Naufrage de Pétus

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Le nom de ce poète latin reste attaché au genre de l'élégie. Il laisse derrière lui quatre livres ayant pour source d'inspiration une femme, Cynthia. On ne connaît vraiment Properce qu'à  [+]

L'argent seul est l'auteur de notre triste sort.
Avant l'heure par lui nous touchons à la mort ;
Il fournit l'aliment au vice qui nous mine
Et des chagrins cuisants il est seul l'origine.
Vers l'Egypte Pétus dirigeait son vaisseau,
Et c'est toi, vil argent, qui l'engloutis sous l'eau.
Pendant qu'il te poursuit, à la fleur de son âge,
Des monstres de la mer il devient le partage.
Infortuné Pétus, dans de derniers adieux,
Ta mère ne pourra te joindre à tes aïeux !
Sur toi l'oiseau marin s'acharne avec furie ;
Ton corps a pour tombeau la mer de Carpathie.

De la triste Orithye Aquilon ravisseur,
Quel fruit te revient-il, dis-moi, de son malheur ?
Neptune, quel plaisir, sur l'Océan immense,
De briser un esquif où siégeait l'innocence ?
O Pétus, vainement ta mère est dans tes vœux.
L'âge n'est rien ; pour toi la mer n'a plus de dieux.
L'ouragan, déchaîné sur le liquide empire,
Use et rompt les liens qui tenaient ton navire.

Tel périt Argynnus, et les bords menaçants
Rappelant son trépas disent les sentiments
Du fier Agamemnon. Sa flotte, qu'il oublie,
Par son retard causa la mort d'Iphigénie...

Flots, rejetez son corps, et s'il n'existe plus,
Qu'un peu de sable au moins s'élève sur Pétus !
Qu'en voyant son tombeau, le nautonier s'arrête
Et dise : « Il est prudent de craindre la tempête ».

Allez, frêles vaisseaux, préparez d'autres morts
Que nous activerons par nos humains efforts.
La terre était trop peu ; nous courons l'onde amère.
Oui, l'homme est l'artisan de sa propre misère.
L'ancre servira-t-elle à qui fuit sa maison !
Tous les maux contre lui fondent avec raison.
Nul vaisseau ne vieillit ; aux vents tout équipage
Périt, et le port même est témoin du naufrage.

La nature à l'avare ouvre le sein des mers !
Pour un léger succès que de nombreux revers !
Les Grecs virent leur flotte aux rocs de Capharée
Sombrer, et leurs trésors grossir l'onde salée.
Ulysse entend les cris de ses soldats mourants,
Et son génie alors n'a plus d'expédients.

Si, content de ses bœufs et de son héritage,
Pétus avait voulu goûter un avis sage,
Il vivrait maintenant au milieu des douceurs,
Pauvre dans ses foyers, mais sans verser de pleurs.
Dans le bruit qui le trouble, au courant qui l'entraîne,
Sa main débile oppose une manœuvre vaine...
Cependant il rêvait, dans un lit précieux,
De reposer son chef sur un duvet soyeux...
Mais contre son vaisseau le flot sans paix ni trêve
Bat, envahit ses flancs et sans pitié l'enlève,
Et sur la sombre mer, contre un faible débris,
Pour détruire Pétus les maux sont réunis.

Quand les ondes pourtant, dans ce malheur extrême,
L'étouffent, il se plaint en cet adieu suprême :
« Dieu de la mer Egée, Aquilon, roi des eaux,
Vagues qui sur ma tête entassez tant de maux :
Où poussez-vous ainsi la fleur de mes années ?
Que de mers par mes bras sont déjà mesurées !
Neptune contre moi s'arme de son trident ;
Je vais des alcyons toucher quelque brisant.
Ah ! puisse au moins la vague, aux bords de l'Italie,
Me jeter dans les bras d'une mère chérie... »

Il dit, et disparaît dans le gouffre béant.
Avec ces derniers mots vint son dernier moment.

O filles de Nérée, et vous dont la tendresse,
D'une mère a connu le poids de la tristesse,
Thétis, que n'avez-vous détourné son trépas,
En soutenant son corps, poids léger pour vos bras !

Sans que j'aille affronter une mer en furie,
Mes os reposeront un jour près de Cynthie.
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