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poésie 53LECTURES

À Tullus

Les beaux yeux de Cynthie, en mon malheureux cœur,
De mes premiers désirs enflammèrent l'ardeur,
Et l'Amour ce jour-là dompta mon âme altière ;
Son pied victorieux m'inclina vers la terre.
Depuis un an je vis, sans projets arrêtés,
Devenu l'ennemi des pudiques beautés.
Le temps ne peut calmer le mal qui me dévore.
J'ai contre moi les dieux et mon malheur encore.

Hippomène empressé, par des soins assidus,
Vainquit dans ses rigueurs la fille de Jasus.
Hors de lui, sur les rocs sauvages d'Arcadie,
Gémissant, il errait. Aux monts de Parthénie
Le virent bien souvent les monstres des forêts,
Poursuivi par Hylée et blessé par ses traits.
A la fin il soumit la légère Atalante ;
Tant prière et bienfaits peuvent sur une amante !
L'Amour, sourd pour moi seul, n'écoute plus ma voix ;
Il ne reconnaît plus ses routes d'autrefois.

O vous dont l'art s'applique à détacher la lune,
Par vos enchantements à fixer la fortune,
De ma dure maîtresse amollissez le cœur ;
Que la sienne en ses traits surpasse ma pâleur,
Et je croirai dès lors, à de pareilles preuves,
Que vous pouvez changer les astres et les fleuves.
Vous, dans vos soins tardifs, pour mon abattement,
Trouvez à mes douleurs quelque soulagement.
Avec force employez et le fer et la flamme,
Mais que mon désespoir s'exhale de mon âme !
Poussez-moi sur les mers, en de lointains climats
Où jamais la beauté ne viendra sur mes pas.

Vous dont jamais la voix en vain le ciel n'invoque,
Vivez à Rome, heureux d'un amour réciproque.
Pour moi, la sombre nuit, je supporte, et le jour,
Les assauts de Vénus, les fureurs de l'Amour.
Evitez mon malheur. Pour de nouvelles chaînes,
Gardez-vous de changer vos tourments et vos peines.
Insensé qui voudrait mépriser cet avis !
Ses mépris de grands maux seraient bientôt suivis.