, j'appartiens pour toujours à Cynthie.
Pour être dans tes bras heureux comme je suis,
Un an serait trop long pour de semblables nuits.
Prodigue-les : j'acquiers une gloire divine
Tout mortel devient dieu, placé sur ta poitrine.
Si tous voulaient ainsi couler des jours heureux,
Ou borner à Bacchus leurs plaisirs et leurs vœux,
Ni le fer meurtrier ni les vaisseaux de guerre
Ne pousseraient nos corps au sein de l'onde amère,
Et Rome, tant de fois succombant par ses mains,
N'aurait point de ses fils à pleurer les destins.
Mais pour moi, nos neveux m'accorderont, je pense,
Qu'à nul dieu mes festins n'ont fait aucune offense.
Savoure le plaisir quand le permet le temps ;
Donne tous tes baisers, tous tes embrassements !
Ainsi qu'on voit la fleur à sa tige arrachée
Sur nos coupes tomber par le vent desséchée,
Peut-être verrons-nous, amants présomptueux,
La carrière, demain, se fermer à nos jeux!