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À Tullus II

Sur tes pas je pourrais franchir le mont scythique
Et de la mer Egée et de l'Adriatique,
Avec toi, cher Tullus, braver les flots amers ;
Je pourrais de Memnon traverser les déserts ;
Mais les embrassements de ma belle maîtresse,
Ses reproches, la nuit, se succédant sans cesse,
Ses prières, ses pleurs, tout m'attache à ces lieux.
Mon départ lui ferait méconnaître les dieux ;
Ce n'est plus ma Cynthie, ose-t-elle me dire,
Et d'un cœur délaissé le sien a toute l'ire.

Je ne puis un instant supporter sa douleur ;
Je ne veux dans l'amour ni trêve ni froideur.
Et que me font à moi d'Athènes la science
Et de l'antique Asie et richesse et puissance,
Si Cynthie a maudit ma nef ? S'il faut la voir
De ses doigts sur son front graver son désespoir,
Ou me dire qu'aux vents j'ai jeté sa tendresse,
Ou qu'un monstre est l'amant qui trahit sa promesse ?
Venge les alliés de Rome, et, si tu peux,
Chez ces peuples, Tullus, surpasse tes aïeux.

Ton cœur pour la patrie en tout temps sous les armes
Ignore de l'amour la puissance et les charmes.
Puisses-tu, ne cédant jamais à ses fureurs,
Vivre exempt des soucis qui provoquent mes pleurs
Mais souffre que, mon âme à ses lois asservie,
Je passe sous son joug le reste de ma vie,
Confondu dans les rangs de ces mortels heureux
Sur lesquels Cupidon épuisa tous ses feux.
Je ne sais pas aux camps disputer la victoire ;
Aux combats de l'amour se doit borner ma gloire.

Mais que tu doives voir la riante Ionie,
Ou les bords du Pactole, en la riche Lydie ;
En quelque lieu des mers, Tullus, ou de la terre
Que te porte jamais la fortune prospère,
Si de ton souvenir mon nom n'est pas banni,
Sache que je vivrai sous un astre ennemi.