Temps de lecture
1
min
poésie 78LECTURES

Jeux de Sparte

O Sparte, de tes jeux nous admirons les lois,
Mais surtout, quand du sexe en augmentant les droits
Sans craindre les lutteurs, ni blesser la décence,
La jeune fille nue au milieu d'eux s'avance.
Elle lance la balle et lui fait fendre l'air ;
Le cercle lourd se meut sous sa tige de fer ;
Dans la poudre elle vole au bout de la carrière ;
Ardente, elle soutient la lutte meurtrière ;
Elle attache à son bras le gantelet pesant ;
Le disque de sa main s'enfuit en tournoyant ;
Elle guide un coursier ; à son flanc elle applique
Le glaive, et de l'airain couvre son front pudique.
On dirait l'amazone au sein nu, dans les eaux
Enlevant la sueur de ses rudes travaux.
Au Taygète, parfois, de frimas recouverte,
Elle pousse ses chiens, aussi vive qu'alerte.
Tels Castor et Pollux, aux bords de l'Eurotas,
Préparaient les succès de leurs futurs combats,
Quand, devant ces héros découvrant sa poitrine,
Hélène résistait à leur force divine.

Le mystère est dans Sparte interdit aux amants,
Mais ils peuvent paraître aux regards des passants.
La vierge y grandit libre et loin d'un œil austère ;
L'épouse n'y craint pas un mari trop sévère ;
On y déclare seul ses feux et sans nuls frais.
Si l'on est repoussé, c'est pour de courts délais ;
La pourpre sous les yeux jamais ne s'y déroule ;
D'esclaves empressés on n'y voit nulle foule.

La femme est entourée à Rome, en tout endroit
On ne peut l'approcher même du bout du doigt,
Lui parler, ni juger du teint de son visage,
Et l'Amour, sans y voir, dans la nuit y voyage.

De Sparte, ô Rome, adopte et les lois et les jeux.
Pour de telles faveurs je t'en aimerai mieux.