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Aux mânes de Callimaque et Philétas

Mânes de Callimaque, ombre de Philétas,
Souffrez que sous vos bois je dirige mes pas.
Prêtre nouveau puisant à votre onde divine,
J'enseigne l'art des Grecs à la muse latine.
Sous l'effet de quelle eau, de grâce, dans quels lieux,
Quel antre, écrivez-vous des vers si gracieux ?

Ah ! chante qui voudra les combats et les armes !
Pour moi, les vers légers seuls possèdent des charmes.
Ces vers ont jusqu'aux cieux, sur de nouveaux coursiers,
Porté Muse et Properce entourés de lauriers ;
Les Amours avec moi pressent le char qui roule ;
Des poètes rivaux m'accompagne la foule,
Mais de me devancer elle essayerait en vain.
Pour atteindre la Muse étroit est le chemin.

Beaucoup, de tes exploits remplissant tes annales,
Jusqu'à Bactres suivront tes palmes triomphales,
Tandis que d'Hélicon visitant les sommets,
Rome, je chanterai les loisirs de la paix.
Muses, couvrez de fleurs votre nouveau poète,
Car toute autre couronne est lourde pour ma tête.
Peut-être qu'à l'envie échappée, dans le temps,
Après ma mort, j'aurai les honneurs les plus grands.

Le passé se grossit au temps qui lui succède,
Et, pour l'exagérer, la mort vient à son aide.
Qui, du cheval de bois renversant Ilion,
Qui, du fleuve guerrier, sans la tradition,
Saurait tous les détails ? Du maître du tonnerre
Qu'Ida fut le berceau ? Qu'un char sur la poussière
Roula trois fois Hector, et que Polydamas,
Déiphobe, Hélénus livrèrent des combats ?
A peine on connaîtrait le beau Pâris sans elle,
Et la prise de Troie et de sa citadelle.
Homère qui chanta ces lieux, à chaque instant
Voit croître son mérite et grandir son talent.
Plus tard mon nom à Rome obtiendra quelque gloire
Quand je ne serai plus ; et même je puis croire
Qu'Apollon lycien écoutera mes vœux,
Que mon nom, sans tombeau, vivra chez nos neveux.
Mais retournons déjà vers la route suivie
Et charmons de nouveau l'oreille de Cynthie.